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Elle a fait un bébé toute seule : L'histoire derrière le tube de Jean-Jacques Goldman

En 1987, Jean-Jacques Goldman lançait un titre qui allait marquer toute une génération : "Elle a fait un bébé toute seule". Cette chanson, devenue un véritable tube et disque d'argent avec plus de 400.000 exemplaires vendus, évoque avec tendresse et une pointe d'ironie les femmes qui choisissent la maternité en dehors des conventions traditionnelles. Pendant des années, l'identité de la femme qui a inspiré cette chanson est restée un mystère. Mais 37 ans après sa sortie, la vérité a éclaté grâce à une révélation surprenante.

La révélation inattendue

C'est l'acteur français Philippe Lellouche qui a levé le voile sur ce secret bien gardé. Lors d'une interview sur Europe 1, le 29 décembre dernier, il a déclaré sans détour que la femme qui a inspiré "Elle a fait un bébé toute seule" est sa propre femme, Vanessa Boisjean.

"C'est ma femme ! Ma belle-mère s'appelle Lily Boisjean et c'était l'amie et attachée de presse de Jean-Jacques Goldman. Ils ont été proches tout le temps et ils le sont encore. Et effectivement, quand elle est tombée enceinte, Jean-Jacques a écrit cette chanson pour elle et le bébé est devenu ma femme. Je l'ai rencontrée il y a huit ans maintenant", a-t-il confié.

L'acteur a également précisé que Jean-Jacques Goldman est le parrain de sa femme, Vanessa Boisjean.

L'amitié entre Jean-Jacques Goldman et Lily Boisjean

Lily Boisjean, la mère de Vanessa, était une amie proche et attachée de presse de Jean-Jacques Goldman. Leur collaboration a débuté au début de la carrière de l'artiste et s'est poursuivie au fil des années.

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Dans l'émission de France 2 "Un jour, un destin", consacrée à Jean-Jacques Goldman et diffusée en 2021, Lily Boisjean a évoqué sa collaboration avec le chanteur : "Tout de suite j’ai dit : ‘mais moi, je rêve de travailler avec cet artiste’. Vraiment j’ai eu comme un coup de foudre. La voix était assez étrange dirais-je. Avec de l’émotion dans le regard, de l’émotion dans la voix."

C'est donc cette relation privilégiée qui a permis à Jean-Jacques Goldman de s'inspirer de l'histoire de Lily Boisjean pour écrire "Elle a fait un bébé toute seule".

Le contexte de l'époque

La chanson de Jean-Jacques Goldman s'inscrit dans un contexte de changements sociétaux importants. Les années 1980 sont marquées par l'évolution des mœurs, la montée du féminisme et la remise en question des modèles familiaux traditionnels. En 1980, le journal Le Monde consacrait un article sur ces quelque cent mille femmes célibataires, un chiffre en augmentation par rapport aux 85 000 recensées cinq ans plus tôt par l'INED. Celles qu'on appelait "filles mères" sont devenues des "mères célibataires volontaires".

Jean-Jacques Goldman, loin de porter un jugement de valeur, s'empare du sujet et signe un texte tendre, subtil et plein d'affection pour ces femmes qui à leur manière affrontent la maternité, sans hommes à leurs côtés, que la situation soit désirée ou pas.

Une chanson féministe et moderne

Le texte de "Elle a fait un bébé toute seule" est considéré comme féministe pour l'époque. Il brosse le portrait d'une femme résolument moderne qui fait trois journées en une. Mais le texte fait aussi preuve d'une certaine ironie face à cette situation. Ainsi, l'homme n'est plus à la mode et on le choisit pour ses gènes. Jean-Jacques ira jusqu'à parler de nouvelle féminité assumée et se donnera dans la conclusion de la chanson le rôle d'un grand frère, présent pour parler, pour le réconfort mais surtout quand elle le veut.

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Lorsque sur un plateau de télévision, on lui demande sa réaction si sa propre fille voulait faire un bébé toute seule, il répond amusé "Je lui dirais que ça ne marche pas, que c'est juste une chanson et pas un mode d'emploi."

Un style musical décalé

Sur le plan de la composition, Jean-Jacques s'amuse à jouer avec un style qui de prime abord ne fait pas partie de sa culture musicale. Mélanger les genres n'est pas nouveau puisqu'il l'avait fait avec le gospel pour "Américain" quelques années plus tôt. Un titre décalé où Jean-Jacques prend le public à contre-pied. Il dira "ce qui m'a surtout plu, c'est le côté démodé du son ! Cet été j'avais quatre titres de prêts, mais si j'ai choisi de sortir celui-ci c'était pour le plaisir d'énerver tout le monde […]. Il y a eu un vrai débat. J’ai récolté tous les avis, et j’ai quand même agi selon mon propre sentiment. […] C’était une chanson différente.

Sa sortie sera accompagnée d'un clip moins scénarisé que ne pouvaient l'être les précédents comme "Je Marche seul" ou "Pas toi". A l'instar des autres chansons entraînantes de Jean-Jacques, ce titre taillé pour le live sera souvent interprété sur scène.

L'album "Entre gris clair et gris foncé"

"Elle a fait un bébé toute seule" est le premier single de l'album "Entre gris clair et gris foncé", un double album de 20 chansons sorti en 1987. À l'époque, le chanteur est déjà un artiste très installé. L'album est resté pendant 18 semaines numéro 1 du Top Album et s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires.

Dans cet album, l'artiste tente des choses, comme cette chanson avec une chanteuse qui s’appelle Sirima, découverte dans le métro parisien. Jean-Jacques Goldman cherchait une voix féminine pour ce duo. Et quel duo ! Avec cet album, Jean-Jacques Goldman s'empare aussi des thèmes de la vie de tous les jours et c'est ce qui plaît au public. Il raconte la vie de tout le monde, comme dans C'est ta chance. Dans cet album, il y a aussi des chansons beaucoup plus dépouillées et moins marquées "années 1980". Sur la rupture amoureuse, l'artiste a par exemple signé la chanson Reprendre c'est voler. Et ce n'est pas la seule chanson qui joue sur la fibre émotive. Beaucoup de morceaux de l'album sont très émouvants.

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Analyse harmonique de la chanson

Les couplets sont développés sur les huit premières mesures du relevé. Ils sont écrits en E mineur. Il n’y a pas de véritable cadence harmonique (de type IV V I, VI VII I ou autre). Utilisation des basses : les basses sont jouées conjointement et font ressortir la richesse des accords en mineur. Elles sont descendantes (E D C# C). L’accord IV(7) : l’accord de A représente la grande richesse du mineur mélodique. En effet, il s’agit d’un accord de dominante situé sur le degré IV. Rien n’empêche ensuite de jouer soit un Am, soit un C puisque tous ces accords appartiennent à la tonalité.

Pour passer du couplet au refrain, on note une technique déjà utilisée dans Envole-moi qui consiste à réaliser une suite d’accords réprésentant des cadences parfaites (V I) avec une suite de basses descendantes (B A G F# E et C Bb Ab G F dans Envole-moi). Le parallèle entre ces deux titres est évident. Les couplets ne comportent pas de cadences précises. En revanche, le refrain est caractérisé par un IV V I précédé du degré VI. L’accord de A a disparu et a fait place au Am (degré IV). Je pense que les couplets représentent davantage une atmosphère sonore très subtile en jouant sur la richesse des accords et des basses renversées. Le refrain est par contre très solide dans sa construction. Il n’y a pas de renversement d’accords, les basses sont sur les toniques. La structure harmonique est répétée, ce qui renforce cette solidité. A la fin apparaît la même cadence V I en mineur naturel (ou du moins le même intervalle de quinte desc.), soit un VII III.

Les mesures 1 à 8 et 9 à 16 sont équivalentes dans l’écriture harmonique. Soit la résolution est en mineur naturel, on a dans ce cas la cadence VII III (mesures 1 et 2). La troisième résolution (des mesures 5 et 6) est une résolution par demi-ton. On y découvre un accord non diatonique, l'accord de Eb. Eb(7) vient se substituer à A7 : ces deux accords ont le même triton et il s'agit donc d'une substitution tritonique. On y découvre également la suite des degrés VII III VI, issus directement du cycle des quintes (I IV VII III VI II V I). Cette séquence de huit mesures se termine par l’accord de A, ce qui permet bien entendu une résolution parfaite sur l’accord tonique Dm. En résumé, dans cette séquence, on a les cadences ou résolutions suivantes : VII III, VI I et bII I puis à nouveau V I.

Les mesures 17 à 20 laissent entrevoir les mêmes résolutions, à savoir VII III dans un premier temps (mesures 17 - 18). Ensuite, l'accord de dominante A est préparé par sa dominante secondaire, E(7) à la mesure 19. Le texte change et évolue en même temps que l’harmonie : c’est pourquoi l’accord de dominante (à la mesure 20) ne va pas résoudre sur le degré I mais sur le degré VI pour créer ainsi une cadence trompeuse. Ensuite, il y a une série de cadences plagales (IV I ou I4 I) puis de résolutions de type dominante > tonique par le biais d’accords diminués. Les couplets se terminent tout naturellement par l’accord de dominante et amènent ainsi la reprise du refrain qui commence par Dm. Tout comme au début des couplets, on retrouve la cadence VII III VI issue du cycle des quintes (I IV VII III VI II V I). La construction harmonique et le choix des accords sont identiques aux couplets : les premières mesures sont en Mineur naturel et la suite en Mineur harmonique. Ensuite, il y a deux cadences parfaites (V I). Cette chanson se termine par la même séquence répétée trois fois et qui comporte un accord diminué sur le degré I, un accord diminué sur le degré VII permettant une résolution par demi-ton sur l’accord de Dm.

Une chanson toujours d'actualité

Pour Jean-Jacques les compositeurs sont des chroniqueurs et des bons diagnostiqueurs de ce qui se passe. Il a déclaré "Je ne signerais pas avec certitude pour dire que les chansons restent à la postérité. "Elle a fait un bébé toute seule" a effectivement marqué son époque, mais elle demeure aujourd'hui, plus de 30 ans après et au même titre que "Envole-Moi" ou "Là-bas", d'une actualité criante. Des chansons nées de bouleversements sociétaux et d'évolutions des comportements survenus à l'aube des années 80 et qui traversent les décennies.

L'ironie et la subtilité de Goldman

La chanson a été récemment à l'honneur dans une spéciale qui racontait sur La 3 l'histoire des grandes chansons et l'impact qu'elles avaient eu sur l'évolution légale de la société. Le commentaire présentait cette chanson comme un hymne aux "mères célibataires qui avaient voulu l'être", à celles qui revendiquaient le droit de disposer d'elles-mêmes et un peu quelque part des autres. Oui, le texte de l'émission de La 3 ne faisait pas dans la "relativité", qui a pourtant ses lois. Il soulignait l'engagement total du chanteur aux côtés de ces femmes modernes et libres. Femmes qu'il poussait même quasiment (si j'ose dire).

Mais là, j'ai eu le sentiment que l'on ne connaissait pas la même chanson. La réserve taquine de GoldmanMais comment ce programme de qualité pouvait-il ne pas percevoir l'ironie tendre, la "réserve" taquine de l'artiste face à une "certaine évolution de comportements". Comment interpréter autrement la phrase "Elle a fait un bébé toute seule, c'était dans ces années un peu folles où les papas n'étaient plus à la mode". Et, plus loin, "elle a choisi le père, un scientifique, pour ses gênes, son signe astrologique". Moi, si j'ai toujours aimé cette chanson, c'est justement pour cette façon de montrer sans démontrer, avec cet amour de grand frère garanti grand teint. Mais justement aussi teinté de douce ironie. Sûrement n'ai-je rien compris. Ou alors, se pourrait-il que, définitivement, le second degré se perde ? Un truc qu'on appelait autrefois la subtilité ?

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