Introduction
La Protection Maternelle et Infantile (PMI) joue un rôle crucial dans la santé publique en France, en assurant la protection sanitaire des mères et des enfants. Cependant, cette institution fait face à des défis significatifs, notamment en termes de ressources, de personnel et d'image. Parallèlement, les enquêtes de conjoncture, comme les indices des directeurs d'achat (PMI) de S&P Global, sont utilisées pour analyser la situation économique, mais des divergences avec d'autres indicateurs soulèvent des questions sur leur fiabilité. Cet article se penche sur ces deux aspects, en explorant les enjeux de la PMI et en examinant les enquêtes PMI dans le contexte économique français.
La situation préoccupante de la Protection Maternelle et Infantile (PMI)
Évolution des effectifs et des professions au sein des services de PMI
Entre fin 2010 et fin 2022, les services de PMI ont connu une perte de près de 400 emplois en équivalents temps plein (ETP). Cette diminution des effectifs est un signe inquiétant pour une institution dont la vocation est la prévention et le suivi de la santé des mères et des enfants.
La composition des équipes de PMI a également évolué. Les puéricultrices représentent une part croissante des effectifs, passant de 6 % entre 2010 et 2022, et constituant désormais plus de 4 ETP sur 10. En revanche, le nombre de médecins a considérablement diminué, passant de 21 % des ETP en 2010 à 13 % en 2022, soit une réduction de 1,6 %, représentant 850 ETP de moins. Les psychologues, les conseillères conjugales et familiales, ainsi que les éducatrices de jeunes enfants, représentent moins de 500 ETP dans chaque profession, avec une baisse annuelle moyenne de 1,8 % pour les psychologues (-100 ETP).
Défis et enjeux de la PMI
La France est malheureusement l'un des pays les plus mal classés d'Europe en matière de mortalité infantile. Plusieurs facteurs expliquent ce triste constat, parmi lesquels le délitement de la Protection Maternelle et Infantile. La PMI souffre d'un manque de moyens, de personnel et de popularité, ainsi que d'une image négative associée à la protection de l'enfance. Cette situation a conduit certains à proposer de renommer la PMI en "Maison des 1000 jours".
La multiplication des missions de la PMI a également un impact sur sa vocation première, qui est la prévention. Les professionnels de la PMI se retrouvent souvent à gérer des situations qui relèvent normalement de la protection de l'enfance, ce qui surcharge leurs équipes et limite leur capacité à se concentrer sur la prévention. De plus, le manque de communication entre les médecins généralistes et la PMI est un obstacle à une prise en charge coordonnée de la santé de l'enfant.
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Une étude qualitative menée auprès de médecins généralistes de l'Hérault a révélé que ces derniers adressent peu d'enfants à la PMI et méconnaissent certaines de ses fonctions. Les motifs de recours à la PMI sont principalement liés au soutien parental et aux problèmes sociaux, tandis que son expertise face aux suspicions de maltraitance est moins sollicitée. Les médecins généralistes ne font que rarement appel à la PMI pour un avis médical ou pour les ateliers proposés aux familles.
Activités et populations cibles
Fin 2023, les services de PMI ont réalisé près de 1 117 000 consultations dans les 4 500 points de consultations répartis en France, ainsi que 541 500 visites à domicile (VAD) destinées aux enfants de moins de 6 ans. Ces activités représentent près de 59 % de l'activité à portée individuelle des services de PMI, devant la promotion de la santé sexuelle (29 %) et les consultations et VAD destinées aux (futures) mères (13 %).
Malgré une baisse du nombre de naissances et de la part des moins de 6 ans dans la population générale, le nombre de consultations infantiles a progressé en 2023, tandis que le nombre de VAD a diminué. L'activité des services de PMI varie considérablement selon les départements, avec des taux de consultations et de VAD qui peuvent varier du simple au double.
En 2023, on a réalisé au niveau national 301 consultations maternelles et 244 VAD pour 1 000 accouchements.
L’activité des services ramenée aux populations cibles est hétérogène selon les départements. Ce sont respectivement 271 consultations et 131 VAD pour 1 000 enfants âgés de moins de 6 ans qui ont été réalisées en 2023. Néanmoins ces ratios varient sensiblement selon les collectivités. Ces taux de consultations et de VAD sont respectivement supérieurs à 329 ‰ et 179 ‰ pour un quart des départements et inférieurs à 165 ‰ et 96 ‰ pour un autre quart. Le rapport interquartile varie du simple au double pour les consultations comme pour les VAD infantiles.
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Enfin concernant l’activité relative à la promotion de la santé sexuelle, le rapport interquartile varie davantage pour les entretiens (3,7) que pour les consultations (2,7), avec des taux nationaux qui s’établissent respectivement à 37 consultations pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans et 19 entretiens pour 1 000 femmes de cette même tranche d’âge.
Missions et organisation des services de PMI
Le service de PMI est un service départemental placé sous l'autorité du président du conseil départemental. Il est chargé d'assurer la protection sanitaire de la mère et de l'enfant, en organisant notamment des consultations et des actions médico-sociales de prévention et de suivi en faveur des femmes enceintes, des parents et des enfants de moins de 6 ans. Il intervient également en matière de planification familiale et d'éducation familiale.
La PMI joue un rôle essentiel dans l'accueil des jeunes enfants, en instruisant les demandes d'agrément des assistantes maternelles, en réalisant des actions de formation, et en assurant la surveillance et le contrôle des assistantes maternelles ainsi que des établissements et services d'accueil des enfants de moins de 6 ans. Enfin, elle participe aux actions de prévention et de prise en charge des mineurs en danger.
Les enquêtes PMI et l'analyse de la conjoncture économique
Les enquêtes de conjoncture : un outil d'analyse économique
Les enquêtes de conjoncture auprès des entreprises sont utilisées pour analyser la conjoncture et effectuer des prévisions économiques. Elles sont harmonisées par la Commission européenne pour assurer la comparabilité entre pays. En France, ce sont les enquêtes réalisées par l'Insee qui sont mobilisées et qui permettent de mesurer le climat des affaires.
Ces enquêtes fournissent des enseignements habituellement proches de ceux d'enquêtes similaires réalisées par la Banque de France ou par S&P Global, qui produit les indices des directeurs d'achat (PMI). Toutefois, des divergences peuvent occasionnellement apparaître, notamment sur la période récente, pour laquelle les PMI sont beaucoup plus dégradés que les autres indicateurs, dont ceux produits par l'Insee.
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Divergences entre les enquêtes PMI et les autres indicateurs
Depuis fin 2023, les signaux conjoncturels renvoyés par les différents instituts producteurs de données s'avèrent difficiles à mettre en cohérence. Selon l'Insee et la Banque de France, la conjoncture serait certes peu dynamique, mais la croissance de l'activité serait proche ou un peu inférieure à son rythme moyen depuis 6 mois. À l'inverse, les PMI renvoient un signal cohérent avec un recul de l'activité économique, étant nettement inférieurs au seuil de contraction.
Cette divergence de diagnostic se vérifie également en comparaison internationale. D'après les enquêtes de conjoncture européennes harmonisées de la DG Ecfin, la France est dans une situation un peu moins favorable qu'en Italie ou en Espagne, mais bien meilleure qu'en Allemagne. Pour l'année 2023, la confrontation des données d'enquêtes avec les estimations des comptes nationaux semblent confirmer le diagnostic issu des enquêtes de l'Insee et de la Commission européenne, invalidant ainsi le message des PMI.
Facteurs expliquant les divergences
Plusieurs facteurs peuvent expliquer les divergences entre les enquêtes PMI et les autres indicateurs. La taille des échantillons est un élément clé. L'Insee interroge entre 15 000 et 20 000 entreprises par mois, tandis que S&P en interroge moins de 1 000. La Banque de France, quant à elle, interroge environ 8 500 entreprises tous les mois.
Un échantillon plus grand permet de suivre de façon plus fine les différents secteurs d'activité. Or, la période récente se caractérise par une dispersion très marquée des situations conjoncturelles des différents secteurs d'activité, en particulier dans l'industrie. Certains secteurs sont très déprimés, tandis que d'autres sont très optimistes. Il est donc nécessaire de suivre suffisamment de secteurs pour obtenir une image d'ensemble cohérente de la situation conjoncturelle de l'industrie.
Grâce à leur couverture large, les enquêtes Insee et Banque de France captent cette hétérogénéité et rendent compte d'une situation moyenne hésitante, mais pas catastrophique, alors que l'indice PMI est tombé fin 2023 à des niveaux comparables à celui de fin 2012 en pleine crise des dettes souveraines.
Méthodologie des enquêtes
Les indicateurs de climat des affaires et l'indice des directeurs d'achat sont issus d'enquêtes auprès de chefs d'entreprise. Ces enquêtes sont menées tous les mois et recueillent l'opinion des entrepreneurs sur différentes facettes de leur activité. Ces réponses permettent de dégager une vue d'ensemble de la situation économique du pays et de ses perspectives.
Les enquêtes s'intéressent à différents secteurs d'activité : l'industrie, le bâtiment, les services ou bien encore le commerce. L'information collectée y est principalement qualitative. En effet, ces enquêtes ne recueillent pas directement une information quantitative précise, en particulier concernant les questions prospectives, mais plutôt une opinion.
Pour la plupart des questions, pour les enquêtes PMI comme pour les enquêtes Insee, seules trois modalités de réponses sont proposées : "en hausse", "stable" ou "en baisse". Les enquêtes de la Banque de France autorisent sept niveaux de réponse (stabilité et trois degrés d'intensité à la hausse ou à la baisse).
Les réponses aux questions posées sont agrégées et présentées sous la forme de soldes d'opinion. Pour l'Insee, ces soldes correspondent, pour chaque question, à la différence entre la proportion d'entreprises ayant répondu "en hausse" et celles ayant répondu "en baisse". S&P construit quant à lui ses soldes comme la somme de la part d'entreprises ayant répondu "en hausse" et de la moitié de la part d'entreprise ayant répondu "stable". Pour la Banque de France, le solde est construit en pondérant les réponses pour tenir compte de l'intensité de la hausse (ou de la baisse) déclarée.
En pratique, c'est surtout l'évolution des soldes dans le temps qui informe sur les dynamiques économiques en cours. Les informations contenues dans les différents soldes d'opinion principaux de chaque enquête sont ensuite résumées tous les mois sous forme d'un indicateur synthétique : le climat des affaires pour l'Insee ou l'indice PMI des directeurs d'achat pour S&P. Ces indicateurs apparaissent bien corrélés avec la croissance de l'activité.
Différences méthodologiques
En premier lieu, la méthode et le calendrier de collecte varient entre les institutions. Si l'Insee et S&P ont principalement recours à des questionnaires en ligne (moins de 4 % de questionnaires papier à l'Insee), la Banque de France collecte ses réponses par entretiens téléphoniques. En outre, la méthodologie de calcul des indicateurs peut aussi entrer en jeu. En particulier, les indices des directeurs d'achat sont calculés de façon déterministe comme des moyennes pondérées de différents soldes d'opinion.
L'adhésion au panel PMI est volontaire et permet d'accéder à des résultats détaillés de l'enquête ; la Banque de France s'appuie sur son réseau pour collecter auprès des entreprises les réponses à ses enquêtes.