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L'Église évangélique et l'avortement : Positions, débats et enjeux

L'avortement est une question complexe et profondément débattue, tant sur le plan éthique que religieux. Au sein du christianisme, et plus particulièrement dans les églises évangéliques, les opinions divergent considérablement. Cet article explore les différentes positions des églises évangéliques sur l'avortement, en tenant compte des contextes historiques, théologiques et sociaux. Il analyse également l'influence de ces positions sur les débats publics et les politiques relatives à l'avortement.

Diversité des opinions au sein du protestantisme

En France, les protestantes ont historiquement soutenu la légalisation de la contraception et de l'avortement. Sylvie Chaperon, historienne, souligne la surreprésentation des femmes protestantes dans les mouvements féministes dès la fin du XIXe siècle. Ces mouvements ont progressivement défendu l'accès à la contraception, puis une éducation globale à la sexualité intégrant les revendications des femmes.

Le protestantisme, évoluant sur la question de l'IVG, met en avant la responsabilité humaine. Cependant, des freins subsistent, notamment liés à la place des femmes dans l'Église. Christiane Delteil souligne la lutte contre les pesanteurs et les institutions à bousculer, même si les protestants étaient en avance sur ce point dans la chrétienté.

Au sein du mouvement Jeunes Femmes, des divergences apparaissent sur la question de l'avortement. Certaines femmes, de diverses confessions, quittent le mouvement, révélant la difficulté de penser la place de la femme sans la dimensionner d'emblée par son rôle de mère.

La loi Veil, légalisant l'avortement en France en 1975, a été soutenue par le mouvement Jeunes Femmes. Cependant, le débat reste ouvert au sein du protestantisme, notamment en raison du statut de l'embryon.

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La position complexe de l'Église évangélique

Certains protestants évangéliques se montrent ouverts à l'IVG dans des situations de grande détresse pour la femme, tout en insistant sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour que ces situations se raréfient. Ils considèrent que « avorter est toujours un drame » et regrettent la disparition progressive de la notion de détresse des textes, transformant l'avortement en un simple droit de la personne.

Le pasteur Samuel Amédro nuance en soulignant que certaines femmes peuvent utiliser l'IVG pour préserver leur confort, tandis que d'autres sont dans une détresse causée par des hommes lâches ou violeurs. Pour lui, l'enjeu n'est pas de cautionner l'IVG, mais d'accompagner les personnes et de les aider à prendre des décisions responsables, sans instrumentaliser le texte biblique ni se retrancher derrière la volonté de Dieu.

L'influence de la droite chrétienne et des évangéliques aux États-Unis

Aux États-Unis, la révocation par la Cour suprême de la garantie fédérale du droit à l'avortement en 2022 a permis aux États de légiférer pour restreindre ou interdire l'IVG. Cette situation est le résultat d'un long combat des cléricaux, notamment évangéliques et catholiques, contre les droits des femmes.

L'influence des évangéliques blancs dans la politique américaine est significative. En 2016, 81% d'entre eux ont voté pour Trump à la présidentielle. André Gagné explique le rôle de la « droite chrétienne », qui défend les valeurs judéo-chrétiennes et se distingue par ses vues conservatrices sur l'avortement, les droits des personnes LGBT+ et l'euthanasie.

L'Église évangélique est l'une des instances majeures dans la lutte contre l'avortement. En 2019, elle a financé le film « Unplanned », un manifeste contre l'IVG.

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Les Églises catholique et orthodoxe : des positions similaires

L'Église catholique a exprimé sa satisfaction suite à la révocation de la garantie fédérale du droit à l'avortement aux États-Unis. Elle considère l'avortement comme une loi injuste qui a conduit à la mort de dizaines de millions d'enfants à naître. Elle appelle à servir ceux qui sont confrontés à des grossesses difficiles et à les entourer d'amour.

Cette position correspond à celle de l'ex-pape Benoît XVI, qui estimait que les politiciens catholiques favorables à l'avortement devraient se voir refuser la communion.

Les Églises orthodoxes condamnent également l'avortement, le considérant comme un meurtre d'une même gravité que celui d'une personne déjà née.

Les défis et les enjeux contemporains

L'influence des Églises sur les questions de société ne correspond pas toujours à la volonté majoritaire de la population. Un sondage a révélé que seulement 28% des Américains souhaitaient un retour sur l'arrêt Roe vs Wade.

La fin de Roe vs Wade confirme un tournant moins démocratique et plus théocratique aux États-Unis, soulevant la question de la réforme des institutions américaines pour contrecarrer l'influence des lobbies religieux.

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Philippe Roqueplo souligne que l'Église ne pourra jamais changer de position sur l'avortement, car cela remettrait en question sa propre réalité et les justifications qu'elle se donne.

Jean-Luc Gadreau s'inquiète de la tendance de certains chrétiens à privilégier des questions éthiques personnelles comme l'avortement, négligeant des valeurs chrétiennes plus larges telles que la justice sociale.

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