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Gérard Filipelli : Un pilier des Charlots, entre musique, humour et famille

Musicien et comédien, Gérard Filipelli, affectueusement surnommé « Phil », nous a quittés le 30 mars 2021, à l’âge de 78 ans. Sa disparition marque la fin d'une époque pour de nombreux fans des Charlots, un groupe qui a marqué le paysage culturel français par son humour décalé et sa musique entraînante.

Les débuts musicaux de Phil

Né le 12 décembre 1942, Gérard Filipelli s’intéresse très tôt à la musique, et plus particulièrement à la guitare. Pourtant, il n’ambitionne pas spécialement d’en faire un métier. Ce qui lui importe, c’est de jouer comme il l’entend, et pour le plaisir avant tout.

Âgé d’une vingtaine d’années à peine, il fait une rencontre qui s’apprête à bouleverser le cours de sa paisible vie. « Je faisais partie d’un groupe et nous répétions dans un studio où passaient aussi régulièrement Gérard Rinaldi, Jean Sarrus et Luis Rego. Nous nous écoutions parfois les uns les autres, et un jour, Gérard est venu me voir plus spécifiquement, pour que je montre quelques « trucs » de guitare à Luis. Plus tard, ils m’ont proposé de passer une audition, parce qu’ils s’étaient engueulés avec celui qui jouait du synthé pour eux… avant de me choisir comme guitariste remplaçant. Et à force, ils ont fini par me dire : « Si ça te plaît d’être avec nous, tu peux évidemment rester. »

Ensemble, ils forment Les Problèmes, un groupe naviguant entre rock et rhythm'n'blues. Ils accompagnent le chanteur Antoine et assurent les premières parties d'artistes de renom tels que Johnny Hallyday, Claude François et même les Rolling Stones. Le succès est au rendez-vous, et une certaine presse de l’époque les considère même comme « les meilleurs musiciens français de studio ». Leur destin semble donc tout tracé, et pourtant…

La naissance des Charlots : un tournant inattendu

Un soir, en amont d’une émission de radio, on leur propose de reprendre un tube d’Antoine. Ils s’y soumettent volontiers, à une condition : pouvoir déconner. C’est ainsi qu’ils imaginent une parodie - avec l’accent berrichon - de Je dis ce que je pense, je vis comme je veux, re-titré pour l’occasion Je dis n’importe quoi, je fais tout ce qu’on me dit. Rinaldi écrit cette resucée d’une traite et commence à chanter, tandis que Phil le suit à l’accordéon. Tous s’en amusent, au point de se décider à enregistrer un disque complet sur cette lancée (Chauffe Marcel), sous le nom des Charlots, avec pour unique prétention de faire danser dans les bals ou en discothèque.

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Seulement, ce qui ne devait être qu’une parenthèse prend, contre toute attente, l’allure d’un véritable tournant. Le disque fait un tabac, ce qui conduit inéluctablement le groupe à abandonner Les Problèmes au profit des Charlots. Dès lors, exit le rock’n’roll pur. Place à l’humour et à la légèreté, dans la lignée d’une bande italienne à la renommée mondiale, Les Brutos, laquelle met en scène un séduisant chanteur entouré de quatre gus (dont le futur célèbre Aldo Maccione), grimaçant à l’excès.

Phil hésite toutefois à s’engager sur cette voie : « La transition Problèmes/Charlots, personnellement, j’étais contre. En tout cas, au départ. On a longuement discuté, et je me suis peu à peu rangé du côté de la majorité, en demandant simplement à ce qu’on réfléchisse à un nouveau nom. « Les Charlots » ce n’était pas possible ! On a cherchés, hélas personne n’a trouvé « mieux »… On a pensés aux « Cons », aux « Nuls »… Et on est restés sur « Les Charlots ». Je crois que l’idée, à la base, vient de Christian Fechner (leur manager, ndlr).

Le succès des Charlots : musique, cinéma et humour

Un choix judicieux car, en dépit de cette identité frivole, les tubes s’enchaînent : Les Plaies-bois, Cet été c’était toi, L’Amour avec toé, Albert (ou la triste et lamentable histoire d’un contractuel dont la vie exemplaire est toujours le modèle de cette édifiante corporation), Paulette la reine des paupiettes, Les Nouilles, Berry Blues, Je chante en attendant que ça sèche, Je suis trop beau, On n’est pas là pour se faire engueuler, Sois érotique… si bien que, sans tarder, le Septième Art en vient à les solliciter.

Le producteur Michel Ardan croit beaucoup en eux, après avoir vu ses enfants rire devant certaines de leurs frasques diffusées un dimanche à la télévision. Il leur soumet le script de La Grande java, signé Philippe Clair, et pour lequel l’immense Francis Blanche s’est déjà engagé. Les Charlots acceptent, par curiosité et peut-être une once d’insouciance : « Nous ne savions absolument pas ce que c’était que de tourner un film, reconnait Phil, le plus honnêtement du monde. Nous n’avions pris aucun cours. Pour nous, tout cela n’était qu’une blague qui continuait ! Si on résume, on a quand même été amenés à faire du cinéma, juste après une simple « connerie » improvisée à la radio ! »

Et, encore une fois, l’aventure se clôt par une vive acclamation du public : 3.385.636 tickets vendus. Le long-métrage, sorti en 1970, intègre d’ailleurs le top 10 des plus gros succès de l’année, derrière Le Gendarme en balade (Jean Girault, 4.870.632 entrées), Le Mur de l’Atlantique (Marcel Camus, 4.771.348 entrées), Borsalino (Jacques Deray, 4.711.705 entrées) ou encore Le Cercle rouge (Jean-Pierre Melville, 4.348.373 entrées).

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Sur le plateau, Les Charlots ont sympathisé avec le directeur de la photographie, Claude Zidi, et leur entente est telle qu’ils l’incitent à devenir réalisateur. Si un second film doit voir le jour, ce sera avec lui. Zidi saisit cette formidable perche tendue, et imagine Les Bidasses en folie, ou les péripéties d’un groupe de musique, freiné dans son élan artistique, après que chaque membre ait reçu sa convocation pour effectuer le service militaire obligatoire.

Phil n’a jamais oublié le jour où Zidi lui a présenté ce scénario : « Nous déjeunions, Claude et moi, dans un petit restaurant. À un moment, il me sert à boire. De l’eau. Nous parlons. Claude continue de verser l’eau. Et, à aucun moment, il ne s’arrête… Il reste extrêmement sérieux et déverse toute la carafe. Un bon litre ! Dans mon verre, d’abord, puis à côté, forcément… Il y en avait partout. Mais je suis rentré dans son jeu, et nous avons fait comme si de rien n’était. À la fin, j’étais trempé ! Là, pour moi, il avait marqué des points. Il était « pile ». Tout s’est joué sur ce déjeuner. »

Les Bidasses en folie se tourne dans une humeur similaire, et à l’arrivée les spectateurs leur font un triomphe : 7.460.911 répondent en effet à l’appel. La comédie à la française connait une nouvelle vague qui emporte tout sur son passage, et Zidi compte bien surfer dessus.

Le déclin progressif des Charlots

Le début de la fin pour Les Charlots. Christian Fechner, devenu entretemps leur producteur, les exploite sous diverses coutures : Les Charlots font l’Espagne de Jean Girault, Quatre Charlots mousquetaires et À nous quatre, Cardinal ! d’André Hunebelle, Bons Baisers de Hong Kong d’Yvan Chiffre. Des « blockbusters » dénués d’âme, qui les empêchent de développer leur jeu : « Quand on faisait du cinéma, je ne savais jamais quelle attitude prendre, se rappelle Phil. Devais-je être très grimaçant, à l’image des Brutos ? Ou fallait-il que je joue la situation ? En plus, on se gênait entre nous lorsqu’on avait des scènes de comédie à jouer. C’était vraiment très difficile d’aborder nos rôles comme de vrais acteurs, professionnels j’entends. »

Pire encore : une brouille avec Christian Fechner annule plusieurs projets au potentiel éminent : Merci patron !

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En 1980, Les Charlots, qui ne sont désormais plus que trois (Phil, Rinaldi et Sarrus), tentent de redresser la barre. Ils réécrivent entièrement un scénario qu’on leur a transmis, et où leur personnage font face à Dracula. Phil est au centre de l’intrigue. Sa fiancée, qui ressemble trait pour trait à la mère du réputé vampire, a été kidnappée, et le trio part à sa rescousse jusqu’en Transylvanie. Un délire qui, hélas, ne convainc que modestement les inconditionnels de l’équipe (Les Charlots contre Dracula ne cumule que 555.878 entrées).

Selon Phil, « le metteur en scène, Jean-Pierre Desagnat, n’était pas terrible. On avait assez peur de lui, et le résultat nous a donné raison. Déjà, le scénario était catastrophique. On en a pris connaissance deux mois avant. Le choc a été si brutal qu’on s’est dit : « Non, on ne peut pas faire ça ! » Et on s’est donnés rendez-vous tous les jours, avec Gérard et Jean, pour retravailler les séquences. Après avoir découvert le montage définitif, j’ai pris conscience de ses défauts. Comme bon nombre de films comiques, il se limite à une succession de mini-sketches. »

Les ultimes longs-métrages (Le Retour des Bidasses en folie de Michel Vocoret, Charlots connection de Jean Couturier, Le Retour des Charlots de Jean Sarrus) terminent d’achever la carrière du groupe au cinéma.

Gérard Filipelli après les Charlots : un retour à la simplicité

Phil, à la différence de Gérard Rinaldi (et, dans une moindre mesure, de Jean Sarrus), ne cherchera jamais à poursuivre le métier de comédien. Récemment, il nous confiait : « Les Charlots, c’était de la déconnade. On était dans une sorte de vaisseau spatial, et on a décollé. Aujourd’hui, j’ai tiré le rideau. Je ne revois pas les films. Il m’arrive de regarder des passages, comme ça, à la télévision. Ça me ramène à une certaine époque, mais pas plus. Je n’ai pas de mauvais souvenirs. C’était un moment extra de ma vie, avec ses hauts et ses bas. Et je n’ai pas de regret non plus. Pour moi, l’histoire des Charlots s’est arrêtée à un moment. C’est comme ça. Et ça me plaît. De toute façon, j’ai toujours été un peu « ours ». Même à l’époque. Quand les autres partaient au soleil à l’autre bout du Monde, moi j’aimais bien rester à la maison avec ma guitare. »

Après la séparation du groupe, Gérard Filippelli accepte de réintégrer les Charlots en 1977, réduit à un trio, en créant Choucroute International Production, consacrée au cinéma et à la musique, et qui existera jusqu'en 1986. Au milieu des années 1980, alors que leurs films ne rencontrent plus autant de succès, Les Problèmes (Jean, Phil, Luis Régo et Donald) se reforment le temps d'une série de concerts à l'Olympia pour accompagner à nouveau le chanteur Antoine, vingt ans après leurs débuts.

L'équipe de Nanarland a consacré un documentaire à Gérard Filipelli, alias Phil, grand blond lunaire des Charlots.

Hommages et héritage

Ce mardi 30 mars, la nouvelle du décès de Gérard Filippelli a suscité une vague d'émotion et de nostalgie. Jean Sarrus, autre membre emblématique des Charlots, a exprimé sa tristesse : « C’est une énorme page qui se tourne. On était plus qu’une bande de copains. On était une famille. On a vu grandir nos enfants. De nos 20 ans à nos 40 ans, on a connu l’insouciance totale au cinéma ou sur scène par nos chansons ».

Gérard Filippelli laisse derrière lui un héritage musical et cinématographique important. Ses chansons et ses films continuent de divertir et de faire rire des générations de spectateurs. Il restera dans les mémoires comme un artiste talentueux et attachant, un pilier des Charlots, un groupe qui a su apporter de la joie et de la légèreté dans le paysage culturel français.

Vie personnelle

En 1970, Gérard Filippelli a vécu une tragédie personnelle avec la perte de son épouse dans un accident de voiture.

Il coulait des jours heureux loin des lumières du show-business. L'ancienne figure de la bande des Charlots, âgée de 78 ans, vivait depuis de nombreuses années à Bezons, où l'on se souvient de sa gentillesse et de sa bonne humeur. Investi dans sa commune, celui qui a habité dans l'ancienne cité Jean-Carasso fréquentait notamment les vernissages d'expositions et spectacles de la ville.

Les Charlots : plus qu'un simple groupe comique

Bien qu’à géométrie variable avec le temps, les Charlots est un groupe de 5 musiciens arrivés un peu par inadvertance dans le cinéma. Le groupe est composé de :

  • Gérard Rinaldi : le chanteur leader et joli coeur de service, beau brun à la voix de velours, ce sont généralement ses flirts contrariés qui fournissent l’argument moteur des films.
  • Jean Sarrus : le moustachu à l’accent parigot. Bassiste, pivot du groupe, c'est aussi sa mémoire au travers de son livre de souvenirs.
  • Gérard Filippelli dit Phil : Le grand blond lunaire, personnalité fantasque et bricoleur de talent mais aussi considéré comme le meilleur musicien du groupe, que ce soit à la guitare ou à l’accordéon.
  • Jean-Guy Fechner : le grand brun frisé, le batteur, le plus effacé du groupe. C’est le frère de Christian Fechner, leur premier manager.

L’histoire du groupe commence au début des années 60, dans une fac parisienne, quand Jean Sarrus et Rachid Mouari rencontrent Gérard Rinaldi et décident de fonder un groupe avec quelques copains de fac. On est alors au début des années rock’n roll et les petits groupes éclosent un peu partout. Pour le nom, ce sera "Les Rebelles" : en effet Rachid a récupéré les affiches d'une formation ainsi nommée qui ne s'est finalement jamais montée…

Ils se font remarquer comme de bons musiciens, même si c’est davantage en tant qu’accompagnateurs de vedettes qu’en tant que véritable groupe qu’ils percent. D’ailleurs le batteur et troisième membre du trio initial, Rachid, les quitte pour accompagner la tournée de France Gall. La formation essayera de nombreux musiciens avant d’arriver à sa configuration définitive, certains d'entre eux comme Donald Rieubon, qui restera longtemps leur batteur attitré, assurant une part importante des concerts. Avec les galas et les changements de membres, le nom évolue lui aussi. Après les « Rebelles » ils seront les « Tarés ». Un soir, ils croisent dans une salle un musicien qui assure au pied levé les éclairages pour son groupe. Pour camoufler le fait que son lead singer chante comme une casserole, il éteint la lumière sur lui pour qu'on l'oublie !! C'est Gérard Filippelli, qu'ils débauchent aussitôt. Puis dans un magasin de musique, c'est Luis Rego qui vient de fuir le Portugal et qui devient le troisième guitariste. Il a en plus un ami organiste et sait où trouver une salle pour répéter. Le début des problèmes : leur premier disque avec Donald Rieubon au centre. On est encore loin du comique. Néanmoins, les « Tarés » n’est qu’un groupe de rock comme tant d’autres et se cherche encore une personnalité pour sortir du lot. Ils changent encore de nom pour devenir les « Problèmes » et sortent leurs premiers disques. Désormais, ils tournent beaucoup et commencent à se faire connaître.

Ils sont alors repérés par un jeune producteur ambitieux, Christian Fechner, qui les signe et qui les associe à un jeune anticonformiste prometteur qui débute, Antoine. Avant d'être l'opticien en chemise à fleurs que nous connaissons aujourd'hui, Antoine est une sorte de Dylan rigolard à cheveux longs qui, dans ses Elucubrations, brocarde la France gaullienne, en voulant mettre la pilule en vente libre à Monoprix et Johnny en cage au cirque Medrano. Les Problèmes jouent les musiciens d’accompagnement tout en multipliant les délires sur scène. Le succès est au rendez-vous et ils triomphent à l'Olympia. Là encore, l'ambiance en concert s'avère assez vite orageuse, les fans d'Hallyday ayant décidé de casser la gueule de ceux qui ont manqué de respect à leur idole. Les "Anti-Antoine" sont frénétiques : à Fréjus, une bombe est même lancée sur la scène. Heureusement elle fait long feu. La guéguerre avec Hallyday finira par se calmer assez vite. On parlera même d’un film commun basé sur « Lucky Luke » où les Charlots auraient pu jouer les Daltons. Lors de vacances au Portugal, la police de Salazar se rappelle aux bons souvenirs de Luis et vient l'arrêter pour désertion. Le reste du groupe entame une campagne de soutien en écrivant une « Ballade à Luis Rego, prisonnier politique » qui rencontre un vrai écho dans le public. Rego sera finalement libéré.

Avec le succès, Fechner leur dégotte un bien beau cadeau : la première partie des Rolling Stones en tournée française. C'est une période particulièrement rock'n roll dans l'existence des futurs Charlots qui découvrent le mode de vie de Jagger et sa bande : alcool, drogues et concerts chauds bouillants se transformant en pugilat général… En Corse, en plein concert, Jagger se ramasse d'ailleurs une chaise lancée initialement en direction du groupe et termine en sang. Fechner en profite pour en rajouter dans la promo en les présentant comme étant le seul groupe de rock français star en Angleterre. Ils en profitent pour faire quelques concerts à l'étranger.

Le déclic du comique viendra justement au Canada en voyant un concert des « Brutos », un groupe italien où officie un Aldo Maccione encore inconnu. Entourant un chanteur beau gosse, les musiciens multiplient les pitreries et les délires, transformant le concert en véritable show. Cela donne l'idée à Fechner de les pousser vers cette voie. Dans le même temps, le groupe commence à acquérir une personnalité propre en dehors de l'accompagnement d'Antoine. C'est lors d'une émission de radio d'Edouard, célèbre animateur de l'époque, qu'ils se font vraiment connaître comme groupe comique : partant sur un délire, Gérard se met à parodier l'un des tubes d'Antoine, « Je dis ce que je pense et je vis comme je veux », qui devient « Je dis n'importe quoi, je fais tout ce qu'on me dit » avec l'accent berrichon. Phil s'empare d'un accordéon présent dans le studio pour accompagner les guitares, les autres membres découvrant pour l'occasion que celui-ci a été premier prix d'accordéon dans son enfance !. Fechner comprend vite qu'il y a là un vrai potentiel à exploiter. Le succès est énorme. S'ils restent « Les Problèmes » quand ils accompagnent Antoine, ils deviennent « Les Charlots » quand ils jouent en solo et se lancent désormais franchement dans le rock comique. Les textes oscillent entre la pochade premier degré (« Paulette la reine des paupiettes ») et la satire doucement vacharde (« Merci Patron »). Leur grand truc étant la parodie des chansons des autres (« Les Play boys » de Dutronc devenant « Les Play Bois »). Ils jouent dans un premier temps affublés de cagoules, tant que personne ne sait encore que Problèmes et Charlots ne font qu’un puis dès que le pot aux roses est révélé, ils se griment en Beatles, avec de préférence une frange qui leur tombe franchement sur les yeux, et assurent à la fin des années 60 des tournées marathons de plus de 300 dates par an. Cette ambiance débridée et une blessure suite à un jet de projectile lors d'un concert houleux ont raison de Donald, leur batteur. Pour le remplacer, Christian Fechner propose les services de son frère Jean-Guy, qui intègre le groupe. Il devient néanmoins difficile de mener les deux groupes de front.

Leur arrivée au cinéma se fait un peu par hasard. Le masseur de la femme d'un de leurs musiciens d'accompagnement connaît un producteur de cinéma, Michel Ardan, qui apprécie les performances des Charlots (ils font rire ses enfants !) et aimerait les avoir pour un film. Après s'être rencontrés, le courant passe et le projet « La Grande Java » se met en place. Très vite, sous l'impulsion de Christian Fechner qui flaire le bon filon, la participation des Charlots évolue : au départ limités à un numéro musical, il apparaît vite que leur personnalité en font les co-vedettes obligées aux côtés de Francis Blanche. Pour finaliser le projet se met en place un genre de dream team : le débutant Claude Zidi au scénario et rien moins que Philippe Clair à la réalisation. Ce dernier est d'ailleurs décrit par Jean Sarrus dans ses mémoires comme une sorte de bulldozer cinématographique totalement incontrôlable mais tellement chaleureux et sûr de son fait qu'on ne pouvait rien lui refuser. Le résultat est un Philippe Clair pur jus, film délirant et outrancier où tout le monde est en roue libre mais où finalement les Charlots sont parfaitement à leur place. Le film ayant remporté un succès modeste mais réel, ils signent pour deux autres films et embrayent sur un deuxième projet dont ils sont les vedettes uniques, cette fois-ci réalisé par Zidi lui-même : « Les Bidasses en Folie ». Pour limiter les risques au box office, les résultats sont couplés à deux autres productions plus sérieuses avec Jacques Brel, « Les Assassins de l'Ordre » et « Franz », histoire de partager les pertes éventuelles. Au final, c’est lui qui va renflouer les deux autres. Le film est d'ailleurs assez largement inspiré des difficultés qu'ils ont réellement rencontré lorsqu'ils tentèrent quelques années plus tôt de se faire réformer pour éviter l'armée, alors qu'ils étaient musiciens débutants. Au passage, ils se retrouvent lors d'une scène en compétition dans un radio crochet face aux Martin Circus qui interprètent leur succès "Je m’éclate au Sénégal".

Contre toute attente « Les Bidasses en Folie » est un triomphe au box office. Malgré des critiques assassines (une constante pour tous les films des Charlots), le film fait un score pharaonique de 7 millions d'entrée en France et rafle encore 5 millions de spectateur à l'étranger. C'est le moment où Luis annonce au reste du groupe qu'il voudrait prendre du champ pour se consacrer à ses propres projets et ne veut plus participer aux disques et aux concerts. Il veut bien continuer les films, mais plus les tournées. Et puis il veut s'investir dans autre chose que du comique pour gosses. Comme il le dira plus tard: « Les autres allaient un peu trop dans le sens de celui qui mettait l'argent sur la table. » Une attitude jugée inacceptable par le reste du groupe, qui désormais continuera à quatre. Luis poursuit sa carrière de son côté, participant pour commencer à quelques films haut de gamme comme, hum… « Le Führer en Folie » de Philippe Clair, avant d'obtenir la reconnaissance avec « Les Bronzés » et l'émission de radio « Le Tribunal des Flagrants Délires » où, en avocat ibérique faussement endormi, il doit sauver la tête des invités face au redoutable procureur Pierre Desproges. De très grands moments radiophoniques.

Les Charlots continuent à enchaîner d'un côté les concerts et de l'autre les films. Fechner, roublard, revend les droits cinématographiques du groupe à Claude Berri alors qu'il doit encore un film à Ardan. L'affaire se termine au tribunal au bénéfice de Fechner et Berri. Les films s'enchaînent : « Les Fous du Stade » (un terme, les fous, qui va servir à les désigner dans de nombreux pays), puis « Le Grand Bazar », « Les Charlots font l'Espagne », « Les Bidasses s’en vont en Guerre ».

Gérard, qui s’est raconté à travers des interviews, avoue que son meilleur souvenir était un voyage en Inde où ils ont eu la surprise de découvrir qu'ils étaient de véritables stars au point que leurs apparitions publiques déclenchaient des émeutes. Pour le reste, la vie des Charlots c'était surtout les voyages interminables en bagnole pour se rendre aux concerts pendant lesquels il leur arrivait de péter les plombs. C'est là qu'ils auraient eu la plupart de leurs idées délirantes pour les chansons et les films. Les films marchent, même s'ils s'apparentent plus à une suite de sketchs où les gags s'enchaînent dans une bonne humeur potache qu'à un véritable scénario construit. Le schéma est à peu près toujours le même : les Charlots partent à la recherche de la fiancée de Gérard ou viennent en aide à un ami et en profitent pour semer le désordre face aux institutions. Ainsi, dans « Le Grand Bazar », ils prennent fait et cause pour un petit commerçant face à un supermarché tentaculaire. Leurs films reflètent aussi une synthèse de l'esprit baba cool soixante-huitard, avec un monde rural franchouillard un peu poujadiste très camembert-baguette, désemparé par une modernité déshumanisante. C'est bien simple : s’ils tournaient encore aujourd'hui, ils viendraient en aide à José Bové.

Alternant frénétiquement les fêtes, les tournées et les films, les Charlots ne font pas vraiment attention à la qualité de ce qu’ils tournent, d’autant qu’ils n’écrivent pas leurs scénarios et que l’important pour eux reste la musique. Coluche, de passage sur le plateau du « Grand Bazar », les mets en garde. Soyez plus sélectifs et faites attention à ce que vous signez. Pourtant, des projets plus intéressants commencent à arriver. « Les Charlots dans l’Espace » sur une idée de Guy Lux (O.K. c’est pas forcément un meilleur concept, mais quel film ça aurait été !) et surtout une rencontre avec Louis de Funès qui les apprécie. Sous l’égide de Claude Berri, on commence à parler d’un film commun. C’est le projet « Merci Patron » qui finit par échouer à cause des prétentions financières de Christian Fechner. Ils recrutent un nouvel agent pour gérer leur carrière, André Bézu (oui, celui de « La Classe »). Malheureusement pour eux, Bézu sera un peu leur mauvais génie. Stars du box office, les Charlots s’offrent quelques caméos surprises sur des productions amies, comme « Je ne sais rien mais je dirais tout » de Pierre Richard et surtout entament de plus gros projets, « Les Charlots Mousquetaires » coupé en deux films, puis « Bons Baisers de Hong Kong ». De gros films bénéficiant de budgets élevés et de campagnes publicitaires importantes. Au passage, il y a un aspect de la vie des Charlots que Jean Sarrus aborde ouvertement dans son livre, c'est la drogue. Héritage des années 60, les Charlots sont des fêtards invétérés. Ainsi, pour le noël de l'Elysée qu'ils animent en 73, invités par le Président Pompidou, ils reçoivent en cadeau une boîte à su…

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