Le parcours de procréation médicalement assistée (PMA) est souvent long et éprouvant, ponctué d'espoirs et de déceptions. Parmi les difficultés rencontrées, les échecs d'implantation embryonnaire représentent une source de frustration importante pour les couples et les équipes médicales. Cet article vise à explorer les causes potentielles de ces échecs, les examens et traitements possibles, ainsi que les conseils pour mieux vivre cette étape.
Qu'est-ce qu'une tentative d'AMP et comment la définir ?
Une tentative d’AMP correspond à un cycle avec prise en charge en inséminations (IAC ou IAD) ou fécondation in vitro (FIV-ICSI-IMSI) ou un transfert d’embryon décongelé (TEC). Il est important de bien comprendre le déroulement de ces tentatives, notamment en ce qui concerne le cycle menstruel et les protocoles de traitement. Le premier jour du cycle est le premier jour où vous vous réveillez avec du sang, quelles qu’en soient la couleur et la quantité. C’est le point de repère du cycle naturel qui peut être différent du J1 de début de traitement.
Aujourd’hui, vous pouvez faire toutes les injections vous-mêmes et suivre les traitements à votre domicile. C’est en effet ce que nous vous conseillons : nous constatons tous les jours que cela se passe bien, les traitements sont bien suivis et c’est beaucoup plus confortable pour vous. Pour vous aider, vous pouvez prendre rdv auprès des secrétaires avec une sage-femme un vendredi matin, elle vous donnera les explications pratiques relatives à votre traitement. Pour les injections, il vous suffit de suivre correctement les consignes. Les injections doivent être pratiquées dans la partie basse du ventre (peu importe le côté), ou bien dans la partie externe de la cuisse. Les injections de stimulation nécessitent de respecter un horaire précis. Il vous revient de choisir une heure de la journée (le soir), toujours la même (dans un souci de confort, mais aussi pour ne pas risquer un oubli), vous avez UNE heure de marge. Exemple : si vous choisissez 19h, vous devez faire votre injection entre 18h et 20h.
En revanche, l’injection de déclenchement de l’ovulation (Ovitrelle®) doit impérativement être pratiquée à un horaire précis, qui vous sera communiqué par votre médecin référent ou le centre en temps voulu. Le livret "guide auto injections" vous apportera tout détail utile. Néanmoins, ces injections sont réalisables par une infirmière à domicile si vous en ressentez le besoin. Selon ce que le médecin vous a prescrit, vous allez suivre un protocole particulier avec un planning spécifique. Ce planning vous sera fourni par votre médecin si vous êtes suivis en ville ou par le centre si vous êtes suivis à l’hôpital.
Les causes potentielles des échecs d'implantation
Les échecs d'implantation sont multifactoriels et peuvent être liés à la qualité de l'embryon, à l'état de l'utérus (endomètre) ou à d'autres facteurs.
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Facteurs liés à l'embryon
- Anomalies chromosomiques : Environ 25 à 30 % des ovocytes et 10 % des spermatozoïdes sont porteurs d'anomalies chromosomiques. Ces anomalies peuvent empêcher l'implantation ou entraîner une fausse couche précoce.
- Maturité des ovocytes : Une ponction contient un lot hétérogène d’ovocytes : certains sont parfaitement matures, d’autres le sont incomplètement, d’autres enfin sont totalement immatures. Les proportions de ces différentes catégories sont très variables d’une ponction à l’autre et il peut même se faire qu’il n’y ait aucun ovocyte parfaitement mature.
- Qualité du sperme : La diminution du nombre et de la mobilité des spermatozoïdes ne sont que les signes d’une baisse de fécondance. Donc dans les spermes de mauvaise qualité, il peut n’y avoir aucun spermatozoïde fécondant, bien qu’il y en ait encore d’apparemment normaux et mobiles.
- Anomalies génétiques : Les anomalies génétiques de l’embryon sont pourtant la cause principale d’un échec d’implantation. Différents facteurs peuvent influencer la qualité des gamètes (ovocytes et spermatozoïdes). Il peut s’agir de facteurs endogènes comme l’âge ou l’indice de masse corporel, par exemple. En effet, un âge élevé, un surpoids voire une obésité sont responsables d’anomalies ovocytaires et spermatiques.
Facteurs liés à l'utérus (endomètre)
- Réceptivité endométriale : Un embryon ayant un fort potentiel implantatoire d’un point de vue morphologique et génétique ne pourra pas s’implanter si l’endomètre ne lui est pas réceptif. Lors du cycle menstruel, l’endomètre subit une phase de régression suivie d’une régénération et d’une maturation. Un endomètre mature sera réceptif à l’embryon au cours d’une courte période appelée « fenêtre d’implantation ». Des anomalies du cycle menstruel peuvent être responsables d’un défaut de régénération et/ou de maturation endométriale.
- Malformations utérines : Lors de la période fœtale et la mise en place de l’appareil reproducteur féminin, des anomalies développementales peuvent être à l'origine de malformations utérines.
- Facteurs immunologiques : Au cours de l’implantation embryonnaire, le système immunitaire maternel joue un rôle fondamental. Les échecs d’implantation peuvent s’expliquer par une réponse immunitaire trop agressive qui induit la mort de l’embryon reconnu comme un corps étranger.
- Épaisseur de l’endomètre : Sous 7 à 8 mm, il est considéré comme trop fin pour permettre une bonne implantation. Cette théorie est toutefois remise en question par certaines études.
- Microbiote endométrial : Plusieurs études ont récemment démontré l’existence de micro-organismes au niveau de l’endomètre. L’analyse de ce microbiote endométrial pourrait permettre de déterminer son lien avec l’implantation embryonnaire.
Autres facteurs
- Âge de la femme : Le taux de grossesse par ponction passe de 24% à 30 ans, à 14% à 40 ans et 2% à 43 ans.
- Durée de l'infertilité : Elle intervient uniquement dans les cas d'hypofertilités (tubaires, inexpliquées et masculines) où plus la durée d'infécondité est longue, plus les chances de nidation sont réduites.
- Présence de grossesse(s) antérieure(s) : Le taux de nidation est plus important chez les femmes ayant déjà eu auparavant une ou des grossesse(s) spontanée(s) ou par FIV, menée(s) ou non à terme.
- Rang de la tentative : Plus le rang de la tentative s'élève, plus les chances de nidation diminuent.
- Facteurs liés au mode de vie : Le stress, le tabac, l'alcool et une mauvaise alimentation peuvent également jouer un rôle dans les échecs d'implantation.
- Facteurs endogènes : L’âge : la qualité ovocytaire est altérée à partir de 35 ans. Le stress oxydatif induit le vieillissement prématuré des cellules. Selon une étude publiée en 2016 aux États-Unis, le stress ressenti pendant la période ovulatoire altère la qualité des ovocytes et réduit de 46 % la fécondabilité. L’état inflammatoire de l’organisme : lorsque le corps se sent agressé, il produit une réaction inflammatoire pour se protéger. Celle-ci nuit à la fertilité.
- Facteurs exogènes : Les perturbateurs endocriniens contenus dans les produits de beauté consommés au quotidien et dans l’alimentation : ils détériorent les gamètes. Le tabac : il réduit la qualité des ovocytes, mais également leur quantité.
Examens et traitements possibles
Face à des échecs d'implantation répétés, plusieurs examens peuvent être proposés pour identifier les causes potentielles :
- Bilan de fertilité complet : Analyse des spermatozoïdes, bilan hormonal, échographie pelvienne, hystérosalpingographie (pour vérifier la perméabilité des trompes).
- Caryotype : Analyse des chromosomes des deux partenaires pour détecter d'éventuelles anomalies.
- Hystéroscopie : Examen visuel de la cavité utérine pour détecter des polypes, des fibromes ou d'autres anomalies.
- Biopsie de l'endomètre : Analyse de l'endomètre pour évaluer sa réceptivité et rechercher une endométrite chronique.
- Test de réceptivité endométriale (ERA) : Ce test permet d'évaluer la fenêtre d'implantation et de déterminer le moment optimal pour le transfert embryonnaire.
- Criblage génétique préimplantatoire (PGT-A) : Analyse génétique des embryons avant le transfert pour sélectionner les embryons chromosomiquement normaux.
- Étude des thrombophilies : Recherche de troubles de la coagulation pouvant affecter l'implantation.
- Étude des causes immunologiques : Recherche d'anticorps ou de cellules immunitaires pouvant être impliqués dans les échecs d'implantation.
En fonction des résultats de ces examens, différents traitements peuvent être envisagés :
- Correction des anomalies utérines : Hystéroscopie opératoire pour retirer des polypes, des fibromes ou des synéchies.
- Traitement de l'endométrite chronique : Antibiotiques.
- Stimulation ovarienne adaptée : Pour améliorer la qualité des ovocytes.
- Transfert d'embryons décongelés : Pour éviter les effets négatifs d'une stimulation ovarienne sur l'endomètre.
- Transfert au stade blastocyste : Il apporte une meilleure sélection embryonnaire et génère plus d’informations sur la qualité de l’embryon à transférer.
- Éclosion assistée : Il existe des publications qui indiquent que l’éclosion assistée pourrait favoriser l’implantation embryonnaire en cas de RIF. Compte tenu qu’elle serait réalisée avant la biopsie embryonnaire, elle serait inclue dans le PGT-A.
- Traitements immunomodulateurs : Corticoïdes, immunoglobulines.
- Anticoagulants : Héparine, aspirine.
- Amélioration du mode de vie : Arrêt du tabac, réduction de la consommation d'alcool, alimentation équilibrée, gestion du stress.
Conseils pour mieux vivre le parcours de PMA
Le parcours de PMA est une épreuve émotionnelle intense. Il est important de se faire accompagner par des professionnels (psychologues, sophrologues) et de mettre en place des stratégies pour gérer le stress et les émotions :
- Parler de ses émotions : Exprimer ses sentiments à son conjoint, à ses proches ou à un thérapeute.
- Prendre soin de soi : S'accorder des moments de détente, pratiquer une activité physique, se faire plaisir.
- Maintenir une vie sociale : Continuer à voir ses amis, à participer à des activités.
- Se fixer des objectifs : Ne pas tout centrer autour de la PMA, se concentrer sur d'autres projets.
- Informer son entourage : Définir un cadre avec ses proches, leur expliquer ce que l'on attend d'eux.
- Relativiser : Garder en tête que la PMA est un marathon, qu'il faut persévérer et que de nombreux couples réussissent à avoir des enfants grâce à cette technique.
- Adopter une approche globale de la fertilité : Arrêter de scinder différentes parties de corps ou de mettre exclusivement le focus sur un seul aspect. Tout est lié. Le physique a des répercussions sur le mental et inversement. Il est donc essentiel de faire des liens entre les 4 piliers de la fertilité (émotionnel, physique, médical, énergétique).
- L’alimentation pour réguler et équilibrer le système immunitaire : La nutrithérapie permet de privilégier certains aliments pour améliorer sa santé et favoriser la fertilité (par exemple, grâce au régime anti-inflammatoire). Elle favorise aussi le bon fonctionnement de la production d’hormones.
- Les compléments alimentaires pour booster les effets d’une meilleure alimentation : En apportant les vitamines et minéraux indispensables à l’efficacité de l’appareil reproducteur. Des compléments adaptés aux hommes existent, afin d’augmenter la qualité spermatique.
- La Slow Cosmétique pour éviter les perturbateurs endocriniens : Il s’agit d’une manière de consommer les produits cosmétiques respectant le corps et la planète. Plusieurs ingrédients considérés comme des perturbateurs endocriniens sont vivement déconseillés et supprimés des compositions de produits labellisés Slow Cosmétique.
- La méditation : Il est prouvé médicalement qu’elle est efficace.
Effets secondaires possibles des traitements
De manière générale, ces traitements sont tout à fait compatibles avec le suivi d’une vie normale, certaines personnes pouvant cependant y être plus sensibles que d’autres. Une prise de poids entre 500g et 1 kg peut être constatée pendant le traitement, elle est réversible à son arrêt. En cas de prise de poids inhabituelle, un suivi plus spécifique pourra vous être proposé, parlez-en à votre médecin référent. La prise de poids (due aux hormones) n’est pas du tout obligatoire. Une sensibilité du ventre ou des ovaires est possible, mais elle doit rester modérée. Si ce n’est pas le cas, parlez-en à votre médecin référent. Une fatigue inhabituelle est parfois signalée, elle est liée à la grande énergie que vous mobilisez pour cette démarche. Dans la mesure du possible, il est préférable de prévoir ces traitements à un moment où vous n’êtes pas trop sollicités par votre vie familiale ou professionnelle.
Deux effets plus spécifiques doivent être connus : L’hyperstimulation ovarienne : Il s’agit d’une réaction trop marquée des ovaires aux traitements, ou à la grossesse obtenue. Elle se manifeste par une sensibilité des ovaires et un gonflement abdominal, avec une tendance à l’augmentation de ces symptômes de jour en jour. N’hésitez pas à consulter si vous constatez ces symptômes, ou même seulement en cas de doute. Il vaut mieux consulter votre médecin référent, ou un autre médecin du centre le matin, plutôt qu’un médecin externe ou des services d’urgences, moins habitué à ce type de médecine. Pendant le reste de la journée et pendant la nuit, un service de garde se tient disponible à la maternité du Groupe Hospitalier. Sous surveillance et traitement l’évolution est en règle rapidement favorable. Les grossesses multiples : Elles sont plus fréquentes que par une conception naturelle, avec en moyenne 15% de jumeaux et 1/1000 de triplés. La prévention consiste à ne pas transférer trop d’embryons. De nombreux couples nous affirment que cela ne leur poserait pas de problème, voire même que ça leur plairait. Cependant, ces grossesses doubles et surtout triples vous exposent aux risques de la prématurité et à d’éventuelles séquelles pour vos enfants. L’objectif souhaité et recherché est donc 1 seul bébé en bonne santé ! Enfin, nous sommes bien sûr dans un cadre médical, avec des effets secondaires rares mais possibles suite aux prises de médicaments (allergies), aux anesthésies, aux gestes chirurgicaux (infection ou hémorragie), ou aux grossesses (fausses couches et grossesses extra-utérines, dans les mêmes proportions que pour les grossesses spontanées). Il est donc très important de nous signaler tout symptôme inhabituel, surtout s’il est constant ou s’il augmente en intensité et s’il ne cède pas au repos ni aux traitements simples. Bon à savoir : Il n’y a pas à ce jour d’effets néfastes démontrés au long terme de ces traitements, ni d’anomalies provoquées par ces traitements chez les enfants à naître.
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Vie sexuelle, travail, sport, stress: conseils
Toutes les études montrent que vous pouvez mener une vie normale avant, pendant et après ces traitements d’AMP. C’est valable pour le travail, pour le sport et pour la vie de manière plus générale. Les rapports sexuels sont autorisés, ils doivent toutefois être évités la veille d’une ponction pour FIV. Il est naturel de vouloir être plus prudent que d’ordinaire, surtout pendant la phase au cours de laquelle une grossesse est possible. Il vous est donc recommandé de faire les choses à votre façon, selon votre ressenti. Prendre trop de précautions peut parfois augmenter le stress inhérent à ce parcours d’AMP, il est préférable de ne pas tout centrer autour de ces traitements.
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