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La Durée de Lactation de la Brebis Lacaune en Monotraite : Une Analyse Approfondie

L'article explore en profondeur la durée de lactation de la brebis Lacaune en monotraite, en s'appuyant sur des études et des expériences concrètes. Il aborde les aspects zootechniques, économiques et pratiques de cette méthode, tout en tenant compte des spécificités de la race Lacaune et des enjeux liés à la production laitière.

Introduction

La monotraite, qui consiste à traire les brebis une seule fois par jour, suscite un intérêt croissant chez les éleveurs. Cette pratique, perçue comme une solution potentielle aux problèmes de main-d'œuvre et un moyen de redonner de l'attractivité au métier, fait l'objet de nombreuses études visant à évaluer son impact sur la production laitière, la santé des animaux et la rentabilité des exploitations. La race Lacaune, réputée pour ses qualités laitières, est particulièrement concernée par ces recherches.

Contexte et Enjeux de la Monotraite

Un nouveau départ agricole

L'aventure agricole d'un couple a débuté il y a une décennie au sein d'une ferme collective nichée dans la vallée de la Roya, à 1200 mètres d'altitude. Cette structure, mise à disposition par la SAS Terres communes, représentait une forme inédite de propriété foncière, collective et éthique, garantissant une utilisation des terres respectueuse des valeurs écologiques et sociales. L'objectif était de défendre l'agriculture paysanne en pérennisant trois fermes collectives et en les protégeant à long terme de la spéculation immobilière. L'une de ces fermes, établie dans cette vallée sauvage du Mercantour, prônait le partage des valeurs, des aspirations, du travail et des revenus, expérimentant ainsi de manière collective et autogestionnaire une alternative au système conventionnel. Cette ferme fromagère de montagne élevait 80 brebis laitières (Lacaune et Brigasque), 2 vaches laitières (Val d'Aoste), 200 poules pondeuses et cultivait quelques légumes de garde (pommes de terre, poireaux).

Les défis du collectif et un nouveau cap

Le collectif et le partage, bien que porteurs de valeurs fortes, ont rapidement engendré des tensions, des départs et des arrivées, bouleversant l'organisation de chacun. Pour Bastien et Marion, qui aspiraient à fonder une famille, le besoin de s'établir dans un lieu plus intime et moins fréquenté s'est fait sentir. C'est ainsi qu'en 2017, le couple a pris la décision de quitter ce lieu magique, conscient des limites du collectif et de la nécessité de l'encadrer pour assurer son bon fonctionnement, et de revenir dans le Tarn, département d'origine de Marion, afin de se rapprocher de leur famille. Ils ont racheté les terres agricoles d'un couple hollandais installé à Andignac, sur la commune de Vindrac-Alayrac, qui élevait quelques vaches laitières. Dans leur volonté de poursuivre la production de brebis laitières, ils ont construit une bergerie en grande partie grâce à l'autoconstruction, hormis la charpente en bois. L'autoconstruction leur a permis de limiter considérablement leur investissement (100 000 € pour 400 m², soit 250 €/m² contre 400 €/m² sans autoconstruction pour la bergerie et la laiterie). L'ancien bâtiment des vaches laitières a été racheté et aménagé en hangar de stockage de fourrage d'une part, et en atelier de bricolage d'autre part.

Organisation de l'exploitation

L'exploitation s'étend sur 24 hectares de SAU (14 hectares de prairies et 10 hectares de parcours boisés), dont la quasi-totalité (20 hectares) est dédiée au pâturage. Quatre hectares sont consacrés à la fauche et 1 à 2 hectares sont cultivés en céréales pour renouveler les prairies. Le cheptel se compose de 90 brebis en lactation (race Lacaune), d'un renouvellement de 35 agnelles et de 3 béliers, pour un chargement moyen de 1 UGB/hectare. Les 20 hectares de pâturage permettent d'assurer 500 à 550 kg de MS/brebis/an, soit l'équivalent de 50 à 55 tonnes de matière sèche selon les années (environ 2,75 tonnes MS d'herbe/hectare), correspondant à 4 ou 5 cycles de pâturage sur les prairies et 2 à 3 cycles sur les parcours boisés entre mars et juin. Ces rendements relativement faibles sont dus à un climat estival relativement sec et à des précipitations annuelles moyennes assez faibles (550 mm/an). Le reste des besoins en fourrage est satisfait par l'achat de stocks sur pied chez un voisin (au prix de 1/3 de la valeur du foin du marché, soit 40 €/tonne MS en moyenne). Le pâturage est pratiqué en rotation simplifiée sur des parcelles moyennes de 1 hectare, avec des chargements instantanés de 15 à 20 UGB/hectare et des temps de présence de 3 à 5 jours. Les agnelages sont regroupés et suivent le rythme saisonnier des brebis, avec des mises bas débutant mi-janvier et s'étalant jusqu'à fin mars/début avril. La traite est assurée en bi-traite jusqu'à mi-mai, puis en monotraite (le matin) une fois le pic de lactation passé, afin de réduire la charge de travail quotidienne. Les bâtiments sont très fonctionnels et permettent d'effectuer les tâches quotidiennes de manière efficace et rapide (5 heures/jour pour la traite et l'alimentation des brebis et des agnelles pour une personne en période de bi-traite, contre 3h30 en monotraite). Cette efficacité est essentielle pour dégager du temps pour la fromagerie et la commercialisation.

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Transformation et commercialisation

En fromagerie, 20 000 litres de lait par an sont transformés (200 litres/brebis/an) en produits lactiques et fromages blancs (15%), yaourts (10%) et tomme (75%). Le planning de fabrication s'articule autour de cinq journées : trois journées pour la tomme, une journée pour les yaourts et une journée pour les produits lactiques et fromages blancs, ce qui représente un total de 1400 litres de lait sur la période de pic de lactation. Une fois ce pic passé, le passage en mono-traite permet de consacrer une journée de moins à la production de tomme. Ce fonctionnement est rendu possible grâce au report de lait, qui peut parfois s'étendre sur 3 jours. La commercialisation s'effectue via une AMAP, des épiceries, un magasin de producteurs, deux marchés et des livraisons via le site web "Cagette", un groupement d'achat de producteurs (24 producteurs) qui se sont réunis pour vendre leurs produits sur une plateforme en ligne. Les clients passent leurs commandes et effectuent le paiement en ligne, en choisissant des points de retrait où ils seront livrés. Les préparations et livraisons de commandes sont réalisées collectivement tous les jeudis par le groupe d'agriculteurs, selon un système d'astreinte et un planning de roulement basé sur le chiffre d'affaires de chaque producteur. Marion et Bastien assurent de leur côté 2 jours par mois d'astreinte pour préparer les commandes ou effectuer les livraisons. Dans ce même esprit collectif, ils ont créé en début d'année un regroupement avec 3 autres producteurs sous forme associative pour organiser un marché commun. Le principe est simple : les 4 producteurs vendent sur un stand commun au marché hebdomadaire de Saint Antonin, avec un roulement pour assurer une astreinte mensuelle pour la vente.

Valorisation du lait et diversification

L'activité de transformation fromagère (40 heures/semaine) et de commercialisation (17 heures/semaine) représente une part importante du temps de travail (près de 60% du temps total), mais permet une forte valorisation du lait (3,6 €/litre de lait en moyenne) pour un chiffre d'affaires proche de 72 000 €. De plus, l'exploitation valorise une dizaine d'agneaux en caissette par an, ainsi que des cochons élevés en plein air de race Duroc, qu'ils achètent jeunes et engraissent avec du petit lait, de l'orge et du son de blé provenant d'un meunier voisin. Au total, 14 cochons sont abattus chaque année et valorisés principalement en charcuterie sèche, plus facile à vendre sur les marchés. Cette installation est le fruit de la motivation de Bastien et Marion de vivre d'une activité qui leur plaît et qui a du sens. C'est également la construction d'un outil de travail qui leur correspond grâce à leurs 10 ans d'expérience dans les Alpes.

Pâturage et alimentation

Les brebis pâturent dans les prairies et consomment des fourrages produits sur le causse. Le lait provient d'animaux nourris sans OGM (inférieur à 0,9%). Afin de respecter leurs cycles naturels, qui correspondent à une lactation de 7 à 8 mois maximum, les brebis se reposent pendant 5 mois, ce qui explique l'absence de produits de mi-octobre à janvier. L'exploitation est reconnue comme Exploitation HVE (Haute Valeur Environnementale). La traite n'a lieu qu'une fois par jour, le matin (monotraite). Les agneaux restent avec leurs mères jusqu'au sevrage. Après leurs 15 premiers jours, ils sont enfermés le soir dans leur nurserie afin de pouvoir traire leur mère. Les animaux sont tous de race rustique et adaptés au climat aride du causse. Le lait est transformé en 12 types de fromages, principalement de brebis, avec divers mélanges. Les fromages sont saisonniers et leur goût varie en fonction de la saisonnalité des plantes que les animaux trouvent dans les champs.

Études et Résultats sur la Monotraite de la Brebis Lacaune

Impact sur la production laitière et la composition du lait

Les essais de monotraite menés dans le cadre du projet Roquefort'in ont mis en évidence plusieurs éléments clés. La brebis Lacaune contemporaine présente une bonne aptitude à la monotraite, avec des niveaux de pertes laitières comparables entre les différents sites expérimentaux, de l'ordre de 15% aussi bien pour les primipares que pour les multipares, après un passage en monotraite à 40-50 jours de lactation pendant quatre ou cinq mois jusqu'au tarissement. Lors du passage à la monotraite, la production diminue fortement pendant les deux premières semaines, et ce de manière plus importante chez les primipares. La baisse des quantités totales de matière grasse et de matière protéique est du même ordre de grandeur. Le taux butyreux n'est pas impacté chez les multipares, mais il diminue chez les primipares, tandis que le taux protéique augmente de façon assez significative (2,5 à 4,5 %) dans les deux populations, ce qui dégrade le rapport TB/TP, indicateur de la fromageabilité des laits.

Impact sur la santé de la mamelle et le comportement alimentaire

Les comptages des cellules somatiques dans le lait ne sont en rien affectés par le passage à la monotraite, ce qui indique que cette pratique n'a pas de conséquence sur la santé de la mamelle. Les brebis se traient plus vite, même si elles passent plus de temps à la traite car elles ont plus de lait à donner en une seule fois. En l'absence de restriction alimentaire, les brebis en monotraite consomment autant de matière sèche que celles qui passent deux fois en salle de traite, la quantité ingérée étant seulement influencée par le nombre d'agneaux allaités. Étant donné qu'elles produisent moins de lait, les brebis en monotraite sont suralimentées, ce qui explique l'effet défavorable sur le TB. En toute logique, la reprise de poids est plus rapide que chez leurs congénères à deux traites.

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Stratégie alimentaire et adaptation

Si l'on souhaite pratiquer la monotraite, il est essentiel d'adopter une stratégie alimentaire de restriction, aussi bien pour des raisons économiques que zootechniques. En ajustant les quantités de concentrés aux niveaux laitiers des lots de brebis, il est possible de limiter l'impact négatif sur la composition du lait. La réduction des apports de concentrés influence peu l'ingestion des fourrages distribués à volonté. La production diminue dans le même ordre de grandeur que dans les autres études, ce qui montre qu'avec de très bons fourrages, il est possible de réduire le concentré (de l'ordre de 40 à 50 kg par brebis sur 110 jours) sans pénaliser la production en monotraite.

Impact sur la qualité du lait et le rendement fromager

Le projet de recherche s'est également intéressé à l'impact de la monotraite sur les qualités technologiques et nutritionnelles des laits destinés à la fabrication du roquefort. Le lait est un peu plus riche en matière azotée totale, plus particulièrement en protéines solubles. Le rendement fromager est un peu moins bon avec le lait des primipares. L'impact sur la matière grasse est peu sensible. En revanche, la composition fine de la matière protéique est modifiée, notamment les caséines. Cependant, ces résultats posent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses et restent à approfondir.

Adaptation de la mamelle et sélection génétique

L'aptitude de la brebis Lacaune à la monotraite est sans doute la conséquence non recherchée de quarante ans de sélection laitière. Si la brebis perd peu de lait quand elle n'est traite qu'une fois par jour, c'est parce qu'elle en stocke de 75 à 80 % dans la citerne de la mamelle. La sélection laitière, qui s'est faite sans contrainte sur la morphologie externe de la mamelle, a eu pour effet collatéral un développement important de la taille de la citerne. Les primipares, qui ont une capacité mammaire plus petite, font même preuve d'une grande plasticité: la citerne se dilate afin de stocker davantage de lait, sans déformation ni conséquence sur les lactations ultérieures.

Synthèse des Recherches et Expérimentations

Études individuelles et modélisation

Une série d'expérimentations a été menée pour mesurer l'impact de la monotraite à l'échelle de la lactation de brebis laitières de race Lacaune. La production de lait et sa composition, la physiologie et la morphologie de la mamelle, l'ingestion et le métabolisme énergétique ont été mesurés tout au long de la période de traite, du sevrage au tarissement. L'impact de la monotraite a été modélisé à l'échelle de l'exploitation et du bassin de production. La perte de lait a été de 14% chez les multipares comme les primipares. Selon la ration offerte, le taux butyreux a diminué ou a eu tendance à augmenter, alors que le taux protéique n'a pas été modifié ou a augmenté en lien avec une augmentation des protéines solubles. Les quantités ingérées n'étaient pas différentes entre brebis en traite biquotidienne et monotraite, ce qui a entraîné un bilan énergétique positif supérieur pour ces dernières. Cela s'est traduit par des taux d'acides gras non estérifiés rapidement plus bas et de leptine supérieurs. La mamelle a été perturbée dans les premiers jours de monotraite, mais a rapidement retrouvé son intégrité du fait d'une bonne plasticité sans aucune conséquence sur sa santé.

Impact économique et perspectives

Au niveau de l'exploitation, la monotraite entraîne une perte de revenu qui peut être compensée en tout ou partie par un passage en monotraite à un stade plus tardif ou un allongement de la période de traite.

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Exemple d'une exploitation laitière

Une exploitation de 220 hectares, dont 150 hectares de cultures, produisait 550 000 litres de lait. Face aux aléas climatiques en céréales et à un contexte compliqué en lait, les exploitants ont cherché une autre source de revenu et se sont intéressés à la filière brebis laitières. Après avoir repris les bâtiments et 40 hectares de surface fourragère d'un oncle, ils ont aménagé une bergerie offrant 450 places de cornadis et installé une machine à traire avec deux fois 24 postes. 400 agnelles et 16 béliers Lacaune ont été achetés. Les agnelages ont eu lieu en février, avec une prolificité de 1,2 % et seulement 4 % de pertes. Les agneaux sont laissés 30 jours avec leur mère puis vendus à 15 kg à un atelier d'engraissement. Les brebis sont traites une fois par jour de 10 à 30 jours après la mise bas, puis deux fois par jour jusqu'à mi-juillet, puis à nouveau une fois par jour de mi-juillet à mi-octobre. Elles sont nourries d'ensilage de maïs et d'herbe, foin de luzerne, correcteur azoté, maïs grain et minéraux. La première campagne s'est très bien passée, sans problèmes sanitaires ni d'alimentation. Au pic de lactation, la production était de trois litres par jour. Sur l'année, la production a atteint 375 litres par brebis, avec de bons taux et aucune pénalité cellules. L'éleveur est satisfait au niveau du travail, mais souligne l'importance d'être très vigilant sur les mises bas pendant les trois premiers mois, car le revenu lié aux agneaux n'est pas négligeable.

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