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Étude de la Néonatalogie Équine: Particularités et Affections Courantes chez l'Âne

Introduction

La néonatalogie équine, et plus particulièrement chez l'âne, représente un défi spécifique pour les vétérinaires et les éleveurs. L'espèce asine présente des particularités physiologiques et des sensibilités qui nécessitent une approche distincte de celle utilisée chez le cheval. Cet article explore les affections les plus courantes observées durant la gestation chez l'ânesse, les spécificités de la mise bas, les complications potentielles du post-partum, les soins essentiels à prodiguer à l'ânon nouveau-né, ainsi que les affections congénitales et acquises fréquemment rencontrées.

Gestation chez l'Ânesse: Durée et Particularités

Durée de Gestation

La durée de gestation chez l’ânesse est significativement plus longue que chez la jument, s’étendant en moyenne sur 371 jours contre 342 jours. Cette période peut varier considérablement, allant de 11 à 14,5 mois. Contrairement à la jument, les facteurs environnementaux semblent avoir moins d'influence sur la durée de gestation chez l'ânesse.

  • Influence de la saison de saillie: Une gestation plus longue a été observée lorsque la saillie est effectuée en début de saison.
  • Sexe de l'ânon: La seule variation significative identifiée est liée au sexe du produit, les ânons mâles ayant une gestation plus longue de 5 jours en moyenne.
  • Gestation hybride: En cas de gestation d'une mule ou d'un bardot, la durée se rapproche de celle de l'espèce maternelle, soit environ 341 jours pour une mule et 370 jours pour un bardot.

Gestations Gémellaires

Les ânesses présentent un taux d'ovulations multiples plus élevé que les juments, particulièrement chez certaines races comme le mammoth jack. Les gestations gémellaires sont plus fréquemment menées à terme chez l'ânesse que chez la jument, grâce à une densité plus élevée de microcotylédons dans l'allantochorion, ce qui rend le placenta plus efficace malgré une surface d'échanges réduite.

Gestations Interspécifiques

Les gestations interspécifiques, résultant de croisements entre espèces différentes, présentent des modulations immunologiques et hormonales distinctes des gestations intraspécifiques observées chez la jument et l'ânesse.

Avortements d'Origine Virale et Bactérienne

L'herpèsvirus équin 1 (EHV-1) peut infecter l'ânesse gestante, entraînant des avortements et des affections néonatales caractérisées par des lésions herpétiques chez l'avorton. Bien que les ânes semblent moins sensibles à l'EHV-1 que les chevaux en conditions expérimentales, d'autres virus spécifiques à l'âne ont été identifiés, tels que les herpèsvirus asins 1 (AHV-1), 2 (AHV-2) et 3 (AHV-3), correspondant respectivement aux EHV-6, EHV-7 et EHV-8.

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  • AHV-3/EHV-8: Ce virus a été associé à des symptômes respiratoires chez les ânes et les chevaux, et récemment à un cas d'avortement chez une ânesse. Sa pathogénie est encore mal connue, mais il semble apparenté à l'EHV-9, potentiellement aussi lié à des avortements équins.
  • Prévention: La vaccination des chevaux contre l'EHV-1 est recommandée dans les élevages, avec des rappels à 5, 7 et 9 mois de gestation. Il n'existe pas de recommandations spécifiques pour la protection contre AHV-3/EHV-8.
  • Autres causes d'avortement: Le virus de l'artérite virale équine, Leptospira spp., Pseudomonas spp., Salmonella spp., ainsi que les bactéries opportunistes causant des placentites, sont également décrits comme causes d'avortement chez l'ânesse, bien que leur incidence réelle soit mal connue.

La Mise Bas chez l'Ânesse

Préparation à la Mise Bas

Au cours des 30 derniers jours de gestation, le ventre de l'ânesse se développe considérablement. À l'approche du part, il descend et des œdèmes peuvent apparaître dans la partie déclive. Quelques jours avant la mise bas, les mamelles grossissent et les trayons présentent un petit écoulement jaunâtre qui sèche.

  • Environnement: Le calme et la tranquillité sont essentiels pour la mise bas. Il est préférable de ne pas isoler complètement l'ânesse; une autre femelle peut être présente pour éviter le stress lié à l'isolement. Les mâles doivent être éloignés.
  • Prédiction du moment de la mise bas: Les sécrétions mammaires présentent une augmentation du taux de calcium, une inversion des taux de sodium et de potassium, et une chute du pH, indiquant que la parturition aura lieu dans les 24 à 48 heures. Une chute du pH sous le seuil de 6,4 a une sensibilité de 90 % pour prédire une mise bas dans les 24 heures.
  • Prévention: Il est recommandé de vermifuger l'ânesse 2 semaines avant la date présumée du part et de laver la mamelle pour prévenir une contamination par des œufs d'ascaris.

Déroulement de la Mise Bas

La mise bas peut survenir à tout moment, mais selon plusieurs études, elle a lieu principalement la nuit.

  • Premier stade (prodromes): Ce stade est souvent discret chez l'ânesse. Elle peut paraître agitée, marcher dans son box, se coucher et se lever à plusieurs reprises. Cette phase dure en moyenne 65 minutes (de 20 à 135 minutes). Le col de l'utérus, généralement ouvert au cours des derniers jours précédant la mise bas, se dilate progressivement sous l'effet des contractions utérines.
  • Deuxième stade (expulsion): Ce stade commence avec la rupture de l'allantochorion et l'évacuation du liquide allantoïdien. L'ânon, enveloppé dans la poche amniotique, s'engage dans le canal pelvien. Le passage du fœtus provoque des décharges d'ocytocine qui augmentent les efforts expulsifs. La présentation normale est celle où le nez de l'ânon repose sur ses membres antérieurs.
    • Intervention: Si la poche amniotique ne se rompt pas spontanément, il est essentiel de la déchirer pour dégager les voies respiratoires du nouveau-né et essuyer le mucus. L'expulsion est généralement complète en 10 à 30 minutes. Si le fœtus n'est pas visible 20 minutes après le début du deuxième stade, une dystocie doit être suspectée.
  • Troisième stade (délivrance): Ce stade correspond à l'expulsion des annexes fœtales.

Complications lors de la Mise Bas

La mise bas se déroule habituellement sans difficulté, mais l'obésité, l'âge avancé de l'ânesse ou certains facteurs raciaux (comme chez les ânes miniatures) peuvent entraîner des complications. Les déviations de la tête ou des membres sont les causes les plus fréquentes de dystocie asine.

  • Dystocie: Une attention particulière est requise si les 4 membres sont présents au niveau de la vulve et associés à des intestins, ce qui peut indiquer un cas de schistosomose. Les gestations hybrides et l'excès de poids du fœtus sont également des facteurs de risque.
  • Décollement placentaire prématuré ("red bag delivery"): L'allantochorion fait saillie entre les lèvres vulvaires, apparaissant épaissi et œdémateux. Le fœtus est alors en hypoxie. Une intervention rapide est nécessaire pour ouvrir la poche et permettre l'expulsion de l'ânon.

Complications Post-Partum chez l'Ânesse

Les complications post-partum sont similaires à celles observées chez la jument : hémorragie post-partum, déchirure utérine, rétention placentaire, métrite et affection mammaire. Des syndromes plus généraux, tels que des coliques, peuvent également survenir. L'hyperlipémie, une complication courante chez l'âne en situation de stress ou de maladie, doit être surveillée et traitée rapidement.

  • Lésions du col utérin et vaginite: L'étroitesse du canal pelvien et la configuration du col (long et tortueux) rendent l'ânesse plus susceptible aux déchirures du col en cas de dystocie, ainsi qu'aux vaginites nécrotiques lors de manipulations obstétricales.
  • Rétention placentaire et métrite: Les rétentions placentaires sont rares, mais la configuration du col augmente le risque de métrite ou de pyomètre post-partum. Il est nécessaire d'intervenir en cas de non-délivrance dans les 3 heures, le risque de complication augmentant significativement au bout de 6 à 8 heures. Il est important de vérifier l'intégralité du placenta délivré pour prévenir une métrite post-partum.

Premiers Soins à l'Ânon Nouveau-Né

Immédiatement Après la Naissance

Il est déconseillé de couper le cordon ombilical immédiatement après l'expulsion. Ces quelques minutes permettent le passage d'une quantité importante de sang du placenta vers le nouveau-né, augmentant la volémie et l'apport en oxygène. Il est recommandé de ne pas perturber les premiers contacts entre la mère et son ânon.

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  • Stimulation maternelle: L'ânesse provoque la rupture du cordon en se relevant et lèche son produit pour le sécher. Le léchage stimule l'instinct maternel et évite le refroidissement du nouveau-né. Si la mère tarde à lécher son produit, saupoudrer une petite quantité de sel de table sur le dos de l'ânon peut favoriser ce comportement.
  • Protection maternelle: Durant les premiers jours de vie, la mère peut protéger son produit de manière agressive contre les congénères, les personnes ou les animaux de compagnie.

Évaluation de la Vitalité de l'Ânon

L'utilisation d'un système de notation, le score d'Apgar modifié, permet d'évaluer la viabilité du nouveau-né 5 minutes après la naissance et d'identifier les ânons à risque d'hypoxie. Ce score prend en compte la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, le tonus musculaire et le réflexe d'irritabilité, notés chacun de 0 à 2. Les nouveau-nés sont classés comme normaux (score total entre 7 et 8), modérément déprimés (score total entre 4 et 6) ou sévèrement déprimés (score total entre 1 et 4).

Surveillance et Soins Initiaux

  • Position et tétée: Le nouveau-né se met en position sternale 5 à 10 minutes après la naissance et tente de se mettre debout. Un ânon normal doit tenir sur ses membres et téter 1 à 4 heures après la mise bas. Il doit marcher au bout de 2 heures et être capable de galoper au bout de 6 heures.
  • Soutien à la tétée: Certaines mères refusent que le nouveau-né tète et peuvent même devenir agressives. Il convient alors d'immobiliser la femelle pour faciliter la tétée.
  • Température et fréquences: La température rectale doit se stabiliser entre 37,5 et 38,5 °C. La fréquence cardiaque est élevée au cours des premières heures (80 à 120 battements par minute). La fréquence respiratoire oscille entre 60 à 80 mouvements par minute (mpm) au cours de la première heure pour descendre à 30 ou 40 mpm après 12 heures.
  • Évacuation du méconium: Le méconium doit être évacué dans l'heure qui suit la naissance et complètement éliminé après 24 heures.
  • Vérification du méat urinaire: Le praticien vérifie que l'urine sort bien par le méat urinaire, afin de s'assurer de l'absence d'une persistance du canal de l'ouraque.
  • Désinfection du cordon ombilical: Le cordon ombilical doit être désinfecté toutes les 4 à 6 heures au cours des premiers jours, à l'aide d'une solution de chlorhexidine à 0,5 % ou de povidone iodée à 2 %.
  • Prévention de l'hypothermie: Le pelage de l'ânon à la naissance ne le protège pas totalement du risque d'hypothermie. Il convient de s'assurer que le nouveau-né puisse être séché rapidement et mis à l'abri des intempéries, idéalement sur une litière paillée, durant au moins les 15 à 30 premiers jours de vie.

Importance du Colostrum

La prise colostrale est essentielle en raison de ses rôles nutritif, immunitaire et laxatif. L'ânon doit consommer 1 à 2 litres de colostrum au cours des 12 premières heures. L'absorption intestinale des immunoglobulines G (IgG) étant réduite à 25 % après 3 heures de vie, il convient d'encourager l'ânon faible à boire.

Affections Congénitales et Acquises Courantes

(Informations complémentaires nécessaires pour compléter cette section)

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