Introduction
Depuis la publication de « Moutarde douce » en 2001, Stéphanie Hochet s'est imposée dans le paysage littéraire français avec des romans explorant son écriture et ses centres d'intérêt. Son œuvre, comprenant des titres tels que « Les infernales », « Sang d’encre », « L’animal et son biographe » et plus récemment « Pacifique », se distingue par sa capacité à bousculer les codes et à interpeller le lecteur. En 2014, elle a publié un essai remarqué, « Éloge du chat », qui retraçait l'évolution de la perception de cet animal à travers les siècles et sa présence dans l'art et la littérature. Dans la même veine, elle nous offre aujourd'hui « Éloge du lapin » aux éditions Rivage, un ouvrage captivant qui révèle la richesse symbolique et culturelle de cet animal souvent sous-estimé.
Un Lien Personnel et une Exploration Universelle
L'ouvrage s'ouvre sur une note personnelle. Stéphanie Hochet explique son lien fusionnel avec le lapin, né d'une histoire personnelle qui l'a profondément marquée. C'est ce lien intime qui l'a poussée à explorer l'importance de cet animal dans le quotidien des humains, de l'Antiquité à nos jours. L'auteure se fait la porte-parole des oreillards, elle explique comment elle en est venue à adopter un lapin. Il y a eu le regretté Ragondin qui l'avait fascinée et conquise , semblable à une « pelote de laine grise ». Puis elle a libéré Pilepoil de ses conditions peu enviables de huis clos. Une compagnie salutaire qui s'est avérée « un bain de jouvence », confie-t-elle tout en soulignant la différence entre lapin et lièvre.
Le Lapin à Travers l'Histoire et les Cultures
L'essai de Stéphanie Hochet retrace l'histoire du lapin, de ses origines dans la péninsule Ibérique à sa diffusion dans le monde entier. L'animal chassé est devenu domestique comme on le retrouve représenté sur des vases grecs. Un détour par le Musée Cluny permet de débusquer les lapins blancs présents dans les différents tableaux de la Dame à la licorne, animal destiné aux nobles entre le VIII ème et XIII ème siècle, période où seul le seigneur avait le droit de chasser, mais les dames de sa cour pouvaient tester leur adresse en tirant à l'arc sur les lapins. Rejoignons le musée de Vienne qui conserve la célèbre aquarelle le lièvre de Dürer.
Le lapin est omniprésent dans les cultures du monde entier. Au Japon, par exemple, les « cafés à lapins » sont très populaires, et les jeunes Japonais savent qu'un léporidé vit sur la lune et y fabrique des mochis pour la fête de la pleine lune. Les lolitas nippones arborent « les accessoires à son effigie » ! Se complaisent-elles dans le monde de l'enfance ?
Le Lapin dans l'Art et la Littérature
Stéphanie Hochet explore également la présence du lapin dans l'art et la littérature. Elle nous incite à lire Watership Down de Richard Adams, qu'elle considère comme « une épopée à la gloire des Jeannots », qui « donne à voir l'intelligence de la communauté des oreillards », « une communauté hiérarchisée rappelant la société humaine ». Elle décrypte d'ailleurs ce roman de manière remarquable. A nous de découvrir son « idiome lapinesque ». Simultanément, elle distille, non seulement des références littéraires (Maurice Genevoix, Giono, La Fontaine., Lanzmann…) mais aussi cinématographiques ( Roger Rabbit), ou relatives à des dessins animés. On croise Luce Lapin ,journaliste engagée dans la défense des êtres vivants à poils ou à plumes.
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Un Animal Paradoxal et Polysémique
L'un des aspects les plus intéressants de l'essai est l'exploration des paradoxes associés au lapin. Stéphanie Hochet souligne l'aporie suivante : « comment cet animal souvent qualifié de nuisible et chassé frénétiquement pour cette raison peut-il incarner le plus doux des héros ? Autre paradoxe : comment cet animal, favori des gamins, peut-il être si irrésistiblement associé à la sexualité ? » (p. L'auteure nous rappelle que le lapin est à la fois un symbole de fertilité et de luxure, un animal innocent et un objet de désir. On comprend pourquoi il est un symbole de fertilité, on apprend la différence entre lapin et lièvre, on se balade parmi les différentes cultures qui se l'approprient et l'on étudie en quoi cette petite bestiole innocente est devenue synonyme de luxure dans l'imaginaire collectif et par la grâce d'un logo de magazine.
Un Plaidoyer pour la Protection du Lapin
Au-delà de l'exploration culturelle et symbolique, « Éloge du lapin » est aussi un livre de combat. Stéphanie Hochet s'engage pour le bien-être animal et déplore le fléau de la myxomatose qui a décimé Jeannot, « la canaille aux longues oreilles ». Elle souhaite revoir les garennes dans nos campagnes.
L'autrice,très engagée pour le bien-être animal,végétarienne, enrichit nos connaissances sur les lagomorphes, les léporidés, décline le mot lapin en diverses langues ( rabbit,bunny, usagi) , passe même par le grec et le latin pour l'étymologie et le réhabilite, mais rappelle aux enfants que ce ne sont pas des peluches vivantes. J'ignorais tout également de la guerre bactériologique que leur ont livrée les humains. Disons qu'à ce stade on peut parler de génocide.
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