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Groupes de parole sur l'avortement : témoignages et espaces de soutien

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit en France depuis la loi Veil du 17 janvier 1975. Cependant, même après cinquante ans, le recours à l'IVG reste un sujet souvent tabou, et l'accès à un accompagnement adapté peut encore poser des difficultés. Cet article explore l'importance des groupes de parole pour les femmes ayant vécu une IVG, en s'appuyant sur des témoignages et des initiatives récentes visant à briser le silence et à offrir un espace d'écoute et de soutien.

L'IVG avant la loi Veil: une histoire de clandestinité et de lutte

Avant 1975, les femmes souhaitant interrompre une grossesse non désirée étaient contraintes de recourir à des solutions clandestines, souvent dangereuses pour leur santé. L'Institut national de l'audiovisuel (INA) a lancé une grande collecte de témoignages pour recueillir les récits de ces femmes et enrichir l'histoire des féminismes. Ces témoignages visent à combler les silences de "l'histoire par en bas", celle des femmes anonymes qui ont participé à la lutte pour le droit à l'avortement.

En France, le 3 février 1973, 331 médecins ont signé un manifeste demandant la dépénalisation de l'avortement et l'utilisation de la méthode abortive par aspiration (dite « Karman »). Avec le procès de Bobigny, ce ralliement de médecins à la cause des femmes a contribué à l'obtention de la loi Veil. Les 10 et 11 février 1973, un des médecins français signataire du manifeste se rend à Munich pour présenter cette action lors d'une rencontre fédérale du mouvement des femmes ouest-allemand. Les échanges entre mouvements français et ouest-allemands s'intensifient alors, tant du côté des féministes que des médecins. Le manifeste français est répliqué le 10 mars 1974 tandis que la même année, plusieurs militantes vont se former en France à la méthode abortive par aspiration.

Au début des années 1970, à la faveur des mobilisations féministes, l'avortement sort de la clandestinité et devient un enjeu de débats publics en France. Les dangers des pratiques profanes, comme les vexations exercées par les professionnels de santé, sont dénoncés comme des violences. Des groupes militants promeuvent une nouvelle méthode d'avortement « non-traumatique » : la méthode par aspiration, dite « méthode Karman ». Élaborée grâce à des transferts entre l'Europe de l'Est, la Chine et les États-Unis, elle s'impose comme une nouvelle façon de concevoir et pratiquer les interruptions de grossesses. Une nouvelle génération politise les enjeux autour du corps, de la sexualité et des rapports de genre.

L'importance des témoignages : briser le silence et partager des expériences

Léa Bordier, dans son documentaire IVG, le droit d’en parler, souligne que, bien qu'une femme sur trois ait recours à l'IVG au cours de sa vie, le sujet reste tabou. Recueillir et partager des témoignages est essentiel pour briser ce silence et permettre aux femmes de se sentir moins seules.

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Lisa, par exemple, témoigne de son expérience positive : "J’ai eu de la chance d’être soutenue par mes proches même si la décision a été évidente. Je ne voulais pas d’enfants, ni maintenant ni plus tard. […] J’ai été écoutée, entendue et très bien renseignée par le planning. Mon IVG n’a pas été un traumatisme, je n’y pense plus et c’est derrière moi." Elle souligne également l'importance du temps de parole collectif au planning familial, qui l'a rassurée et informée.

Cependant, toutes les expériences ne sont pas aussi positives. Sarah, déjà maman de deux enfants, a eu recours à un avortement chirurgical et s’est sentie « totalement perdue ». Elle estime qu’il faudrait davantage de campagnes de communication au niveau local pour identifier les lieux d’accueil et regrette le manque d’informations avant l’opération.

Ces témoignages mettent en lumière la diversité des vécus liés à l'IVG et soulignent la nécessité d'un accompagnement adapté à chaque situation.

Les groupes de parole : un espace d'écoute et de soutien

Face au tabou persistant et au besoin d'accompagnement, des groupes de parole se développent pour offrir un espace d'écoute et de soutien aux femmes ayant vécu une IVG. Un groupe de paroles sur l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) vient de voir le jour au Centre de Santé Sexuelle Simone Veil d'Issy-les-Moulineaux. Linda Fali-Bouali, conseillère conjugale et familiale en charge de la coordination de ce groupe, explique que ces réunions visent à soutenir les femmes dans l’expression de leur ressenti, quels que soient les défis ou émotions associés à leur expérience. Elle est accompagnée, lors de ces réunions, par un médecin, une gynécologue ou une infirmière.

Ces groupes permettent aux participantes de se retrouver entre pairs et de libérer leurs émotions avec des personnes qui comprennent ce qu’elles ont vécu. La confidentialité est primordiale, créant ainsi un espace intime où chacune peut s’exprimer en sécurité. Les animatrices ne se positionnent pas comme des expertes, mais plutôt comme des accompagnantes qui écoutent et sécurisent les échanges en intervenant de façon ponctuelle pour relancer la discussion autour de mots-clés et de réflexions que les participantes expriment. L’objectif principal reste de « déposer sa parole » et de travailler autour des émotions.

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Les retours des participantes témoignent déjà de l’impact positif de ces groupes de parole. Plusieurs femmes ont exprimé leur soulagement d’avoir pu se livrer sans jugement, une expérience qui se révèle assez rare.

Surmonter le deuil et le regret : des associations et des ressources

Pour certaines femmes, l'IVG peut entraîner un deuil et des regrets. Il existe des associations et des accompagnateurs qui se consacrent à aider les femmes regrettant leur IVG, qui veulent les aider à être vivantes, à être heureuses même, et à avancer, sans nier qu’une vie a été irrémédiablement tuée : vivre le deuil et le surmonter est possible.

Parmi ces associations, on peut citer :

  • Le Groupe de libération de la parole post-IVG à Lyon : un mercredi par mois au sanctuaire de Fourvière, avec une équipe de bénévoles (écoutante, médecin, psychologue et prêtre catholique).
  • L’association Mère de Miséricorde : propose une écoute téléphonique anonyme et sans jugement, ainsi que des sessions spirituelles (catholiques) pour les personnes confrontées au deuil d’un enfant non né.
  • L’association SOS bébé : un site d’information et de soutien aux femmes qui se posent la question de l’IVG, aux personnes confrontées au regret de l’avortement ou à la douleur d’une fausse-couche.
  • L’association Agapa : accompagne les femmes confrontées au deuil périnatal, y compris celles qui regrettent un avortement, à travers des rencontres (en différents lieux de France) ou à distance (téléphone ou visio), ainsi que des groupes de parole.

Une femme témoigne de son expérience avec Agapa : "J’ai compris ce qui m’a amenée à avorter il y a plus de 5 ans et, même si je ne me suis pas encore totalement pardonnée, je me sens plus sereine et réconciliée avec moi-même."

Le Père Laurent Spriet a également écrit un livre, Se relever après un avortement : moi non plus je ne te condamne pas, destiné aux femmes qui regrettent leur avortement et qui sont ouvertes à la spiritualité.

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