Depuis que l'avortement a été autorisé dans de nombreux pays, il y a toujours eu des contre-mouvements. Mais aujourd'hui, ils prennent de plus en plus de pouvoir. Aux États-Unis, depuis le début de l’année, 16 États ont adopté des lois restrictives sur l’avortement où l’opposition à ce droit constitutionnel semble gagner du terrain. En parallèle, dans d’autres pays, les femmes se battent pour accéder à une pratique qui leur est interdite, parfois avec succès. Cet antagonisme a toujours existé, à la différence près qu’aujourd’hui ses protagonistes ont accès au pouvoir.
Contexte Général : Droits des Femmes et Contre-Mouvements
Les contestations sont récurrentes. Depuis les années 1960 et l’autorisation de l’avortement en Europe et aux États-Unis, l’opposition existe. En décembre 2018, au moment où l’Irlande légalisait l’avortement, l’État de l’Ohio, aux États-Unis, adoptait une loi visant à considérer comme un crime de 5e degré les avortements après six semaines, ce qui les rend donc passibles d’une peine de 12 mois de prison.
Mobilisations et contre-mobilisations
Les mobilisations pour les droits des femmes entraînent des contre-mouvements, de plus en plus organisés et puissants. Il y a des avancées législatives indéniables dans certains pays et des retours en arrière réels, non seulement aux États-Unis mais aussi dans de nombreux pays d’Europe de l’est. On sent qu’il y a des mouvements qui auraient envie de délégaliser l’avortement, de le reclandestiniser en Hongrie, en Croatie, en République tchèque.
La Situation en Alabama : Une Loi Très Restrictive
En Alabama, la loi interdit désormais toute interruption volontaire de grossesse, même en cas d’inceste ou de viol. Elle doit entrer en vigueur en novembre prochain mais elle ne sera pas applicable car contraire à l’arrêt "Roe V. Wade" de 1973, qui garantit le droit d’avorter aux États-Unis tant que le fœtus n’est pas viable. Vouloir interdire l’avortement, même à des femmes violées, c’est de la perversion ! Il faut voir deux choses aux États-Unis : d'un côté, le poids de l’opinion publique majoritairement favorable à l’IVG d’après les sondages et de l’autre, le poids politique d’une frange de la population qui n’est pas totalement minoritaire mais qui n’est pas majoritaire non plus et qui est au pouvoir et anti-avortement, de façon presque sauvage, cruelle, dans une semi-perversion.
L'objectif des opposants
Le but des opposants à l’avortement est bien précis : arriver devant la Cour suprême des États-Unis, dans l'espoir qu'elle revienne sur la jurisprudence "Roe V. Wade", car depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a pu refaçonner la philosophie juridique de la Cour suprême, mais aussi de nombreuses cours fédérales à travers les États-Unis.
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Poussées de l’Amérique profonde
Il y a des poussées de l’Amérique profonde, évangéliste aux États-Unis. Ces mouvements religieux essaient depuis une dizaine d’années de modifier la législation en matière d’avortement et ils semblent qu’ils sont désormais dans une position favorable. Le dernier juge nommé par Donald Trump à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, est particulièrement réactionnaire et elle risque de balancer du côté anti-avortement.
L'Europe Occidentale et l'Opposition à l'Avortement
L’Europe occidentale aussi est concernée par une vague d’opposition à l’avortement. En Italie par exemple, l’accès à l’IVG est de plus en plus compliqué pour les femmes car 70% des gynécologues avancent la clause de conscience, obligeant les Italiennes à se rendre en France pour avorter. Aujourd’hui, les anti-avortement bénéficient de relais politiques en Italie qui peuvent mettre en place des réformes qui viennent petit à petit grignoter l’accès à l’IVG, diffuser un contre-discours pour culpabiliser les femmes qui avortent. Il n’y a pas nécessairement d’opposition frontale mais une politique qui empiète chaque jour un peu plus sur la liberté d’avorter, si bien qu’un jour, le droit solidement acquis a disparu.
Organisation transfrontalière
Le combat des anti-avortement est de plus en plus organisé et transfrontalier. En Europe par exemple, depuis 2013, le lobby "Restaurer l’ordre naturel, un agenda pour l’Europe" vise à imposer des idées traditionnelles autour de la famille, de l’avortement, des questions de genre, de la procréation médicalement assistée. En Amérique latine et centrale, des fondations, au départ liées à l’église catholique, comme Vida Humana internacional, ont permis cette transnationalisation des anti-avortement dans les années 1990.
Réactions et mouvements pro-IVG
Il n’y a pas que les anti-IVG qui bénéficient de relais politiques à l’intérieur des institutions. C’est également le cas des féministes, qui elles aussi peuvent pousser à des réformes législatives sur ces questions. En Irlande par exemple, où l’avortement a été légalisé en 2018 après un référendum plébiscitant à 66% la suppression d’un amendement à la Constitution interdisant l’IVG, le Premier ministre Leo Varadkar, longtemps opposé à l’avortement, a lui-même mené la bataille pour sa légalisation.
Les Foulards Verts et les Hashtags des Pro : Mobilisation et Résistance
En Argentine, pays également très influencé par l’église catholique, les députés ont présenté il y a quelques jours un nouveau projet de loi pour autoriser les IVG jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse. Depuis quatre ans, des collectifs féministes organisent une manifestation tous les 3 juin pour dénoncer la violence machiste. Comme l’an dernier, des dizaines de milliers de femmes arborant des foulards verts se sont récemment rassemblées à Buenos Aires, contre les féminicides et pour la légalisation de l’avortement.
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Effet miroir
Il y a un effet miroir entre les anti-IVG et les pro-IVG de ce point de vue. Ce que permet le mouvement argentin, c’est de se revendiquer d’un droit universel à la liberté des femmes sur leur corps. Ce sont des victoires symboliques et politiques argentines, même si la loi n’est pas encore passée.
Mobilisation numérique
Aux États-Unis, pour protester contre les récentes lois interdisant les avortements dans plusieurs États, diverses mesures ont été lancées sur les réseaux sociaux. Puis c’est un autre hashtag qui s’est emparé des réseaux sociaux, également lancé par une actrice américaine : #YouKnowMe où les femmes racontent pourquoi elles ont fait le choix d’avorter. Busy Philipps a été auditionnée devant le Congrès américain, elle a notamment déclaré "c’est mon corps, pas celui de l’État, l’avortement ne devrait pas être traité différemment d’autres soins médicaux".
Analogies historiques
Cela rappelle d’une certaine manière le manifeste des 343 femmes qui ont déclaré avoir avorté en 1971. Mais ce qu’internet les réseaux sociaux vont faire, c’est donner une viralité, une ampleur et une rapidité qu’il n’y avait pas avant. ‘Le féminisme de de hashtag’ est une façon de mobiliser, de se faire entendre. L’avortement reste globalement tabou mais de plus en plus de femmes assument et ont moins honte que les générations précédentes, preuve de plus que les mentalités évoluent.
Avortement non Sécurisé et Mortalité Maternelle : Une Perspective Globale
Chaque année dans le monde, 47 000 femmes meurent à cause d’un avortement réalisé dans de mauvaises conditions. Près de la moitié des 56 millions d’avortements dans le monde sont "non sécurisés" et clandestins. Dans ces lieux, le personnel n’est souvent pas qualifié, le manque d’hygiène est criant et les grossesses généralement trop avancées. Malgré tout, il faut souligner que la mortalité liée aux IVG diminue dans le monde. Et cela s’explique notamment par l’accès aux avortements médicamenteux.
Avortement médicamenteux
Il est moins dangereux de prendre ces produits-là que de faire des manœuvres abortives. Internet permet aussi aux femmes de se renseigner et de se procurer des médicaments pour avorter. Dans les pays où l’IVG est illégale, les femmes peuvent ainsi avorter chez elle, plutôt que dans des centres clandestins. Évidemment, ce n’est pas sans risque et une attention particulière doit être portée sur les sites consultés et les médicaments vendus.
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L'influence des Églises et Groupes Religieux
Les Églises et les organisations religieuses se mobilisent. Des groupes divers très majoritairement religieux, certains locaux, d’autres nationaux, d’autres sont violents, qu’ils le soient ou non, ciblent les médecins qui y exercent. Parmi les premières Églises à se mobiliser figure l’Église catholique, à laquelle se joignent des dizaines de milliers de manifestants. La Southern Baptist Convention, puissante et riche, revendique onze millions de membres.
Divisions protestantes
De leur côté, les Églises protestantes sont divisées. Les Églises épiscopales et l’Église anglicane d’Amérique du Nord sont pro-vie. Les Fondamentalistes mettent l’accent sur l’infaillibilité de la Bible, critiquent le caractère « séculier » de la société et appellent à lutter contre, considérant la Bible comme la seule source de la vérité et de la loi, et soulignant la relation qu’entretiennent les croyants avec Dieu. Ils prônent de ne pas utiliser la violence, mais le harcèlement et autres persécutions.
La Violence Anti-Avortement : Un Aperçu Historique
D’où vient cette violence ? Qui l’exerce ? Elle est liée à la part du pouvoir américain. Des attentats ont eu lieu contre les cliniques de Pensacola, en Floride. Après les attentats contre les cliniques, le gouvernement fédéral hésite à autoriser le FBI à mener une enquête, mais les considère comme des « terroristes ».
Opération Rescue
Des opérations Rescue apparaîtront à travers tout le pays. Scheidler, ancien séminariste bénédictin déjà mentionné, montent des opérations toutes les semaines. Il s’agit d’un mouvement très particulier. Les années 1990 sont marquées par des membres prônant la désobéissance civile aux abords des cliniques.
Stratégies des militants
Les militants enfreignent la légalité et multiplient les violences. Des militants bloquent l’entrée des cliniques. Les années 1980 sont marquées par des militants qui se font appeler « les Agneaux de l’enfant Jésus ». Certains sont ardents de la résistance armée et des milices chrétiennes. Ironiquement, les groupes les plus violents prennent les noms les plus doux.
Tactiques de blocage
Les militants se sont enchaînés par le cou à la table d’avortement. La Trêve de Dieu n’a pas imité la technique du pro-vie américain consistant à se sont enchaînés par le cou à la table d’avortement, car il est dangereux de les rompre sans risquer de leur trancher la gorge.
Condamnations et sanctions
Les sanctionnés sont les « résistants ». Ils utilisent une rhétorique mystificatrice attribuant la violence aux hospitaliers. L’opération de blocage non-violente subit une inversion opportune, car pour les enchaînés, ce n’est pas de la violence.
L'Importation de Stratégies Américaines en France
La Trêve de Dieu, fondée en France dans les années 1990, devait beaucoup à la pensée américaine. Le modèle américain a voyagé dans un grand nombre de pays.
Les débuts du mouvement pro-vie en France
Le mouvement anti-avortement en France est né après sa légalisation en France en 1975 (loi Veil). Il a connu des périodes d’effervescence et de contestations, et le demeure.
Les premières actions
Les premières actions consistaient à aider des femmes à avorter. La loi de 1920 pénalisant la contraception a motivé les militantes à être actives et faire entendre leurs voix.
Légalisation et réactions
La loi Veil - est votée en janvier 1975 pour cinq ans. L’avortement est légalisé aux États-Unis et en France. La pilule abortive RU 486 (apparue en 1980) permet d'aider les femmes en détresse. Les inquiétudes des milieux catholiques grandissent et les mouvements opposés à l’avortement durcissent leur position.
Désobéissance civile
Des militants ont pratiqué la désobéissance civile, affirmant reconnaître à l’État le droit de les poursuivre.
Groupes et organisations
L’association S.O.S. Futures Mères, Grossesse Secours Paris propose de l'aide aux femmes enceintes. Xavier Dor fonde S.O.S. Tout-Petits à la Pitié Salpetrière.
Tactiques et méthodes
Certains militants isolent une femme en lui montrant des photos sanguinolentes. D'autres ont dévasté des centres d’IVG. Fontana a un modèle : les États-Unis.
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