L'incarcération des femmes enceintes soulève des questions complexes, oscillant entre protection de l'enfant et respect des droits de la mère. Si la présence de nourrissons en prison heurte les sensibilités, le maintien du lien maternel est jugé essentiel pour le développement de l'enfant. Mais comment concilier les exigences de la détention avec les besoins spécifiques de la maternité ? En France, la situation des femmes qui accouchent en prison, bien que quasi invisible aux yeux de la société, mérite une attention particulière.
La Réalité des Femmes Enceintes et des Mères en Prison
Quand on évoque les mineur·e·s en prison, on pense automatiquement aux jeunes détenu·e·s punis par une peine d’enfermement. Mais qu’en est-il des enfants né·e·s d’une mère incarcérée ? On estime qu'entre une cinquantaine et une soixantaine de détenues accouchent chaque année dans les établissements pénitentiaires du pays. Ces femmes représentent une part minoritaire de la population carcérale féminine. Au 1er janvier 2025, il y avait soixante-douze cellules mère-enfant, réparties dans trente-deux établissements pénitentiaires en France. Trente-deux femmes occupaient ces cellules, dont seize étaient accompagnées de leur bébé, les seize autres étant enceintes.
Il n'existe qu'une seule enquête statistique publique et approfondie à propos de cette population, dont les éléments sont à considérer avec précaution. Les femmes incarcérées qui accouchent sont surreprésentées : respectivement 29 ans de moyenne d'âge contre 33 ans et 35% contre 30% dans l'ensemble de la détention pour femmes. Elles sont souvent que prévenues.
Les femmes qui accouchent en prison sont souvent confrontées à des réalités difficiles. Leur maternité en détention se heurte à l'arbitraire de l'administration. Elles font l'objet d'une surveillance toute particulière, considérées comme de potentielles “mauvaises mères”.
Les Quartiers Nurseries et les Cellules Mère-Enfant
La prison de Fresnes s’est dotée d’un « quartier des nourrices » pour les femmes enceintes ou déjà mères. Au sein des établissements pénitentiaires, les quartiers nurseries peuvent apparaître comme des lieux relativement «privilégiés», en comparaison avec le reste de la détention. Le centre pénitentiaire pour femmes de Rennes et la maison d'arrêt de Versailles sont exclusivement réservés aux femmes. Les réalités des unités nurseries sont très différentes des simples cellules mère-enfant isolées.
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En principe, les cellules mère-enfant «se distinguent avant tout par leur aménagement (au moins 15 m2; séparation entre l'espace de la mère et celui de l'enfant) et leur équipement (lit pour enfant, baignoire, chauffe-biberon, etc.)».
Les Défis de l'Autorité Parentale en Prison
L’exercice de l’autorité parentale en prison est un « exercice sous tension », marqué à la fois par un déséquilibre au détriment du parent ne vivant pas avec l’enfant et le contrôle constant de l’administration pénitentiaire.
La surveillance constante, 24 heures sur 24, par l'œilleton des cellules, pour vérifier si la détenue ne fait pas n'importe quoi avec son bébé, est extrêmement stressant pour les mères.
Tout comme dans le reste de la société, la parentalité en prison est envisagée de manière genrée. Un travail se fait davantage par les formations et le travail. des femmes qu'elles soient des détenues modèles, avance la journaliste rennaise. Cela comporte tous les stéréotypes de genre.
Accompagnement Médical et Psychologique
Un examen médical est obligatoire à l'entrée en détention. Il est pratiquement systématique d'être sous pilule contraceptive. L'angoisse commençait à monter à l'approche de l'accouchement. Une épisiotomie est pratiquée systématiquement, à moins qu'il y ait un problème avec le bébé.
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Anaïs Ogrizek, pédopsychiatre et autrice d'une thèse sur les nurseries carcérales, décrit l'épisiotomie comme une atteinte aux droits fondamentaux dans certains établissements.
Un suivi de grossesse est réalisé par le médecin de l'unité sanitaire en milieu pénitentiaire (USMP), un gynécologue obstétricien ou une sage-femme en fonction des besoins et des choix de la personne détenue. Des extractions sanitaires sont organisées si besoin, pour assurer ce suivi. Ces détenues bénéficient d'une information adaptée à leur situation pendant la grossesse, d'un accompagnement spécifique (entretien prénatal précoce et sept séances de préparation à la naissance), d'un suivi prénatal médical obligatoire adapté s'agissant des risques maternels et/ou fœtal et de la proposition de réaliser trois échographies obstétricales, pratiquées par une équipe de gynécologie-obstétrique (médecin ou sage-femme), en collaboration avec les médecins de l'unité sanitaire.
La Séparation Mère-Enfant : Une Angoisse Permanente
Marie, une mère en prison avec son bébé, raconte son quotidien dans son journal. Elle y évoque l'angoisse de cette possible séparation: «Je me projetais déjà aux 18 mois de mon bébé et à la séparation. Je voulais qu’il aille chez son père, mais si ce dernier ne le voulait pas, comment ça allait se passer?
Souvent, c'est l'enfant qui était placé dans un foyer plus proche de la famille de la détenue que de la prison. Après la visite, elle ne sait pas quand elle va le revoir. Il existe des relais parents-enfants.
L'environnement fermé dans lequel ils ont évolué au début de leur vie peut avoir des conséquences. Anaïs Ogrizek souligne que les bébés ne sont pas accompagnées à l'extérieur et qu'il n'existe aucun statut ni régime particulier pour ces derniers. La nouvelle circulaire a vraiment changé les pratiques, mais elle a permis de les formaliser.
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En cas d'urgence de l'enfant en cas d'hospitalisation, la mère ne peut pas sortir, cela provoquait une séparation systématique. La mère pouvait rester sans nouvelles pendant des heures, ce qui générait beaucoup d'inquiétude. Seules les surveillantes qui s'en occupaient étaient au courant.
Anaïs Ogrizek regrette qu'il n'existe aucune photo des premiers mois de la vie de ces bébés. C'est comme s'ils n'avaient jamais existé.
L'Amélioration des Conditions de Détention : Une Nécessité
La nouvelle circulaire prévoit davantage d'équipements: les jouets sont désormais prévus dans le mobilier tandis qu'avant, «personne ne voulait les financer». Ce texte clarifie enfin les questions relatives à l'autorité parentale ou à la garde de l'enfant par une autre personne détenue. Cela permet aux femmes d'aller travailler ou de suivre une formation.
Malgré ces évolutions, la situation de ces mères incarcérées et de leurs enfants reste préoccupante. Audrey Guiller relate que l'immense majorité des détenues qu'elle a rencontrées avaient des parcours de vies marqués par des violences à répétition, qu'elles soient sociales, physiques ou sexuelles. Isoler ces mères provoque une violence supplémentaire, notamment sur leur enfant, alors qu'on connaît désormais le poids de la transmission intergénérationnelle des traumatismes. Selon elle, une mère en prison devrait pouvoir garantir la diminution de la transmission du traumatisme à son enfant.
L'Expérience Douloureuse d'Accoucher et d'Élever un Enfant en Prison
Accoucher et élever un enfant en prison est et reste une expérience douloureuse. Une grossesse en prison ne devrait pas être acceptée par l’État car c’est un cauchemar. Il n’y a personne pour vous, vous êtes seule au monde.
Les Défis Rencontrés par les Femmes Enceintes
L'incarcération des femmes pose un dilemme aux philanthropes, législateurs, politiciens, etc., dès que s’y entrecroise le problème de la maternité. La pire des punitions pour cet·te enfant serait-elle de le priver des soins maternels ? À ces considérations de type psychologique se mêle aussi un aspect moral, comme si la maternité avait un pouvoir de rédemption. D’une femme ayant avoué un meurtre on dira : « criminelle certes, mais cependant mère jusqu’au bout des ongles. Capable peut-être, par amour pour son enfant, de se régénérer, de devenir une autre femme ».
Les femmes détenues se voient imposer la présence de surveillants au motif que la salle de délivrance n'était pas assez sécurisée. Cette pratique illégale semble toujours être d'actualité.
À l’approche de l’accouchement, une peur envahit souvent les futures mères : “Est-ce qu’on va bien m’ouvrir la porte ? Est-ce qu’on va m’entendre quand je vais appeler si c’est en pleine nuit ?” Même si la pénitentiaire est bienveillante et sera plus attentive envers une femme enceinte, il y a quand même cette crainte liée aux délais d’intervention.
Le plus souvent, la mère est extraite en urgence vers la maternité de secteur. En principe, le père peut assister à l’accouchement, sous réserve d’être déjà titulaire d’un permis de visite. Accoucher détenue, c’est accoucher seule.
De retour en prison, c’est encore une fois seules qu’elles accueillent les premiers jours de leur enfant. Certaines pourront néanmoins compter sur leurs codétenues, qui les aident à s’occuper de leur enfant. Lorsque ce n’est pas le cas, ce sont généralement les surveillantes qui endossent ce rôle de soutien, de soupape.
Les Conséquences sur le Lien Mère-Enfant
La mère incarcérée se retrouve souvent seule avec l’enfant. Beaucoup de mères culpabilisent d’élever leur enfant en prison. L'enfermement a nécessairement des effets sur le lien mère-enfant. Les femmes passent plus de dix-huit heures par jour dans un rapproché contraint avec leur bébé, sans possibilité de se mettre à distance lorsque la fusion ou les pleurs deviennent trop envahissants. Combiné à l’absence de tiers, difficile, dans ces conditions, de couper le cordon.
L’approche de l’échéance des dix-huit mois donne souvent lieu à une recrudescence des angoisses et à l’apparition de symptômes dépressifs.
Les Dispositions Législatives et les Réalités
L’article 708-1 du Code de procédure pénal dispose que, lorsque doit être mise à exécution une condamnation à une peine d’emprisonnement concernant une femme enceinte de plus de douze semaines, le procureur de la République ou le juge de l’application des peines s’efforcent par tout moyen soit de différer cette mise à exécution, soit de faire en sorte que la peine s’exécute en milieu ouvert.
L’article 729-3 prescrit que la libération conditionnelle soit accordée à tout condamné qui « exerce l’autorité parentale sur un enfant de moins de dix ans ayant chez ce parent sa résidence habituelle ou lorsqu’il s’agit d’une femme enceinte de plus de douze semaines »* lorsque sa peine (ou son reliquat de peine) est inférieure ou égale à quatre ans.
Et pourtant, en 2018, 65 femmes enceintes ont intégré une cellule mère-enfant, indique la Direction de l’administration pénitentiaire. Durant la même période, 47 ont accouché en étant détenues et 18 sont sorties avant d’avoir accouché.
Le Point de Vue International et les Recommandations
En 2007, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a déclaré qu'il serait contraire aux droits des enfants et à leur intérêt supérieur de retirer des nourrissons à leur mère en raison de leur incarcération et que si une mère est détenue dans un établissement correctionnel, c'est dans le Il est dans l’intérêt supérieur de la mère et du bébé que le bébé soit également présent en prison lorsque cela est possible.
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