Farida Khelfa, figure emblématique de la mode, actrice, réalisatrice et productrice, a toujours affiché une discrétion particulière quant à son enfance. C'est en janvier 2024 qu'elle brise le silence avec la sortie de son livre autobiographique, "Une enfance française", publié aux éditions Albin Michel. Cet ouvrage révèle une réalité familiale douloureuse, marquée par l'inceste, la violence et un manque d'amour profond.
Une Jeunesse Traumatisante aux Minguettes
Dans "Une enfance française", Farida Khelfa dépeint un portrait effrayant de son enfance passée aux Minguettes, dans la banlieue lyonnaise. Elle a grandi au sein d'une famille de neuf enfants, avec une mère "sous influence", "trop malade pour protéger ses petits", qui a été internée dans un hôpital psychiatrique avec ses plus jeunes enfants. Son père, lui, était "violent, incestueux, illettré et raciste, anéanti par la vie". Alcoolique, il se scarifiait le visage et aurait aussi violé la sœur aînée de Farida Khelfa.
L'auteure révèle avoir subi des abus sexuels avant l'âge de 7 ans de la part d'un oncle paternel, qui "hantait les matelas surpeuplés et choisissait à sa guise" pendant les vacances.
Elle écrit : « Je ne savais pas ce qu'il fallait faire quand on perd sa mère. Pleurer, je ne pouvais pas. J'étais remuée. Pas vraiment triste. Curieux état, comme absente de mon propre corps. » C'est ainsi que démarra la rédaction de ce récit si longtemps tu. Il a fallu la mort de sa mère. Happée par l’écriture du livre sur son enfance.
Farida Khelfa : « Ma mère est morte dans l'été en août. Chez les musulmans, les enterrements se passent très vite. Il faut que ce soit fait en 48 heures. J'écrivais alors quelque chose qui ne fonctionnait pas vraiment. Quand je suis retournée en vacances, j'ai recommencé à écrire et c'est parti directement dans l'enfance. J'ai plongé et je ne m'y attendais pas du tout. J'ai été happée par cette écriture quotidienne qui arrivait presque dans la nuit puisque je me réveillais à trois heures et demie du matin. »
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L'Impact de la Colonisation et de la Misère
Les parents de Farida Khelfa, originaires d'Algérie, sont arrivés en France dans les années 1950. La famille s'est installée dans une tour du quartier des Minguettes, à Vénissieux, près de Lyon, après avoir vécu dans plusieurs logements précaires. Au cœur de cette famille, un père gardien de nuit et alcoolique sévère, qui boit plusieurs bouteilles par jour et se défoule sur sa femme et sur ses enfants.
L’ex-mannequin analyse : « J'ai été élevée dans une violence folle et j'ai essayé de m’en débarrasser puisqu'on la reçoit en héritage. Mon père était un colonisé. C’est ce qui l'a détruit, entre autres. Au départ, c’était quelqu’un de très fragile. Mais la colonisation l’a déshumanisé. Il avait perdu toute identité, toute propriété lui-même… Tout lui échappait. Pour être aussi violent avec ses enfants, il devait avoir une haine de lui-même effrayante. » La misère engendre la violence.
Dans son livre, Farida Khelfa décrit ses frères et ses sœurs et la douleur de leur enfance saccagée. Son frère aîné passait tous les jours des heures dans » la chambre à torture ». « Au cours de l’écriture, le moment où j'ai vraiment pleuré a été quand je parlais de mon frère Mohamad. Il est décédé. C’était quelqu’un d'extrêmement doux, de très gentil. Souvent, quand les êtres violents, incapables d'expression, se déchaînent, ils s’attaquent à quelqu'un de fragile, de sensible, de différent et d’une grande beauté. Il avait une douceur dans le visage. Quand je vois ses photos aujourd'hui encore, j’ai envie de pleurer. C'est ça la misère : pas tellement la pauvreté, mais le manque d'amour et la déferlante de violence. »
L'Émancipation par la Mode et la Liberté
Farida Khelfa a quitté son foyer familial à l'âge de 16 ans pour s'installer à Paris, où elle a rapidement fait carrière dans le monde de la mode. Elle est devenue une muse pour de nombreux créateurs de renom, tels qu'Azzedine Alaïa, Jean Paul Gaultier et Schiaparelli.
Elle se souvient de ses premiers pas à Paris : « Bien sûr, je marchais dans Paris, je découvrais la ville à pied, et je me disais : c’est tellement beau. Je n’en revenais pas, tous ces immeubles, tout ça. J’étais partie de la gare de Lyon, j’ai traversé l’île Saint-Louis, l’île de la Cité… Je regardais, je n’avais jamais vu ça. Même Lyon, qui est une très belle ville, je connaissais très peu. J’étais en banlieue lyonnaise, donc j’étais très impressionnée par la beauté de Paris. Et je le suis encore, tous les jours. C’est une ville magnifique. Une des plus belles villes du monde, c’est sûr. »
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Pour elle, Paris a été un « vent de liberté », un endroit où elle pouvait s'habiller comme elle voulait et faire ce qu'elle voulait sans être jugée. C'était une ville où elle pouvait être anonyme et se réinventer.
Farida Khelfa a rencontré les plus grands créateurs au Palace, un lieu emblématique des nuits parisiennes. Elle a été catapultée dans ce monde, passant de sa ZUP au Palace. Elle se souvient de l'époque où elle s'habillait comme une dingue et où elle a rencontré Christian Louboutin, qui l'habillait avec des tissus achetés au marché Saint-Pierre.
La Vente aux Enchères: Un Passage de Relais
Farida Khelfa a décidé de vendre aux enchères une partie de sa garde-robe, une collection de plus de 200 pièces issues de ses archives personnelles. Cette vente est l'occasion pour elle de partager ses souvenirs de mode et de donner une seconde vie à des vêtements qui ont marqué sa vie.
Elle explique : « J’ai une relation très intime avec mes vêtements presque fétiches. Il est temps de passer le relais. J’aime l’idée que ce soit porté par d’autres. » La vente aux enchères est également un moyen pour elle d'aider une association qui lui tient à cœur.
Elle a toujours eu une relation fétiche avec les vêtements, tombant amoureuse de la mode dès son plus jeune âge. Elle aime aussi la mode d'aujourd'hui et prend plaisir à découvrir de nouveaux couturiers. Pour elle, la mode, c'est la vie, un art mineur dont chacun possède une œuvre.
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L'Héritage d'Azzedine Alaïa
Farida Khelfa a entretenu une relation privilégiée avec le couturier Azzedine Alaïa. Elle se souvient de la première fois qu'il l'a habillée : « C’était une robe perfecto avec un zip dans le dos. Je me suis sentie… habitée. Quand on est en Alaïa, on devient une femme victorieuse. La femme Alaïa n’est pas une victime, pas du tout. Je me sentais très forte, comme un gladiateur. Rien ne pouvait m’arriver. »
Elle a travaillé avec lui au studio après la naissance de son premier enfant et a beaucoup appris. Elle est passée de mannequin à directrice de studio. Elle se souvient qu'Azzedine était un collectionneur et qu'il lui a transmis cette passion. Elle a appris à préserver les vêtements et à les emballer.
Une Femme Engagée et Libre
Farida Khelfa a toujours été une femme engagée et libre. Elle a refusé d'être une victime et a fait sa vie comme elle l'entendait. Elle a surmonté les épreuves de son enfance et est devenue une figure emblématique de la mode et de la culture.
Elle explique : « refuser d’être une victime, ne pas accepter l’injustice, ne pas me laisser faire, refuser le destin qu’on avait prévu pour moi, et faire ma vie comme je l’entendais. Ça, ça m’a forgée. »
Elle a toujours des doutes, mais elle a appris à les gérer. Elle affronte la réalité et les peurs, ce qui la fait avancer. Elle veut inculquer à ses fils le goût de la liberté et du travail, et leur souhaite de faire leur vie comme ils l'entendent, de ne pas faire ce qu'on attend d'eux, sauf de travailler et d'aimer.
Elle pense que sa valeur ajoutée est peut-être sa singularité, sa capacité à dire ce qu'elle pense, son authenticité et sa gentillesse. Elle aime la vie et aime faire rire.
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