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Le Rôle du Père dans la Famille au XXIe Siècle : Évolution, Défis et Nouvelle Paternité

Il y a des rencontres qui marquent plus que d’autres. Celle avec Olivier en est une. Il se dégage de ce papa une authenticité et un amour naturel à côté duquel on ne peut passer. Echanger avec Olivier, papa d’une famille nombreuse, c’est vivre un moment suspendu dans le temps. L’éducation bienveillante qu’il développe avec sa femme, Florence, auprès de leurs enfants n’est pas un vain mot. Plutôt un état d’esprit qui se ressent dans toutes les interactions qu’il peut avoir avec les autres. Cet article explore en profondeur le rôle du père dans la famille, en tenant compte de son évolution historique, des défis contemporains et des nouvelles perspectives qui émergent au XXIe siècle.

Introduction

Voilà des décennies qu’on pointe du doigt la relation mère-fille afin d‘expliquer un certain nombre de troubles, d’angoisses, de dysfonctionnements. Et les pères dans tout ça ? Où sont-ils ? Quel rôle jouent-ils dans le développement et l’avenir de leur enfant ? Le rôle du père a considérablement changé ces dernières années. Le père a souvent tendance aujourd’hui à se positionner en seconde mère. La limite entre les deux est parfois floue et les rôles ne sont plus tenus. Cet article se propose d'examiner en détail le rôle du père dans la famille, en considérant son évolution historique, les défis actuels et les nouvelles perspectives qui se dessinent.

Évolution historique de la paternité

Pour commencer, il faut savoir qu’en occident, et cela depuis l’Antiquité romaine précisément, le “pater familias” représentait la plus haute autorité au sein de la famille. En effet, à cette époque reculée, au sein du foyer romain, le père de famille était l’homme qui avait le plus haut rang au sein de la famille. Même si, fort heureusement, les temps ont bien changé, mais il n’en demeure pas moins que nous conservons encore des vestiges de ce passé quelque peu archaïque, dans la société contemporaine et donc sur le rôle des pères dans la famille. Depuis la fin du 19ème et le début du 20ème, et plus spécifiquement depuis la fin des années 70, avec les mouvements sociaux et la lutte des femmes pour la parité, une certaine forme d’équilibre s’est dessiné entre les deux sexes, et il faut bien reconnaître que cela est venu littéralement caramboler les fondements de nos sociétés jusque-là presque totalement patriarcales.

Le XXe siècle : Transformations et ruptures

La Seconde Guerre mondiale et ses impératifs tant économiques que politiques ont imposé une transformation du modèle existant, par nécessité plus que par choix, c’est ainsi que l’absence du père (sur le front) a plus ou moins entraîné le transfert de l’autorité paternelle vers la femme. De nouveau donc, entre 1945 et 1975 environ, on a de nouveau observé et préconisé le modèle de la famille dite « traditionnelle », plus ou moins basé sur la complémentarité des rôles (mais avec un chef de famille mâle). De ce fait, dans tous les pays modernes et en paix, les hommes et les femmes ont réintégré leur foyer, les femmes de façon plutôt positive, sereine, optimiste, voire enthousiaste, car après avoir connu l’horreur, l’avenir avait des atours radieux, pour peu que l’on souhaite se projeter sur quelques décennies ! C’est à ce moment aussi, si l’on en croit les études, que les chiffres de divorces commencent à grimper et à questionner… Le métier de conseiller matrimonial (aussi appelé conseiller conjugal) et de médiateur de couple fait alors son apparition, et c’est un signe qui ne trompe pas… Les années 70 connaissent un profond remue-ménage, à tous les niveaux, et la famille ne fait pas exception. Il en va de même pour tout ce qui a trait à l’éducation des enfants, dans la mesure où il n’y a plus d’autorité paternelle en tant que tel, mais une autorité parentale mettant la mère et le père sur un pied d’égalité. Il va de soi que l’enfant peut aussi avoir droit de cité, mais les décisions et les responsabilités du monde scolaires sont conjointes pour les deux parents, qui doivent donc dialoguer et trouver un consensus lorsqu’ils ne sont pas tout à fait sur la même longueur d’onde.

L'évolution vers la famille moderne

D’un point de vue statistique, dans nos sociétés occidentales post-modernes, on observe un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité, à savoir, qu’il y a un nombre plus élevé de familles monoparentales que de familles dites “traditionnelles” !!! Cela engendre forcément des biais différents, dans les rapports au père, tout comme la reconnaissance du droit à des êtres du même sexe de se marier et d’adopter des enfants (que nous ne jugeons pas négatives, mais que nous observons…).

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Fonctions traditionnelles du père

Le père ne doit pas se contenter d’apporter sa contribution à la conception, il n’est pas un simple géniteur. Outre l’amour qu’il donne à son enfant et qui l’aide à se construire, à bâtir l’estime de soi, à se sentir protégé, il représente avant tout une figure d’autorité essentielle.

Autorité et règles

Le père représente la loi, celle qui va permettre à l’enfant de connaître les règles de la vie en société : ce que je peux faire ou ne pas faire, ce que je dois faire et ne dois pas faire. Il va également lui donner les armes pour affronter le monde extérieur. C’est également au père que revient la mission d’empêcher la relation fusionnelle entre l’enfant et sa mère, afin de lui permettre de se réaliser en tant qu’individu. Il conduit l’enfant vers davantage d’autonomie, le responsabilise et lui fait comprendre qu’il est une personne à part entière.

Modèle et identification

Le père devrait ensuite représenter le modèle. Le garçon cherche inévitablement à ressembler à son père : « Mon père, ce héros », alors que la fille voit en lui, le premier homme de sa vie, l’homme idéal, celui auquel devra ressembler son amoureux plus tard. D’où l’importance du regard que le père porte sur sa fille : la regarde-t-il avec fierté, bienveillance, la rassure-t-il sur sa personnalité et son apparence ? L’importance du regard du père sur son enfant, et la façon dont il le/la valorise sont primordiales. Un père qui représente l’autorité, la loi, ne peut qu’avoir raison aux yeux de son enfant, il détient selon lui la vérité absolue, et ce, même en ce qui le concerne.

Transmission et héritage

Autre fonction capitale : le nom du père. Le père transmet son nom (même si les choses peuvent désormais être différentes de nos jours, mais c’est là un autre sujet) à son enfant, il y a filiation, il le reconnaît, et lui transmet ses racines.

Défis contemporains de la paternité

La réalité est malheureusement plus compliquée. Le rôle du père a considérablement changé ces dernières années. Le père a souvent tendance aujourd’hui à se positionner en seconde mère. La limite entre les deux est parfois floue et les rôles ne sont plus tenus. D’autres pères se comportent comme les copains de leurs enfants.

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Absence et désengagement

De nombreux pères - pas tous, je le précise pour les pères qui à la lecture de cet article auraient envie de hurler au scandale et à la calomnie- sont carrément absents. Soit ils désertent afin de refaire leur vie ailleurs, laissant derrière eux des enfants avec des béances affectives douloureuses, soit ils sont absents même s’ils vivent sous le même toit qu’eux. Ils regardent évoluer leurs bambins d’un œil distrait, ne leur accordant pas l’intérêt, l’estime et hélas ! l’amour dont ils auraient besoin pour devenir des adultes accomplis. Plus soucieux de leur vie professionnelle ou sociale que de leur vie familiale, ils abandonnent toutes les fonctions à la mère, se déchargent complètement de leur mission. On retrouve alors des foyers avec des mères surchargées, tant au niveau émotionnel que sur l’organisation et la logistique et des pères hologrammes, qui pensent que rapporter un salaire à la fin du mois est suffisant. L’enfant a donc un modèle bancal.

Autoritarisme et violence

Et enfin il y a encore et toujours les pères tyranniques, trop autoritaires, ou qui n’ont jamais été investis d’une quelconque paternité affective. Ils traitent leur enfant en adulte, et ce dès son plus jeune âge, parfois même en rival qu’il faut écraser, et au lieu d’aider l’enfant à se construire, ils le détruisent par des paroles blessantes, humiliantes (sans parler de violences physiques) et par leur manque d’amour. Ces séquelles sont profondes, et il faut en général de solides thérapies pour venir à bout de ce qui a été « ancré » dans ces enfants devenus adultes, leur donner confiance en eux, leur faire prendre conscience qu’ils sont des individus méritants, dignes d’amour et d’intérêt, les réconcilier avec le petit enfant qui sommeille encore en eux et a été meurtri, parfois presque détruit. Le manque, voire l’absence d’amour et les paroles qui rabaissent, laissent autant d’hématomes que les coups.

La figure du père "en voie de disparition"

est hélas une espèce en voie de disparition. Résultat de cette éradication aussi brutale que dévastatrice ? La thérapie est sans nul doute la meilleure façon d’apprendre à se reconstruire, en comprenant tout d’abord pourquoi le père a failli à son rôle, afin de déculpabiliser l’enfant qui est toujours là, blessé sous la carapace.

La paternité au XXIe siècle : vers une réinvention ?

Au 21ème siècle, la paternité revient à savoir, ou à parvenir, à s’affirmer en réinventant le profil ou le schéma auquel on veut coller, en se l’appropriant tout simplement, sans vouloir forcer le trait et entrer dans une caricature. Lors de la naissance d’un enfant, le père se voit encore parfois relégué à une place secondaire et, plus tard, il devra aussi prouver sa légitimité en matière d’éducation. Notons d’ailleurs, à propos du congé parental du père, que dans certaines entreprises, le jeune papa subit encore une certaine pression de la part de son employeur, qui cherche à le faire culpabiliser au moment de prendre son congé parental.

L'exemple d'Olivier: un père engagé et bienveillant

Ils diraient probablement que je suis un papa disponible (en terme de temps et en terme d’attitude envers eux), très proche d’eux. J’ai 44 ans et je suis le papa d’une famille nombreuse de 4 enfants : Marceau (six ans et demi), Victoire (5 ans), Alix (3 ans) et Eliot (9 mois). Je suis en couple avec Florence depuis 2001. Après un début de carrière en tant que chef de projet informatique dans des Start Up, j’ai décidé à 37 ans de reprendre mes études de médecine. Je suis devenu papa sur le tard, à 37 ans. Florence est tombée enceinte juste au moment où j’ai quitté mon travail pour reprendre mes études. La naissance de Marceau n’a pas été simple, il est resté 10 jours à l’hôpital en ré-animation. J’ai pu m’en occuper sur les premières semaines puis c’est le trou noir : j’étais en plein dans mon concours d’entrée en médecine durant 3 mois. Notre vraie rencontre s’est faite à ses 5 mois. Avec ma femme, nous voulions plusieurs enfants. Nous avons tardé à avoir le premier puis tout s’est enchaîné très vite (4 enfants en moins de 6 ans !).

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Pour le premier, Marceau, nous étions déjà plutôt sereins. Nous avions lu beaucoup de livres, nous étions prêts ! Même s’il existait tout de même un peu de stress et beaucoup (trop) de questions. Puis nous avons gagné en expérience pour les autres enfants, c’était de plus en plus naturel. Nous avions à la fois moins de temps et plus de facilité. Avec 4 enfants, on a le temps d’affiner, de mieux comprendre les enfants. Mon rôle de papa a donc forcément évolué. Je suis de plus en plus uniquement dans le constat, jamais dans le jugement. J’essaye d’être positif et encourageant avec eux. Et je crois beaucoup au pouvoir du jeu pour les enfants, c’est leur manière d’apprendre. Par exemple, on a imaginé un jeu qui leur permet d’aller le plus vite possible pour s’habiller. J’ai eu la chance d’avoir un papa très présent donc pour moi c’est quelque chose de normal. J’ai toujours su que je voulais être ce type de papa. Aujourd’hui, je suis fier d’en faire autant que la maman ! Avec 4 enfants, on gère un peu une entreprise ! Il y a forcément une notion de rendement et d’efficacité où le plaisir peut parfois disparaitre par le rythme de la vie quotidienne. Aujourd’hui, mes enfants ont entre 6 ans et demi et 9 mois donc nous sommes dans la zone dure ! Plus tard, ce sera plus souple, ils seront plus autonomes. Par besoin de temps, nous les amenons d’ailleurs très vite sur le terrain de l’autonomie.

L'importance de l'état d'esprit et de la communication

Pour moi, tout est dans l’état d’esprit. Toujours essayer de fonctionner en équipe, que ce soit dans le couple ou avec les enfants. Si le stress prend le dessus, cela ne fait qu’empirer la situation. C’est alors important de savoir dire à son partenaire que là, sur ce moment, on n’y arrive pas, qu’on n’a plus la force. Et cet état d’esprit de partage, de respect et de bienveillance, fonctionne aussi avec les enfants. Il arrive que les deux plus grands donnent à manger aux plus petits par exemple.

L'éducation bienveillante : un pilier de la nouvelle paternité

En tant que papa d’une famille nombreuse, tu appliques l’éducation bienveillante avec tes enfants. Encourager, positiver, écouter, accompagner, les aider à apprendre, être dans le constat et pas dans le jugement. Il y a également une forte dimension d’intelligence émotionnelle et de développement de l’autonomie en laissant les enfants trouver par eux-mêmes les solutions après les avoir aidés à poser les justes mots. Je commence cette approche dès les deux ans des enfants et là également le jeu aide les enfants à comprendre et à intégrer. L’idée est bien sur de se l’appliquer à soi ! Quand je m’énerve, ce n’est pas forcément de la faute de l’enfant mais c’est plutôt moi qui ait eu du mal à gérer mon émotion. Ce qui est génial, c’est que les enfants sont des éponges. Ce qu’ils vivent à la maison, ils l’appliquent également à l’extérieur avec les autres enfants. Ils les aident à parler de leurs émotions et à trouver leurs propres solutions. Et ils l’appliquent également avec nous ! Il y a quelques jours, on ne se comprenait pas sur une situation avec Florence, ma femme. Marceau vient nous voir, pose sa main sur nos bras et nous dis « Papa, Maman, je vois que vous êtes en colère. Je peux vous aider à respirer et à être plus calme. Ca va vous aider à trouver la solution ».

Sensibilisation écologique et transmission de valeurs

Tu as également une forte sensibilisation écologique dans ton éducation. C’est effectivement très important pour moi et une valeur que je transmets chaque jour. On a mis en place un plan d’actions pour diminuer notre impact sur l’environnement. Et c’est tout à fait intégré pour les enfants qui expliquent et reprennent leurs grands parents ! Nous essayons de nous déplacer au maximum avec un triporteur. On essaye de construire beaucoup de choses par nous mêmes ou d’acheter en deuxième main. On fait notre compost avec les enfants et on va bientôt avoir des poules dans le jardin. Nous avons un potager dont Marceau adore s’occuper ! Mes trois plus grands sont dans une école Montéssori depuis la rentrée. Je me reconnais dans cette approche de laisser l’enfant avancer à son rythme tout en le guidant.

Conseils d'un père pour d'autres pères

Tout d’abord de jouer avec les enfants. Ils apprennent en jouant, c’est comme cela qu’ils avancent. Et pour le papa, cela fait du bien ! Ce n’est pas forcément évident quand il y a une grande fratrie, mais il est important d’essayer de développer des moments individuels avec chaque enfant. Faire un resto à deux, un moment sportif, .. Et essayer également de se détacher de la notion de temps. J’ai décidé de me lever plus tôt les matins pour ne pas commencer les journées avec la pression du temps. Leur apprendre à préserver leur planète pour leur vie de demain. L’importance de la fratrie, d’être soudés. Et enfin, j’aimerai qu’ils comprennent l’importance de ne pas avoir peur de rêver. Il ne sert à rien de se mettre des freins inutiles.

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