Introduction : Au-Delà des Apparences
Dans le monde impitoyable du rugby professionnel, où la lumière des projecteurs se concentre souvent sur les stars flamboyantes, il existe des joueurs dont la valeur se mesure à l'aune de leur dévouement, de leur discrétion et de leur efficacité. Dorian Aldegheri, affectueusement surnommé "Doudou", incarne parfaitement cette catégorie de rugbymen. Propulsé titulaire pour l'entame du Tournoi des 6 Nations, contre l'Irlande, Dorian Aldegheri est d’abord un travailleur de l’ombre.
Un Palmarès Élogieux, une Reconnaissance Tardive
Malgré un CV impressionnant - près de 200 matchs de Top 14, plus de 50 de Champions Cup, 22 sélections en équipe de France et sept sacres majeurs avec le club le plus titré du monde, Dorian Aldegheri sera toujours accompagné d’une forme de "surprise". Ce fut le qualificatif employé dimanche dernier, lors de l’entraînement des Bleus ouvert à la presse à Marcoussis, quand le pilier droit toulousain a enfilé la chasuble floquée du numéro 3. Laquelle était synonyme de titularisation contre l’Irlande, pour l’ouverture du Tournoi des 6 Nations ce jeudi soir. Il est pourtant, et de loin, le joueur le plus expérimenté du groupe à son poste depuis le retrait du vétéran Uini Atonio, victime d’un problème cardiaque.
Un Profil Discret, une Efficacité Redoutable
Il est comme ça "Doudou" (son surnom, NDLR). La lumière, elle n’est pas pour lui. Certains diront qu’Aldegheri n’a pas la gueule ni le physique d’une vedette. Dans un sport où plusieurs de ses potes brillent, lui se contente volontiers du rôle d’ouvrier. Celui qui bosse dans l’ombre et qui est là pour servir les autres. Et vous savez quoi ? Cela lui va très bien. Question de personnalité. "Dorian, ce n’est pas forcément le mec qu’on va mettre en avant, celui qu’on récompense de trophées individuels, mais c’est quelqu’un d’important dans le lien de l’équipe et de notre conquête, avait un jour dit de lui son manager Ugo Mola. Les équipes qui gagnent le font souvent avec des joueurs qui font le lien, pas qu’avec des stars. Quand je dis stars, ce n’est pas péjoratif. C’est juste qu’il n’y a pas toujours les meilleurs au poste ou l’addition de talent. C’est aussi une question d’amalgame. Je peux prendre l’exemple de Dorian, celui de François Cros qui fait aussi ce lien. Aldegheri, nommé dans la catégorie du meilleur second rôle aux oscars du rugby ? C’est un peu l’idée, oui.
La Mêlée : Son Territoire, Son Expertise
Il faut dire aussi que le poste de pilier est ingrat par définition. Celui qui n’attire pas forcément l’attention dans les succès, même quand la mêlée déroule, mais qui est au centre de toutes les critiques quand l’équipe déraille dans l’épreuve de force. Une injustice parfois poussée à l’extrême quand s’agit du Toulousain. Depuis une dizaine d’années, il est une référence absolue dans ce secteur tellement spécifique de la conquête. Sûrement le spécialiste le plus impressionnant et régulier à droite en Top 14. "Doudou, il ne fait pas de bruit, il n’est pas médiatique mais c’est un monstre en mêlée, nous confiait récemment un de ses partenaires. Je n’ai jamais vu un mec aussi fort que lui dans ce domaine. Même le champion du monde all black Charlie Faumuina (50 sélections), son coéquipier à Ernest-Wallon de 2017 à 2023, l’avait raconté dans nos colonnes : "Je n’ai jamais su comment il faisait, Doudou. Il n’était ni très lourd ni très costaud, mais il parvenait toujours à passer sous son pilier gauche. Ça se terminait irrémédiablement par une pénalité contre l’équipe adverse. Il est le meilleur pousseur de mêlée qu’il m’ait été donné de croiser dans ma carrière. Il aurait d’ailleurs tant de choses à apprendre aux piliers de Nouvelle-Zélande. […] Il a fallu que j’apprenne comment vous poussez, en France. Et c’est lui qui m’a appris !"
Une Saison Solide, des Critiques Injustes
Cette saison ne déroge pas à la règle. Aligné à quinze reprises en club toutes compétitions confondues (dix titularisations), dans la lignée d’une dernière finale de Top 14 durant laquelle il avait fait vivre un supplice à la mêlée bordelaise, Aldegheri réalise un excellent exercice. Et il a sa part de responsabilité dans la place de leader des Toulousains en championnat. Mais ce sont souvent ses rares jours noirs qui sont retenus par une partie du grand public, comme à Montpellier en septembre, quand l’ensemble du paquet d’avants rouge et noir avait été emporté.
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Un Joueur Affectif, un Coéquipier Loyal
Sous ses airs de colosse, Aldegheri est un affectif. Et, aux dires de ceux qui l’entourent, il peut même être dur avec lui-même, lorsqu’il pense ne pas avoir apporté suffisamment. Aussi parce qu’il possède une loyauté et un sens du dévouement largement au-dessus de la moyenne. Ce joueur donnerait tout pour les autres. Une des raisons pour lesquelles il est adoré dans le vestiaire toulousain. Mola le résumait ainsi : "Si vous vous amusez à demander avec qui ils partiraient dans un moment délicat de leur vie, je crois que Dorian serait très souvent cité par ses partenaires, tellement il est fiable." Et le technicien de le défendre, quand il est pointé du doigt : "Je trouve que beaucoup de personnes ont parfois été très très dures avec Dorian sur ses performances, sur des moments où la mêlée a collectivement été mise à mal."
Une Progression Constante, une Maturité Atteinte
Aussi, parce qu’il traînera toujours l’image d’un mec pas forcément taillé pour le haut niveau, lui qui avait été "rattrapé" au dernier moment par Ugo Mola durant l’été 2015, alors qu’il devait partir en Pro D2. "Dorian faisait partie de ces garçons pour lequel, à chaque fin de saison, on se posait la question de savoir s’il allait passer le cap l’année suivante, racontait-il. Pour la petite histoire, quand je suis arrivé à Toulouse, le contrat de prêt de Dorian à Carcassonne était déjà sur le bureau du directeur général. Surtout, s’il ne sera jamais un pilier ultra mobile dans le jeu ou fascinant ballon en mains, Dorian Aldegheri a néanmoins beaucoup évolué, notamment au niveau de son activité dans les zones de rucks. "Je ne vais pas cibler les passes, en rigolait-il. J’essaye de mettre l’accent sur des secteurs qui me vont mieux." Lors de la demi-finale de Champions 2024 contre les Harlequins, le Stade toulousain tremblait à moins de vingt minutes de la fin, quand Aldegheri avait fait respirer les siens au prix d’un grattage salvateur dans ses 22 mètres. Une action symbolique qu’Antoine Dupont n’avait pas manqué de souligner en conférence de presse : "C’est le tournant du match. Merci à Dorian." Plus globalement, Ugo Mola avait analysé sa progression à la même période : "C’est un joueur qui évolue hyper bien, qui a réglé des choses sur sa capacité physique à enchaîner, aussi sur sa capacité à se déplacer et à être utile, chose qui lui posait parfois problème parce qu’il se brûlait physiquement et que, malheureusement, il lui arrivait de manquer de lucidité. Il est arrivé à maturité et maîtrise tous les paramètres du haut niveau.
Un Défi International à Relever
Sur la scène internationale, lors du Tournoi des 6 Nations 2023, il avait clairement franchi une étape lors de la victoire magistrale et historique des Bleus face à l’Angleterre (53-10), à Twickenham. Ce jour-là, en l’absence de Uini Atonio, Aldegheri avait été propulsé dans le XV de départ, avait répondu aux attentes et avait sûrement composté son billet pour la Coupe du monde en suivant. C’est, peu ou prou, le même défi qui l’attend aujourd’hui. "On a mis en place une compétition à droite, justifiait Fabien Galthié ce mardi. C’est Dorian qui sera titulaire. Il dégage une maîtrise du poste, une expérience. Il évolue dans un club avec qui il est performant et joue des matchs très importants. Il connaît cette atmosphère, cette ambiance." Et, si vous lui demandez comment il le vit, il répondra la même chose qu’en 2023 : "Je me donne à 100 %, comme quand j’étais remplaçant.
Conclusion : Un Homme de l'Ombre Essentiel
Dorian Aldegheri n'est peut-être pas le joueur le plus médiatique du rugby français, mais son importance au sein de son équipe est indéniable. Son travail acharné, sa loyauté et son expertise en mêlée font de lui un élément essentiel du dispositif toulousain et, désormais, de l'équipe de France. "Doudou" incarne la force tranquille, l'humilité et le dévouement, des valeurs qui méritent d'être saluées et reconnues à leur juste valeur.
Doudou : Plus qu'un Objet Transitionnel, un Concept de Paternité
Winnicott et la "Mère Suffisamment Bonne"
Dans le domaine de la psychologie infantile, le concept de "doudou", ou objet transitionnel, développé par le pédiatre et psychanalyste britannique Donald Winnicott, occupe une place particulière. En 1953, Winnicott s’était inspiré des travaux de Melanie Klein pour forger le concept de « mère suffisamment bonne ». En substance, il essayait de répondre aux exigences de la « bonne mère » qui finissait toujours par culpabiliser les femmes en leur demandant d’en faire toujours plus pour leur enfant, au risque de l’étouffer et elles-mêmes de se perdre. Il lui opposait donc la notion de « mère suffisamment bonne », c’est-à-dire capable d’apporter à son enfant les soins nécessaires à sa survie et à son épanouissement, pour lui permettre d’être capable de nouer des relations sécurisantes.
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Un "Père Suffisamment Bon" : Un Défi Constant
Je résume grossièrement, mais je me souviens que cette notion m’avait marquée, car elle m’avait renvoyé à ma propre pratique paternelle. Est-ce que j’étais un « père suffisamment bon » ? Est-ce que je permettais à mon fils de grandir avec confiance en lui et dans les autres, avec une vraie capacité à être ouvert et heureux ? Je crains, hélas, que ce ne soit le genre de questions dont on ne découvre la réponse que bien trop tard, une fois que notre enfant sera devenu grand. A ce sujet, dans Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde parle de la famille en écrivant ceci : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; en grandissant, ils les jugent : quelquefois ils leur pardonnent. » Je me dis que c’est peut-être cela, un père suffisamment bon : un père qui serait digne, en fin de compte, d’être un jour pardonné.
Les Géants et le Patrimoine Culturel Immatériel : Une Définition Élargie du "Doudou" Territorial
Les Géants Processionnels : Des Emblèmes Identitaires
Chaque année, des milliers de géants défilent dans les rues d’Europe occidentale, lors de grands rassemblements festifs. Apparus dans les processions urbaines et religieuses dès la fin du XIVe siècle, ils illustrent alors des épisodes de la Bible, de la Légende dorée ou du cycle de Charlemagne. Mis à mal par la Réforme et la Contre-réforme, puis par les Lumières, ils vont renaître au XIXe siècle, dépourvus de leur caractère religieux. Ancrés dans la culture populaire, les géants conservent une importante valeur identitaire pour les habitants. Emblèmes d’une ville ou d’un quartier, ils représentent des héros mythiques, des personnalités locales, des métiers ou des monstres qui ont trait à l’origine légendaire, à l’histoire ou à la vie de la cité. Construits pour être portés par une ou plusieurs personnes, ces immenses mannequins, qui peuvent mesurer plus de dix mètres de haut, animent les carnavals, les ducasses ou les fêtes patronales. Les processions diffèrent d’une localité à l’autre, mais chacune obéit à un rituel précis. Accompagnés de leurs musiciens, les géants réinterprètent des scènes symboliques, dansent dans les rues et jouent avec la foule. Intimement liés à la vie de la communauté qu’ils représentent, les géants peuvent aussi se marier et fonder une famille.
La Reconnaissance par l'UNESCO : Une Nouvelle Catégorie Patrimoniale
En 2005, les « Géants et dragons processionnels de Belgique et de France » sont proclamés « chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité » par l’UNESCO. Le dossier de candidature, initié par la Belgique, inclut quatre éléments sur le territoire français : les fêtes de la Tarasque à Tarascon (Bouches-du-Rhône), le carnaval de Pézenas (Héraut) et son Poulain, les fêtes de Gayant à Douai (Nord), le carnaval de Cassel (Nord) avec Reuze papa et Reuze maman2. En Belgique, cinq événements sont concernés : la Ducasse d’Ath3 (Hainaut), la Ducasse ou Doudou de Mons (Hainaut), le Meyboom de Bruxelles, l’Ommegang de Malines (Anvers) et l’Ommegang de Termonde (Flandres orientales), qui a la particularité de se dérouler tous les dix ans. Le programme des « chefs-d’œuvre » avait été lancé en 2001 par l’UNESCO afin d’attirer l’attention internationale sur cette nouvelle catégorie patrimoniale, en parallèle du travail de rédaction de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, dont le principe avait été approuvé la même année par la 31e Conférence générale de l’UNESCO. Avec l’entrée en vigueur de cette Convention (adoptée en 2003), ces géants et leurs fêtes seront intégrés en 2008 à la Liste représentative du PCI de l’humanité, à l’instar des 89 autres anciens « chefs-d’œuvre » ainsi proclamés entre 2001 et 2005.
L'Inventaire du PCI en France : Une Démarche Inclusive
Chaque État partie à la Convention de 2003 s’engage, selon les modalités qui lui sont propres, à dresser et tenir à jour un ou plusieurs inventaires du PCI sur son territoire : dans le cadre d’une candidature pour la Liste représentative du PCI de l’humanité (UNESCO), l’élément en question doit figurer dans cet inventaire4. Toutefois ce critère n’était pas en vigueur à l’époque du programme des « chefs-d’œuvre », et les éléments concernés par le dossier des « géants et dragons processionnels » ne figuraient donc pas, avant le projet dont il est question ici, dans l’inventaire du PCI en France. Ce dernier avait été initié en 2008, soit deux ans après la ratification de la Convention par la France (2006), par l’ancienne Mission à l’ethnologie du ministère de la Culture (il est aujourd’hui piloté par le Département de la Recherche, de la Valorisation et du PCI au sein de la Délégation à l’inspection, la recherche et l’innovation de la Direction générale des Patrimoines et de l’Architecture). C’est dans ce contexte qu’entre 2012 et 2015, la Maison des Cultures du Monde, désignée Centre français du patrimoine culturel immatériel en 20115, a coordonné un « inventaire des géants, dragons et animaux processionnels de France ». Compte tenu du nombre d’éléments concernés ainsi que de la périodicité des manifestations, il avait été proposé d’organiser la recherche en deux volets : les géants et leurs fêtes au nord de la France d’une part, et d’autre part les dragons et animaux totémiques, présents en particulier en Occitanie et notamment dans le département de l’Hérault. La Maison des Cultures du Monde (MCM), par l’intermédiaire de son ancien directeur puis président Chérif Khaznadar, s’était attachée à faire connaître les géants et autres animaux fantastiques bien au-delà de leur région d’origine.
La Dimension Totémique des Géants
Ainsi les Douaisiens se nomment eux-mêmes les enfants de Gayant ou les « vint’ d’osier » (ventres d’osier, matériau avec lequel est construite la structure des géants). Plus tard, la MCM avait porté le projet, hélas non abouti, d’un défilé de géants et dragons à Paris, pour lequel elle avait développé des contacts réguliers avec plusieurs collectivités et associations de praticiens. À travers ce nouveau projet, il s’agissait donc de mettre en « conformité » l’inventaire national avec les listes internationales de l’UNESCO, en incluant dans celui-ci les quatre fêtes concernées. Il s’agissait aussi d’envisager cet élément de façon plus inclusive et représentative de la diversité des pratiques populaires associées, en intégrant d’autres événements et leurs géants. En effet, la notion de chef-d’œuvre (du patrimoine oral et immatériel de l’humanité) induisait une hiérarchie entre des fêtes relevant de l’exception par leur ancienneté, leur complexité et/ou leur ampleur, « méritant » d’être proclamées comme telles à l’exclusion d’autres pratiques plus modestes ou récentes.
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Une Recherche-Action au Service des Communautés
Dans une démarche de recherche-action, le projet devait associer « recherche, documentation et action culturelle en faveur de la reconnaissance, de la transmission ou de la valorisation du patrimoine culturel immatériel ». En amont de l’inventaire proprement dit, incluant l’enquête de terrain et la rédaction des fiches, une recherche documentaire avait permis un recensement critique des sources bibliographiques, filmographiques et webographiques, et un annuaire des acteurs avait été établi afin d’identifier les structures et personnes-ressources (collectivités et associations en charge de l’entretien des géants, de l’organisation et de l’animation des fêtes associées). Le projet comprenait également une exposition avec un programme d’animations et d’activités de médiation (rencontres avec des artistes « géantiers », sorties de géants, ateliers pour les scolaires, centres sociaux et de loisirs), ainsi qu’une restitution aux communautés. L’exposition intitulée « À pas de géants »6 abordait le contexte historique et l’étendue géographique du phénomène, ses fonctions sociales, symboliques et rituelles, les savoir-faire associés à la création et la restauration des géants, la question de la transmission, les évolutions et réappropriations contemporaines… Elle présentait une partie des géants et fêtes faisant l’objet des fiches d’inventaire alors en cours de réalisation : carnaval de Cassel, fêtes de Gayant à Douai, fête du géant Saint-Nicolas et du Père Fouettard, journée Stop de Steenwerck, rondes de géants, processus de création de l’Islandais de Gravelines ainsi que d’Hippolyte et Titée de Lesquin. À l’issue du projet, des kakémonos ont été réalisés à destination des collectivités ou associations impliquées dans les enquêtes, reprenant une partie de l’information produite pour l’inventaire ainsi qu’une contextualisation au regard du patrimoine culturel immatériel. Ce projet qui avait émergé au cours de la recherche répondait à une demande des communautés de pouvoir conserver un support matériel leur permettant de valoriser leur(s) géant(s) et de communiquer sur la notion de PCI, pour une reconnaissance de leurs pratiques. Une présentation publique aura lieu à l’occasion de la sortie du calendrier des géants 2015 à Hazebrouck (Nord).
Les Défis de l'Inventaire : Complexité et Diversité
Les objectifs de l’enquête, son échelle et la définition des éléments à inventorier ont fait l’objet de nombreux échanges et négociations avec les partenaires de la Ronde des Géants et de la Maison des Géants. En effet, le monde des géants témoigne à la fois d’un dynamisme et d’une pluralité remarquables. Il existe plus de 500 figures gigantesques au nord de la France7 : tandis que l’existence des Gayant de Douai est attestée depuis le XVIe siècle, certains géants renaissent après une longue interruption, parfois à plusieurs reprises à l’image des géants Batisse et Zabelle qui animent aujourd’hui les fêtes de la Mer à Boulogne-sur-Mer. De nouvelles effigies apparaissent chaque année, avec une accélération constatée depuis une trentaine d’années. Par ailleurs, le phénomène mobilise plusieurs catégories d’éléments relevant du PCI tel que défini par la Convention de l’UNESCO : événements festifs et rituels, pratiques sociales, littérature orale, musiques, chants, danses, techniques… La création, l’entretien ou la restauration d’un géant requièrent les savoir-faire de vanniers pour la structure en osier et rotin (buste et « panier ») ; ceux de plasticiens pour la tête, parfois le buste, les épaules, bras et mains (bois, grillage, plâtre, produits synthétiques, carton peint, crin de cheval…) ; ceux, encore, de couturières pour la confection du costume… Le portage et l’animation des géants nécessitent des années d’apprentissage ; leurs sorties sont accompagnées de musiciens maîtrisant un répertoire spécifique - certains géants possèdent même leur propre air.
Conclusion : Les Géants, des "Doudous" Collectifs et Vivants
Au-delà des fêtes institutionnalisées, le PCI des géants renvoie en effet à la capacité créatrice de communautés à s’incarner collectivement dans une figure emblématique de valeurs et d’une identité partagées, et à faire vivre ou revivre celle-ci rituellement, selon des pratiques et des savoir-faire anciens, mais aussi selon leurs besoins actuels.
Télépopmusik : Une Musique "Doudou" Évolutive et Désenchantée
Genetic World : L'Ascension d'une "French Touch sur Canapé"
Impossible d’être passé sous les ondes de Télépopmusik. Fer de lance d’une “French Touch sur canapé” (lounge music), c’est avec l’album Genetic World que Christophe Hétier et Stéphan Haeri déboulèrent sur nos radio et (grands) écrans en 2001. Leur Breathe passait pendant plus d’une décennie sur les toiles des salles UGC, vantant les mérites de la Peugeot 307. Le titre, par son ambiance feutrée d’hôtel 5 étoiles, se mariait merveilleusement avec la douce odeur matinale du nettoyant de la première séance, accompagnant le vaillant lève-tôt - venu profiter d’une salle sans pop-corn - de la torpeur à l’éveil. Elle est considérée comme un indémodable, s’écoutant allongée sur un sofa, aussi proche dans son rendu de l’anesthésiant Phasing News de Bob Sinclar que de l’entêtant Sinnerman par Felix Da Housecat. Une légende urbaine voudrait même que Janet Jackson se lave nue sous l’eau chaude en l’écoutant religieusement, chaque matin. Puis ce fût au tour des marques de Carte Noir et Air France de flairer le potentiel télégénique du son Télépop’. Voilà la marque du tandem. Une musique jamais inutilement dansante, mais toujours vivifiante. En un mot? Ondoyante. Il n’était pas étonnant d’entendre passer une piste de Genetic World lors d’un vernissage parisien ou du grand raout cannois, album parfait pour les préliminaires à la mondanité.
Un Son Métallique, Teinté de Gravité
C’est avec surprise que leur 3ème album arrive dans une France covidée et déclubisée, en totale perdition. Dès lors, un constat s’impose : les Télépopmusik ont vieilli, et pour notre plus grand bien. Revenu d’entre les morts, s’étant éparpillés entre projets solo et bambins, ils sont de ceux qui savent. Les rêves ont un goût d’amertume. L’échec de l’utopie soviétique ou du libéralisme infini, leurs mensonges illustrant les clips résonnent avec la musique du duo. Fini le temps des inserts acoustiques, fini la machine à fric ; nous sommes entrés dans l’ère totale du digital. Les majors comme EMI, leur ancienne écurie, se sont faites démantelées avec l’arrivée du tout-numérique. Ce 3ème album répond à l’urgence du feu. Un son métallique, teinté de gravité, aussi froid et futuriste que les macro-ordinateurs de Tchernobyl. On assiste à l’éclosion d’un son nouveau. Certes, pas révolutionnaire, puisque se coulant dans le courant synthwave qui fleurit depuis 2010, signe du désarroi existentiel de certains producteurs atteints du syndrome Peter Pan. Mais doublement nouveau, car jamais entendu au sein de notre tandem, et se refusant au spleen auquel a cédé une tripotée de contemporains fonçant marche arrière dans la machine à nostalgie.
Une Musique "Doudou" pour Adultes Désabusés
Une musique doudou? Non merci. Antipop et 2Square, eux, regardent le passé à travers le rétro(viseur). La voix bisexuée du néerlandais Young & Sick, languide et légèrement androgyne, est parfaitement fissible dans les sonorités épurées des excellents Circles et Connection. Le couplage des deux donne un rendu impérial et imposant. Alors que le second est un superbe morceau sous influence new wave 2.0, Circles, lui, n’est pas sans rappeler les travaux d’Eli & Fur sur You’re So High. Lecteur, ne te défenestre pas. On aurait parié sur du Jabberwocky, mais un Jabberwocky las et mature, qui en a vu des vertes et des pas mûres. Oscillant entre course nocturne vers l’avant et tristesse urbaine, l’interprétation de Jo Wedin nous rappelle qu’à Paris, la fête est finie. Un fil d’Ariane émerge entre les pistes. Quelque chose de désenchanté, de désillusionné. Les Télépop’ ne sont plus naïfs, ils savent que l’âge d’or de l’ancien monde est passé. Un nouveau émerge, avec son lot d’emmerdes. Pour autant, faut-il tout arrêter? “Le vent se lève, il faut danser!“, tentent-ils de nous souffler à l’oreille. Voilà le cogito ergo fiesta prodigué malgré le tout à vau-l’eau. Car bien que glacées, pratiquement toutes les pistes de l’album sont euphorisantes, la faute à des voix conférant une éloquence à une rythmique déjà, elle, exaltante. Aucune piste n’échappe aux vocalistes : la fidèle Angela McCluskey, Mau et Sylvia Black répondent présents.
Des Influences Assumées, un Talent Incontestable
Contemporains à tous les gamins qui s’essayaient au rock et à la boîte à rythme, les deux compères ont tété les même mamelles que Air, Cassius et consort : Pet Shop Boys, Kraftwerk, New Order… Un peu de Visage par-ci (Connection), un peu de Moroder par-là. De même pour le rock alternatif, où on croira reconnaître, au tout début de Come To Me, un accord fantôme de Joy Division. C’est le talent de l’élec-rétro et du néo disco français : concasser les coups de foudres musicaux adolescents pour ensuite en saupoudrer - plus ou moins - délicatement des ossatures à rythmes digitaux. Les Télépopmusik y arrivent merveilleusement bien.
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