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Frida Kahlo : Biographie d'une icône mexicaine, entre douleur et avortement

Frida Kahlo, artiste incontournable du XXe siècle, est bien plus qu'une simple peintre. Elle est un symbole nationaliste de son pays, une figure emblématique du féminisme, et une source d'inspiration pour des générations. A travers ses autoportraits poignants, elle a transformé ses douleurs physiques et émotionnelles en un art puissant et universel. Explorant des thèmes tels que le deuil, la mort, l'amour, et la condition féminine, Frida Kahlo a défié les conventions et a affirmé son identité avec une force inébranlable.

Une Maison Bleue chargée d'histoire

La Casa Azul, située dans le quartier bourgeois de Coyoacán, au sud de Mexico, est le lieu de naissance et de mort de Frida Kahlo. Elle y a passé son enfance, grandissant au sein d'une famille de quatre filles. Bien que sa date de naissance officielle soit le 6 juillet 1907, elle la fit changer en 1922 pour le 7 juillet 1910, année du début de la révolution mexicaine, marquant ainsi son identification profonde avec son pays. Après sa mort le 13 juillet 1954, la Maison Bleue a été transformée en un musée dédié à sa vie et à son œuvre, rempli de peintures et d'objets d'art qui témoignent de son attachement à la culture mexicaine.

Une santé fragile, un esprit indomptable

La vie de Frida Kahlo fut marquée par la souffrance physique dès son plus jeune âge. À six ans, elle contracte la poliomyélite, une maladie infectieuse aiguë qui entraîne une atrophie de sa jambe droite et un arrêt de la croissance de son pied. Elle dissimulait cette infirmité sous de longues jupes. Puis, en 1925, à l'âge de 19 ans, elle est victime d'un grave accident de la route, alors qu'elle était passagère d'un autobus. Cet événement traumatisant la laisse avec de nombreuses fractures et la contraint à rester alitée pendant de longs mois, subissant de multiples opérations. Au cours de sa vie, Frida Kahlo subira 32 interventions chirurgicales et portera 28 corsets différents pour soutenir sa colonne vertébrale, atteinte de la malformation spina bifida. Un an avant sa mort, son état de santé se détériore et elle subit l'amputation de sa jambe, une période qu'elle considéra comme la plus douloureuse de sa vie.

Une vocation scientifique contrariée

Passionnée par l'art grâce à son père photographe, Frida Kahlo n'envisageait pas initialement une carrière artistique. Admise à la prestigieuse Escuela Nacional Preparatoria, elle s'intéressait aux sciences naturelles et souhaitait devenir médecin. Elle faisait partie des 35 filles admises dans cet établissement composé de 2000 élèves. Cependant, l'accident d'autobus la contraint à abandonner son rêve. C'est pendant cette période qu'elle se tourne vers la peinture, l'utilisant comme un moyen cathartique d'exprimer sa douleur. Des chevalets lui sont placés sur les genoux ou suspendus au-dessus du lit, lui permettant de peindre sans bouger.

La rencontre avec Diego Rivera : un amour passionnel et tumultueux

En 1928, Frida Kahlo rencontre Diego Rivera, célèbre peintre muraliste mexicain, alors qu'il travaille à l'école de la jeune femme. Impressionné par son talent, Rivera déclare : « Elle possédait une sincérité plastique fondamentale et une personnalité artistique propre. Ses œuvres véhiculaient une sensualité vitale encore enrichie par une faculté d'observation impitoyable, quoique sensible. » Malgré leurs 21 ans d'écart, Frida Kahlo épouse Diego Rivera en 1929. Leur relation passionnée mais houleuse sera marquée par des infidélités de part et d'autre, dont une liaison de Frida avec Léon Trotsky.

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Un engagement féministe et politique

Inscrite au Parti communiste à l'âge de 21 ans, Frida Kahlo est connue pour son combat pour l'émancipation des femmes dans une société mexicaine encore profondément machiste. Bisexuelle, Frida Kahlo aspirait à la liberté. Élevée dans une famille athée, elle se démarque dès son plus jeune âge dans une société catholique. A travers son art, elle évoque les injustices subies par les femmes : avortement, patriarcat, sexualité. Elle utilisait même son fameux mono-sourcil comme une arme contre les pressions sociales et les injonctions esthétiques imposées aux femmes. Artiste éprise des bonheurs simples, elle était aussi épicurienne et n'hésitait pas à se faire photographier en tenue masculine, un verre de tequila à la main et une cigarette aux lèvres. Ces clichés anticonformistes pour l'époque ont contribué à sa réputation scandaleuse.

Frida à Paris : une expérience mitigée

Suite à sa rencontre avec André Breton, Frida Kahlo est invitée à Paris pour participer à l'exposition Mexique organisée à la galerie Renou et Colle. Malgré son dégoût pour la capitale française, qu'elle qualifie de sale et prétentieuse, elle reçoit une paire de boucles d'oreilles en forme de mains d'ivoire de Picasso, le Louvre lui achète l'un de ses autoportraits et Elsa Schiaparelli crée une robe en son honneur : la Madame Rivera.

Un rejet du surréalisme

Frida Kahlo a toujours rejeté l'étiquette surréaliste, expliquant que ses peintures sont autobiographiques et ne s'inspirent pas de l'inconscient et des rêves, contrairement aux œuvres des surréalistes. Chaque douleur physique et mentale se reflète dans ses tableaux.

L'avortement : un thème récurrent dans l'œuvre de Frida Kahlo

L'incapacité de Frida Kahlo à mener une grossesse à terme et son expérience de l'avortement sont des thèmes récurrents dans son œuvre. Son corps brisé par l'accident de bus l'empêche de porter un enfant, une souffrance qu'elle exprime à travers des tableaux poignants.

Une des œuvres les plus marquantes sur ce thème est "Henry Ford Hospital" (1932). Ce tableau représente Frida Kahlo allongée sur un lit d'hôpital, le ventre ensanglanté, après une fausse couche. Autour d'elle, flottent des symboles de sa douleur : un fœtus, un escargot (représentant la lenteur de la vie), une orchidée (symbole de sexualité), un bassin brisé et une machine. Ce tableau est une représentation brute et réaliste de la souffrance physique et émotionnelle liée à la perte d'un enfant.

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Dans une lettre à son ami le docteur Eloesser, Frida Kahlo exprime sa peur d'avoir un enfant, craignant que cela ne perturbe ses projets professionnels et ses voyages avec Diego Rivera. Elle demanda alors à son médecin de provoquer un avortement, mais la tentative échoua. Son comportement irresponsable pendant sa grossesse, comme prendre des leçons de conduite et sortir beaucoup, témoigne d'un désir ambigu d'avoir un enfant.

Margaret Lindauer suggère que Frida Kahlo a pu simuler son désir d'être mère pour se conformer aux codes moraux et sociaux de son époque. Elle écrit : "Kahlo est considérée comme un traître qui fait passer impétueusement ses caprices personnels avant sa responsabilité sociale. Peu importe à quel point elle pouvait désirer un enfant, ses actions ont saboté la directive sociale postrévolutionnaire" qui prônait un retour aux valeurs familiales et un comportement passif des femmes.

Frida Kahlo et les figures féminines mexicaines

L'article traite de l'engagement politique et du rapport d'identification de Frida Kahlo avec des figures féminines fortes de la culture mexicaine, qu'elles soient légendaires ou historiques. Ce phénomène retranscrit dans ses peintures lui a permis d'explorer des thématiques telles que le corps des femmes, la condition des femmes ou encore le patriarcalisme oppressant. Elle a exprimé la souffrance des femmes lors de la perte d'un enfant, les femmes désespérées, les différentes sortes de blessures (celles du corps et celles des sentiments) à travers de nombreux autoportraits.

Dans sa peinture "La Mascara" (1945), Frida Kahlo se représente portant le masque de la Malinche, une figure mythique de la culture mexicaine, à la fois considérée comme la mère originelle du peuple mexicain et comme une traîtresse. En portant ce masque, Frida Kahlo exprime son identification à ce personnage complexe et révèle ses sentiments de vulnérabilité et d'impuissance.

Une autre figure féminine à laquelle Frida Kahlo s'identifie est la Llorona, une légende mexicaine qui raconte l'histoire d'une femme qui a noyé ses enfants et qui erre depuis lors en pleurant leur perte. Frida Kahlo, qui n'a jamais pu avoir d'enfant, s'identifie à la douleur et au désespoir de la Llorona.

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Un héritage artistique et féministe

Frida Kahlo est aujourd'hui considérée comme l'une des plus grandes artistes mexicaines de l'avant-garde. La construction de sa réputation internationale s'est notamment opérée grâce aux théories féministes actives depuis les années 1970 aux États-Unis. Les critiques féministes américaines ont permis une redécouverte quasi archéologique de son œuvre, ainsi qu'une relecture critique de son message pictural.

Frida Kahlo a défié toute sa vie les conventions pesant sur les femmes, puisqu'elle n'a jamais pu (ou voulu) avoir d'enfant et a connu de nombreuses aventures extraconjugales (hétérosexuelles et homosexuelles). Elle jouissait d'une vie pleine de libertés malgré son état de santé.

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