L'allaitement est souvent perçu comme une expérience exclusivement réservée aux mères biologiques ayant porté un enfant. Cependant, des avancées médicales et une meilleure compréhension de la physiologie de la lactation ont ouvert la voie à l'allaitement lesbien ou co-allaitement, permettant à deux mamans de nourrir ensemble leur enfant. Cet article explore en profondeur le concept d'allaitement lesbien, en mettant en lumière la lactation induite, les défis potentiels et les aspects importants à considérer pour les couples de femmes qui souhaitent partager cette expérience unique.
Introduction au Co-allaitement et à la Lactation Induite
Le co-allaitement, ou allaitement partagé, est une pratique où deux mères allaitent le même enfant. La lactation induite, quant à elle, est une technique qui permet à une femme qui n'a pas accouché de produire du lait maternel. Ces deux concepts combinés offrent aux couples de femmes la possibilité de partager pleinement l'expérience de l'allaitement, renforçant ainsi le lien avec leur enfant et entre elles.
Chloé, par exemple, n'a pas porté Paloma, le bébé qu'elle a eu au mois d'août avec son épouse Julie, mais elle la nourrit elle aussi depuis sa naissance grâce à la lactation induite. Julie et Chloé sont ensemble depuis plus de dix ans, mariées depuis 2020, et leur désir d’enfant a grandi au fur et à mesure. Elles se sont lancées dans une PMA au printemps 2022, après avoir déménagé dans le sud de la France. Leur choix s’est porté sur le Danemark pour la sélection du donneur. Après une stimulation ovarienne et une hyperstimulation des ovaires de Julie, elles sont reparties avec 5 embryons congelés. C’est avant la grossesse de Julie qu’elles ont découvert la lactation induite, grâce au podcast Bliss stories.
Le Parcours de Chloé : Un Exemple de Lactation Induite
Le témoignage de Chloé illustre le parcours typique d'une femme qui entreprend une lactation induite. Avant même la grossesse de sa partenaire, Chloé a commencé à se renseigner sur la lactation induite, motivée par le désir de partager l'expérience de l'allaitement avec Julie. Elle a découvert la technique en écoutant un podcast et a ensuite cherché des informations supplémentaires sur le site de La Leche League.
Pour commencer, à 4 mois de grossesse, Chloé a pris une pilule contraceptive en continu pour stopper ses cycles de règles, afin de « duper » le cerveau pour lui faire croire à une grossesse. Elle a ensuite couplé cette technique avec une prise de Domperidone, en commençant avec 30 mg et en augmentant progressivement jusqu’à 90 mg. Six semaines avant le terme annoncé de la grossesse, elle a arrêté la pilule et commencé des tirages réguliers au tire-lait pour stimuler la lactation.
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Après la naissance de Paloma, Chloé a pu lui donner sa première tétée. Elles ont décidé d’alterner directement, de jour comme de nuit. Quand l’une allaite, l’autre tire son lait. L’objectif est que chacune ait environ 8 tétées et/ou tirages de lait par jour pour stabiliser leur lactation.
Le Protocole de Newman : Une Approche Médicamenteuse de la Lactation Induite
Le protocole de Newman, mis au point par le Dr Jack Newman, est une approche courante pour induire la lactation. Il implique généralement l'utilisation de médicaments tels que la pilule contraceptive et la dompéridone, un médicament qui augmente la production de prolactine, l'hormone responsable de la lactation.
Le protocole commence généralement par la prise d'une pilule contraceptive pendant plusieurs mois pour simuler une grossesse. Cela prépare les seins à la lactation en stimulant la croissance des glandes mammaires. Ensuite, la pilule est arrêtée et la dompéridone est introduite pour augmenter les niveaux de prolactine. Des tirages réguliers au tire-lait sont également nécessaires pour stimuler davantage la production de lait.
Il est important de noter que la dompéridone peut avoir des effets secondaires chez certaines femmes, notamment des troubles du rythme cardiaque et des dépressions. Il est donc essentiel de consulter un médecin avant de commencer ce protocole.
Considérations Médicales et Suivi Gynécologique
La lactation induite nécessite un suivi médical attentif. Il est crucial de trouver un gynécologue ou une sage-femme expérimentée dans ce domaine, car tous les professionnels de santé ne sont pas familiers avec cette pratique. Un suivi régulier permettra de surveiller les niveaux hormonaux, d'ajuster les doses de médicaments si nécessaire et de s'assurer que la lactation se déroule correctement.
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Chloé et Julie ont été aidées par leur gynécologue de Montpellier pour la mise en place, car il avait déjà supervisé des lactations auprès de personnes en transition de genre.
Les Défis Potentiels et Comment les Surmonter
Bien que le co-allaitement et la lactation induite puissent être une expérience enrichissante, ils peuvent également présenter des défis. La production de lait peut varier d'une femme à l'autre, et il peut être nécessaire d'utiliser des compléments de lait maternisé pour s'assurer que le bébé reçoit suffisamment de nourriture.
Il est également important de gérer les attentes et de ne pas se décourager si la production de lait n'est pas immédiate. La patience et la persévérance sont essentielles, et il est important de se rappeler que chaque femme est différente et que le processus peut prendre du temps.
Une semaine après être rentrée à la maison, Chloé a connu une baisse de lactation assez significative, surtout sur les tirages. Elle a donc repris la Domperidone. C’était très frustrant de ne quasiment rien avoir au tire-lait, mais ce qui l’a rassurée, c’est que Paloma a continué à prendre son sein.
L'Importance du Soutien et de l'Information
Le manque d'information et de soutien peut être un obstacle majeur pour les couples de femmes qui souhaitent co-allaiter. Il est important de se renseigner auprès de sources fiables, de rejoindre des groupes de soutien et de parler à d'autres couples qui ont vécu une expérience similaire.
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Chloé et Julie ont trouvé quelques informations sur le site de de la Leche League au sujet de la lactation induite. Elles déplorent le manque d’information et veulent absolument communiquer sur leur expérience.
Co-allaitement et Lien Maternel
Le co-allaitement permet aux deux mamans de développer un lien unique avec leur enfant. Il offre à la mère non biologique la possibilité de vivre une expérience similaire à celle de la mère biologique, renforçant ainsi son rôle de parent à part entière.
Élodie confie que le co-allaitement leur permet surtout de vivre réellement une double maternité. "Ça aide Anne-Charlotte à trouver sa place, à être une mère à part entière et pas seulement la 'seconde maman' comme on dit à la mairie."
L'Allaitement et les Personnes LGBTQ+ : Sensibilité et Inclusion
Les mères appartenant à la communauté LGBTQ+ qui désirent allaiter peuvent se retrouver en difficulté tant sur le plan psychologique que physique. Les personnes de la communauté LGBTQ+ ont souvent été sujettes à une stigmatisation et une discrimination par le corps médical, essentiellement par manque de connaissance, ou parfois par jugement de valeur.
La personne appartenant à la communauté LGBTQ+ doit créer son propre cheminement entre son sexe (l’aspect anatomique), son genre (le rôle social), et son identité de genre (comment la personne se perçoit). Le langage utilisé d’un point de vue anatomique peut parfois mettre mal à l’aise ou engendrer une dysphorie. Il est préférable pour tous les professionnels entourant la périnatalité et l’accompagnement à l’allaitement, de demander à la personne si cette dernière désire un emploi de langage spécifique.
Allaitement et Hommes Transgenres
Par définition, un homme transgenre est une personne née de sexe féminin ayant eu recours à une transformation d’ordre masculine, souvent par l’emploi d’un traitement hormonal incluant la prise de testostérone. Lors de l’allaitement, la prise de testostérone ne sera pas reprise. Il n’y a pas de consensus scientifique sur le fait qu’elle soit délétère lors de l’allaitement, tant pour la lactation que pour le passage hormonal dans le lait maternel et donc de l’incidence potentielle pour le bébé.
La personne n’ayant pas eu recours à la chirurgie mammaire pourra être pressée d’avoir recours au binder / serre-poitrine. La dysphorie peut impliquer un sevrage précoce de l’allaitement. C’est pourquoi il est important d’apporter un soin tout particulier aux hommes transgenres allaitants afin d’adapter le projet d’allaitement selon l’état émotionnel.
Les hommes transgenres qui ont fait une chirurgie de masculinisation de la poitrine peuvent avoir des difficultés lors de l’allaitement. Il faudra s’assurer que la glande mammaire a été préservée et que la zone aréolaire n’a été ni modifiée ni déplacée. Bien que certains chirurgiens garantissent un résultat optimal pour la préservation de la glande mammaire, il n’est pas possible de prédire le résultat final.
Il sera aussi nécessaire d’être attentif aux risques d’engorgements, ce qui peut induire une incitation à l’auto-palpation et à l’écoute des sensations dans la poitrine. Les galactogènes phytothérapiques pourront également être utilisés. En parallèle, la stimulation physique sera importante, en utilisant soit l’expression manuelle et / ou un tire-lait de façon régulière.
Allaitement et Femmes Transgenres
Par définition une femme transgenre est une personne née de sexe masculin ayant eu recours à une transformation d’ordre feminine, souvent par l’emploi d’un traitement hormonal incluant la prise d’oestrogenes, de progestérone et de médicaments permettant d’inhiber la testostérone circulante et dans les tissus. Le traitement hormonal permet aussi un développement de la glande mammaire.
Une seule étude datant de 2018 fait mention d’une femme transgenre qui a pu allaiter son bébé de façon exclusive durant 6 semaines. Pour ce fait, un protocole à été mis en place incluant la prise d’oestradiol, de progestérone et de dompéridone en galactogène. Le tire-lait a été utilisé de façon régulière. Dans un premier temps, les taux d’oestradiol et de progestérone ont été augmentés significativement afin de reproduire les taux que l’on observe lors d’une grossesse. Dans un second temps, la dompéridone a été utilisée pour stimuler la prolactine, qui permet la synthèse du lait. Dans un troisième temps, le tire-lait a été utilisé en supposant qu’il augmenterait la prolactine et l’ocytocine par stimulation.
En parallèle, la prise d’un galactogène de synthèse est faite de façon ininterrompue jusqu’après la naissance. À la naissance, l’emploi d’un DAL est conseillé pour donner des compléments en stimulant la lactation au sein.
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