Le diabète gestationnel, une condition généralement temporaire, se caractérise par un taux de sucre dans le sang (glycémie) plus élevé que la normale pendant la grossesse. Bien que souvent méconnu, ce trouble peut entraîner des complications importantes tant pour la mère que pour l'enfant si la prise en charge n'est ni précoce ni suffisamment rigoureuse. Cet article vise à éclairer les mécanismes, les risques, le dépistage et la prise en charge du diabète gestationnel, en mettant l'accent sur ses conséquences pour le bébé.
Qu'est-ce que le Diabète Gestationnel ?
Le diabète gestationnel est un type de diabète qui se déclenche pendant la grossesse et disparaît généralement après l’accouchement. Il est défini comme une intolérance au glucose conduisant à une hyperglycémie (augmentation du taux de sucre dans le sang), observée pour la première fois durant la grossesse. En Europe, il concerne environ une grossesse sur sept. Pendant la grossesse, l’équilibre hormonal de la femme est modifié. Dans la plupart des cas, le pancréas réagit en augmentant la quantité d’insuline sécrétée, et cela n’a aucune conséquence. Mais, pour certaines femmes, cette compensation ne se fait pas, ou pas correctement, entraînant un excès de sucre dans le sang.
Dépistage et Diagnostic
Le dépistage du diabète gestationnel est réalisé autour de 6 mois de grossesse, en présence de facteurs de risques. Il est effectué par un test en laboratoire d’analyse médicale avec un examen appelé “HGPO” (hyperglycémie provoquée par voie orale). L’HGPO consiste à boire une quantité standard de glucose, sous forme de sirop, équivalente à 75 grammes. Le diagnostic est posé lorsque la glycémie à jeun dépasse 0,92g/l, ou 1,80g/l une heure après la prise de glucose, ou 1,53g/l deux heures après. Il suffit qu’une seule des valeurs de glycémie soit égale ou supérieure aux seuils définis pour établir le diagnostic. Une glycémie à jeun supérieure à 1,26 g/l (6,9 mmol/l) peut indiquer un diabète de type 2 découvert durant la grossesse.
Il est important de noter que ce n’est pas parce que vous êtes concernée par un de ces facteurs de risque que vous aurez systématiquement un diabète gestationnel ou parce que vous en avez eu un lors d’une grossesse que vous en aurez également lors de la suivante. D’ailleurs, il est difficile de savoir si l’on a un DG autrement que par un dépistage.
Facteurs de Risque
Certaines femmes présentent davantage de facteurs prédisposant au diabète gestationnel. Ce sont essentiellement celles qui cumulent des facteurs de risque cardiovasculaire : obésité, hypertension ou origines géographiques où le diabète est plus fréquent, comme le Maghreb, l’Afrique subsaharienne ou la péninsule ibérique. L’âge maternel joue également un rôle important : le risque augmente nettement après 35 ans. Les antécédents familiaux constituent un autre indicateur majeur. Des grossesses antérieures compliquées par un bébé macrosome, c’est-à-dire un nouveau-né dont le poids dépasse 4 000 g, ou un excès de poids à la naissance induisent également un risque plus élevé. Le mode de vie intervient aussi : tabagisme, sédentarité ou excès calorique augmentent les risques de développer ce trouble. À cela s’ajoutent les inégalités sociales.
Lire aussi: Prise en charge du diabète gestationnel
Conséquences pour le Bébé
Le diabète gestationnel peut entraîner plusieurs complications pour le bébé. Chez l’enfant, le risque principal est de mettre au monde un bébé avec un poids de naissance élevé, c’est-à-dire qui pèse plus de 4 kg à la naissance (macrosomie). Le bébé ne sera alors pas beaucoup plus grand que la normale, mais il sera plus « adipeux », c’est-à-dire qu’il aura développé plus de graisse sous la peau.
À court terme, en cas de déséquilibre du diabète gestationnel, il y a un risque de macrosomie (c’est à dire un bébé pesant plus de 4 kg à la naissance), de dystocie des épaules (c’est la nécessité de manœuvres pour dégager les épaules du bébé à l’accouchement, à cause de la macrosomie), d’hypoglycémie néonatale (une glycémie très faible à la naissance). Après la naissance, les nourrissons peuvent faire des hypoglycémies, leur organisme étant habitué à des taux de sucre in utero élevés. Plusieurs études suggèrent par ailleurs un risque accru de diabète de type 2 à long terme, voire de troubles neurodéveloppementaux, même si les mécanismes restent à éclaircir.
Conséquences pour la Maman
Pour la maman, lors de la grossesse et de l’accouchement, cela peut induire une probabilité plus élevée de césarienne, d’hypertension artérielle et de pré-éclampsie (une maladie qui associe de l’hypertension artérielle et la présence de protéine dans les urines). La complication maternelle la plus redoutée reste la prééclampsie, un syndrome grave associant hypertension, protéinurie et œdèmes, voire convulsions. Le risque de prématurité est également plus élevé.
Prise en Charge et Traitement
Heureusement, ces complications sont tout à fait évitables pour la mère, comme pour l’enfant. Le traitement du diabète gestationnel repose avant tout sur la mise en place d’un régime alimentaire, qui suffit, le plus souvent, à lui seul à équilibrer la glycémie. La gestion du diabète gestationnel repose sur une alimentation équilibrée, l'activité physique (en l’absence de contre-indications médicales) et, si nécessaire, l'insulinothérapie.
Le premier traitement du diabète gestationnel est la prise en charge diététique personnalisée, avec calcul de la ration calorique, répartition de la prise de glucides au cours de la journée (3 repas, 2 collations), en privilégiant les éléments à faible index glycémique (qui font peu monter la glycémie). La prise de fibres est également importante car elles ralentissent l’absorption des glucides et donc le pic d'hyperglycémie post-prandiale (après le repas). Même en cas de surpoids, il ne faut pas adopter un régime trop restrictif. Par ailleurs, durant la grossesse, les besoins nutritionnels en vitamine B9, en calcium, en fer et en énergie augmentent.
Lire aussi: Causes et symptômes du diabète insipide chez l'enfant
Pour s’en assurer, la maman doit mesurer sa glycémie avant et après chaque repas. Environ la moitié des patientes échappent ainsi au traitement médicamenteux. Dans le tiers des cas restant, il faudra également avoir recours à l’insulinothérapie, c’est-à-dire à l’administration d’insuline par stylo, seringue ou pompe à insuline. Lorsque cela ne suffit pas, l’insuline devient indispensable. Côté exercice physique, il faudra se rapprocher du médecin traitant qui conseillera sur l’activité physique la plus adaptée à la grossesse. Enfin, le recours à l’autosurveillance glycémique, généralement effectuée à l’aide d’un lecteur de glycémie, est également indispensable.
Si vous ne présentez pas de contre-indication obstétricale, commencez ou poursuivez une activité physique adaptée. Il est recommandé de pratiquer cette activité environ 30 minutes de trois à cinq fois par semaine.
Suivi Spécifique
Il est souhaitable qu’une équipe pluridisciplinaire de professionnels de santé (médecin généraliste, gynécologue, nutritionniste, diabétologue…) suive votre grossesse et votre diabète. En fonction de l’équipe médicale qui vous suit, il pourra vous être proposé des ateliers d’éducation thérapeutique où vous apprendrez en groupe, avec d’autres patientes présentant la même pathologie, à adapter votre alimentation pour parvenir à atteindre les objectifs glycémiques qui vous sont fixés. Votre objectif sera de garder jusqu’à la fin de votre grossesse une glycémie inférieure à 0,95 g/L à jeun et inférieure à 1,2 g/L deux heures après le début du repas (glycémie post-prandiale).
D’un point de vue obstétrical, avec un diabète bien équilibré, le suivi de votre grossesse ne sera pas très différent de celui d'une femme non diabétique. Une échographie supplémentaire pourra être faite en fin de grossesse pour évaluer la taille de votre bébé. Si votre diabète est difficilement équilibré ou que vous présentez d'autres facteurs de risques, comme l’hypertension artérielle, par exemple, le suivi sera plus rapproché et d'autres examens pourront être prescrits pour vérifier la vitalité du fœtus.
Accouchement
Une femme atteinte de diabète gestationnel peut accoucher dans une maternité de proximité (niveau 1), sauf en cas de prématurité, de malformation grave ou de troubles importants de la croissance fœtale. En l’absence de facteurs de risques, si le diabète gestationnel est bien équilibré, la grossesse est prise en charge comme une grossesse normale. Une césarienne pourra être proposée si le poids de votre bébé est estimé à plus de 4,200 kg. En cas de diabète gestationnel déséquilibré, un déclenchement avant terme sera envisagé, dans la mesure du possible après 39 SA (semaines d'aménorrhée) en tenant compte des risques et bénéfices pour vous et pour votre enfant.
Lire aussi: Diabète Gestationnel : Que Manger ?
Suivi Post-Partum
Le suivi se poursuit généralement après l’accouchement, avec d’une part une surveillance du nouveau-né afin d’écarter le risque d’hypoglycémie, et d’autre part, une surveillance de la glycémie de la maman en post-partum uniquement en cas de détection d’un diabète préexistant. Durant le post-partum, votre glycémie sera surveillée afin de vérifier que le diabète disparaît. Attention, le diabète gestationnel récidive fréquemment lors des grossesses ultérieures, sans que la fréquence soit précisément connue (30 à 84% des cas). Après la naissance, le risque principal pour votre bébé est l'hypoglycémie. Ce risque est plus important si vous avez reçu de l'insuline ou si votre nouveau-né a un très petit ou un très gros poids de naissance. (<10e et >90e percentile). Le cas échéant, votre bébé doit être nourri le plus tôt possible après la naissance et toutes les 2/3 heures. Sa glycémie sera surveillée, en l'absence de signes cliniques d'hypoglycémie, juste avant la tétée, à partir de la 2e tétée.
Une prise de sang est réalisée 3 mois après l’accouchement (sauf en cas de doute d’un diabète préexistant), tous les 1 à 3 ans selon les cas et avant toute nouvelle grossesse. En cas de doute d’un diabète préexistant, une prise de sang peut être réalisée avant les 3 mois après l’accouchement. Si vous avez eu un diabète gestationnel, vous avez 7 fois plus de risques de développer un diabète de type 2 dans les années à venir et un dépistage de celui-ci est fortement conseillé, lors de la consultation post-natale, puis tous les 1 à 3 ans, pendant au moins 25 ans. Ce dépistage peut être effectué avec une glycémie à jeun ou une HGPO (HyperGlycémie Provoquée par voie Orale). Pour réduire le risque de développer un diabète de type 2, il est important de continuer après la grossesse à avoir une alimentation équilibrée, de contrôler son poids et de pratiquer une activité physique régulière.
tags: #diabète #gestationnel #conséquences #pour #le #bébé