L'allaitement maternel est largement reconnu comme un enjeu de santé publique majeur, offrant de multiples bénéfices tant pour l'enfant que pour la mère. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un allaitement exclusif jusqu'à l'âge de 6 mois, une cible qui reste difficile à atteindre, notamment en France. Cet article explore les causes d'échec de l'allaitement maternel, les facteurs de risque associés, et propose des solutions pour améliorer le soutien aux mères allaitantes.
Les Bénéfices de l'Allaitement Maternel
L'allaitement maternel crée un lien indéfectible entre l'enfant et la mère. Le lait maternel apporte tous les nutriments nécessaires à la croissance du bébé et minimise les risques d'allergies. De plus, la mère transmet ses anticorps au bébé, le protégeant contre les infections comme la grippe ou la gastro-entérite. L'allaitement réduit également la fréquence des pneumonies, bronchiolites et otites.
L'allaitement a une dimension affective importante pour le bébé. Il reconnaît l'odeur de sa mère et écoute les battements de son cœur, ce qui le sécurise. Lorsqu'une mère allaite, elle sécrète de l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, qui renforce le lien unique entre la mère et son bébé.
L'allaitement présente aussi des avantages pratiques. Il ne nécessite pas de se soucier des biberons ou des doses de lait artificiel lors des déplacements. Des études suggèrent également que l'allaitement favoriserait la perte de poids après l'accouchement, car il nécessite l'emploi de beaucoup de calories.
Taux d'Allaitement Maternel et Facteurs de Risque
Une étude menée au CHU Sud Réunion en 2021 a évalué les taux d'allaitement maternel à 1, 3 et 6 mois, et a identifié les facteurs de risque d'arrêt précoce de l'allaitement. Sur les patientes ayant accouché entre le 8 avril 2021 et le 31 mai 2021 et ayant débuté un allaitement maternel, 62,6% des enfants recevaient encore du lait maternel à 6 mois, dont 31,1% de manière exclusive et 31,5% de manière mixte.
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Les facteurs de risque d'arrêt de l'allaitement maternel exclusif avant 6 mois incluaient :
- L'âge de la mère
- L'emploi de la mère en début de grossesse
- La consommation de tabac en début de grossesse
- Le choix d'un allaitement mixte plutôt qu'exclusif avant la naissance, ou l'absence de décision sur le mode d'allaitement avant la naissance
- Le fait d'avoir donné naissance à un garçon
- Le fait de ne pas avoir effectué la première tétée en salle de naissance
L'implication du partenaire était associée à un risque diminué d'arrêt de l'allaitement.
Les Causes d'Échec de l'Allaitement Maternel
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'échec de l'allaitement maternel. Les mères allaitantes sont souvent confrontées à une diversité de discours de leur entourage et des professionnels, ce qui peut les déstabiliser, surtout lors d'un premier allaitement. Il est important pour les mères de ne prendre que les conseils qui leur semblent cohérents et qui vont dans le sens de l'allaitement qu'elles souhaitent mener.
Les mamans qui allaitent peuvent se sentir stressées car elles ont le sentiment qu'elles sont les uniques garantes de la survie de leur bébé, ce qui peut entraîner un baby blues voire une dépression post-partum. De nombreux allaitements échouent à cause d'une baisse de la lactation liée à l'épuisement de la maman, souvent peu soutenue par sa famille et ses proches.
Certains allaitements peuvent être difficiles à mettre en place, avec un bébé qui ne prend pas de poids ou des douleurs aux mamelons. Il est impossible de savoir ce qu'un bébé allaité a pris, ce qui peut engendrer encore plus de stress pour la maman.
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Le Stress et l'Allaitement
Le stress peut affecter l'allaitement. Le processus qui provoque l'écoulement du lait pendant la tétée, appelé le réflexe d'éjection du lait, est très sensible. Il est déclenché par la succion du bébé ou un tire-lait, et l'hormone ocytocine est libérée. Le stress peut perturber ce réflexe et diminuer la production de lait.
Les parents qui souhaitent allaiter leur bébé deviennent rapidement nerveux si les choses ne se déroulent pas comme prévu. Il est important de travailler à faire confiance à son corps et de se rappeler que, dans des circonstances normales, on a tout ce qu'il faut pour nourrir son bébé.
Pour aider à se détendre, il est important de relaxer son corps et de créer une atmosphère calme et agréable. S'asseoir dans une position détendue et confortable, mettre de la musique douce et tamiser les lumières peut aider. Il est également important d'être honnête avec sa famille et ses amis, et d'accepter l'aide si elle est proposée.
L'Allaitement et la Dépression Post-Partum
Les problèmes d'allaitement peuvent contribuer au développement ou à l'aggravation de la dépression post-partum. Les difficultés rencontrées lors de l'allaitement, comme les douleurs aux mamelons, les problèmes de prise du sein par le bébé, les insuffisances de production de lait ou les engorgements mammaires, peuvent générer du stress et de la frustration pour la mère. Cela peut intensifier les symptômes de la dépression post-partum et rendre la gestion de cette période encore plus difficile.
Si une mère ne parvient pas à allaiter avec succès, cela peut engendrer des sentiments de culpabilité et d'échec, ce qui peut aggraver la dépression post-partum et affecter l'estime de soi. Les mamans souffrant de dépression post-partum peuvent se sentir isolées et avoir du mal à demander de l'aide ou du soutien. Les difficultés d'allaitement peuvent renforcer cet isolement.
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Il est important de rechercher un soutien approprié, y compris le soutien médical et psychologique, pour gérer à la fois les difficultés d'allaitement et les symptômes de la dépression post-partum.
Difficultés Courantes et Solutions
Lors de l'allaitement, la jeune maman peut être confrontée à quelques difficultés, comme la montée de lait, l'engorgement, la fréquence des tétées, les crevasses. Allaiter son bébé les premières fois est loin d'être inné.
Stimuler la Lactation
Il faut avant tout respecter le rythme de bébé, et non pas lui imposer un rythme de tétées. La mise au sein dans la salle d'accouchement a un rôle déterminant car c'est elle qui lance la lactation. Des études ont montré que les seins méritent d'être stimulés dans l'heure qui suit la naissance, soit en mettant bébé au sein ou en recueillant du lait avec nos mains. Il faut également essayer de comprendre comment bébé exprime sa demande.
Il est indispensable que la maman soit bien installée et soit à l'aise dans sa position pour allaiter. Durant les premiers jours, il est conseillé d'allaiter son bébé à la demande, sans limiter le nombre de tétées ni leur durée. Ensuite, lorsque l'allaitement est bien installé, il est préférable de changer de sein d'une tétée à l'autre.
Pour savoir si bébé reçoit assez de lait, il faut regarder ce qu'il élimine dans sa couche, dans ses urines et ses selles.
La Montée de Lait
La montée de lait c'est la transition du colostrum au lait de transition. Pour gérer la montée de lait, il convient d'être attentif à proposer des tétées précocement et à les rendre efficaces. La montée de lait n'est pas obligatoirement douloureuse, elle peut l'être si quelques aléas surviennent, soit des tétées pas assez fréquentes, soit un bébé inefficace ou qui a passé son temps à dormir avec une tétine dans la bouche. Il est indispensable aussi de bien s'entourer et de demander de l'aide en cas de besoin.
L'Engorgement
Les seins s'engorgent parfois car le lait ne réussit pas à s'écouler correctement vers le mamelon. Dans ce cas, les seins sont tendus, durs et douloureux. S'il y a un engorgement, c'est parce que bébé n'a pas été assez souvent au sein ou n'a pas été efficace. Pour autant, un engorgement des seins ne doit pas entraîner l'arrêt de l'allaitement.
L'Allaitement après une Césarienne
Il est parfaitement possible d'allaiter après un accouchement par césarienne. Il faut néanmoins être consciente que la mise en route de l'allaitement sera légèrement différente et pourra prendre un peu plus de temps, si on a oublié de mettre bébé au sein dans l'heure qui suit sa naissance.
Les Crevasses
Les crevasses au niveau du mamelon sont souvent provoquées par une mauvaise position du bébé pour téter. Il faut que la maman s'installe confortablement dans une position qui lui permet de voir son bébé sans faire d'effort. Pensez par ailleurs à étaler une goutte de lait sur votre mamelon après chaque tétée et si possible gardez vos mamelons à l'air pour qu'ils soient hydratés. Vous pouvez appliquer une crème hydratante à base de lanoline purifiée ou d'algues rouges.
La Mastite
La mastite correspond à une inflammation d'un ou des deux seins. Devant des signes évoquant une mastite, la première chose à faire est de faire téter le bébé et à défaut, de drainer manuellement ses seins à la maison et se reposer.
Tirer son Lait
Tirer son lait demande une certaine organisation et une très bonne hygiène. Une fois familiarisée avec le tire-lait, n'hésitez pas à faire des réserves, notamment en cas d'absence prolongée de tétée. Une fois le lait tiré, il est possible de le conserver dans la partie la plus froide du réfrigérateur ou de le congeler.
Importance du Soutien
Il est essentiel que les mères ne restent pas seules et soient entourées par des personnes bienveillantes, qui leur donnent confiance en elles. De nombreux allaitements échouent à cause d'une baisse de la lactation liée à l'épuisement de la maman. En France, les mères ne sont généralement que peu soutenues par leur famille et leurs proches. Il est donc important de ne pas refuser de l'aide, comme pour faire le ménage ou les courses.
La Leche League est un excellent point de départ pour trouver du soutien. Leur site internet propose des tonnes de ressources. N'ayez pas peur de demander de l'aide. Contactez votre sage-femme, votre infirmière, ou une consultante en lactation qualifiée si les choses ne semblent pas aller, car la plupart des problèmes d'allaitement peuvent être résolus avec le soutien approprié.
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