Le deuil est une expérience humaine universelle, mais sa manifestation et son vécu varient considérablement selon le contexte de la perte. Cet article explore en profondeur le concept de deuil en général et se penche plus spécifiquement sur le deuil périnatal, en mettant en lumière les aspects psychologiques, les étapes potentielles, les complications possibles et les besoins spécifiques des personnes endeuillées.
Qu'est-ce que le Deuil ?
Le deuil est une réaction naturelle à la perte d'un être cher, d'une relation, d'un emploi, d'un bien ou de tout ce qui a une valeur émotionnelle significative pour une personne. Il s'agit d'un processus complexe qui englobe une variété d'émotions, de pensées et de comportements.
Les Étapes du Deuil : Mythes et Réalités
De nombreux modèles théoriques décrivent les étapes du deuil, mais il est essentiel de comprendre que ces étapes ne sont pas universelles ni linéaires. Si les phases de déni et d'acceptation sont souvent observées, les étapes intermédiaires peuvent varier considérablement d'une personne à l'autre.
Une vision plus globale du deuil considère le processus dans son ensemble, en se concentrant sur ce qui permet un deuil « réussi » par opposition à un deuil pathologique. L'EmetAnalyse adopte ce point de vue, en mettant l'accent sur la résolution des conflits psychiques et l'expression des émotions.
Le Deuil « Réussi » : Vers une Nouvelle Adaptation
Un deuil « réussi » ne signifie pas oublier la personne ou l'objet perdu, mais plutôt intégrer la perte dans sa vie et trouver un nouveau sens à son existence. Cela implique de vivre autrement son lien avec le défunt, de transformer la relation en un lien intériorisé et de se sentir à nouveau en paix.
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Le Traumatisme et les Pare-Chocs Émotionnels
Toute perte peut être vécue comme un traumatisme. Face à un choc trop violent, l'individu peut mettre en place un pare-choc émotionnel, niant la réalité trop difficile à supporter. Cela peut se traduire par un déni pur et simple, allant jusqu'à prétendre que l'être ou l'objet perdu est toujours présent, ou par une apparente stabilité émotionnelle permettant de faire face aux contraintes immédiates.
Dans ce dernier cas, la personne fonctionne en « mode automatique », sans réflexion ni émotions, accomplissant les tâches nécessaires sans vraiment ressentir ce qui se passe. Il ne s'agit pas d'insensibilité, mais d'un mécanisme de survie.
L'Expression des Émotions : Une Étape Cruciale
L'expression des émotions est une phase déterminante pour la résolution du deuil. Tant que les émotions ne sont pas exprimées, la personne risque de rester bloquée dans le déni ou de basculer vers un deuil pathologique. Les émotions peuvent se succéder sans ordre particulier et se rejouer plusieurs fois, jusqu'à ce que le conflit psychique sous-jacent soit résolu.
La peur d'être submergé par un tsunami émotionnel peut amener l'individu à se replier sur lui-même et à basculer dans une dépression mélancolique, signe d'un deuil pathologique. La violence (contre soi ou les autres) et les addictions sont également des manifestations possibles d'un deuil non résolu.
Le Marchandage Positif : Limiter la Perte
Lorsque le processus de deuil se déroule bien, l'étape d'expression des émotions est suivie d'un « tipping point », un moment où l'individu peut passer sur le versant du deuil résolu. C'est la phase dite de « marchandage positif », qui permet de « limiter » la perte et d'éviter qu'elle ne devienne traumatique.
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La personne prend du recul sur la situation, comprend qu'elle ne perd pas « TOUT » et qu'il y a peut-être quelque chose à gagner dans la nouvelle situation (sauf dans le cas du décès d'un enfant ou d'un conjoint). Cette étape, synonyme de résilience, sollicite les ressources structurelles de l'individu et sa foi en la vie.
L'échec du marchandage positif peut entraîner une dépression mélancolique ou de la violence, contre soi ou les autres : « puisque j'ai 'TOUT' perdu, la vie ne vaut plus la peine d'être vécue », ou bien « si tu ne me rends pas ce que j'avais, je casse tout ! ».
Lâcher Prise et Acceptation
Après avoir déployé une énergie considérable pour traverser les premières étapes, le sujet peut traverser une phase de dépressurisation, qui va permettre le lâcher prise nécessaire à l'étape d'acceptation. Il comprend qu'il ne peut pas revenir en arrière, qu'il est capable de s'adapter à sa nouvelle situation et qu'elle comporte des avantages ou une occasion de rebondir.
C'est un moment d'intériorisation et de rééquilibrage, qui peut amener le sujet à s'isoler temporairement et à se « purger » des dernières émotions résiduelles.
Ce modèle des étapes du deuil peut s'appliquer à différents types de pertes, qu'il s'agisse d'un décès, d'un changement de vie, d'un déménagement, de la fin d'une relation ou d'une perte d'emploi.
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Le Deuil Périnatal : Une Douleur Souvent Invisible
Le deuil périnatal, qui survient lors d'une fausse couche, d'une interruption de grossesse, d'une mort fœtale in utero (MFIU) ou du décès d'un bébé à la naissance, est un deuil particulier, souvent tabou et mal reconnu. Il dérange parce qu'il génère trop d'émotions et de questions auxquelles personne n'est préparé.
Reconnaître la Réalité de la Perte
Chaque perte, quel que soit le stade de la grossesse, peut bouleverser une vie. Il est essentiel de reconnaître chaque vécu, d'offrir aux parents endeuillés la légitimité et le soutien dont ils ont besoin.
Les Différentes Étapes de la Grossesse et la Reconnaissance du Deuil
La société semble accorder une reconnaissance différente au deuil selon le stade de la grossesse.
- Fausse couche avant 3 mois : La banalisation des arrêts précoces peut laisser croire que la douleur n'a pas sa place. Pourtant, même précoce, une fausse couche peut laisser une empreinte profonde.
- Après 3 mois et 1 jour : La société donne soudainement l'autorisation de pleurer, mais ce changement brutal de regard ne reflète pas la réalité vécue : l'attachement et les espoirs existaient déjà bien avant.
- Avant 22 semaines : L'arrêt de grossesse reste presque invisible aux yeux de l'administration. Les parents n'ont pas la possibilité de donner officiellement un prénom, d'inscrire l'enfant sur le livret de famille ou d'organiser des funérailles reconnues.
- Après 22 semaines : Les droits changent brusquement : les parents peuvent donner un prénom, obtenir un acte d'enfant sans vie, organiser des obsèques et bénéficier d'un congé maternité.
Cette frontière crée un contraste brutal et douloureux. Il serait souhaitable de laisser aux familles le choix d'inscrire ou non leur bébé dans le livret de famille, ou d'organiser des funérailles reconnues s'ils le souhaitent. Il serait également juste d'instaurer un « congé de deuil » adapté avant 22 semaines.
L'IVG : Un Choix Difficile qui Peut Entraîner un Deuil
L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est parfois un choix nécessaire, dicté par les circonstances (santé, contexte personnel, etc.). Même si elle est issue d'un choix, une IVG peut être vécue comme un deuil périnatal. Les émotions qu'elle suscite (culpabilité, tristesse, solitude) méritent d'être accueillies avec la même considération et bienveillance que tout autre parcours de perte.
L'Importance de Valider Chaque Ressenti
Chaque femme, chaque couple vit son deuil de manière unique. Valider les émotions, sans chercher à les minimiser ou à les comparer, est une étape essentielle pour avancer. Il est important d'écouter le parent et d'utiliser ses propres mots.
Le Rôle du Témoignage et de l'Écoute Bienveillante
Parler, partager, raconter son histoire aide à ne pas rester seul avec sa douleur. Les témoignages permettent de briser le silence et d'ouvrir des espaces de compréhension. L'écoute bienveillante des proches ou d'un professionnel offre un cadre sécurisant où tout peut être dit.
Rituels et Accompagnements Possibles
Allumer une bougie, écrire une lettre, planter un arbre ou organiser une cérémonie symbolique : les rituels aident à donner une place au bébé dans l'histoire familiale. Un accompagnement spécialisé (doula, psychologue, groupes de parole, soins énergétiques) peut aussi soutenir ce chemin.
Un Accompagnement pour Tous les Deuils
Chaque deuil périnatal, qu'il survienne tôt, tard, volontaire ou non, mérite respect, reconnaissance et considération car la douleur reste réelle et profonde. Il est important de briser le silence et de légitimer chaque histoire.
Deuil Normal vs. Deuil Pathologique
Le deuil est un processus normal, mais il peut se compliquer et devenir un trouble de deuil prolongé.
Les Signes d'Alerte
Certains signes doivent alerter, notamment :
- Des signes de dépression, pouvant aller jusqu'au suicide.
- Un trouble de stress post-traumatique (TSPT).
- Un trouble lié à l'utilisation de substance (alcool ou drogues).
La Durée du Deuil
La plupart des deuils évoluent favorablement. Une personne sur dix expérimenterait un deuil prolongé au moins une fois dans sa vie. Certains médecins sont contre l'intégration du deuil prolongé aux manuels de classification des maladies, car ils estiment qu'il est ”normal” de souffrir dans une situation de deuil.
Les Facteurs de Risque
La perte d'un enfant est l'un des événements les plus douloureux et augmente le risque de trouble de deuil prolongé, notamment en cas de décès d'un enfant unique. La douleur causée par la perte d'un proche qui s'est suicidé est également particulièrement forte.
Que Faire ?
Si vous pensez qu'un proche souffre d'un deuil prolongé, il peut être utile de l'orienter vers un professionnel, en premier lieu vers son médecin traitant. Il existe de nombreuses associations qui viennent en aide aux personnes endeuillées.
Comment Aider une Personne Endeuillée ?
Il n'est pas toujours facile de savoir quoi dire à un proche endeuillé. Les mots semblent superficiels face à la douleur ressentie. Il est important d'éviter les phrases toutes faites et de ne pas craindre d'évoquer le défunt et de rappeler sa valeur. La meilleure chose à faire est d'être présent et d'offrir une écoute bienveillante.
Conseils pour Vivre Son Deuil
- Patience et indulgence envers soi-même.
- Ne pas hésiter à demander de l'aide.
- Vivre son deuil, ça ne veut pas dire oublier le défunt, mais retrouver une vie la plus normale possible.
- Anticiper les dates “anniversaires” et autres moments difficiles.
- Commémorer le défunt.
- Trouver des activités agréables à faire pour soi et / ou avec ses proches.
- Accepter l'aide des autres.
Impact du Deuil sur la Santé Physique et Mentale
Le deuil a des conséquences comparables à un « tsunami » sur la santé physique et mentale. Il peut entraîner :
- Sommeil haché.
- Anxiété.
- Mortalité exacerbée.
- Augmentation de la consommation de médicaments, d'alcool ou de tabac.
- Épisodes dépressifs.
- Épuisement ou douleurs physiques inhabituelles.
Des études ont montré que « les veufs et les veuves doublent leur mortalité dans l’année qui suit la perte du conjoint et ce, quel que soit l’âge ».
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