La procréation médicalement assistée (PMA) est une question complexe, en constante évolution, suscitant de nombreux débats éthiques, scientifiques et sociétaux. Le Professeur René Frydman, figure emblématique de la médecine reproductive en France, apporte un éclairage précieux sur les enjeux et les défis de la PMA aujourd'hui. Cet article explore les différentes facettes de son engagement, ses préoccupations et ses espoirs pour l'avenir de la médecine de la reproduction.
La PMA pour toutes : Un combat pour l'égalité
Le Professeur Frydman est un fervent défenseur de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, qu'elles soient en couple avec une autre femme ou célibataires. Pour lui, il s'agit d'une question d'égalité et de justice sociale. La loi de bioéthique promulguée en août 2021 a enfin permis de corriger cette inégalité en autorisant les femmes à accéder à l'autoconservation de leurs gamètes sans raison médicale, une possibilité dont les hommes bénéficiaient déjà.
Cependant, le chemin vers cette avancée a été long et laborieux, marqué par des débats passionnés et des oppositions politiques. Frydman souligne que la France est l'un des rares pays à légiférer sur les questions de bioéthique par le biais de lois, contrairement à d'autres pays qui s'en remettent à des comités d'experts. Chaque avancée est souvent interprétée à l'aune de la recherche sur l'embryon, avec l'objectif de l'empêcher, ce qui a retardé beaucoup de choses.
Les limites de la PMA en France : Un appel à la recherche
Si le Professeur Frydman se réjouit de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, il s'inquiète des résultats médiocres obtenus en France par rapport à d'autres pays comme les États-Unis ou l'Espagne. Le taux de réussite de la PMA en France est en moyenne à peine de 30%, ce qui est insuffisant.
Pour améliorer ces résultats, il plaide pour un sursaut de la recherche dans le domaine de l'infertilité. Il regrette que la France n'apparaisse même plus dans les grandes revues scientifiques et que la recherche soit bloquée par des interdictions, comme celle d'établir un diagnostic génétique sur un embryon.
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Selon lui, il est absurde d'interdire le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies (DPI-A), qui permettrait de détecter les anomalies chromosomiques et d'éviter de transférer des embryons non viables. « On sait pertinemment que 60 % des embryons ne parviendront pas à s'implanter. Et plus on avance en âge, plus ce pourcentage est élevé. » Il considère que le refus d'autoriser le DPI-A constitue une violence faite aux femmes, qui endurent les échecs à répétition, les fausses couches et les atteintes psychologiques qui en découlent.
La prévention : Une nécessité oubliée
Le Professeur Frydman insiste sur l'importance de la prévention en matière de fertilité. Il déplore le manque d'information sur la baisse inéluctable de la fertilité après 34 ans et sur la toxicité du tabac et d'autres facteurs environnementaux. Il est crucial de faire passer deux messages principaux :
- Il existe une horloge biologique, surtout chez la femme mais aussi chez l'homme.
- Notre environnement au sens large (tabac, alcool, pollution, problèmes de nutrition, stress psychologique, etc.) n'est pas optimal pour la fertilité.
Il estime qu'il est nécessaire de travailler la question de la fertilité en amont, car les demandes sont souvent tardives. La prévention est la clé pour aider les couples à concevoir plus facilement et à éviter les déceptions.
La tyrannie de la reproduction : Une mise en garde contre les dérives
Dans son ouvrage "La Tyrannie de la reproduction", le Professeur Frydman met en garde contre le risque du "bébé à tout prix" grâce aux récents progrès de la médecine. Il constate que la société a changé et que les problèmes d'infertilité ne sont plus tout à fait les mêmes. Aujourd'hui, le désir d'enfant est beaucoup plus tardif et certaines techniques se sont développées, comme les traitements de l'infertilité masculine, le dépistage génétique préimplantatoire ou encore la congélation des ovocytes.
Tout cela a ouvert le champ des possibles et renforcé la croyance que tout est possible. Mais Frydman s'inquiète de cette "médecine du désir" qui pousse les patients à s'obsessionaliser et à se détruire pour obtenir un enfant. Il estime qu'il est important de savoir marquer un temps d'arrêt et de réflexion pour évaluer si le projet est vraiment réalisable et souhaitable.
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Les limites éthiques : Un encadrement nécessaire
Le Professeur Frydman plaide pour un encadrement éthique strict des pratiques de la médecine de la reproduction. Il est opposé à la gestation pour autrui (GPA), qu'il considère comme une commercialisation du corps de la femme. « Il n'y a pas un endroit au monde où il existe une GPA « éthique ». Cette expression est antinomique puisqu'on utilise le corps d'une femme qui est commercialisé. »
Il s'inquiète de la commercialisation croissante dans tous les domaines liés à la médecine de la reproduction et appelle à évaluer les risques de chaque innovation, à l'encadrer et à revenir en arrière si nécessaire. Il est convaincu qu'il n'y a pas d'égalité en tout et qu'il est illusoire de croire que tout est possible. Il faut accepter les limites de la nature et ne pas céder à la tyrannie de la reproduction.
L'importance de l'écoute et de l'accompagnement
Le Professeur Frydman insiste sur l'importance de l'écoute et de l'accompagnement des patients en PMA. Il estime qu'il devrait y avoir des psychologues dans chaque unité de PMA, car le désir d'enfant est très complexe et peut être source de souffrance. Il faut prendre en compte tous les facteurs, qu'ils soient biologiques, sociétaux, comportementaux, historiques ou de filiation.
Le rôle du médecin est d'être le plus objectif possible, d'informer et de dire ce qu'il pense vis-à-vis de tel couple ou femme, mais avec compassion. Il doit également avoir poussé les investigations sur le plan biologique mais aussi sur le plan moral. La médecine de la reproduction repose parfois sur une envie tellement viscérale que la place du médecin est compliquée à trouver.
L'avenir de la médecine de la reproduction : Comprendre et prévenir
Le Professeur Frydman espère que l'avenir de la médecine de la reproduction sera marqué par une meilleure compréhension du fonctionnement de l'ovaire et des mécanismes de la fertilité. Il souhaite que la recherche se concentre sur les causes des anomalies, des fausses couches et des infertilités. Il est essentiel de comprendre pourquoi certains ovocytes se développent et d'autres non, et pourquoi certains embryons s'implantent et d'autres non.
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Il plaide également pour une prévention plus efficace, en informant les jeunes femmes et les jeunes hommes sur les risques liés à l'âge et aux facteurs environnementaux. Il est convaincu que la prévention est la clé pour aider les couples à concevoir plus facilement et à éviter les déceptions.
Le DPI-A : Un outil précieux à ne pas négliger
Le Professeur Frydman regrette que la nouvelle loi de bioéthique n'ait pas autorisé le diagnostic préimplantatoire des embryons pour rechercher des aneuploïdies (DPI-A). Il estime que c'est une bêtise de ne pas pouvoir l'utiliser, non pas dans tous les cas, mais dans une population qui est témoin de fausses couches à répétitions, d'échec répétés ou qui est à un âge avancé. Dans ces situations, 60% des embryons ne s'implanteront pas, donc c'est faire de la très mauvaise médecine que d'implanter des embryons sans savoir s'ils ont une chance, alors qu'on pourrait éviter un échec.
La commercialisation du corps : Une menace à combattre
La plus grande crainte du Professeur Frydman est la commercialisation du corps, en particulier celui de la femme. C'est pourquoi il reste opposé à la gestation pour autrui (GPA). Il n'y a pas un endroit au monde où il existe une GPA « éthique ». Cette expression est antinomique puisqu'on utilise le corps d'une femme qui est commercialisé. Au niveau mondial, on voit une forte évolution vers la commercialisation dans tous les domaines liés à la médecine de la reproduction, ce qui est préoccupant.
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