Loading...

Fragilité Psychologique des Enfants Nés de PMA : Exploration des Enjeux et Perspectives

La procréation médicalement assistée (PMA) a révolutionné la conception, offrant de l'espoir à de nombreux couples et individus confrontés à l'infertilité. Cependant, au-delà des aspects médicaux, des questions émergent quant à l'impact psychologique sur les enfants conçus par ces techniques. Cet article se penche sur la fragilité psychologique potentielle de ces enfants, en explorant les différentes perspectives et en s'appuyant sur des études et des témoignages.

La PMA et le Droit à l'Enfant : Un Sentiment Ambivalent

L'avènement de la PMA a souvent été perçu comme un droit à l'enfant, une possibilité de surmonter les obstacles biologiques. Cependant, cette vision peut masquer des réalités psychologiques complexes. Monique Bydlowski, psychiatre et psychanalyste, souligne que l'infertilité peut être liée à des facteurs psychiques, voire à un "trauma camouflé" tel qu'une IVG ou une fausse couche, même précoce. Dans ces cas, la PMA peut devenir une forme d'addiction, une tentative de combler un vide émotionnel profond.

Les Figures de Stérilité Féminine : Un Regard Psychanalytique

M. Bydlowski identifie différentes figures de stérilité féminine, chacune révélant des problématiques psychologiques spécifiques :

  • L'adolescence interminable : Ces femmes sont fixées à leur conflit Œdipien, avec un manque de reconnaissance d'une image maternelle positive et un discrédit du père et des hommes en général. Elles sont souvent résistantes à la thérapie, car elles nient le travail psychique nécessaire.

  • Anarchies alimentaires : Une proportion significative de femmes ayant souffert de troubles des conduites alimentaires sont infertiles. Elles présentent une grande fragilité et une pauvreté de l'associativité verbale, ce qui rend la thérapie difficile. Elles peuvent être très attirées par les nouveautés médicales de la PMA, mais sans réelle implication émotionnelle.

    Lire aussi: Fissures Placentaires : Conséquences

  • Dynamique de lutte contre l'effondrement psychique : Pour ces femmes, la grossesse elle-même représente un risque d'effondrement psychique, pouvant conduire à une IVG. L'infertilité est une cicatrice psychique qu'il faut respecter.

  • Femmes après 40 ans : Elles vivent dans l'illusion de l'éternelle jeunesse et ont souvent cultivé des sublimations professionnelles ou artistiques. L'absence de désir d'enfant peut être un facteur sous-jacent.

L'objectif de la thérapie, selon M. Bydlowski, n'est pas nécessairement d'obtenir un enfant, mais d'améliorer le bien-être de la patiente. Elle considère même que les sublimations sont parfois préférables aux enfants.

La Dette Impayable et les Risques pour l'Enfant

La question de la "dette impayable envers le médecin" est également soulevée, suggérant que les femmes ayant eu des enfants grâce à l'AMP peuvent se sentir incapables d'assumer une telle dette. Cette notion est controversée, certains allant jusqu'à établir un lien entre des drames familiaux et cette dette supposée.

Il est également suggéré qu'il ne faut pas forcément se réjouir de l'obtention d'une grossesse au début d'une psychanalyse, car si le travail psychique n'est pas fait, c'est l'enfant qui en subira les conséquences.

Lire aussi: Droit des Femmes à l'IVG en Question

Quid du Devenir des Enfants de la PMA ?

La question du devenir des enfants de la PMA est cruciale. Selon M. Bydlowski, "le mystère de l'origine du donneur crée beaucoup de dégâts". De même, elle observe "beaucoup de divorces dans les couples IAD", avec des femmes reprochant aux enfants le départ du conjoint.

Cependant, ces affirmations sont contestées par d'autres, qui soulignent le manque de données objectives et l'absence de suivi des enfants concernés.

PMA : un parcours émotionnellement éprouvant

La procréation médicalement assistée (PMA) est un parcours souvent ardu et épuisant sur le plan émotionnel pour les personnes qui souhaitent avoir un enfant. Au-delà des aspects médicaux et physiologiques, la dimension psychologique joue un rôle crucial dans cette démarche. La complexité émotionnelle qui accompagne le parcours en PMA est profonde et multifacette.

Dès les premières étapes, lorsque les couples ou les femmes réalisent qu'ils auront besoin d'une assistance médicale pour concevoir un enfant, un tourbillon d'émotions peut les submerger. Ensuite, il y a l'espoir, parfois fragile, parfois éclatant, mais toujours teinté de peur. Chaque nouvelle tentative de traitement est accompagnée d'une lueur d'espoir, la possibilité que cette fois-ci, cela fonctionne.

Attente, incertitude et pression sociale

La PMA est également un processus marqué par l'attente, une attente angoissante et parfois interminable. L'échec répété des traitements en PMA peut également être dévastateur pour le bien-être émotionnel des individus. Chaque résultat négatif peut sembler être un coup dur supplémentaire, remettant en question la viabilité de leur désir d'avoir un enfant. L'incertitude quant à l'issue du traitement peut également peser lourdement sur l'esprit, créant un climat d'anxiété permanent.

Lire aussi: Surmonter le Blocage Psychologique à l'Accouchement

Enfin, la pression sociale et familiale, souvent bien intentionnée mais parfois oppressante, est également à prendre en considération. Les couples en parcours PMA peuvent se sentir jugés par leur entourage, mal compris, voire exclu. Les questions innocentes comme "Quand est-ce que vous aurez des enfants ?" peuvent devenir des déclencheurs de douleur émotionnelle, rappelant aux couples leur lutte silencieuse pour fonder une famille.

L'importance d'un accompagnement psychologique

Dans cette complexité émotionnelle, il est facile de se sentir submergé, isolé, voire désespéré. Les thérapeutes spécialisés en PMA comprennent les défis uniques auxquels sont confrontés ces couples et sont formés pour les aider à faire face à leurs émotions de manière saine et constructive. Les thérapeutes offrent un espace sûr et confidentiel où les couples peuvent exprimer ouvertement leurs sentiments les plus profonds. Dans ce cadre thérapeutique, ils peuvent explorer librement les complexités de leur expérience, sans craindre ni le jugement ni la stigmatisation.

De plus, l'accompagnement psychologique fournit aux couples des outils et des stratégies pour faire face aux défis spécifiques rencontrés tout au long du parcours en PMA. Les thérapeutes les aident à développer des mécanismes d'adaptation sains pour gérer le stress, l'anxiété et la dépression qui peuvent accompagner ce processus. Un aspect crucial de cet accompagnement est également la validation des émotions des patients. Trop souvent, les individus en PMA se sentent seuls dans leur lutte, croyant à tort que leurs émotions sont irrationnelles ou disproportionnées.

En outre, l'accompagnement psychologique peut aider les couples à améliorer leur communication et leur soutien mutuel. La PMA peut parfois mettre à rude épreuve la relation entre partenaires, exacerbant les tensions et les conflits. Enfin, l'accompagnement psychologique offre un continuum de soins qui s'étend bien au-delà du traitement en PMA lui-même. Même après la naissance d'un enfant, les individus peuvent continuer à ressentir les effets émotionnels de leur parcours en PMA.

Ce que l’on sait aujourd’hui sur les enfants nés grâce à l’AMP

Depuis les années 1970, début des techniques d’Assistance Médicale à la Procréation, plus de 8 millions d’enfants sont nés par Fécondation In Vitro dans le monde. Selon les chiffres de l’Agence de Biomédecine, en France les enfants conçus après AMP (FIV et insémination) représentent 27 180 naissances en 2019. Un enfant sur 28 est donc issu d’une technique d’Assistance Médicale à la Procréation.

Les risques posés par les grossesses obtenues après FIV sont bien documentés : augmentation de la prématurité et du nombre de bébés de faible poids : l’hypotrophie, (ces risques sont à relier à l’infertilité elle-même), une plus grande fréquence de grossesses multiples (environ 25 % de grossesses gémellaires, 3 % de grossesses triples et plus).

Paradoxalement, il y a peu de données sur la santé des personnes nées d’une AMP, en raison du « petit nombre d’études qui s’intéressent au sujet, du petit nombre de personnes ayant participé à ces études, et du faible recul » explique l’Agence de la Biomédecine dans une brochure qu’elle actualise régulièrement sur le sujet. Il est vrai que la santé d’une personne est multifactorielle ensuite : quelle exposition aux toxiques ? quels antécédents familiaux ? quel mode de vie et quelle hygiène de vie ? Difficile d’affirmer avec certitude que la méthode de conception est directement en lien avec tel ou tel risque. C’est du moins le postulat retenu par les scientifiques. Malgré tout, l’Académie Nationale de la Médecine en France a publié en 2023 un rapport pour revenir sur ce que l’on sait vraiment aujourd’hui de la santé des enfants nés d’une FIV pour nous aider à faire le tri dans les informations. Notons que pour l’insémination artificielle, les données scientifiques n’on pas identifié de problème de santé chez les enfants.

Des troubles du neurodéveloppement ou du comportement ?

Sur le plan des troubles du « neurodéveloppement », c’est à dire les troubles moteurs, les déficits intellectuels, les troubles du spectre autistique (TSA), les troubles de l’apprentissage, de la communication, l’hyperactivité, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles de comportement ou l’anxiété, les études internationales se contredisent. Vous avez peut-être entendu parler d’absence de lien entre troubles du spectre autistique (TSA) et AMP, ou au contraire d’une augmentation de TSA en FIV ICSI ? Des études parlent d’augmentation de déficience cognitive en lien avec la prématurité des enfants nés de FIV, puis à l’inverse d’autres études évoquent des risques de déficience cognitive abaissé. Vous avez même peut être lu une étude qui faisait état d’un niveau d’éducation supérieur pour les enfants nés de FIV. Rien que ça !

Au final, difficile de faire le tri, si ce n’est que les études rapportant des troubles tempèrent leurs conclusions avec des limites sur la taille des effectifs et les facteurs liés aux antécédents des parents. L’Académie Nationale de la Médecine conclut que la conception par FIV ou par ICSI ne semble pas avoir d’effet négatif sur le neurodéveloppement, hormis bien entendu les séquelles dues à la prématurité. De nouvelles études devraient décrire plus précisément ces troubles, en lien notamment avec le contexte socio-familial.

Vers un suivi précoce préventif cardiovasculaire ?

Depuis plusieurs années, des études suggèrent des troubles cardiovasculaires chez les enfants nés de FIV, et ce, dès le plus jeune âge. En 2017, un groupe de chercheurs chinois après avoir étudié les travaux d’une vingtaines d’autres équipes de recherche, confirmaient une « augmentation mineure mais statistiquement significative de la pression artérielle systolique et diastolique », c’est à dire de la pression du sang lorsque le coeur se contracte et de la pression du sang dans les artères quand le coeur se relâche. L’augmentation de la pression artérielle chez l’enfant pourrait engendrer plus tard de l’hypertension artérielle et donc plus de maladies cardiovasculaires, car le coeur est plus fatigué. En cause dans ces études, le stress oxydant (une agression des constituants des cellules). Le stress oxydant pourrait être induit par les manipulations des gamètes et de l’embryon lors de la FIV/ICSI, ou plus simplement, viendrait des parents (infertilité, âge avancé, obésité, hygiène de vie).

Au sujet de ce risque cardiovasculaire qualifié de « modéré », l’Académie Nationale de Médecine s’interroge sur « un suivi précoce préventif avec des mesures d’hygiène et diététiques adaptées » et rappelle l’importance d’avoir plus d’études sur le sujet.

Pas de lien entre AMP et cancers pédiatriques

Les études publiées à ce jour n’ont pas trouvé de différence du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement. Une large étude est en cours en France pour mesurer la survenue de cancers chez les enfants conçus par FIV et spécifiquement pour étudier la différence entre les embryons issus d’un transfert d’embryons congelé ou frais.

« Bébés-éprouvettes » : des enfants précieux

Sur un point de vue psychologique, les « bébés éprouvettes » sont des enfants qui ont longtemps été désirés et qui sont issus d’un long combat contre l’infertilité. Après de nombreuses années d’essais, de traitements, d’échecs et de fausses couches, les parents ont eu tout le temps de se préparer à l’arrivée de ce bébé, souvent surnommé « bébé miracle ». Ces enfants sont alors généralement surprotégés et plus investis par leurs parents, mais leur devenir psychologique ne varie pas, comparé aux enfants conçus naturellement.

Cependant, ces études ne s’appuient que sur des enfants âgés de 0 à 5 ans, seules quelques-unes commencent à s’intéresser aux périodes de la pré-adolescence et de l’adolescence. Malgré le faible recul et le peu de chiffres disponibles, les différences notées ne sont pas statistiquement significatives. Les relations parents-enfants autour de l’adolescence laissent apparaître certaines difficultés psychoaffectives, mais aucun trouble psychologique grave ne paraît relatif au mode artificiel de conception. Cette période délicate qu’est l’adolescence laisse en effet penser que l’enfant se pose davantage de questions sur son existence et sa venue au monde et que selon ces mêmes études, seuls 8,6 % des adolescents conçus par FIV étaient au courant de leur origine génétique.

L’infertilité chez les personnes nées par FIV ?

Parmi les différentes causes pouvant expliquer l’infertilité, le facteur de la génétique est à prendre en considération. Le syndrome de Turner, par exemple, constitue l’une des principales anomalies chromosomiques susceptibles de provoquer une stérilité chez la femme. Chez l’homme, on peut faire l’hypothèse que les cas d’altération de la fertilité seront possible chez les garçons conçus par une FIV ICSI réalisée pour résoudre le problème d’infertilité de leur père d’origine génétique, comme le suggère une étude belge de 2016. En revanche aucune étude n’a démontré que les techniques d’AMP étaient délétères sur la fertilité des enfants ainsi conçus. D’ailleurs, Amandine, le premier « bébé-éprouvette » a donné naissance en 2017 à une petite fille conçue de manière tout à fait naturelle. C’est aussi le cas de Louise Brown née en 1978 qui, en 2006, a eu un enfant en parfaite santé par « fécondation naturelle ».

En conclusion

Globalement, les résultats sont plutôt rassurants car l’incidence de pathologies quelles qu’elles soient est relativement modérée par rapport aux enfants conçus naturellement. D’ailleurs, l’Académie Nationale de la Médecine rappelle dans son rapport que l’augmentation modérée de certains troubles viennent peut-être du fait que les chercheurs « sur-analysent » les enfants nés de FIV. De plus, on a de cesse de répéter qu’en matière de fertilité comme de santé, plusieurs facteurs entrent en compte.

La Disparition Symbolique du Père : Enjeux et Conséquences

La révision des lois de bioéthique en France, autorisant la conception d'enfants au sein d'un couple de femmes ou chez une femme célibataire, soulève des questions fondamentales sur la place du père. Jean-Pierre Winter, psychanalyste, souligne que ce n'est pas un père qui est remis en question, mais la place de père elle-même.

Cette mesure, perçue comme un engagement politique et une réforme sociale majeure, divise la France. Elle s'appuie sur des valeurs de liberté et d'égalité, mais peut occulter les différences et les fragilités inhérentes à la condition humaine.

La Fonction Paternelle : Au-Delà de la Généalogie

La fonction paternelle ne se limite pas à la généalogie. Elle englobe trois composantes :

  • La composante réelle : le père biologique, qui transmet son patrimoine génétique.

  • La composante imaginaire : l'image que l'enfant se fait de son "papa", avec ses qualités et ses défauts.

  • La composante symbolique : le père de la loi, qui permet la séparation de l'enfant d'avec la mère et l'accès à l'autonomie.

Cette fonction symbolique est liée au désir de la mère et à la place que le père occupe dans sa vie. Il se tient "devant" les enfants, interdisant la relation fusionnelle et indiquant la voie à suivre.

La Loi du Père : Autonomie et Liberté

La "loi du père" invite à accéder à l'autonomie et à la liberté, à devenir "sujet de désir" en s'affranchissant des contraintes. Elle ne se réduit pas à une éthique genrée ou virilo-centrée.

La psychanalyse ne peut pas prédire les conséquences du désir inconscient sur la construction de la personnalité de l'enfant. Cependant, elle souligne l'importance de la singularité des parcours familiaux et de la circulation des désirs, des fantasmes et des manques.

tags: #fragilité #psychologique #enfant # #de #PMA

Articles populaires:

Share: