Introduction
Elena Volochine est une figure marquante du journalisme contemporain, une grand reporter, vidéaste et réalisatrice franco-russe dont le travail a mis en lumière les complexités et les tragédies de la Russie contemporaine et de la guerre en Ukraine. Son parcours, de Moscou à Paris, est jalonné d'enquêtes approfondies, de reportages poignants et d'une expertise reconnue sur la propagande poutinienne.
Parcours et Débuts Professionnels
Née à Moscou, dans la Russie soviétique, Elena Volochine a choisi la France pour ses études et le début de sa carrière journalistique en 2009. Elle a débuté comme reporter à i-TELE, puis a rejoint l’agence de presse CAPA. Très vite, elle est amenée à couvrir l’actualité dans son pays d’origine, la Russie.
Correspondance en Russie et Couverture des Événements Majeurs
En 2012, elle prend la décision de s’installer de façon permanente à Moscou et coopère avec les grands médias français et francophones, notamment i-TELE, Canal Plus, France Télévisions, Arte, TF1, M6, Europe 1, RTS et RTBF. Pendant une décennie, jusqu’à son retour en France en mars 2022, elle couvre tous les événements majeurs en Russie et à travers l’espace post-soviétique.
Volochine a été témoin de la réalité basculer, elle et Sergey étaient là. Ils ont vu la guerre de gueux, de boue et de chenilles enlisées. Recrutés par des chefs obscurs, galvanisés par la propagande du Kremlin, les locaux se soulevaient et combattaient de prétendus « nazis ». Moscou y mettait peu de moyens, juste assez pour installer la pagaille, et deux entités fantoches : les « républiques populaires » de Donetsk et de Lougansk (« DNR » et « LNR »).
À Slaviansk, le chef de guerre russe Igor Strelkov a installé un régime de terreur, fait d’enlèvements, de tortures et d’exécutions extra-judiciaires. Les locaux, chauffés à blanc par la propagande, ont adoubé sous le canon le rattachement à la « république populaire » de Donetsk.
Lire aussi: Luis Enrique : L'importance d'Elena Cullell
Elena Volochine a connu l’édifice flambant neuf en 2012, qui accueillait l’Euro de foot. Le monde entier était là, et il n’y avait pas un séparatiste dans les buissons. Le « séparatiste » est une créature de la propagande russe. Entre 2014 et 2022, la Russie envahissait déjà l’Ukraine.
Spécialiste de la Russie Contemporaine et de la Guerre en Ukraine
Son travail acharné dans le Donbass côté russe et sur la propagande lui vaut aujourd’hui une reconnaissance en tant que spécialiste de la Russie contemporaine et de la guerre en Ukraine. Elle est régulièrement invitée à des colloques et séminaires aux États-Unis, au Canada et à Sciences Po Paris.
Difficultés Croissantes du Journalisme en Russie
Elena Volochine a vécu de près les difficultés croissantes d’exercer le métier de journaliste en Russie, surtout après le début de la guerre en Ukraine. Après dix années de correspondance en Russie, elle est rentrée à Paris, expliquant : « Pour la première fois j’ai senti que je n’allais plus pouvoir faire mon travail. Et qu’il était temps de partir ». Elle a témoigné des changements radicaux dans les règles du jeu, qui ont basculé vers une dictature de guerre. De nouvelles lois et décrets sont venus compliquer la tâche des journalistes, avec des mots comme « trahison d’état » qui impliquent des peines de prison allant jusqu’à 15 ans. Elle s’inquiète de la propagande de guerre qui se déploie sur les chaînes et les médias russes.
"Propagande : l'arme de guerre de Vladimir Poutine"
Elle a publié une enquête documentaire sur la propagande poutinienne, intitulée "Propagande : l'arme de guerre de Vladimir Poutine", parue aux éditions Autrement le 3 octobre. Cet ouvrage a été salué par la critique et lui a valu le 9e prix du livre Albert Londres.
Collaboration avec Sergey Ponomarev
Il est important de noter qu'Elena Volochine a collaboré avec Sergey Ponomarev, un photographe russe de renom, lauréat du prix Pulitzer, de la médaille d’or Robert Capa et trois fois récompensé par le World Press Photo. Ensemble, ils ont documenté et témoigné des réalités complexes du conflit russo-ukrainien.
Lire aussi: Retour sur un couple phare
Le Contexte du Conflit Russo-Ukrainien : Un Récit Crucial
Pour comprendre pleinement l'importance du travail d'Elena Volochine, il est essentiel de revenir sur le contexte du conflit russo-ukrainien. Selon le mythe dans lequel Vladimir Poutine a plongé son pays, pendant huit ans, entre 2014 et 2022, de méchants nazis ukrainiens, adoubés par un Occident maléfique, se seraient livrés à un génocide des russophones du Donbass. Dans le monde réel, ce fut, depuis 2014, une guerre d’artillerie où, la Crimée annexée par la force, les Russes grignotaient ce territoire à l’est de l’Ukraine, à l’aide de milices et de structures opaques pilotées en sous-mains par Moscou.
À la fin du mois de février 2014, l’armée russe se déploie dans Sebastopol. Les « petits hommes verts » de Vladimir Poutine n’ont pas d’insigne, officiellement, ils n’existent pas. Selon le chef du Kremlin, son armée ne serait pas à la manœuvre. Les habitants locaux se soulèvent en masse contre ce que la propagande russe leur peint comme un coup d’État nazi à Kiev : une révolution pro-démocratique, tournée vers l’Europe. Pour Poutine, un prétexte pour débuter son invasion inavouée de l’Ukraine.
Dans le Donbass, les chefs de guerre, trop occupés à s’entretuer pour le pouvoir et à se partager les richesses, abandonnaient les civils à leur sort. Dans les zones rurales et les villes, privés de courant, d’aide médicale et de produits de première nécessité, les habitants fuyaient, pour ceux qui le pouvaient. Les plus vulnérables, les personnes âgées et les malades, étaient forcés de rester dans l’espoir de survivre. Souvent, ils mouraient.
L'Impact de la Propagande Russe
La propagande russe a joué un rôle majeur dans la perception du conflit, tant en Russie qu'à l'étranger. Comme le souligne Volochine, cette propagande a déformé la réalité, présentant une version alternative des événements pour justifier l'intervention russe en Ukraine. En Russie, on avait les mêmes, plantés dans un autre décor. Des babushkis et des dedushkis, qui vivotaient de leur potager. Pourquoi là-bas, en Ukraine, ne les a-t-on pas laissé couler tranquillement leurs vieux jours ? Par quelle folie la guerre les a-t-elle rattrapés en bout de course ? Nos grands-mères et nos grands-pères ont traversé le siècle soviétique. Ses bouleversements et son déclin, sa stabilité et son effondrement. Jamais, ils n’auraient pensé revivre une guerre. Poutine leur avait promis : « Plus jamais !». Alors, côté russe, cette guerre-là n’a pas eu lieu. C’est une « opération militaire spéciale », pour sauver l’Ukraine du nazisme. L’Europe elle aussi est lointaine. De l’autre côté du miroir, le monde russe nous regarde en chiens de faïence. Entre euphorie collective et abandon individuel, on a l’adhésion tapageuse et le je-m’en-foutisme à bas bruit. Et s’ils n’en pensaient rien, ce serait pareil. Personne ne leur a demandé, au fond, ce qu’ils en pensent. Les Russes veulent juste vivre en paix.
Lire aussi: Découvrez Elena Nagapetyan
tags: #elena #volochine #biographie