Ginette Kolinka, née Ginette Cherkasky le 4 février 1925 à Paris, est une survivante des camps d'extermination nazis. Sa vie, marquée par l'horreur de la déportation, est aujourd'hui dédiée au témoignage et à la transmission de la mémoire de la Shoah aux jeunes générations.
Une enfance parisienne et la fuite en zone libre
Ginette Kolinka grandit dans une famille juive non pratiquante d'origine ukrainienne. Son père, Léon Cherkasky, dirige un atelier de confection d'imperméables. La famille vit modestement dans un quartier populaire de l'est parisien, d'abord au 22 rue Vieille-du-Temple, au cœur du Marais, puis à Aubervilliers. Ginette est la sixième d'une famille de sept enfants : six filles (Léa, Suzanne, Sophie, Lucienne et Jacqueline) et un garçon, Gilbert, son cadet.
La guerre bouleverse cette vie tranquille. Dès 1940, le statut des Juifs promulgué par le régime de Vichy exclut les Juifs de nombreux emplois et professions. Ginette et ses sœurs ne peuvent plus travailler. Leur père est contraint de céder son atelier. La famille se fait recenser comme juive et Ginette témoigne avoir parfois refusé de porter l'étoile jaune.
En juillet 1942, la famille est avertie d'une arrestation imminente pour cause de communisme d'une des sœurs. La famille décide alors de fuir Paris pour la zone libre, à Avignon, où ils vivent sous de fausses identités, se disant d'origine russe et de religion orthodoxe. Mais en 1944, ils sont dénoncés comme Juifs.
L'arrestation et la déportation à Auschwitz-Birkenau
Le 13 mars 1944, Ginette, son père Léon, son jeune frère Gilbert et son neveu Georges Marcou sont arrêtés par la Gestapo à Avignon, suite à une dénonciation. Sa mère, malade, échappe à l'arrestation car elle se reposait à l'étage et les agents de la Gestapo ne sont pas montés. Après un passage par les prisons d'Avignon et des Baumettes à Marseille, ils sont internés au camp de Drancy, près de Paris.
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Le 13 avril 1944, ils sont déportés par le convoi n°71 en direction du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Ce convoi est l'un des plus importants de déportés de France vers Birkenau. Parmi eux, se trouvent également les enfants raflés à Izieu sur ordre de Klaus Barbie. Ginette a alors 19 ans.
À l'arrivée à Auschwitz-Birkenau, Ginette est séparée de son père et de son frère, qui sont immédiatement gazés. Elle ne l'apprendra qu'après la Libération. Elle est sélectionnée pour le travail et affectée au camp des femmes. Son neveu, paraissant plus âgé, est également sélectionné. Dans le camp, elle croise Simone Jacob (future Simone Veil) et Marceline Rosenberg (future Marceline Loridan-Ivens). Elle reçoit une robe de Simone Veil, un geste qui lui a sauvé la vie en lui redonnant du courage.
Ginette Kolinka devient le matricule 78599. Elle subit l'horreur du camp : la faim, les coups, les humiliations, le froid, la saleté, la promiscuité, les maladies. Elle décrit le camp comme étant la faim, sa seule obsession.
L'errance dans les camps et la libération
D'octobre 1944 à avril 1945, Ginette est transférée dans plusieurs camps : Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt. À Bergen-Belsen, elle travaille dans une usine de pièces d'aviation. Elle contracte le typhus. En avril 1945, face à l'avancée des armées alliées, elle est transférée par un "train de la mort" au camp de Theresienstadt, où elle est libérée le 9 mai 1945 par les Soviétiques. Elle pèse alors 26 kilos.
Le retour en France et la reconstruction
Après la libération, Ginette est rapatriée à Lyon puis à Paris en juin 1945. Elle retrouve sa mère et quatre de ses sœurs. Une cinquième sœur a été déportée. Elle apprend la mort de son père et de son frère.
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De retour à Paris, Ginette travaille sur les marchés. En 1951, elle épouse Albert Kolinka (1913-1993) et donne naissance à un fils, Richard Kolinka, qui deviendra le batteur du célèbre groupe de rock Téléphone. Les premières répétitions du groupe ont lieu dans sa cave.
Longtemps, Ginette se mure dans le silence sur son expérience de la déportation. Elle ne veut pas "ennuyer les gens" avec son histoire. Elle cache son numéro tatoué sur le bras. Elle a été dépressive pendant quelques années. Elle estime qu'elle a réussi à mener une vie normale car elle ne réfléchissait pas trop.
Le temps du témoignage
Ce n'est qu'à la fin des années 1990 que Ginette Kolinka commence à témoigner publiquement de son histoire. Elle pousse la porte d'une association d'anciens déportés et participe à des voyages scolaires à Auschwitz-Birkenau.
Depuis, elle sillonne la France pour raconter son vécu aux jeunes générations. Elle témoigne dans les collèges et les lycées. Elle participe à des conférences, des débats, des émissions de télévision. Elle coécrit des livres et son histoire a même inspiré une bande dessinée, "Adieu Birkenau".
Ginette Kolinka est devenue une ambassadrice de la mémoire de la Shoah. Elle transmet son témoignage avec simplicité, sans mièvrerie, mais avec une force et une émotion qui touchent profondément ceux qui l'écoutent. Elle ne donne pas de leçon de morale, mais elle alerte sur les dangers du racisme, de l'antisémitisme et de l'oubli. Elle considère qu'aucune question n'est taboue.
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Elle a participé à de nombreux voyages scolaires dans les camps d'extermination, où elle raconte aux élèves français la vérité sur les camps de la mort, sa vérité. Elle décrit les sensations, les bruits, les humiliations de tous les jours. Le froid, la gale et les poux qui mordent la peau, les corps sales, maigres, pourrissant dans les baraques. Et, surtout, la faim.
Elle accueille favorablement toutes les initiatives permettant de faire connaître aux jeunes générations l'horreur de la Shoah et les dangers du racisme et de l'antisémitisme : la BD, la fiction, le théâtre… Toutes les approches concourant à diffuser la mémoire de la Shoah lui semblent utiles.
Distinctions
Ginette Kolinka a été honorée à plusieurs reprises pour son engagement en faveur de la mémoire de la Shoah :
- Chevalier de la Légion d'honneur (2010)
- Commandeur de l'ordre des Palmes académiques (2016)
- Officier de la Légion d'honneur
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