Introduction
Le deuil périnatal, une épreuve traumatique pour les parents, affecte également profondément la fratrie. Comment accompagner les enfants déjà présents ? Quand et comment annoncer la perte aux enfants à venir ? Quelle place accorder à l'enfant décédé au sein de la famille ? Comment répondre aux interrogations des enfants et quel impact ce deuil aura-t-il sur leur développement psychoaffectif ? Cet article explore ces questions essentielles, offrant des pistes de réflexion et des outils pour aider les familles à traverser cette période douloureuse.
L'Impact du Deuil Périnatal sur la Fratrie
Le deuil périnatal est un événement à fort retentissement traumatique pour un couple. Lorsque la fratrie existe, les enfants vont être confrontés à ce que cette perte représente pour eux, mais aussi à l’absence qualitative de leurs parents happés par leur deuil. La représentation de la mort chez l’enfant comme les processus de deuil ne sont pas identiques à ceux des adultes. Le deuil chez l’enfant sera réélaboré aux étapes ultérieures de son développement.
Chaque deuil est particulier et singulier pour chacun des membres de la famille. Dans les situations de mort in utero, la mort est brutale et inattendue : on trouve rarement une explication médicale rationnelle. Chacun est victime d’une sidération initiale face à ce drame qui vient interrompre brutalement le rêve d’une naissance heureuse.
Parler de la Mort aux Enfants : Un Nécessité
Bien qu’il soit difficile aux adultes d’évoquer la question, le silence est à éviter à tout prix parce qu’il amène l’enfant à créer des scénarios pour trouver une cohérence dans ce qu’il perçoit de son environnement proche, au risque de se mettre au centre (en cause parfois) de la tristesse des adultes. Certains parents craignent de « traumatiser » la fratrie en pleurant, pourtant les enfants comprennent très tôt que si l’on souffre, on pleure, et ils ressentent de toute manière la tristesse parentale. Se sentir impuissant à consoler des parents (ou grands-parents) noyés dans leur chagrin est également une épreuve pour l’enfant.
Adapter le Discours à l'Âge de l'Enfant
Si la fratrie a déjà reçu des explications de la part des parents pendant la grossesse, il est probablement plus facile de parler aussi de la mort du bébé. Dans ce contexte, la fratrie n’a parfois pas connu réellement le bébé disparu. Les frères et sœurs ont vu le ventre de leur maman grossir, ils ont senti le bébé en posant la main sur le ventre de leur mère. Parfois la fratrie n’en connait que ce que les parents lui en ont dit : il y a donc un rôle majeur de la parole parentale, avec un possible relais par la parole médicale et soignante.
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Le discours des adultes va s’adapter aux âges des enfants composant la fratrie. Les adultes peuvent se sentir particulièrement désorientés face aux explications à donner aux jeunes enfants, en particulier avant 5-6 ans, l’âge auquel l’idée de la mort devient plus concrète et plus accessible à la parole. Le petit enfant perçoit très précocement la notion de mort. Elle s’est constituée, par exemple, autour de la rencontre de petits animaux morts ou lors de la lecture de contes où le méchant meurt à la fin. L’enfant est moins marqué par la réalité de la « mort » que par les émotions qui habitent son entourage.
L'Importance des Mots Justes
Permettre à l’enfant de poser ses questions, en lui offrant les mots simples de la réalité vécue, quel que soit son âge est essentiel. Il faut bien préciser que le(s) enfant(s) ont besoin de s’assurer que le bébé décédé n’a pas souffert, que l’on a pris soin de lui. Le chagrin des parents peut entraver un processus d’autonomisation éventuellement traversé d’agressivité. Là encore, il aura besoin de sentir son propre chemin respecté, et que ses parents n’attendent pas de lui qu’il partage leur chagrin. Il n’est pas à la même place et le deuil ne vient pas toucher les racines de son désir comme celui des parents.
Le Rôle des Professionnels de Santé
Dans tous ces cas de figure, le pédiatre, le médecin généraliste s’il y est formé, jouent un rôle précis : un rôle de tiers entre parents et enfant, fournissant une attention, des explications concrètes éventuellement. Dans les cas compliqués, en particulier si les parents sont trop envahis pour dire les mots justes, on pourra proposer à l’enfant de revoir un(e) des soignants concernés qui expliquera, dessin à l’appui, ce qui a causé le décès, comment on s’est occupé de l’enfant, bref l’humaniser. Il peut même valider les sentiments qui traversent les parents, au titre de l’expérience acquise avec d’autres parents.
L'Entourage : Un Soutien Précieux, Mais Délicat
Certains dans cet entourage vont rejeter toute image de mort, d’enfant malade… et donc pousser les parents à vite l’oublier ou à se dépêcher d’interrompre la grossesse. Les parents ne doivent pas hésiter à se protéger de tout cela. C’est normal, voire nécessaire. En le faisant, ils ne deviennent pas « bizarres, ni égoïstes ou repliés sur soi ». Et quelle confrontation, dans une période où l’attachement est très fort, en particulier pour la maman qui le vit charnellement ! Il est important de pouvoir rester à côté d’eux, accepter de n’avoir rien à dire, de ne plus savoir que dire devant cette inconnue qu’est la souffrance de l’autre.
Comment Aider Concrètement ?
Le soutien, dans la première période où la famille est déstructurée, et cela même pour des détails matériels, permet aux parents de réaliser le changement intervenu dans leur vie. Parfois, il faut accepter d’être mis un peu à l’écart quand les parents, selon leurs affinités très personnelles, se sentent plus à l’aise avec d’autres. Mais il faut aussi veiller à ne jamais forcer la confidence, ni profiter de la faiblesse des parents en souffrance pour s’imposer.
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Témoignages et Ressources
L'Histoire d'Audrey
Quand le cœur de son bébé s'est arrêté de battre sans raison, celui d'Audrey s'est brisé aussi. Déjà maman d’un petit garçon au moment du drame, elle raconte sa traversée du deuil périnatal : apprendre à vivre avec l’absence, tenter de mettre des mots sur l’inexplicable, trouver du sens là où il n'y en a pas, et expliquer à son fils que son petit frère ne viendrait pas. Audrey et Fred ont choisi la transparence et des mots simples pour expliquer à Lucien ce qui s’est passé : "le cœur de ton petit frère a arrêté de battre dans le ventre de Maman.
Outils et Supports
Constatant qu’il n’existait aucun support consacré au deuil périnatal à l’attention de la fratrie, Astrid Brunswick, psychologue clinicienne et Sidonie Tronc, éducatrice de jeunes enfants, ont créé deux supports pour aider les parents à transmettre leurs messages à leurs enfants : une brochure à l’attention des adultes et un livret illustré pour les enfants . De même, l’association Spama a créé des supports pour aider chaque enfant, dès l’âge de 3 ans, à exprimer ce qu’il ressent : colère, jalousie, honte, culpabilité, tristesse.
Initiatives et Événements
La journée mondiale du deuil périnatal met en lumière la fratrie dans le deuil périnatal. Un webinaire animé par Gaëlle Guiny, Yolanda Pinto De Sousa, Astrid Brunswick et Sidonie Tronc apportera des réponses aux questions des parents.
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