Introduction
La sexualité humaine est un domaine complexe, façonné par des interactions entre les sexes et des influences sociales. Cet article explore la sexualité gay, en se concentrant sur les scripts sexuels, les pratiques et les représentations qui la caractérisent. Il examine comment les hommes gays naviguent dans leurs attentes et conceptions de la sexualité, qui sont en partie déterminées par leur socialisation masculine. L'article aborde des sujets tels que la pénétration anale, l'exclusivité sexuelle, la réciprocité et les préoccupations liées au sida.
La Sexualité Humaine et les Scripts Sexuels
La sexualité est une activité physique qui implique des corps. Les hommes et les femmes sont porteurs de représentations liées à leur sexe, leur appartenance sociale, leur génération et leurs convictions religieuses. Ces facteurs influencent leurs pratiques sexuelles. Les expériences sexuelles s'appuient sur des récits reçus et élaborés au cours de la socialisation, marqués par le modèle de la sexualité hétérosexuelle monogame et pénétrative.
John Gagnon et William Simon ont distingué trois types de scripts sexuels :
- Scripts culturels : Représentations collectives énonçant des possibles et des interdits.
- Scripts intrapsychiques : Élaboration de séquences narratives et de fantasmes sexuels basés sur d'autres scripts et expériences biographiques.
- Scripts interpersonnels : Négociations et évolutions issues de la rencontre d'individus aux perceptions et expériences diverses.
Ces scripts intègrent l'identité sexuée des acteurs. Dans un couple hétérosexuel, les rapports de sexe s'appuient sur une évidence biologique : un homme et une femme sont physiologiquement différents. L'identité sexuée se construit sur le donné biologique, même si être né de sexe masculin ou féminin ne suffit pas à faire d'un individu un homme ou une femme.
La Sexualité Gay : Défis et Adaptations
Comment la sexualité s'organise-t-elle lorsqu'elle réunit deux personnes de même sexe, en l'occurrence deux hommes ? Comment ces hommes composent-ils avec leurs attentes et leurs conceptions en matière de sexualité, attentes et conceptions en partie déterminées par une socialisation masculine avec laquelle elles ne sont a priori pas immédiatement compatibles ? Afin d’éclairer ces questions, nous porterons d’abord notre attention sur une pratique sexuelle qui, si elle n’est pas systématiquement mise en œuvre par tous nos interlocuteurs, se trouve associée à des représentations particulièrement marquées par une certaine conception du masculin et, a contrario, du féminin : la pénétration.
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Les gays sont à la confluence de scripts culturels généraux qui valorisent l’exclusivité sexuelle dans le cadre d’une relation conjugale, et d’autres scripts, plus spécifiques au monde masculin - et au monde gay en particulier -, qui valorisent au contraire une sexualité plurielle et une multiplicité de partenaires.
La Pénétration au Cœur de la Masculinité
L'activité sexuelle ne se résume pas à l'acte de pénétration. D'autres pratiques sont rapportées par les répondants aux différentes enquêtes existantes. À cet égard, les homo-bisexuels déclarent un répertoire de pratiques plus diversifié que les hétérosexuels. Cette variété s'ajoute à l'observation d'un plus grand nombre de partenaires et d'une plus grande fréquence de rapports sexuels. Les gays en couple interviewés témoignent également, pour ceux qui se sont exprimés sur ce point, de pratiques diverses. La focale sera cependant réglée sur la pénétration anale à cause de l'analogie parfois faite par mes interlocuteurs avec la pénétration vaginale, et de sa charge symbolique résultant d'une forme particulière de mise en scène du rapport entre le masculin et le féminin.
Une pratique largement partagée mais non systématique
D’après les résultats de l’enquête Presse gay, le nombre de répondants qui déclarent ne pas pratiquer la pénétration anale avec un partenaire stable est en diminution constante depuis 1997 : 11,3 % en 1997, 10,4 % en 2000 et 7,4 % en 2004. Si le nombre de répondants déclarant ne pas la pratiquer avec des partenaires occasionnels baisse également, les scores sont toutefois légèrement plus élevés : 15,6 % en 1997, 12 % en 2000, 12,3 % en 2004. Ces résultats fournissent deux informations intéressantes pour notre sujet. D’une part, même si les écarts ne sont pas absolument spectaculaires, l’inscription dans une relation stable semble être un facteur de mise en pratique de la pénétration anale. Sans toutefois parler de conjugalité, la stabilité d’une relation, dont on peut penser qu’elle est liée à une inscription dans la durée même s’il est difficile de la définir avec précision, pourrait être un facteur d’extension du répertoire sexuel. Si on adopte un autre point de vue, on peut également penser qu’avec l’inscription dans la durée, la relation sexuelle entre deux hommes se rapproche du scénario-type de la séquence sexuelle entre un homme et une femme, qui associe à cette séquence l’activité de pénétration.
Il est d'abord utile de préciser que si tous mes interlocuteurs ont accepté dans un premier mouvement de répondre aux questions qui pouvaient paraître les plus intimes, beaucoup ont ensuite évoqué leur sexualité de manière allusive. Nous pouvons en tirer un premier enseignement : malgré l'idée communément admise que les gays seraient sexuellement plus libérés, la sexualité et les pratiques sexuelles surtout restent pour les hommes que nous avons interviewés des questions intimes. Sans doute imaginent-ils que dévoiler cette part de leur vie conjugale reviendrait à s'exposer dangereusement.
Douze des hommes qui ont participé à notre enquête ont déclaré qu'ils ne pratiquaient pas la pénétration anale. Nous l'avons vu, les statistiques révèlent que seulement 7,4 % des hommes interrogés en 2004 déclaraient ne pas compter cette pratique dans leur répertoire sexuel conjugal : elle est donc massivement pratiquée, même si elle n'est pas mise en œuvre au cours de chaque relation sexuelle. Comme le dit Jean-Baptiste (38 ans, conseiller social), elle n'a pas un caractère automatique et la sexualité peut être investie de diverses manières. Nos enquêtés évoquent la fellation, la masturbation réciproque, l'anulingus. L'enquête Presse gay 2004 révèle que la fellation est partagée par la quasi-totalité des répondants, que ce soit dans le cadre d'une relation stable (99 %) ou d'une relation occasionnelle (98 %). L'anulingus est pratiqué souvent ; il l'est même à chaque relation sexuelle par 58 % des répondants ayant une relation stable, et par 41,3 % de ceux ayant des relations occasionnelles.
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Simon (28 ans, chef de projet informatique), en couple depuis trois ans avec Bruno (32 ans, cadre), rapporte que son compagnon pense que l'acte de pénétration est l'acte d'amour par excellence et que tous les couples qui s'aiment, hétérosexuels comme homosexuels, la pratiquent. Nous l'avons vu, cette pratique n'est pas systématique pour les couples gay. Néanmoins, Bruno adhère ainsi parfaitement aux représentations largement partagées de la sexualité conjugale hétérosexuelle. À l'instar de la pénétration vaginale que les femmes hétérosexuelles considèrent comme « la manifestation la plus concrète du lien et du rapprochement des partenaires », la pénétration anale est en effet perçue par nombre de gays comme une pratique étroitement liée au sentiment amoureux, ou du moins réservée au partenaire régulier. Cependant Simon dit n'avoir aucun attrait pour la sodomie, bien au contraire, et ne pas vouloir de cette pratique, quelle que soit la position (insertive/active ou réceptive/passive) qu'il occuperait. Simon et Bruno font donc l'amour sans pratiquer la pénétration ; et sans doute cela leur convient-il, même si Bruno aimerait aller plus loin. Cela n'est jamais, semble-t-il, un objet de dispute ; ils continuent simplement d'en discuter, Simon campant sur ses positions et Bruno espérant qu'avec le temps, il aura la curiosité d'essayer. Peut-être Simon voit-il dans la pénétration anale un rapport de domination peu compatible avec l'idée qu'il a d'une relation de couple harmonieuse et équilibrée. Mais il semble que sa répulsion pour cet acte trouve également une explication dans les représentations communes de l'anus dans notre société et dans sa propre perception de la saleté. Au même titre que les sécrétions qui s'en échappent, les orifices naturels, et l'anus en particulier, peuvent être perçus comme source de pollution. Deux hommes ont également sous-entendu que certaines pratiques sexuelles ou leur aboutissement pouvaient leur évoquer une certaine forme de saleté. Ainsi, Nicolas (36 ans, acteur), en couple depuis onze ans avec Bertrand (40 ans, fonctionnaire), pratique la fellation mais ne laisse jamais son partenaire jouir dans sa bouche. Il répugne d'ailleurs assez à être en contact avec le sperme. Il considère que « c'est dégueulasse ». Un autre élément peut aussi expliquer la réticence parfois ressentie à pratiquer la pénétration anale, et en particulier à se faire pénétrer. Jean-Baptiste remarque en effet que, pour ce qui le concerne, si la pénétration n'a pas un caractère systématique et s'il a pu éprouver parfois quelque hésitation à la pratiquer, sa peur du sida n'y est certainement pas étrangère.
Du fait des représentations dont elle est l’objet et de sa place centrale dans les représentations générales de la sexualité, la pénétration (anale en l’occurrence) semble, pour une majorité des quarante-sept informateurs qui déclarent la pratiquer, non pas réservée mais étroitement associée à la relation amoureuse. Certains ont leur préférence pour une position insertive ou réceptive ; ils ont alors dû le faire savoir à leur partenaire qui a été, en fonction de ses propres goûts, plus ou moins conciliant. Quelques-uns sont adeptes d’une interchangeabilité des rôles, à l’image, disent-ils, de l’équilibre de leur relation amoureuse. D’autres aimeraient expérimenter une autre position que celle qui leur est attribuée systématiquement dans l’acte de pénétration, à savoir la position réceptive ; ils ont alors entamé des négociations de longue haleine avec leur compagnon peu enclin à être passif, ne serait-ce que de temps en temps.
L’importance de l’interchangeabilité des rôles
Un mot revient souvent dans les propos de mes informateurs relatifs à leurs attentes dans le domaine de la sexualité : la réciprocité. Ils semblent avoir complètement intériorisé cette norme largement répandue qui, à l’image du « troc des orgasmes », constitue un critère présidant à leur vie de couple dans son ensemble, même si dans les faits de la vie conjugale, cette norme est diversement mise en application. Les pratiques sexuelles conjugales sont marquées par la norme égalitaire, dont n’est exclue que la sodomie. Par exemple olivier (30 ans, ingénieur) préfère pratiquer la sodomie insertive et François (30 ans, informaticien), la sodomie réceptive : ils n’inversent donc jamais cette position et cela leur convient, d’autant plus qu’ils ont par ailleurs une relation plutôt égalitaire. Comme les hétérosexuels aujourd’hui, les gays en couple ne sont pas forcément attachés à l’orgasme simultané ; la réciprocité peut donc être différée. Cela dit, la plupart restent attachés à l’attention réciproque aux désirs de l’autre. Elle peut s’exprimer dans des pratiques mutuelles simultanées ou différées, le rapport bucco-génital simultané étant souvent présenté comme la pratique la plus égalitaire.
Bernard (42 ans, créateur d'entreprise), lorsqu'il rencontre Yves (37 ans, commerçant), attend une histoire d'amour plus sereine que la précédente, qui s'inscrive dans le temps et dans la réciprocité. Il n'a jamais vécu en couple, mais sa précédente relation a duré un an ; une relation dont il dit avec le recul qu'elle n'a pas été satisfaisante « parce qu'elle était à sens unique ». La réciprocité amoureuse à laquelle pense Bernard trouve une illustration particulière dans le champ des pratiques et des positions sexuelles. À l'occasion de notre deuxième entretien, Bernard me confie que sa préférence va à la position réceptive dans l'acte de pénétration. Toutefois, il est important pour lui de ne pas être cantonné dans ce rôle et, à cet égard, sa « sexualité naissante » avec Yves a été déterminante ; elle a inauguré une sexualité conjugale « indispensable à l'existence du couple » et a même été « entièrement consacrée à la construction du couple » au début de la relation. La première nuit passée avec Yves a été l'occasion d'établir des règles et de jeter les fondements de leur sexualité conjugale à venir : ils ont été tour à tour « actifs et passifs », selon les termes utilisés par mes interlocuteurs.
Exclusivité Sexuelle et Conjugalité
Les gays sont tiraillés entre les scripts culturels valorisant l'exclusivité sexuelle dans le mariage et ceux promouvant une sexualité plurielle. Les couples gays gèrent la question de l'exclusivité sexuelle, souvent perçue comme une norme dans les relations amoureuses, malgré les infidélités signalées dans les enquêtes.
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Sida, Prises de Risques et Prévention
Les problèmes liés au sida, aux prises de risques et aux pratiques de prévention permettent d'approcher la manière dont les hommes interrogés se représentent la conjugalité et la relation amoureuse.
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