Vous avez sûrement remarqué ce petit autocollant apposé à l'arrière de nombreuses voitures : un triangle ou un quadrilatère jaune cerné de noir, parfois agrémenté d'un dessin ludique, avec les mots "Bébé à bord". Si cet accessoire suscite souvent des blagues et des observations moqueuses, il remplit en réalité plusieurs fonctions, allant de la sensibilisation à la sécurité à l'expression identitaire.
Un signal de prudence pour les autres conducteurs
L'une des principales raisons de l'autocollant "Bébé à bord" est d'inciter les autres usagers de la route à redoubler de vigilance. En effet, certains conducteurs impatients ou distraits peuvent adopter des comportements imprudents, tels que des dépassements dangereux ou des freinages brusques. En signalant la présence d'un enfant à bord, cet autocollant invite à la prudence, rappelant que la sécurité doit être une priorité. Il n'est pas rare que certains automobilistes ralentissent ou adoptent une conduite plus respectueuse lorsqu'ils voient ce symbole. Près de 68 % des automobilistes disent lever le pied en voyant un sticker “Bébé à bord”.
Une aide précieuse en cas d'accident
Mais l'autocollant "Bébé à bord" n'est pas seulement là pour influencer les comportements de conduite. En cas d'accident, il joue un rôle crucial pour les services de secours. En voyant cet autocollant, les équipes d'intervention savent qu'il y a un enfant à bord, ce qui les incite à concentrer en priorité leurs efforts sur ce véhicule. Cela peut faire la différence en termes de réactivité et de prise en charge, surtout lorsque les circonstances exigent une intervention rapide. Les pompiers de Paris le confirment : savoir qu’un enfant est à bord change la donne. L’emplacement du sticker sur le véhicule joue aussi un rôle important. Placer le sticker à gauche ou à droite de la vitre arrière ou du pare-brise aide les secours à repérer plus rapidement de quel côté se trouve l’enfant. Cette indication permet de prioriser l’intervention et de gagner du temps, ce qui peut être décisif dans une situation d’urgence.
Au-delà de l'aspect sécuritaire : une expression identitaire
Aujourd'hui, l'affichage de cet ornement dépasse rarement l'intention première. L'épouse de Rémy, Ana, 32 ans, ingénieure d'études, rappelle que cette girafe leur a été offerte. Ils l'ont mise en place dans la foulée, sans s'interroger. Pareil pour Sophie: le premier autocollant «Princesse à bord» est un cadeau de copains pour sa première grossesse. Direction le pare-brise arrière. Celui avec marqué «Bébé à bord», elle l'a reçu en double lors de l'achat d'un piercing de grossesse. N'en ayant pas l'utilité, elle l'a donc mis de côté, dans la boîte de bébé de sa fille, à côté de ses premiers vêtements, tétine, photos, boîte à souvenirs dont elles ont toutes deux épluché le contenu pour la préparer quelques années plus tard à la venue de son frère: «C'est Juliette qui a voulu le coller sur la vitre de la nouvelle voiture. Elle m'avait demandé ce que c'était. Aucun questionnement sur l'utilité de l'objet. On s'inscrit dans la communauté des automobilistes, en suivant des règles implicites que l'on applique sans trop y penser, qui plus est parce qu'on en reçoit souvent par son entourage ou d'achats pour bébé à sa naissance.
Le sociologue Pierre Lannoy, chargé de cours à l'Université libre de Bruxelles (ULB) et coauteur avec Yohann Demoli de Sociologie de l'automobile (éd. La Découverte, janvier 2019), analyse : «Il y a une forme de conformisme, de normalité de ce genre de pratiques. C'est quelque chose que l'on peut afficher, qui n'est par ailleurs pas politique, pas incongru, pas injurieux». Signaler la présence d'un enfant en bas âge a quelque chose de «consensuel».
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Selon le sociologue de l'ULB, «ce que l'on peut constater, c'est que l'on va vers des affichages identitaires, pour montrer qui on est, dans ce cas précis, une famille». On observe une tendance vers une plus forte personnalisation qui va un cran plus loin que le fabricant ou l'équipementier: on montre quelque chose qui relève de l'intime, de la vie privée et on l'expose dans l'espace public. C'est un peu l'équivalent bourgeois du tuning», complète Pierre Lannoy. On déploie au vu et au su de tous son statut social et sa personnalité en ajoutant un élément au modèle usiné de la voiture.
Un paradoxe : la voiture, symbole de danger et de protection
Les écriteaux «bébé à bord» ne donnent pas seulement des indices sur la composition des passagers ainsi que les caractéristiques de la personne au volant. Ils renseignent aussi sur des idées communément partagées sur la route. «Cela montre que l'espace public et la route sont perçus comme dangereux pour certains types d'usage, par exemple le déplacement d'enfant», indique Pierre Lannoy.
Le sociologue reconnaît le paradoxe d'«une voiture qui dit son propre danger» (de nombreux déplacements pourraient être effectués à pied mais sont motorisés pour protéger les enfants des voitures, qui conduisent des enfants pour les protéger des voitures, et ainsi de suite…). Mais c'est le signe que, derrière cette étiquette, on retrouve «une volonté de prolonger le caractère sûr et un peu feutré du domicile; on va dans l'espace public mais avec une sorte de pièce de la maison, dont on veut qu'elle soit aussi “safe” et “secure”», pointe le chargé de cours à l'ULB.
Un appel à l'attention et à la responsabilité
La psychologue clinicienne Hélène Dutertre-Le Poncin relevait dans un article intitulé «Attention, bébé à bord» (Spirale, 2009) : «Cet autocollant est comme un appel à l'attention de chacun sur ce qui pourrait venir perturber, menacer ou troubler la trajectoire de l'enfant. À ce principe de précaution, le parent se sent apparemment obligé en tant que responsable de la bonne marche des opérations. Noam, 32 ans, ingénieur, s'est procuré ce signal visuel dans un magasin vendant des accessoires pour enfant, de la poussette au siège-auto, «dans un but informatif», celui d'«avertir les autres conducteurs qu'il y a un enfant pour éviter les klaxons inutiles et les chauffards qui te collent», m'écrit-il avec politesse.
Selon le sociologue, «à l'activité qu'est le transport d'enfant(s) seraient liés certains comportements, justifiés du fait que l'on est parent». «C'est une information supplémentaire aux autres avec qui on interagit. La circulation routière, c'est un dialogue permanent. De la même manière, on fait étalage de son statut familial «pour éviter les prises à partie» même lorsque l'on aura une interprétation et mise en pratique parentale du code de la route. «Ça justifie peut-être qu'on se gare sur les places family sans se faire surveiller», mentionne Sophie. On montre patte blanche (familiale). Les panonceaux «Bébé à bord» s'avèrent de vrais éléments de langage urbain, des preuves du système de communication régissant l'espace public routier.
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L'évolution du "Bébé à bord" : du basique au personnalisé
Largement démocratisé, le bébé a bord connaît un joli succès. Il est facile de comprendre pourquoi. En effet, le bien-être et la protection de bébé sont au centre des préoccupations des nouveaux parents. Pour autant, les premiers modèles étaient basiques et sans réels attraits esthétiques. De nombreuses évolutions ont permis d’arriver aujourd’hui à des modèles personnalisés.
Le côté fun de ces bords sticker n’est pas le seul intérêt. En effet, la prévention routière a évolué vers la sensibilisation au risque des conduites excessives. De même, le bébé à bord a emprunté ce chemin par la voie de la personnalisation. Ainsi, il est possible de mettre la photo de bébé ou encore son prénom sur la signalétique de votre véhicule.
Cette personnalisation accroît l’attention des autres conducteurs envers votre voiture. En effet, ils ne sont pas uniquement prévenus qu’un bébé parmi tant d’autres est dans votre voiture, mais bien que Théo, Léa ou encore Carine sont tranquillement installés dans leur siège auto. C’est de la personnalisation destinée à la sensibilisation.
Conseils pour une utilisation optimale
Alors que le baby board soit offert ou non en cadeau bébé, il faudra penser à vous en procurer un pour l’apposer sur votre auto afin que chacun puisse savoir que votre véhicule demande une attention particulière.
Pour autant, qu’il soit à ventouse ou autocollant, le sticker doit bien tenir en place et être apposé de façon visible pour les autres conducteurs. Le pare-brise arrière est la meilleure option, car il donne le maximum de visibilité. Il faudra prendre soin de le positionner de telle manière qu’il ne gêne pas la conduite et la vue dans le rétroviseur.
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Législation et Obligation
Bien que les autocollants bébé à bord soient largement disponibles et encouragés, ils ne sont pas obligatoires dans la plupart des pays. Cependant, certains gouvernements locaux peuvent recommander ou approuver son utilisation pour améliorer la sécurité sur la route.
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