Il est largement reconnu qu'une abstinence totale d'alcool est recommandée pendant la grossesse. Cependant, la question de la consommation d'alcool pendant l'allaitement suscite de nombreuses interrogations. L'alcool passe-t-il dans le lait maternel ? Quels sont les risques pour le nourrisson ? Combien de temps faut-il attendre après avoir consommé de l'alcool avant d'allaiter ? Cet article vise à fournir des informations claires et concises pour aider les mères allaitantes à prendre des décisions éclairées.
L'alcool et le lait maternel : une relation directe
L'alcool consommé par la mère passe dans le lait maternel. La concentration d'alcool dans le lait est pratiquement identique à celle présente dans le sang maternel. Ainsi, après avoir consommé un verre d'alcool, le taux d'alcoolémie de la mère augmente, et le lait maternel présente une concentration similaire. De la même façon que l’alcool s’élimine naturellement du sang avec le temps, il s’élimine également du lait maternel. Le seul moyen de faire baisser la quantité d’alcool dans le lait est donc d’attendre le temps nécessaire à l’élimination de l’alcool en fonction de la quantité ingérée.
Risques potentiels pour le bébé
La consommation de boissons alcoolisées est à éviter pendant l’allaitement maternel, particulièrement pendant les premières semaines. L’alcool passe en effet dans le lait puis dans l’organisme du bébé, qui est encore immature pour le métaboliser. L'organisme du bébé, encore en développement, métabolise l'alcool plus lentement que celui d'un adulte. Bien qu'aucune étude n'ait rapporté de troubles sérieux du développement chez les enfants exposés à l'alcool durant l'allaitement, il est important de minimiser l'exposition du nourrisson à l'alcool.
La présence d'alcool dans le lait peut entraîner des effets indésirables chez le bébé, tels que :
- Somnolence excessive
- Irritabilité
- Difficulté à s'alimenter en raison d'une diminution du réflexe d'éjection du lait chez la mère.
Impact sur la lactation
La consommation d’alcool est associée à une diminution de la production de lait et du réflexe d’éjection chez la mère. L'alcool peut perturber la production d'hormones liées à l'allaitement, notamment l'ocytocine (responsable de l'éjection du lait) et la prolactine (qui stimule la production de lait). En effet, la présence d’alcool dans le sang provoque une baisse de la production d’ocytocine, à savoir l’hormone responsable du réflexe d’éjection du lait, et parallèlement, de l’augmentation de la sécrétion de prolactine qui augmente le volume de lait produit par la maman. Pour faire simple : la maman produit davantage de lait, mais elle a plus de mal à le donner à son nourrisson puisque l’éjection est réduite. Cela peut potentiellement affecter la quantité de lait disponible pour le bébé.
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Consommation occasionnelle et modérée : est-ce possible ?
Passées les premières semaines d’allaitement, si une occasion spéciale se présente et/ou que vous ne pouvez pas résister, un verre d’alcool reste envisageable, mais de manière exceptionnelle. Les professionnels de l’allaitement s’accordent sur le fait qu’une consommation occasionnelle et modérée d’alcool peut s’inscrire dans un allaitement sans impacter la santé du nourrisson. Ils précisent néanmoins qu’il est souhaitable de respecter quelques règles pour que l’ingestion d’alcool par le bébé soit proche de zéro.
Si une mère allaitante choisit de consommer de l'alcool, il est crucial de respecter certaines précautions :
- Modération : Limitez la consommation à un verre standard (contenant 10 g d'alcool pur).
- Timing : Allaitez votre bébé juste avant de consommer votre boisson alcoolisée. Si ce n’est pas l’heure de la tétée, vous pouvez tirer votre lait et le lui donner plus tard.
- Délai d'attente : Après avoir bu 1 verre standardisé d’alcool, attendez au minimum 2 à 3 heures avant de redonner le sein à votre bébé. S’il réclame entre temps, utilisez le lait précédemment tiré pour le nourrir. N’oubliez pas : si vous consommez plus d’un verre, vous devrez attendre plus de temps.
- Alimentation : Pour limiter le pic d’alcoolémie, il est souhaitable que la maman ne boive pas à jeun : « plus la consommation d’aliments est récente, plus l’alcool met de temps à pénétrer dans l’organisme », déclare Carole Hervé.
- Alternatives : Optez pour des boissons non alcoolisées telles que des jus de fruits, des sodas, des jus de tomates, des bières sans alcool ou des mocktails.
Calcul du temps d'attente
Le temps nécessaire pour que l'alcool soit éliminé du lait maternel varie en fonction de plusieurs facteurs, notamment :
- La quantité d'alcool consommée
- Le poids de la mère
- La vitesse à laquelle l'alcool est métabolisé par l'organisme.
En moyenne, l'alcoolémie baisse de 0,10 à 0,15 g d’alcool par litre de sang toutes les heures. Après un verre, il faudrait donc attendre environ 2 à 3 heures pour que l’alcool soit complètement métabolisé. Par mesure de sécurité, prévoyez toujours un peu plus de temps que ce qui est conseillé en théorie car plusieurs paramètres influent sur la vitesse d’élimination de l’alcool.
Ce tableau canadien vous donne approximativement le nombre d’heures dont vous auriez besoin pour éliminer l’alcool éventuellement consommé de votre lait, en fonction de votre poids et de votre consommation.
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Dans le cas d’une soirée alcoolisée, il est impératif que vous respectiez un délai de 12 heures après le dernier verre d’alcool bu, avant de remettre votre bébé au sein. Pour éviter tout risque d’engorgement et pour continuer à stimuler votre lactation durant ces 12 heures, tirez votre lait et jetez-le. Le mieux reste encore de s’abstenir ou de se limiter à un verre.
Idées reçues et réalités
- La bière favorise la montée de lait : Une croyance populaire veut que la bière - grâce à la présence de levure et de malt - favorise la montée de lait. Le chercheur Louis-Marie Houdebine a effectivement démontré que cette faculté d’augmenter la production de lait maternel, provenait des bêta-glucanes présents dans le malt d’orge contenu dans la bière. Attention cependant, cet effet peut être contrebalancé par celui de l’alcool qui bloque le réflexe d’éjection du lait. La solution réside donc dans les bières sans alcool, riches en malt et dépourvues de molécules d’éthanol.
- Tirer son lait et le jeter élimine l'alcool : Attention, certaines femmes tirent leur lait après avoir bu pour le jeter, pensant enlever l’alcool qui s’y trouve : mais tirer son lait n’a aucun impact sur la rapidité d’élimination de l’alcool !
Allaitement et alcool : une question de choix éclairé
La décision de consommer ou non de l'alcool pendant l'allaitement appartient à chaque mère. Il est essentiel de peser les risques et les bénéfices, de prendre en compte les recommandations des professionnels de santé et de tenir compte de sa propre situation et de celle de son bébé.
Si vous vous posez d’autres questions relatives à votre consommation d’alcool durant votre allaitement, vous pouvez en parler à un professionnel (pédiatre, sage-femme, etc.). Alcool info service est également à votre disposition pour répondre à vos questions. De la même manière, si votre consommation vous semble excessive, n’hésitez pas à en parler à des professionnels plus spécialisés dans ces problématiques, ils vous aideront à faire le point.
Alternatives et solutions de rechange
De nombreuses alternatives à l’alcool existent : jus de légumes ou de fruits, sirops, eaux aromatisées, smoothies, cocktails sans alcool. C’est le moment de tester de nouvelles recettes délicieuses ! En soirée, on peut opter pour les mocktails (cocktails sans alcool, aux fruits, au thé, aux fleurs…). Internet regorge de recettes maison faciles à réaliser. Proposer un défi à des proches : zéro alcool pour eux aussi !
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