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L'ectogenèse : Progrès scientifiques et enjeux éthiques

L'ectogenèse, ou développement embryonnaire ex utero, est un domaine de recherche fascinant qui suscite à la fois l'enthousiasme et l'inquiétude. Si l'idée d'un "utérus artificiel" capable de mener à bien une gestation complète peut sembler relever de la science-fiction, des avancées scientifiques significatives ont été réalisées ces dernières années, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives, mais soulevant également d'importantes questions éthiques et juridiques.

Mythes et réalités de l'utérus artificiel

Récemment, une fausse information concernant un "robot de grossesse" a circulé, laissant croire à l'imminence d'une technologie capable d'imiter la gestation naturelle et de donner naissance à un bébé humain. Cette information, relayée par plusieurs médias, a été démentie par l'Université technologique de Nanyang et l'entreprise concernée.

Il est important de distinguer ces fausses allégations de la réalité des recherches en ectogenèse, qui progressent à un rythme soutenu, mais qui sont encore loin de permettre une gestation extra-utérine complète chez l'être humain.

Avancées scientifiques : Des embryons synthétiques aux organes artificiels

Bien que le "robot de grossesse" attribué à Zhang Qifeng relève du mensonge, l’ectogenèse, c’est-à-dire la procréation par le développement d’un embryon et d’un fœtus dans un utérus artificiel, demeure un sujet bien réel qui soulève d’importantes questions éthiques et juridiques.

Études sur les fœtus d'agneaux

En 2017, une équipe de l'hôpital pour enfants de Philadelphie a mis au point le Biobag, un sac rempli de liquide amniotique artificiel et relié à un cordon ombilical, qui a permis de maintenir en vie et de faire croître des agneaux prématurés pendant plusieurs semaines. Cette étude a permis de démontrer la faisabilité de la culture ex vivo d'embryons de mammifères et a ouvert la voie à de nouvelles recherches sur l'ectogenèse.

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Création d'embryoïdes à partir de cellules souches

Deux équipes de chercheurs, dirigées par Jacob Hanna de l'institut Weizmann en Israël et Magdalena Zernicka-Goetz de l'université de Cambridge, ont réussi à créer des embryoïdes à partir de cellules souches de souris. Ces embryoïdes, qui ressemblent à des embryons naturels, ont été cultivés jusqu'à 8,5 jours, soit plus d'un tiers de la gestation complète chez la souris.

Ces réalisations s’appuient sur des années de recherche : « Cela fait longtemps que des chercheurs font de la culture ex vivo d’embryons de souris. Au fil du temps, ils ont mis au point les conditions de culture qui permettent d’assurer le développement », précise Laurent David, chercheur en biologie cellulaire à Nantes Université.

Développement de modèles d'embryons humains

Des chercheurs sont parvenus à recréer, ex-utero, des embryons de synthèse de quatorze jours similaires à de vrais embryons humains du même stade. Ces embryoïdes, formés à partir de cellules souches embryonnaires humaines, ouvrent la voie à des applications aussi bien fondamentales qu’appliquées.

Ces avancées scientifiques ont permis de mieux comprendre les mécanismes fondamentaux du développement embryonnaire et d'identifier de nouvelles pistes pour traiter l'infertilité et les maladies génétiques.

Modèles dynamiques d'embryogenèse de la souris

Une étude récente publiée dans le Cellule journal, les chercheurs ont montré que les embryons synthétiques post-gastrulation (sEmbryos) pouvaient être synthétisés en dehors de l’utérus à l’aide de cellules souches embryonnaires (CSE) naïves de souris. Les auteurs de la présente étude ont récemment développé des plates-formes de culture dynamiques et statiques et des environnements de croissance permettant l’enregistrement continu de l’embryogenèse naturelle de la souris. Il a capturé l’embryogenèse de la pré-gastrulation aux phases tardives d’organogenèse en dehors de l’utérus. De plus, les scientifiques ont établi les conditions de croissance idéales pour les embryons de souris post-implantation, connus sous le nom de milieux de culture ex utero (EUCM).

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Défis technologiques et limites actuelles

Malgré ces progrès, de nombreux obstacles technologiques doivent encore être surmontés avant de pouvoir envisager une gestation extra-utérine complète chez l'être humain.

Le professeur Israël Nisand explique qu’à ce jour, la science peut maintenir un embryon en culture jusqu’à deux ou trois semaines après la fécondation, et prendre en charge un fœtus de 22 à 40 semaines en dehors de l’utérus. Ainsi, « il reste 20 semaines à couvrir entre l'in vitro et les traitements de prématurité », pendant lesquelles, « les échanges qu'il y a au sein de l'endomètre, c'est-à-dire la muqueuse qui tapit l'utérus, entre la mère et le fœtus, sont extrêmement mystérieux et complexes. Pour l'instant, on ne les maîtrise pas de manière artificielle ».

Le professeur souligne aussi les « manquements affectifs » dont pourrait souffrir un bébé issu d’un utérus artificiel. Selon lui, « on sent bien qu'il y a une nécessité de contact, mais on n’a aucune évaluation de ce que représenterait pour un enfant une grossesse extra-corporelle ».

Enjeux éthiques et juridiques

L'ectogenèse soulève d'importantes questions éthiques et juridiques, notamment en ce qui concerne le statut de l'embryon, les droits de l'enfant né d'un utérus artificiel, et les conséquences potentielles de cette technologie sur la société.

Statut de l'embryon

La création d'embryoïdes et d'embryons synthétiques pose la question de leur statut juridique et moral. Ces entités, qui ne sont pas issues d'une fécondation, doivent-elles être considérées comme des embryons à part entière, avec les mêmes droits et protections ?

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Droits de l'enfant

Un enfant né d'un utérus artificiel aurait-il les mêmes droits qu'un enfant né d'une grossesse naturelle ? Qui seraient ses parents légaux ? Quel serait son statut en cas de décès de la personne ayant fourni les cellules souches à l'origine de l'embryon ?

Conséquences sociales

L'ectogenèse pourrait avoir des conséquences importantes sur la société, notamment en ce qui concerne la place des femmes dans la reproduction, la définition de la famille, et l'accès à la procréation.

Le professeur Israël Nisand, estime quant à lui qu'à l'avenir l’utérus artificiel pourrait contribuer à libérer les femmes des risques liés à la grossesse et à l’accouchement. Le spécialiste rappelle qu’en France, environ 80 femmes meurent chaque année en couche. « Une partie de ces décès sont dus à l'âge des mères, à des anomalies ou à des maladies. Si on pouvait éviter des morts maternelles grâce à l'utérus artificiel, et on en évitera, c'est juste un plus », estime-t-il.

Céline Lafontaine souligne que dans la GPA, « il y a aussi une logique d'auto-exploitation. [La grossesse] devient un travail ». Cette pratique révèle déjà d'une « logique machinique », où l’on va produire et sélectionner les enfants à naître. Selon elle, l’ectogenèse n’en est que « le miroir inversé », qui rend explicites des mécanismes déjà à l’œuvre.

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