L'aromathérapie, et les huiles essentielles en particulier, connaissent un regain d'intérêt important ces dernières années. Pour profiter de leurs bienfaits et propriétés, l'un des moyens les plus courants est la diffusion dans l'air à l'aide d'un diffuseur électrique. Cependant, il est crucial de comprendre les dangers potentiels, en particulier pour les enfants. Bien que certaines huiles essentielles soient compatibles avec la diffusion, d'autres ne devraient jamais être utilisées de cette manière.
Que sont les huiles essentielles ?
Les huiles essentielles sont des mélanges complexes de substances d’origine naturelle, extraites à partir d’une matière première végétale, le plus souvent par distillation à la vapeur d’eau. Leur composition chimique (chimiotype) varie grandement selon le genre, l’espèce et la sous-espèce de la plante. Elle peut également varier selon la partie de la plante d’où est extraite l’huile essentielle (par exemple l’écorce de fruit, la feuille, la tige), mais aussi selon le climat, le lieu géographique et la période de récolte de la plante.
Risques potentiels des huiles essentielles
Les huiles essentielles contiennent des substances qui peuvent, à certaines doses, entraîner des effets sur la santé. L’Anses, dans son expertise de 2020, a identifié des risques liés aux compléments alimentaires contenant des huiles essentielles d’arbre à thé, de niaouli et de cajeput, notamment des risques neurologiques (niaouli et cajeput), cancérogènes, génotoxiques et potentiellement reprotoxiques lors de l’absorption par voie orale de certains composés des huiles essentielles de Melaleuca.
Dans son rapport de toxicovigilance de 2024, l’Anses fait le point sur le nombre d’expositions à des huiles essentielles signalées aux Centres antipoison (CAP). Entre 2011 et 2021, les appels concernant des huiles essentielles n’ont cessé d’augmenter, principalement en raison d'effets indésirables liés à des accidents domestiques et des intoxications aiguës de faible gravité. Dans un tiers des accidents chez les enfants, une huile essentielle avait été administrée par erreur à la place d’un médicament, essentiellement de la vitamine D.
Les huiles essentielles sont déconseillées aux enfants et aux femmes enceintes en raison notamment de la présence de substances neurotoxiques ou toxiques pour le fœtus ou l’embryon.
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Les dangers spécifiques des diffuseurs
L'Anses a été saisie par la Direction générale de la santé et la Direction générale de la prévention des risques en vue d’analyser les cas d’intoxication avec des sprays et diffuseurs à base d’huiles essentielles signalés aux Centres antipoison (CAP) et de réaliser une revue bibliographique scientifique sur l’impact sanitaire de ces produits et de leurs potentiels effets néfastes sur la santé.
Certains cas observés par les Centres antipoison suite à l’utilisation des sprays ou diffuseurs à domicile révèlent des symptômes irritatifs des yeux, des voies aériennes supérieures (bouche, nez, gorge, larynx et trachée), ainsi que des symptômes de toux et de difficultés respiratoires. Ces irritations peuvent être liées à des huiles essentielles riches en phénols ou en cétones, irritantes pour les voies respiratoires et inadaptées à l’inhalation ou à leurs diffusions par le biais d’un spray ou d’un diffuseur. Ces symptômes sont en grande majorité de faible gravité et régressent rapidement après arrêt de l’exposition.
D’après les données disponibles, les sprays et diffuseurs à base d’huiles essentielles émettent dans l’air différents composés organiques volatils (COV). Certains de ces COV, même s’ils sont d’origine naturelle, peuvent présenter des propriétés irritantes ou sensibilisantes. De plus, certains des COV émis sont susceptibles de s’oxyder, notamment avec l’ozone présent naturellement dans l’air. Ainsi, ces sprays et diffuseurs peuvent constituer une source de pollution de l’air intérieur supplémentaire, car les COV qu’ils génèrent viennent s’ajouter aux COV déjà présents dans l’air intérieur et provenant d’autres sources, telles que les éléments de mobilier et de construction, l’utilisation de produits d’entretien ou encore de produits cosmétiques.
Cependant, les études disponibles sont insuffisantes pour permettre de documenter de façon exhaustive le spectre des substances émises à partir de tels produits. Davantage d’études sont donc nécessaires pour mieux caractériser les émissions à long terme de composés organiques, ainsi que la formation secondaire d’autres composés suite à des phénomènes d’oxydation dans l’air.
Types de diffuseurs et leurs particularités
- Le diffuseur ultrason : Il diffuse une brume composée d'un mélange d'eau et d'huiles essentielles. C'est le type de diffuseur le plus courant, pratique, économique et facile à utiliser. De plus, il humidifie l'air ambiant.
- Le diffuseur par nébulisation à froid : Il diffuse les huiles pures, sans les chauffer et sans les mélanger à de l'eau.
Pour une diffusion efficace, les huiles essentielles ne doivent pas être chauffées, au risque de détruire leurs composés chimiques bénéfiques.
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Recommandations et précautions d'emploi
Suite à son expertise relative aux techniques émergentes d’épuration de l’air intérieur, l’Anses a émis plusieurs recommandations importantes :
- Conserver hors de portée des enfants : De nombreux cas d’intoxication sont liés à des circonstances d’exposition accidentelles qui concernent le plus souvent de jeunes enfants, ceux-ci étant plus susceptibles de porter des produits à la bouche ou de manipuler des produits qui ne leur sont pas destinés. L’Anses recommande que les sprays ou diffuseurs ainsi que les flacons à base d’huiles essentielles restent hors de portée des jeunes enfants, au même titre que les produits détergents ou les médicaments.
- Mieux informer les consommateurs : L’Anses appelle l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de mieux informer sur les précautions d’utilisation de sprays ou diffuseurs à base d’huiles essentielles, en particulier les personnes atteintes de maladies respiratoires chroniques telles que l’asthme, en raison des substances irritantes potentiellement émises par ces produits.
- Signalements des cas par les professionnels de santé : Afin de mieux recenser les potentiels effets respiratoires liés à ces produits, l’Agence recommande d’améliorer le recueil et le suivi des cas des personnes ayant présenté des symptômes respiratoires suite à l’utilisation de sprays ou diffuseurs. Pour cela, il est important que les médecins signalent ces cas aux CAP ou via le portail de signalement des évènements sanitaires indésirables.
- Limiter les sources de polluants intérieurs et bien aérer les espaces clos : De façon générale, pour prévenir les risques liés à une mauvaise qualité de l’air intérieur, il convient en premier lieu de limiter les sources de polluants intérieurs, et en second lieu de ventiler et aérer les espaces clos. Cette recommandation s’applique également à l’utilisation de sprays ou diffuseurs à base d’huiles essentielles.
Huiles essentielles à éviter en diffusion
Certaines huiles essentielles ne doivent jamais être diffusées dans l’air. C’est le cas des huiles essentielles riches en phénol qui sont irritantes pour les muqueuses (et notamment les voies respiratoires), et celles riches en cétones qui sont neurotoxiques (et peuvent provoquer des problèmes au niveau du système nerveux). La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) explique que "les produits riches en phénols ou en cétones, substances irritantes pour les voies respiratoires, sont inadaptés à la diffusion ou à l'inhalation" - cela concerne en particulier les huiles essentielles de cannelle de Ceylan, d'estragon, de clou de girofle, de thym à thymol, d'eucalyptus mentholé, de sauge officinale, de thuya, d'armoise et de menthe poivrée.
Alternatives plus sûres pour les enfants
À partir de 3 mois, la diffusion atmosphérique d’hydrolats ou eaux florales peut aider bébé à réguler son sommeil et à dégager ses voies respiratoires en cas de rhume. Les hydrolats proviennent de la vapeur d'eau recondensée lors de la distillation des huiles essentielles. Leur concentration en principes actifs aromatiques, bien moindre, est adaptée à la fragilité du bébé. Utilisable par voie cutanée, l’hydrolat doit être pulvérisé sur la peau (thorax, plante des pieds, poignet, abdomen selon les cas). On peut faire face à tous les petits maux du quotidien de bébé (sommeil, rhume, toux, colique, hématome…) avec trois ou quatre hydrolats de base : la fleur d’oranger, la lavande fine et la camomille romaine.
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