L'article suivant vise à clarifier les concepts de Pays les Moins Avancés (PMA) et de pays émergents, en soulignant leurs caractéristiques, leurs défis et leurs perspectives dans le contexte de la mondialisation. Il s'agit de comprendre les nuances entre ces catégories, souvent utilisées de manière interchangeable, mais qui recouvrent des réalités économiques et sociales très différentes.
I. Définition et Caractéristiques des Pays les Moins Avancés (PMA)
L'émergence d'un certain nombre de pays du Sud tend à faire oublier que nombreux sont encore les pays marqués par une grande pauvreté. Ce sont les pays les moins avancés (PMA).
A. Identification des PMA par l'ONU
L'ONU dénombre 44 pays les moins avancés (PMA), localisés pour l'essentiel en Afrique subsaharienne : Mali, Tchad, Éthiopie, République démocratique du Congo (RDC), etc. , en Asie du Sud : Afghanistan, Myanmar, Laos, etc. et en Amérique (1 pays : Haïti). L'inscription sur la liste proposée par l'ONU est acceptée ou non par les gouvernements. Cela peut expliquer que des pays tels que le Zimbabwe, la Bolivie ou la Corée du Nord n’en fassent pas partie.
B. Indicateurs de Pauvreté et de Développement Humain
Les PMA sont d'abord définis par leur grande pauvreté. Une grande partie de la population (80 % au Burundi, 84 % au Libéria, 88 % en Tanzanie) vit en dessous du seuil de pauvreté tel que défini par l'ONU (moins de 1,25 $ par jour). Avec un revenu moyen par personne inférieur à 750 $ par an (soit environ 1 000 € par an et par habitant), la pauvreté des PMA impacte fortement leur indice de développement humain (IDH). Il est inférieur à 0,470 mais peut descendre très bas : 0,309 au Mali, 0,261 au Niger, 0,239 en RDC, 0,140 au Zimbabwe, un pays en état de catastrophe humanitaire.
L'espérance de vie, qui dépasse 80 ans dans les pays développés, tombe à 57 ans au Lesotho. Le risque de mourir en couche est de 1/16 dans les PMA, contre 1 sur 3 500 en Amérique du Nord par exemple. D'ailleurs, les principales causes de mortalité témoignent de la faiblesse des systèmes de santé : paludisme, sida, voire malnutrition. 50 % de la population est sous-alimentée à Haïti. Leur situation s'améliore ; le nombre de PMA a diminué ces dernières années. L'espérance de vie progresse et s'établit à 67 ans en 2023, se rapprochant de la moyenne mondiale de 73 ans.
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C. Fragilité Économique et Dépendance Agricole
Les PMA sont tous des pays à économie fragile, encore fondamentalement agricole, avec une population rurale souvent majoritaire (83 % au Niger, 85 % au Rwanda, 89 % au Burundi). Les exportations sont souvent faiblement diversifiées, rendant ainsi le pays dépendant des cours mondiaux pour ses recettes en devises.
D. Instabilité Politique et Gouvernance
Enfin, la plupart des PMA sont en situation de crise politique plus ou moins grave, plus ou moins structurelle. Les régimes en place sont souvent des régimes autoritaires et la corruption y est générale, ruinant toute tentative de développement autonome. Ces pays sont parfois en état de guerre civile, ou de conflit frontalier, ce qui ne fait qu'aggraver la situation.
II. Insertion Incomplète et Dominée dans la Mondialisation
Les PMA sont les pays les moins bien insérés dans la mondialisation, ce qui explique en partie leur retard de développement. De plus, leur insertion est le plus souvent incomplète et dominée.
A. Exportation de Matières Premières Brutes
Ce sont essentiellement des pays exportateurs de matières premières brutes, souvent non transformées, ce qui laisse la plus grande part de la valeur ajoutée aux acheteurs qui transforment ces matières premières en produits intermédiaires ou finis. Cela explique, qu'en valeur, les exportations des PMA ne représentent que 1 % des exportations mondiales.
Les produits exportés sont typiquement : des matières premières agricoles (bois au Libéria, café au Burundi, cacao en Côte d'Ivoire, coton au Mali, etc.) ; des matières premières énergétiques (pétrole au Soudan ou en Angola, gaz naturel au Myanmar, uranium au Niger, etc.) ; des matières premières minières (bauxite en Guinée, cuivre en Zambie, diamants en RDC, platine au Zimbabwe, etc.).
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B. Importation de Produits Manufacturés et Déficits Alimentaires
À l'inverse, les PMA importent des produits manufacturés, à plus forte valeur ajoutée : les termes de l'échange sont donc en leur défaveur. Par ailleurs, les 2/3 des PMA importent plus de denrées alimentaires qu'ils n'en exportent, du fait de l'incapacité des agricultures à nourrir les populations, souvent en forte croissance.
C. Difficultés Financières et Dépendance à l'Aide
Les PMA sont donc souvent en difficulté financière, donc souvent endettés, même si les créanciers effacent parfois tout ou partie de leur dette. L'aide publique au développement en provenance des pays riches et, de plus en plus, des pays émergents est souvent vitale pour des États dont les ressources sont dramatiquement faibles. Les flux financiers de l'aide au développement vers les PMA ont représenté environ 30 milliards de dollars par an ces dernières années. Cet allégement devrait être beaucoup plus étendu et plus rapide, les délais étant actuellement longs : 6 ans au minimum pour qu'un PPTE obtienne que l'encours de sa dette soit réduit, sauf si la « performance » du pays évaluée par le F.M.I. amène à douter de l'efficacité de l'aide publique.
III. Améliorations Inégales mais Réelles
Toutefois, les PMA ont connu une certaine amélioration dans la dernière décennie. Dans les années 2000, la croissance économique des PMA a, en effet, été supérieure à celle du reste du monde. Les niveaux d'endettement et de pauvreté ont diminué, les infrastructures se sont globalement améliorées, les marchés intérieurs sensiblement développés. Les maux les plus criants en matière de santé, de chômage, d'analphabétisme ont été réduits. Des évolutions notables ont également eu lieu sur les questions de gouvernance. Huit pays ont pu s’extraire de cette catégorie : le Botswana (1994), le Cap-Vert (2007), les Maldives (2011), les Samoa (2014), la Guinée Équatoriale (2017), le Vanuatu (2020), le Bhoutan (2023) et São Tomé-et-Principe (2024). Le Soudan du Sud l’a intégrée en 2011. Plusieurs pays en attente de sortie sont finalement prolongés, notamment en raison de la pandémie de covid-19. Parmi eux, l'Angola, le Bangladesh, le Laos, le Népal et les Îles Salomon.
A. Disparités Géographiques des Progrès
Certes, ces progrès ne sont pas généraux : les parties des territoires touchées par les améliorations sont celles qui sont le plus en contact avec le reste du monde, comme les grandes régions urbaines ; les zones rurales reculées et enclavées demeurent dans une situation dramatique.
IV. Pays Émergents : Définition et Caractéristiques
L'émergence caractérise le processus par lequel un État s'intègre à l'économie globalisée et au capitalisme mondial grâce à une croissance économique (c'est-à-dire une augmentation du produit intérieur brut) forte pendant plusieurs années. Le terme est issu du vocabulaire financier et des agences de notations ; il sert à l'origine à désigner des marchés : un marché émergent est, dans ce contexte, un marché attractif pour les investisseurs.
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A. Absence de Liste Officielle et Critères Variables
Du fait de l’imprécision de cette notion et de sa non-reconnaissance par les organismes internationaux, il n’existe aucune liste officielle de pays émergents. Par exemple, le Vietnam, le Mexique, l’Argentine, pays en développement connaissant une forte croissance économique, sont souvent classés dans cette liste ; mais l'Éthiopie, pourtant un des 46 PMA, est également qualifiée de pays émergent, tout comme parfois la Pologne, pays développé membre de l’Union européenne.
La notion de pays émergent ne correspond à aucune définition économique précise, elle correspond plutôt à une notion assez floue qui peut varier d'un auteur à un autre et surtout dans le temps. Le concept est né dans les années 1980 avec le développement des marchés boursiers dans les pays en développement. On peut toutefois dire que l'expression "pays émergent" représente les pays en développement qui ne font pas partie des pays les moins avancés (PMA). On peut toutefois reconnaître quelques critères communs à l'ensemble des pays de ce groupe : IDH et PIB inférieur aux pays développés, croissance économique forte, part croissante dans l’économie mondiale. L'appartenance à ce groupe n'est pas figée : Par exemple, la Corée du Sud ou Singapour, anciens pays émergents, font désormais partie du groupe des pays développés. En 2014, Coface donne une liste de 10 « nouveaux émergents » qui remplissent tous les critères. Mais ces pays ne sont pas égaux en matière d’environnement des affaires dont les lacunes peuvent brider la croissance.
B. L'Émergence comme Projet Politique
L'émergence peut aussi être un programme officiel : la présidence du Sénégal a ainsi inscrit dans son projet de hisser son pays au rang d'émergent avant 2035 (Beye, 2025). Un projet de ville nouvelle à 30 kilomètres du centre-ville de Dakar, à Diamniadio, doit servir cet objectif.
C. Les BRICS et Autres Pays Émergents
Les pays émergents les plus connus sont certainement les BRICS (Brésil Russie Inde Chine et Afrique du Sud), en raison de leur poids respectif et cumulé, et de la visibilité politique qu'ils se sont donnés en se réunissant régulièrement. On peut aussi les qualifier de grands émergents. Élargis en 2024 à cinq autres pays dans le cadre des BRICS+ (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie, et Iran), ils forment la principale association de pays émergents.
D. Limites et Critiques de la Notion d'Émergence
Parler d'émergence plutôt que de développement induit des différences majeures : l'émergence est plus économique que sociale, et elle peut ne pas se traduire par l'amélioration des conditions de vie des plus pauvres, voire entraîner une augmentation des inégalités sociales. Pour grossir le trait, l'émergence pourrait être la croissance sans le développement. Le terme présente plusieurs limites. D'abord l'émergence désigne un processus mais aucun critère n'a été défini pour caractériser son achèvement. On parle parfois de pays émergés à propos de la Chine ou du Brésil, ce qui sous-entendrait qu'on peut achever l'émergence sans atteindre pour autant le stade de pays « développé ». L'usage du mot, en insistant sur l'intégration financière du pays, néglige les aspects sociaux et surtout environnementaux.
V. Facteurs Clés de l'Émergence Économique
A. Croissance Rapide et Part Croissante dans le Commerce Mondial
Les puissances émergentes sont en bonne position des classements internationaux : croissance rapide, part croissante dans le commerce mondial, principaux récepteurs d’investissements directs étrangers (IDE) etc. Elles jouissent d’une capacité exceptionnelle à augmenter et à diversifier leur production industrielle, mais aussi à monter en gamme pour dégager plus de valeur ajoutée, sans oublier la progression des activités tertiaires.
B. Remise en Question de la Division Internationale du Travail
Egalement reprise par l’auteur, la thèse de la remise en question de la division internationale du travail qui s’est opérée depuis le début des années 2000 : les pays émergents sont à présent capables d’abriter des activités de conception, de R&D et de direction, et non plus seulement de fabrication.
C. Enjeux Géopolitiques et Nouveaux Paradigmes
Les pays émergents partagent tous, de manière plus ou moins radicale, « la promesse d’un basculement du monde » et véhiculent un « nouveau paradigme géopolitique ». Le G20, fruit de la crise économique mondiale de 2008 et de la violente période de déclassement subie par l’Europe et des Etats-Unis, est l’une des conséquences évidentes des bouleversements opérés dans l’ordre géopolitique et économique mondial depuis le début des années 2000. C’est sans doute « l’organe de la gouvernance mondiale le plus révélateur du basculement du monde ». Les puissances émergentes possèdent également une vision commune des relations internationales, souvent en opposition ou concurrentes aux valeurs occidentales. Que ce soit le Brésil, la Russie l’Inde ou la Chine - les BRIC, tous prônent la souveraineté étatique et le rejet de l’ingérence. Notons au passage que l’émergence a souvent pour moteur « la revanche sur un passé douloureux » en référence à la colonisation (l’Inde par exemple), de façon plus générale à la domination occidentale (l’auteur dresse un tableau remarquable des humiliations subies par la Chine depuis la Première Guerre de l’Opium en 1839-1842) ou bien à une perte d’influence (la Russie après la chute de l’URSS).
VI. Défis et Perspectives des Pays Émergents
A. Ambiguïtés et Dépendances
A la lecture du livre de Sylvia Delannoy, on réalise toute l’ambiguïté et la complexité du phénomène de l’émergence. On ne sait pas bien si nous voyons se développer une nouvelle mondialisation, guidée par des principes certes libéraux mais tout de même affranchis des préceptes du consensus de Washington. Des paradigmes concurrents commencent à émerger : le consensus de São Paulo ou le consensus de Pékin, qui revisite la place et le rôle de l’Etat. Ce dernier est perçu comme un acteur clé, capable soit de donner une impulsion à l’activité économique, soit de piloter lui-même les agents économiques afin de construire un plan de développement. Assiste-t-on plutôt à une occidentalisation des puissances émergentes ? Celles-ci restent finalement dépendantes des débouchés commerciaux et des investissements de l’Europe et des Etats-Unis. Elles sont également touchées par le soft power américain, tant dans le mode de vie que dans l’usage de l’anglais comme langue universelle. Est-ce alors « la capacité d’intégration à la mondialisation qui caractérise le mieux l’émergence » ?
B. Opportunités et Menaces de la Déglobalisation
La déglobalisation actuelle constitue moins une menace qu’une opportunité pour les émergents. La régionalisation qui consiste à produire là où les produits sont consommés est une chance pour la planète du point de vue écologique mais aussi une opportunité pour le monde de la finance pour peu qu’il ait su investir dans les marchés émergents qui connaissent une explosion de la demande domestique. Ce point de vue est partagé par Pascal Blanqué, Chief Investment Officer chez Amundi pour qui « la diminution du commerce et le développement de politiques protectionnistes induit une approche plus régionalistes ». Il considère que « certains marchés émergents peuvent profiter de cette transformation ». Il s’agit même d’un investissement idéal « s’il est associé à une prime de risque sympathique et une devise sous-évaluée ».
C. Secteurs Prometteurs et Stratégies d'Investissement
Pour Yves Perrier, Directeur général Amundi, c’est sur les services qu’il faudrait miser en Bourse en 2020, considérant que « le marché des émergents arrive dans une nouvelle phase de développement avec la progression de la demande interne, notamment dans les services. Enfin, il pourra être judicieux cette année de se positionner sur le secteur des petites et moyennes capitalisations qui a beaucoup souffert en 2018, « avec beaucoup d’actions cédées parfois injustement » souligne-t-on chez Jupiter AM. On peut se positionner en Bourse sur les marchés émergents de multiples façons. Ensuite, il convient de choisir quel type d’actif et de produits acheter : actions en direct, ETF et produits dérivés.
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