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Diabète gestationnel et ses conséquences sur le fœtus : causes, risques et prévention

Le diabète gestationnel, trouble de la tolérance aux glucides survenant pendant la grossesse, est en augmentation en raison de la hausse des facteurs de risque chez la mère. Bien que généralement bien pris en charge, ses répercussions sur le développement du fœtus suscitent une attention croissante. Des études récentes mettent en évidence un lien potentiel entre le diabète maternel et un risque accru de troubles du spectre de l’autisme (TSA) et du trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez l’enfant. Ces pathologies neurodéveloppementales, dont la prévalence est en hausse constante, suscitent l’inquiétude tant chez les professionnels de santé que chez les futurs parents.

Prévalence et facteurs de risque du diabète gestationnel

Selon Ameli, la prévalence du diabète gestationnel augmente depuis plusieurs années, du fait de la hausse des facteurs de risque chez la mère. Le diabète gestationnel touche environ 6% des femmes enceintes. Parmi les facteurs de risque, on retrouve :

  • L’âge maternel avancé (plus de 35 ans)
  • L’obésité maternelle
  • Les antécédents familiaux de diabète
  • Les antécédents personnels de diabète gestationnel lors d’une précédente grossesse

Il est important de noter que la présence d’un ou plusieurs de ces facteurs de risque ne signifie pas nécessairement qu’une femme développera un diabète gestationnel. De même, une femme sans aucun de ces facteurs peut également développer cette forme de diabète.

Dépistage et diagnostic du diabète gestationnel

Le dépistage du diabète gestationnel est essentiel pour une prise en charge précoce et une réduction des risques pour la mère et l’enfant. En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande le dépistage entre la 24e et la 28e semaine de grossesse.

Le dépistage se fait généralement en deux étapes :

Lire aussi: Prise en charge du diabète gestationnel

  1. Test de glycémie à jeun : Si la glycémie à jeun du 1er trimestre est inférieure à 0,92g/L, on réalise un second dépistage entre la 24 et 28 SA.
  2. Test d’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) : Ce test consiste à mesurer la glycémie à jeun, puis une heure et deux heures après l’ingestion d’une solution glucosée.

Le diagnostic de diabète gestationnel est posé si au moins une des valeurs suivantes est dépassée :

  • Glycémie à jeun ≥ 0,92 g/L
  • Glycémie à 1 heure ≥ 1,80 g/L
  • Glycémie à 2 heures ≥ 1,53 g/L

Diabète gestationnel et troubles du neurodéveloppement chez l'enfant

Lien entre diabète gestationnel et autisme

Une étude parue en 2024 dans la revue JAMA Network Open, menée sur près de 900 000 naissances en Suède, a révélé que les enfants nés de mères souffrant de diabète gestationnel ou de type 2 avaient un risque accru de développer des troubles du spectre autistique. Les chercheurs ont constaté une augmentation de 22 % du risque d’autisme chez ces enfants comparativement à ceux nés de mères sans diabète.

Ce résultat est cohérent avec d’autres études menées précédemment, notamment aux États-Unis, qui avaient déjà montré un lien entre l’hyperglycémie maternelle et des altérations du développement cérébral fœtal. Une explication avancée repose sur le stress oxydatif et l’inflammation chronique associés au diabète, qui peuvent perturber le développement neuronal dès les premières semaines de gestation.

Lien entre diabète gestationnel et TDAH

Outre l’autisme, le TDAH - trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité - semble également être plus fréquent chez les enfants nés de mères diabétiques. Une méta-analyse parue en 2023 dans le Journal of Affective Disorders, portant sur plus de 15 études internationales, a conclu que le risque de TDAH était augmenté de 30 à 40 % chez ces enfants.

Le mécanisme exact reste à préciser, mais des chercheurs avancent que les pics glycémiques, les déséquilibres hormonaux et la mauvaise oxygénation placentaire pourraient impacter la maturation du cortex préfrontal, zone clé dans la régulation de l’attention et des impulsions. En Allemagne, une étude longitudinale menée sur plus de 3 000 enfants entre 2010 et 2020 a montré que les garçons étaient particulièrement vulnérables à ce risque accru, ce qui corrobore des observations françaises selon lesquelles les troubles du comportement liés à un déficit attentionnel sont plus souvent diagnostiqués chez les garçons.

Lire aussi: Causes et symptômes du diabète insipide chez l'enfant

Macrosomie fœtale et complications à l'accouchement

La macrosomie fœtale, définie par un poids de naissance supérieur à 4 kg ou supérieur au 90ème percentile des courbes de référence, est une complication fréquente du diabète gestationnel. « Les nouveau-nés macrosomes de mères diabétiques se caractérisent par un excès de masse grasse et de gros organes qui résultent de l’hyperglycémie maternelle. L’hyperglycémie maternelle, c’est-à-dire le taux de sucre trop élevé dans le sang de la maman, va entraîner une hyperglycémie du fœtus. En réponse, pour réguler le sucre, celui-ci va alors secréter de l’insuline. C’est cette sécrétion trop élevée d’insuline (hyperinsulinisme) qui va engendrer une croissance fœtale accélérée avec un excès de masse grasse.

La macrosomie fœtale peut entraîner des complications lors de l’accouchement, notamment :

  • Dystocie des épaules : La dystocie des épaules augmente le risque de lésions nerveuses du plexus brachial - situé à la base du cou et au niveau de la région de l’aisselle - pouvant conduire à une déficience sensitivo-motrice.
  • Hémorragie de la délivrance
  • Rupture utérine
  • Nécessité d’une césarienne
  • Accouchement prématuré

En cas de suspicion de macrosomie, la radiopelvimétrie est une aide précieuse à la décision, en particulier en cas de primiparité ou d’antécédent d’accouchement laborieux.

Autres complications pour le bébé

Outre la macrosomie, le diabète gestationnel peut entraîner d’autres complications pour le bébé :

  • Hypoglycémie néonatale : « Le fœtus est habitué à un afflux de sucre in utero, explique le Pr. Huissoud. Celui-ci va donc secréter de l’insuline pour réguler son taux de sucre.
  • Syndrome de détresse respiratoire : Afin qu’un nouveau-né puisse respirer facilement, les alvéoles pulmonaires doivent rester ouvertes et se remplir d’air.
  • Jaunisse (ictère) : Les gros bébés ont beaucoup plus de globules rouges dans le sang, ce qui peut entraîner le développement d’un ictère (jaunisse).
  • Risque accru de malformations congénitales : Le risque de malformations congénitales chez les enfants nés de mères diabétiques est d'environ 10 %. Les malformations congénitales peuvent affecter tous les systèmes organiques, mais le plus souvent touchés sont le système cardiovasculaire ou le système nerveux central (SNC).

Complications pour la mère

Chez la mère, le diabète de grossesse favorise les difficultés d’accouchement puisque le bébé est plus grand que la normale. Le risque d’accouchement prématuré s’élève aussi à cause de l’augmentation du volume du liquide amniotique. Plus tard, la maman peut développer un diabète de type 2.

Lire aussi: Diabète Gestationnel : Que Manger ?

Prise en charge et prévention du diabète gestationnel

Une prise en charge rigoureuse du diabète gestationnel est essentielle pour réduire les risques pour la mère et l’enfant. Cette prise en charge comprend généralement :

  • Un suivi glycémique étroit : La surveillance de ma glycémie Votre glycémie doit être équilibrée depuis au moins 3 mois avant la grossesse, elle doit le rester durant toute la grossesse.
  • Une alimentation adaptée : Avoir une alimentation équilibrée, avec un apport en sucre contrôlé est primordial.
  • Une activité physique modérée
  • Un traitement par insuline si nécessaire : Les antidiabétiques oraux sont contre-indiqués lors de la grossesse. Par ailleurs, la pompe à insuline peut s’avérer très efficace pour lutter contre les fluctuations de la glycémie.

Les professionnels de santé soulignent aussi l’importance du suivi post-natal, tant pour la mère - qui présente un risque accru de diabète de type 2 après l’accouchement - que pour l’enfant, chez qui un dépistage précoce de troubles neurodéveloppementaux peut permettre une meilleure prise en charge.

La Direction générale de la santé (DGS) et Santé publique France insistent depuis plusieurs années sur la nécessité de sensibiliser les femmes en âge de procréer aux risques liés à une grossesse compliquée par le diabète. Des campagnes de prévention ciblées, notamment dans les maternités et les cabinets de médecine générale, sont régulièrement menées pour favoriser un diagnostic précoce et un accompagnement personnalisé.

Grossesse programmée et diabète préexistant

Si l'on peut concilier diabète et grossesse, la grossesse diabétique reste une grossesse à risques. Avec une grossesse programmée, un bon équilibre glycémique dès la conception et un suivi spécifique adapté, vous mettrez toutes les chances de votre côté pour vous et votre enfant.

En tant que femme diabétique, vous devez être rigoureuse sur votre contraception pour éviter les grossesses “surprises” ou repérées tardivement. En effet, un diabète mal équilibré et une grossesse non encadrée exposent le fœtus et la future maman à des risques dès les premiers mois. Parlez de votre désir de maternité à votre diabétologue afin d’effectuer tous les bilans nécessaires pour vérifier votre état de santé et d’obtenir au moins 3 mois avant la conception une hémoglobine glyquée (HbA1c) entre 6 et 6,5 %.

Surveillance médicale renforcée pendant la grossesse

Tout au long de votre grossesse, des examens réguliers et spécifiques seront pratiqués en complément de votre suivi médical classique. Parmi les examens à effectuer avant la grossesse, on peut citer :

  • HbA1c < à 6,5 % (avec un minimum d'hypo et d'hyperglycémies)
  • Un examen de fond d'œil à réaliser pour identifier toute rétinopathie débutante qui pourrait s'aggraver pendant la grossesse.

Il est souhaitable de repérer une maternité de niveau 2 ou 3. Ce type d’établissement dispose d’un service de néonatalogie (habitué au suivi des nouveaux nés des femmes diabétiques) et permet le suivi des grossesses dites “à risques”. Pour un suivi optimal de votre grossesse, il est recommandé de vous entourer de spécialistes (gynécologue obstétricien, diabétologue, échographiste…) pour une meilleure coordination.

En plus des analyses sanguines habituelles pour toute femme enceinte, on vous demandera une HbA1c ou une fructosamine une fois par mois. Un à trois fonds d'oeil sont préconisés : un fond d’œil tous les trois mois s’il n’y a pas de rétinopathie, tous les mois ou plus souvent si elle préexiste à la grossesse. En plus des échographies habituelles pour toute future maman (une à chaque trimestre), des échographies sont réalisées pour surveiller la croissance de bébé, sa prise de poids et la quantité de liquide amniotique, particulièrement en fin de grossesse.

Une échocardiographie, réalisée par un cardiologue, peut vous être prescrite par votre gynécologue. Elle est plus précise qu'une échographie standard, et a pour but de détecter une éventuelle malformation ou, en fin de grossesse, un épaississement des parois du cœur (en particulier le septum interventriculaire) de votre bébé. Dans les dernières semaines de la grossesse, des monitorings réguliers sont en général effectués, pour surveiller le rythme cardiaque de bébé.

Alimentation et traitement pendant la grossesse

La surveillance du poids et de l'équilibre glycémique étant importante, l'apport calorique et le traitement doivent être adaptés à chaque profil. Diabétologue et diététicienne détermineront avec vous le bon régime alimentaire et les quantités de glucides au début et en fin de grossesse. En général, les besoins nutritifs d'une femme enceinte sont les mêmes qu'une femme jeune en bonne santé : manger varié et équilibré.

Votre traitement sera adapté ou modifié pour conserver l’équilibre de la glycémie (passage à l’insuline pour les femmes diabétiques de type 2, utilisation temporaire d’une pompe à insuline, modifications des doses…) car les besoins en insuline augmentent beaucoup vers le sixième mois de la grossesse, pour quasiment doubler en fin de grossesse.

Accouchement et suivi post-partum

Souvent, l’accouchement est programmé avec un déclenchement entre 38 et 39 SA (semaines d’aménorrhée). Plusieurs risques peuvent motiver cette décision : risque d’augmentation du poids du bébé dans les dernières semaines de grossesse, risques obstétricaux, souffrance fœtale voire risque de mort in utero. Si les tentatives d’accouchement par voie basse échouent ou si le poids du bébé est déjà trop élevé (> à 4,250 kg), on a recours à une césarienne.

Après la délivrance (l’expulsion du placenta), vous êtes susceptibles de faire des hypoglycémies car vos besoins en insuline diminuent et l’allaitement, pour celles qui l’ont choisi, consomme beaucoup de calories. Le risque principal pour le nouveau né est l’hypoglycémie qu’il faut surveiller dès les premières heures.

Durant la vie in utero, le pancréas de votre bébé est déjà fonctionnel et produit de l’insuline. Lorsque le cordon ombilical est sectionné, votre bébé ne reçoit plus le glucose contenu dans votre sang. Il y a donc un risque d’hypoglycémie si votre bébé a été habitué à produire plus d’insuline en réaction à vos hyperglycémies.

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