Introduction
Pierre Hourcade (1908-1983) fut une figure marquante de la culture portugaise en France. Son parcours exceptionnel l'a mené de l'École Normale Supérieure à des postes clés dans les Instituts français à l'étranger, notamment au Portugal, au Brésil et au Mexique. Il a contribué de manière significative à la diffusion de la littérature et de la culture portugaise en France, tout en menant une carrière diplomatique bien remplie.
Parcours Biographique
Pierre Hourcade est né le 6 août 1908 à Châlons-sur-Marne. Après des études littéraires brillantes, il intègre la rue d’Ulm en 1927. C'est là qu'il est approché par Léon Bourdon et Georges Le Gentil, qui lui proposent de se spécialiser en études portugaises. Il accepte cette proposition et reçoit une bourse pour effectuer son DES (Diplôme d’Études Supérieures) à Coimbra, avec un sujet portant sur « Guerra Junqueiro et les problèmes des influences françaises dans son œuvre ».
Ce premier séjour au Portugal l'encourage à postuler pour un poste de lecteur de français à la faculté des Lettres de Coimbra, qu'il occupe en 1931-1932. En 1932, il réussit l'agrégation de lettres classiques. Après son service militaire, il est nommé lecteur à la faculté des Lettres de Lisbonne pour un an.
En 1935, il est envoyé à São Paulo, où il enseigne la littérature française dans la jeune faculté de Philosophie jusqu’en 1938. À son retour, il devient directeur de l’Institut français de Porto, de création récente. À partir de 1941 et jusqu’en 1962, il dirige l’Institut français de Lisbonne, tout en étant attaché culturel de la mission diplomatique française au Portugal.
En 1962, le ministère des Affaires étrangères le nomme directeur de l’Institut français d’Amérique latine et attaché culturel de l’ambassade de France au Mexique. Il a alors 54 ans. Il prend sa retraite en 1973, après avoir terminé sa carrière à Ankara comme conseiller culturel et de coopération technique. Retiré à Aix-en-Provence, il se consacre à nouveau aux études portugaises, assurant même un enseignement à l’université. Il disparaît le 3 février 1983, à l’âge de 75 ans.
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Un Acteur Clé de la Diffusion de la Culture Portugaise
Dès le début de sa carrière, Pierre Hourcade a eu l'opportunité de fréquenter la génération de Presença, notamment José Régio, Adolfo Casais Monteiro et João Gaspar Simões. Ces rencontres lui ont permis de tisser des liens étroits avec des figures majeures de la littérature portugaise, comme Fernando Pessoa, qu'il rencontre dès 1930.
Grâce à ses contacts, Pierre Hourcade s'est révélé être un infatigable ambassadeur de la culture portugaise en France. De 1931 à 1936, il contribue aux Cahiers du Sud avec une série de chroniques et de comptes rendus sur la littérature portugaise et brésilienne, s'efforçant de promouvoir la poésie portugaise. Il traduit ainsi des textes de Caeiro et de Campos. Plus tard, dans le Bulletin des Études portugaises, dont il s'occupait personnellement, il dialogue avec João Gaspar Simões et Jacinto do Prado Coelho au sujet de Pessoa. C'est également dans ce bulletin qu'il publie un panorama du modernisme littéraire au Portugal, ainsi que des articles sur Eça de Queirós et Machado de Assis. Il a favorisé la création du Bulletin d’Histoire du Théâtre portugais, mis en place par Revah en 1950 et qui parut jusqu’en 1954.
Bibliographie: Un Aperçu de son Œuvre
La bibliographie de Pierre Hourcade témoigne de l'étendue de ses connaissances et de son engagement envers la culture portugaise. Outre ses recherches personnelles, on dispose de la liste établie par Paul Teyssier et des titres répertoriés par les bibliothèques.
La liste de Paul Teyssier comprend 45 titres, dont :
- 5 articles publiés dans les Cahiers du Sud, parmi lesquels « Défense et illustration de la poésie portugaise vivante » (1931) et « Brève introduction à Fernando Pessoa » (1933).
- 11 articles parus dans le Bulletin des Études portugaises, tels que « Panorama du modernisme littéraire en Portugal » (1931) et « À propos de Fernando Pessoa » (1951).
- 3 contributions à Colóquio-Letras, dont « Hommage à Branquinho da Fonseca » (1975).
- 3 articles publiés dans Europe, notamment « Le Brésil de Cendrars : mythe et réalité » (1976).
D'autres études ont été publiées dans diverses revues telles que Contacts, Revista da Faculdade de Letras, Revue de Littérature Comparée, Biblos, Ygdrassill, Journal des poètes et Brasilia. Certaines de ces études, ainsi que des inédits, ont été regroupées et traduites en portugais dans un volume intitulé Temas de literatura portuguesa (1978). Cet ouvrage comprend un panorama général de la littérature portugaise, des articles dérivés de son DES sur Guerra Junqueiro, un essai sur « Eça de Queirós visto por un leitor francês de hoje » et des études sur Fernando Pessoa.
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Il faut également mentionner ses traductions, dont celle de Jubiabá de Jorge Amado, ainsi que ses contributions qui ne concernent pas la culture portugaise.
Deux axes principaux se dégagent de l'ensemble de son œuvre : la poésie, notamment autour de Pessoa et du modernisme portugais et brésilien, et le XIXe siècle, centré sur le romantisme et la génération de 1870.
Autres Contributions et Activités
La Bibliothèque nationale de Lisbonne recense d'autres éléments qui témoignent de l'activité variée de Pierre Hourcade. Parmi ceux-ci, on trouve une traduction de Salazar intitulée Le Portugal et la crise européenne (Paris, Flammarion, 1940), ainsi que diverses préfaces à des œuvres de Gil Vicente, Campos de Figueiredo et Camoens. Il a également collaboré avec Paulette Demerson à la traduction du roman de Namora, O Trigo e o Jóio, sous le titre Le bon grain et l’ivraie (1952). De plus, un article intitulé « Quelques aspects de la critique sociale dans Os Maias » a été retrouvé dans les volumes d'Arquivos et publié à titre posthume en 1983.
Pierre Hourcade était donc une personnalité multiforme, exerçant les fonctions de diplomate, d'enseignant, de chercheur, d'essayiste, de critique, de conférencier, de traducteur, de préfacier et d'animateur de revues. Son activité diplomatique, selon Paul Teyssier, impliquait des responsabilités de gestion, d'enseignement et de recherche, ainsi que de nombreux voyages à Paris pour maintenir le contact avec le "Département".
Temas de Literatura Portuguesa: Au Cœur de sa Vocation
Bien que l'ensemble de l'œuvre de Pierre Hourcade soit important, l'ouvrage Temas de Literatura Portuguesa occupe une place particulière. Dans la préface, Hourcade révèle le secret de sa vocation : c'est en lisant un Divertissement Philologique de Valery Larbaud, publié en 1927 dans la Nouvelle Revue Française, qu'il a été séduit par la saveur de la langue portugaise. Il rend ensuite hommage à Léon Bourdon, Georges Le Gentil, Joaquim de Carvalho et Joâo Gaspar Simões pour leur aide, avant de souligner l'importance décisive de sa découverte de Pessoa et de ses hétéronymes.
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Analyses et Réflexions
Outre Temas de Literatura Portuguesa, d'autres écrits de Pierre Hourcade permettent de mieux cerner sa pensée et ses préoccupations. Sa Chronique de l’actualité littéraire de 1940 analyse des œuvres de João Gaspar Simões, Castro Soromenho et Manuel Anselmo. Ses Réflexions sur quelques études critiques portugaises, publiées en 1938, offrent des notes de lecture sur des publications d'Hernâni Cidade, Rodrigues Cavalheiro, José Bacelar, Sant’Ana Dionísio et Joâo Gaspar Simões. Ces réflexions témoignent de sa capacité à engager un dialogue critique avec les intellectuels portugais de son époque.
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