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Estelle Meyer : Une artiste engagée qui défie la fatalité

Estelle Meyer est une artiste aux multiples talents : actrice, chanteuse et compositrice. Formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, elle s’est illustrée au théâtre, au cinéma et à la télévision. Connue pour son engagement et sa créativité, elle présente des spectacles qui transcendent les genres et invitent à la réflexion. Après Sous ma robe, mon cœur, elle revient avec Niquer la fatalité, un spectacle initié aux Plateaux Sauvages lors d’une carte blanche en 2021, au titre aussi audacieux qu’évocateur.

Un dialogue avec Gisèle Halimi

Niquer la fatalité est un récit initiatique qui explore la construction d’une jeune femme, Estelle Meyer, en dialogue post-mortem avec l’avocate féministe Gisèle Halimi. Le spectacle pose des questions essentielles : est-ce une grâce ou une fatalité d’être née femme ? Comment déjouer les injonctions et exploser les moules préétablis pour s’appartenir enfin et créer une vie libre ? Niké, c’est aussi la déesse de la Victoire chez les grec·que·s.

Estelle Meyer se livre plus que jamais, elle coud sa vie sur les combats de Gisèle Halimi, tantôt l’incarne tantôt lui parle, jusqu’à ce qu’elles se confondent, jusqu’à ce que nos histoires à nous, spectatrices, se confondent elles aussi avec la sienne au gré des résonances, des similitudes, d’une solidarité qui s’empathise en sororité.

Une artiste aux multiples facettes

Estelle Meyer se forme au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Elle joue au théâtre avec le Birgit Ensemble, François Orsoni, Guillaume Vincent, Joséphine Serre, Nathalie Fillion, et au cinéma avec Sara Forestier, Alain Raoust ou encore Fabienne Godet. En 2019, elle reçoit le Prix de la Création du Tremplin À nos chansons !

Créatrice de rituels depuis son enfance passée à la lisière de Fontainebleau, auprès de son arbre fétiche qu’elle avait baptisé Morgane, Estelle Meyer est de ces artistes qui font feu de tout bois pour renverser le monde par la beauté. Au théâtre, on a notamment pu la voir en princesse Europe dans Dans les ruines d’Athènes / Memories of Sarajevo du Birgit Ensemble dans le In du Festival d’Avignon (2017), et en reine des fées pour Guillaume Vincent dans Songes et Métamorphoses au théâtre de l’Odéon. À l’écran, elle a incarné la pharaonne Hatchepsout pour Arte ; l’ardente Alex dans la série Dix pour cent ou plus récemment la grande sœur de Camélia Jordana dans Irrésistible de Laure de Butler sur Disney +. En 2019, elle a présenté Sous ma robe, mon cœur aux Plateaux Sauvages, un concert poétique et chamanique qui a connu une belle tournée et qui est également édité en livre-disque. Avec Niquer la fatalité, créé au printemps 2023, Estelle Meyer signait un nouveau rituel à la croisée du théâtre et de la musique, dans lequel elle explorait son apprentissage de femme dans un dialogue post-mortem avec l’avocate féministe Gisèle Halimi.

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À l’occasion de la tournée en France de son spectacle Niquer la fatalité, Arnaud Laporte recevait Estelle Meyer pour remonter avec elle aux sources de son énergie poétique et créatrice. "J'ai fait péter mes chaînes grâce au théâtre"Très tôt, Estelle Meyer a eu besoin de s’exprimer, faire entendre sa voix si singulière dont on lui a toujours parlé "comme un objet, ou comme une étrangeté", nous confie-t-elle. Grande amoureuse des mots, qu'elle collectionne dans des carnets où elle les classe par sensation, elle découvre rapidement son besoin de les chanter, les faire vibrer. Bac en poche, elle intègre le Cours Florent, avant de rejoindre le CNSAD où elle commence à travailler le chant lyrique, auprès de Laure Marie Meyer et de Sylvie Deguy. Au cours de l'entretien, elle nous raconte son rapport au chant : "Je viens d'une famille nombreuse, bruyante et bordélique, vivante et tourmentée, dans laquelle il fallait se faire entendre, d'autant que j'étais la troisième. Et tout d'un coup, j'ai eu accès à une parole personnelle, cette sensation de pouvoir se taire et que le monde est suspendu jusqu'à ce qu'on reprenne. Un endroit de communion où on devient absolument tout, avec tous et toutes. Le chant, c'était comme l'épure absolue. Une voix tremble, elle ne peut pas mentir, elle fait pleurer et elle bouleverse. Par exemple, quand quelqu'un meurt, on est beaucoup plus touché d'entendre quelqu'un que de le voir en photo. Ça parle tout de suite à notre peau. Même si on ne comprend pas une langue, on peut entendre une chanteuse et être bouleversé, parce que son chant, c'est son âme. C'est comme les yeux. Donc, je pense que le chant m'a appris une espèce de simplicité à être, à oser, à vibrer, être du son avant les mots, quelque chose de très archaïque." Estelle Meyer n’a pas attendu sa sortie du Conservatoire pour fouler les planches, accumuler les expériences, les rencontres, et varier les registres. Elle revient pour nous sur ses débuts et l’état d’esprit dans lequel elle se trouvait alors : "Je ne sais pas si j'ai pris le torrent de la vie, parce que je pense que j'étais moi-même torrent, ou un taureau. J'étais très féminine/masculine. J'ai fait beaucoup de boxe, j'avais un rapport à la violence à l'adolescence qui était quand même trash. Il fallait faire péter les murs, toutes les contraintes. J'avais besoin de désobéir, d'aller me frotter au monde. C'est comme si j'avais l'impression que la violence était cachée et que je voulais la voir pour qu'elle soit claire sous mes yeux. […] En classe libre au Cours Florent, on nous a beaucoup valorisés dans nos personnalités. Moi, je suis rentrée avec Marie Tudor. Je jouais des monstres. La difficulté pour moi, c'était de jouer des jeunes premières et de parler de l'amour sans rigoler, d'être toute nue dans une vérité du cœur. J'ai l'impression d'avoir eu ce taureau intérieur et en même temps d'avoir les pieds solides, comme une petite-fille de paysanne."

D’une création à l’autre, Estelle Meyer ambitionne d’honorer, chanter et fêter ce qu’elle désigne comme "le peuple des femmes". Elle a fait de la sororité son maître mot, mais aussi sa méthode. Qu'elle joue Volumnia, mère dévorante du Coriolan de Shakespeare, sous la direction de François Orsoni au Théâtre de la Bastille (2022), ou Sarah Bernhardt, prochainement dans une pièce de Géraldine Martineau, au Théâtre du Palais Royal, la comédienne aborde toujours un personnage en recherchant la part d’humanité qu’il contient, sans préjugés : "C'est une espèce d'expérience complètement chamanique d'être acteur. Tu mets dans ta peau et dans ta mémoire des rythmes cardiaques, d'autres et des détresses qui ne sont pas les tiennes. Il y a presque un rapport de possession, de générosité absolue, car tu prêtes ton humanité à d'autres pour essayer de les approcher, pour qu'on grandisse ensemble. Qu'est-ce que c'est cet humain, ce passage terrestre ? Qu'est-ce qu'on fait là ? Je trouve que les vieux acteurs sont si pleins et si beaux, à la fois transparents et absolument universels tellement ils ont prêté leurs traits et leurs âmes à réfléchir à l'humanité."

Les thèmes abordés dans son œuvre

Estelle Meyer aborde des thèmes variés et engagés dans son œuvre.

La condition féminine

La question de la condition féminine est au cœur de son travail. Elle explore les injonctions sociales, les inégalités et les violences faites aux femmes. À travers ses spectacles, elle cherche à donner une voix aux femmes et à encourager la sororité.

La lutte pour les droits

Estelle Meyer s’engage pour la défense des droits, notamment les droits des femmes. Elle s’inspire de figures emblématiques comme Gisèle Halimi pour dénoncer les injustices et appeler à l’action.

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L'avortement

La question de l'avortement est également présente dans son travail, notamment à travers la figure de Gisèle Halimi, qui a joué un rôle clé dans la dépénalisation de l'IVG en France. Elle aborde ce sujet avec sensibilité et profondeur, en explorant les enjeux éthiques et sociaux qui s'y rattachent. La figure de Gisèle Halimi, emblématique, inspire les metteuses en scène à créer des formes intimes, légères et.ou à petite distribution (un duo pour Lena Paugam, Gisèle Halimi, une farouche liberté, 2022 ou un seule en scène Gisèle Halimi, Défendre ! avec Alice Geairon, cie l’ouvrage). Pour Estelle Meyer, c’est une rencontre fictive entre elle et l’avocate qui crée la trame de Niquer la fatalité en 2023.

La maternité et la parentalité

La maternité et la parentalité sont des thèmes complexes qu'elle explore à travers des œuvres comme Eugénie de Côme de Bellescize, où les futurs parents sont confrontés au choix difficile de garder ou non un enfant handicapé. Cette pièce met en lumière les ambivalences de l'amour parental et les contradictions de notre société face à la différence.

Le corps et l'identité

Estelle Meyer explore les questions du corps et de l’identité à travers une approche chamanique et poétique. Elle utilise son corps comme un outil d’expression et de transformation, en explorant les limites et les potentialités.

Estelle Meyer : une artiste engagée

Estelle Meyer est une artiste engagée qui utilise son art pour questionner le monde et ouvrir des perspectives. Son travail est un appel à la liberté, à la créativité et à la solidarité. Elle est une voix importante dans le paysage culturel français et une source d’inspiration pour de nombreuses personnes.

Autres projets

Estelle Meyer est à l’affiche de la série Escort Boys de Ruben Alves sur Prime Vidéo. La comédienne jouera le rôle-titre de Sarah Bernhardt, dans une pièce écrite et mise en scène par Géraldine Martineau, au Théâtre du Palais Royal à partir d’août 2024. Estelle Meyer participe au volume 2 de HOLD UP 21, un recueil de nouvelles érotiques par des autrices, aux éditions Anne Carrière.

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tags: #estelle #meyer #grossesse

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