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L'Entreprise des Nourrices à Versailles en 1853 : Une Histoire Complexe

Introduction

L'histoire de l'industrie des nourrices, en particulier à Versailles et dans ses environs en 1853, est un sujet complexe et fascinant. Elle révèle des aspects sociaux, économiques et moraux de l'époque, tout en mettant en lumière les conditions de vie des femmes et des enfants. Cet article explore cette entreprise en s'appuyant sur des documents historiques et des témoignages.

Les Origines et l'Évolution de l'Industrie des Nourrices

L'industrie des nourrices a une longue histoire en France. Dès le XIVe siècle, des ordonnances royales tentaient de réglementer cette activité. Une ordonnance du roi Jean, datant du 30 janvier 1350, circonscrit l'industrie des nourrices dans quelques mains privilégiées et règle les rapports d'intérêt entre ces femmes et les familles qui les emploient. Cette ordonnance fixait notamment le salaire des nourrices à cent sols par an, sous peine d'amende. Elle réglementait également les honoraires des "recommandaresses", ces intermédiaires qui louaient les services des nourrices, et punissait sévèrement celles qui ne respectaient pas les règles. Au XVIIIe siècle, la situation n'était guère plus reluisante. Une ordonnance de 1724 interdisait aux nourrices d'avoir deux nourrissons à la fois, sous peine d'amende et de fouet. En 1756, une sentence du Châtelet de Paris interdisait aux nourrices de coucher les nourrissons dans le même lit, sous peine d'amende et de punition corporelle en cas de récidive. En 1757, une nouvelle sentence interdisait aux nourrices de prendre des nourrissons si elles étaient enceintes, sous peine de fouet et d'amende. Malgré ces mesures, les abus et l'immoralité persistaient.

Face à cette situation, le « Bureau général des Nourrices et Recommandaresses pour la ville de Paris », également appelé Grand Bureau, est créé en 1769. Ce bureau exerçait un monopole sur le recrutement des nourrices. Au XIXe siècle, le Grand Bureau changea plusieurs fois d'emplacements et fut situé au 27 de la rue Sainte-Apolline à partir de 1804. Dans les années 1820, des bureaux privés vinrent concurrencer le Grand Bureau qui déclina peu à peu. Le Grand Bureau évolua vers une plus grande moralisation du recrutement : la nourrice devait être enregistrée à la Préfecture de Police sur présentation d'un certificat du maire de sa commune garantissant ses bonnes mœurs. Des tentatives furent également menées afin d'améliorer le bien-être des nourrices, notamment en ce qui concerne l'alimentation.

En 1874, la loi Roussel établit la surveillance de l'autorité publique de tout enfant de moins de deux ans, placé, moyennant salaire, en nourrice.

Le Morvan : Terre de Lait

De tout temps, le Morvan a été considéré comme la terre de lait par excellence. Déjà les Romains rapportaient que les Gauloises de Bibracte trempaient leurs seins dans une fontaine du Mont Beuvray pour obtenir en quantité le lait qui nourrirait leurs enfants. Depuis lors, les descendantes chrétiennes de ces femmes ont été constamment recherchées. À Dun-les-Places, on est venu quérir la nourrice du Roi de Rome. D'Empury, on a fait venir celle du fils de Napoléon III. À Villapourçon on sonnait hardiment les cloches le jour du mariage afin que la future mère soit "laitière". Sainte Agathe, sainte Gate, était considérée comme la protectrice des femmes en général et des nourrices en particulier. Honorée à Marzy, près de Nevers, à Garchizy près de Fougues et à Pouilly-sur-Loire, elle l'était aussi à Lys, canton de Tannay, et à Moulins-Engilbert. On ne lavait ni ne filait le jour de la sainte Agathe parce que filer ferait se brûler les enfants et laver les ferait se noyer, disait-on en Amognes et à Saint-Aubin, près de La Charité-sur-Loire. Il y avait autrefois dans une chapelle de l'église de Moulins-Engilbert (Nièvre) une statue de sainte Agathe qui avait, dit-on, la vertu de donner du lait aux nourrices lorsqu'elles en manquaient.

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De nombreuses régions françaises ont été touchées par ce grand fait social : l'ensemble de la Bourgogne, le Centre, la Bretagne et le Nord, qui ont, tour à tour, dominé l'industrie des nourrices sur lieu. Le docteur Monot a montré la place tenue par le Morvan et ses rapports privilégiés avec Paris, sous le Second Empire. Le canton de Montsauche est le principal fournisseur de nourrices sur lieu entre 1858 et 1864, il a envoyé près de 1.900 jeunes femmes. Les cantons de Quarré-les-Tombes, Saulieu, Lormes et Château-Chinon sont également de bons fournisseurs. On peut affirmer, en s'appuyant sur les chiffres donnés par le docteur Monot qu'en 1865, 52 % des nourrices sur lieu travaillant à Paris viennent du Morvan.

Les Motifs Économiques et Sociaux

Plusieurs facteurs expliquent le recours aux nourrices. Les femmes des classes aisées ne souhaitaient pas allaiter leurs enfants, souvent par souci de préserver leur apparence physique ou pour ne pas être privées de leurs activités sociales. Les tabous sexuels pendant l'allaitement jouaient également un rôle, car la tradition occidentale interdisait les relations sexuelles à la mère allaitante.Les filles-mères se marient plus facilement que les autres, car on est sûr qu'elles pourront aller à Paris. La récolte a manqué, le propriétaire presse. Le soir, sous la cheminée, l'homme dit en présentant la large paume de sa main à la flamme : « Phrasie, écoute voir… ton lait est bon, l'argent se fait cher : si t'allait à Paris faire une nourriture ? On n'en meurt pas ; et la patronne du bureau, qu'est d'ici et qui nous connaît ben, t'aurait une bonne place tout de suite.

La Vie des Nourrices

Après la naissance de leurs enfants, les nourrices quittaient le Morvan avec eux pour une durée de 12 à 18 mois, mais le plus souvent seule. Elles s'installaient alors dans la famille d'accueil. Devant s'occuper des enfants de la famille, les sortir, les présenter aux relations et amis, les nourrices étaient très bien traitées. "Rendons-nous vers une des principales portes des Tuileries entre midi et quatre heures. Deux magnifiques chevaux lancés au grand trot et fièrement menés par un cocher à riche livrée, sont attelés à une voiture armoriée. Cette voiture s'arrête et, tout aussitôt, un valet de pied de haute taille s'empresse d'ouvrir la portière et d'abaisser le marche-pied. Une jeune femme tenant un enfant de quelques mois seulement, descend lentement. Les vêtements de l'enfant sont d'une finesse extrême, ceux de la nourrice sont simples mais d'une irréprochable propreté. La première tradition, chez les nourrices, est d'arriver les mains vides, sans bagages encombrants ; la seconde est de se procurer une grande malle, la malle à serrer la - denraie -. Car vous aurez beau la choyer et la soigner, cette sauvagesse ainsi introduite chez vous et qui détonne d'abord si étrangement parmi les élégances d'un intérieur parisien avec sa voie rauque, son patois incompréhensible, sa forte odeur d'étable et d'herbe ; vous aurez beau laver son hâle, lui apprendre un peu de français, de propreté et de toile…

Les Intermédiaires et les Abus

Les rapports qui eurent forcément lieu entre les parents et les nourrices ne tardèrent pas à faire naître entre eux des discussions de tous genres, les uns et les autres se trouvant continuellement exploités par les meneurs, hommes grossiers, sans éducation, qui étaient alors, comme ils le sont encore maintenant, les seuls entremetteurs de ce genre d'industrie. Alors comme aujourd'hui, ces meneurs conduisaient les nourrices à Paris et emmenaient les nouveaux nés à la campagne.

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