Introduction
Fleury Di Nallo, surnommé "le petit prince de Gerland", est une figure emblématique de l'Olympique Lyonnais et du football français. Son histoire est celle d'un enfant d'immigrés italiens, élevé dans les HLM de Gerland, qui a gravi les échelons pour devenir le meilleur buteur de l'histoire de l'OL.
Une enfance bercée par le football
Fleury Di Nallo a grandi dans une famille d'origine italienne très modeste. Son père, Vincent, était ouvrier dans une usine de produits chimiques. La famille habitait dans des HLM à Gerland. Dès son plus jeune âge, le football est devenu sa grande passion.
À 6-7 ans, avec ses copains, il passait ses journées à jouer dans les cours de leurs immeubles, qui faisaient office de terrains de football. Leur plus gros souci était de trouver un ballon. Di Nallo se souvient que le seul gamin du coin qui en avait un n'aimait pas le foot, et il fallait le supplier de le prêter. Avoir un ballon était quelque chose d'important, bien différent de la situation actuelle.
Dans la cour, Di Nallo était au-dessus du lot. La preuve, quand ils jouaient, il restait en défense et n'avait pas le droit de dépasser la moitié de terrain pour ne pas trop faire la différence ! Au tout début, ce qu'il aimait, c'était jouer goal, mais il n'avait pas la taille requise.
Dès l'âge de 10 ans, il allait déjà à Gerland voir des matchs avec ses copains. À l'époque, c'était gratuit pour les enfants accompagnant un adulte. Il demandait alors à un inconnu dans la file des spectateurs s'il pouvait rentrer avec lui. Ensuite, il s'installait dans le stade pour admirer les joueurs.
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L'influence des origines italiennes
Dans le cadre d'un dossier sur la diaspora italienne, il est important de souligner que les origines de Fleury Di Nallo sont liées au Bel Paese. L'immigration italienne est venue offrir ses bras au marché français, en échange de l'espoir de sortir de la misère dans son pays. A Lyon, dans les années 30, les italiens représentaient les 2/3 de la population étrangère, et ils étaient très présents jusque dans les années 60. Un dixième de la colonie italienne de France vivait en Rhône-Alpes, soit 80 000 individus en comptant les descendants.
Cette force vive transalpine travaillait dans les mines d'extraction de la pyrite pour la Compagnie de Saint-Gobain de Saint-Fons, aux Houillères de Saint-Etienne, et étaient métallurgistes, mineurs, maçons, verriers, tanneurs ou plâtriers. Le père de Fleury Di Nallo, qui travaillait dans une usine chimique, est arrivé dans les bidonvilles, côté Pasteur. Ses parents vivaient dans des baraquements de fortune, les fameuses cabanes qui abritaient la main d'œuvre étrangère, en grande majorité italienne. En 1936, les parents de Fleury ont été relogés dans les HLM d'une cité ouvrière à Gerland. Ses trois frères sont nés dans les cabanes, lui non.
Les débuts d'une carrière prometteuse
Fleury Di Nallo voulait déjà devenir professionnel dès son plus jeune âge. Au pied de son immeuble, il passait son temps à jouer au foot en se frottant aux plus grands de la cité. En parallèle, un de ses frères a rejoint les Etats-Unis pour y épouser une prometteuse carrière de boxeur. La rue étant formatrice, quatre de sa cité sont passés pro. Di Nallo compensait sa petite taille par une énergie débordante et un sens du but exceptionnel.
Alors que sa famille avait les billets en main pour émigrer vers les Etats-Unis, Lyon a proposé de le recruter pour 200 000 frs, suffisants pour les convaincre de rester. Puis en 1960, il a fait ses grands débuts, à 17 ans.
L'ascension à l'Olympique Lyonnais
Quand il a commencé à jouer avec l'OL en 1960, Fleury Di Nallo n'imaginait probablement pas qu'il marquerait l'histoire du club. Pourtant, l'histoire avait débuté tôt. Recruté pour jouer en Cadets, le jeune attaquant a été rapidement surclassé. Il s'est entraîné avec la CFA pendant l'été 1960, puis a profité d'une opposition avec les professionnels pour éblouir Gaby Robert, l'entraîneur du club.
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Ses débuts professionnels sont timides, avec sept matches et un petit but. Mais ce fils d'immigrés italiens explose dès la saison suivante. Ses bonnes performances lui ouvrent les portes des Bleus dès la saison suivante. Il inscrit même un doublé lors de sa première sélection mais ne peut empêcher la France de s'incliner à domicile contre la Hongrie en amical (2-3) en novembre 1962. De nouveau buteur lors de sa deuxième sélection, il est à nouveau malchanceux car la France perd de nouveau à domicile, contre le Brésil cette fois (2-3).
En 1964 c’était la première coupe qu’on gagnait, Lyon n’avait jamais gagné. En 1967, l’Olympique Lyonnais remporte sa deuxième Coupe de France contre Sochaux (3-1). L’attaquant est au sommet de son art.
Les Coupes de France et la gloire
Sur le plan collectif, Di Nallo fait partie de l'aventure lyonnaise en Coupe de France. Cette performance ouvre à l'OL les portes de la Coupe des Vainqueurs de coupe car Monaco a également remporté le championnat. Après avoir éliminé Odense, l'Olympiakos et Hambourg, les Gones affrontent le Sporting Lisbonne en demi-finale. Di Nallo et les siens sont muets lors de l'aller (match nul 0-0) et c'est Nestor Combin qui marque au retour (match nul 1-1). Malgré cette élimination, la saison est belle pour l'OL. Quatrièmes en championnat, les Gones remportent la première Coupe de France de leur histoire. C'est une période bénie pour celui qui a été baptisé « Petit Prince de Gerland ». Il enfile les buts comme des perles et profite de la bonne qualité du collectif autour de lui pour ajouter un nouveau titre à son palmarès.
Lorsqu’il regarde les images d’archives des Coupes de France qu’il a disputées, Fleury Di Nallo a les yeux qui brillent. "Ça, c’est en 1967, je suis avec le général De Gaulle, je présente tous mes joueurs. À l’époque ça se faisait bien. Puis là, c’est De Gaulle qui me remet la Coupe" souffle l’ancien joueur. Pour lui, la Coupe de France a une saveur toute particulière. "À quelques jours de la fin d’un championnat, tout le monde sait qui va être champion. Alors qu’en Coupe de France, à deux minutes de la fin, si on n'a pas deux buts d’avance, on ne sait pas si on va gagner. Il l’affirme, chaque Coupe qu’il a joué était totalement différente. "En 1964 c’était la première coupe qu’on gagnait, Lyon n’avait jamais gagné, c’est un souvenir gravé. Mais 1967, pour moi, c’est celle que je ne peux pas oublier car on n'avait pas une bonne équipe, mais on avait la volonté. Après la première victoire, en descendant du train à Perrache, on pensait aller manger un bout ensemble. Mais on n’a pas pu car il y avait des milliers de personnes qui nous attendaient devant la gare.
Les difficultés et le retour au sommet
Dans un OL à la peine financièrement, il veut profiter de son statut d'international pour gagner plus d'argent, à Lyon ou ailleurs. Le club refuse de l'augmenter et Roger Rocher veut le recruter chez les Verts pour compenser un possible départ de Rachid Mekhloufi. Les rumeurs de départ font grogner à Lyon. Di Nallo reçoit des menaces et décide finalement de rester dans son club formateur.
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Double buteur en Pologne en septembre 1967 dans le cadre des éliminatoires de l'Euro (victoire 4-1), il disputera quatre autres matches avec la sélection lors de cette saison. En club, Di Nallo dispute 37 matches de championnat et inscrit 18 buts, égalant son record. Face à Tottenham au second tour, il offre la victoire aux siens à l'aller (1-0) et marque le premier but des Gones au retour alors que les Anglais mènent 3 à 0. L'OL revient dans le match et s'incline finalement 4 à 3, se qualifiant grâce aux buts inscrits à l'extérieur. En quart de finale, l'OL s'incline 2 à 0 à Hambourg. Mais Di Nallo inscrit un doublé au retour (victoire 2-0) et les Lyonnais gagnent le droit de disputer un match d'appui.
La saison d'après est la pire de la carrière de Di Nallo. En septembre 1968, l'attaquant est victime d'une double fracture tibia-péroné sur la pelouse du Red Star. La blessure est si terrible que personne au club n'imagine qu'il rejouera un jour. Il n'a que 25 ans et sa carrière semble derrière lui. Il reviendra sur les terrains lors de la saison 1969-1970. S'il affirme ne jamais avoir retrouvé son plus haut niveau, ses statistiques affirment le contraire. Lors de la saison 1970-1971, Di Nallo marque 21 buts en championnat. Il inscrit aussi sept buts en Coupe de France, dont un fabuleux triplé contre l'ASSE en huitième de finale retour, effaçant la défaite 2-0 de l'aller.
Fin de carrière et héritage
Toujours buteur au sein d'un Olympique Lyonnais quelconque et enfoncé dans le ventre mou du championnat, l'attaquant est encore là lors de la victoire des Gones en Coupe de France en 1973 (victoire 2-1 contre Nantes). Après une parenthèse en 1974 au Red Star, où le joueur originaire de Lyon, est charmé à l’idée de composer un nouveau trio alléchant sur le papier avec la star Magnussen et son ami Combin, l’aventure se finira en eau de boudin avec une descente des audoniens et une idée de projet qui n’a jamais éclos.
Il sera finalement dépassé par Serge Chiesa (542 apparitions) puis par Grégory Coupet (519 matches), mais laissera une trace indélébile dans l'histoire du club. Et son record de buts, lui, n'est pas près d'être battu. Alexandre Lacazette, qui a dépassé Bernard Lacombe dans la hiérarchie en mars dernier, devrait encore marquer 70 buts pour détrôner Fleury Di Nallo.
Nicollin et Di Nallo
C’est le premier rêve de gosse de Louis Nicollin. Faire venir sur le terrain de La Mosson le Petit Prince de Gerland - 187 buts en D1 - était une façon pour Loulou de tirer un trait d’union entre le foot de l’OL qui a bercé son enfance et celui de La Paillade, qui allait rythmer sa vie d’adulte. Di Nallo prend un studio et fait la navette entre Lyon et La Paillade.
L'esprit de Gerland
Son regard balaye la pelouse du stade : "C’est là où j’ai vécu les meilleurs exploits que j’ai pu faire, ici. Il y a un esprit Gerland, un esprit de Lyon. Tous ceux qui sont venus là ont des bons souvenirs car il s’est passé beaucoup de choses sur ce terrain" raconte l’ancien footballeur. Né à 200 mètres du stade, il est un vrai Gone qui, déjà enfant, jouait des coudes pour rentrer dans le stade regarder les matchs de l’OL. Ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé “le petit prince de Gerland”. Aujourd'hui encore, Fleury Di Nallo est une légende vivante de l'OL.
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