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Fausse Couche : Le Deuil Psychologique, une Souffrance Invisible

La fausse couche, un événement courant pour certains, représente un véritable cataclysme pour d’autres. Une grossesse sur quatre se solde par une fausse couche lors des 22 premières semaines. Cet événement, bien que fréquent, est tout sauf anodin et mérite une attention particulière sur le plan psychologique. Souvent reléguée au silence, la fausse couche touche pourtant une femme sur quatre en France, soulignant la nécessité d'un meilleur soutien médical et psychologique.

La Réalité de la Fausse Couche

L'interruption spontanée de grossesse, ou fausse couche, se définit comme l'arrêt de la grossesse avant la 22e semaine d'aménorrhée, seuil de viabilité du fœtus fixé par l'OMS. Les causes sont souvent naturelles, incluant des anomalies chromosomiques de l’embryon (70% des cas), des troubles hormonaux, des infections, ou encore des problèmes anatomiques de l’utérus. Parfois, des saignements sonnent le glas, parfois c’est lors d’une échographie que le constat tombe, il n’y a plus de rythme cardiaque. La fausse couche peut intervenir lors des toutes premières semaines, ce qui génère des réactions flottantes de l’entourage du couple, ou plus tardivement, créant ainsi une stupeur et une incompréhension. Les fausses couches concernent près de 200 000 femmes par an, soit 15 % des grossesses. Ce chiffre est en augmentation depuis une dizaine d’années, un phénomène que l’on explique par le nombre croissant de grossesses tardives, pour lesquelles le risque de fausse couche est accru. La majorité d’entre elles interviennent durant le premier trimestre. Plus rares, les fausses couches tardives, intervenant durant le 2e trimestre, touchent 0,5 à 1 % des grossesses.

L'Impact Psychologique Profond

Au-delà des effets physiques tels que la fatigue, les douleurs et la perte de sang, une fausse couche entraîne un choc émotionnel important. Près de 9 femmes sur 10 ayant vécu une fausse couche rapportent des répercussions significatives sur leur santé mentale. La fausse couche représente la perte d’un futur bébé et de tous les projets dont il est porteur. Il ne faut pas croire que les fausses couches précoces soient mieux acceptées que les autres. On a l’impression que les fausses couches sont plus traumatisantes qu’avant. Ce n’est pas une impression, mais bien la réalité. Cela peut s’expliquer par la possibilité de programmer sa grossesse, ce qui en fait un événement très attendu et précieux. Le suivi médical permet à la future maman de se projeter très vite dans sa vie future avec son enfant, de lui donner très tôt une identité. Elle a tendance à bâtir un projet autour de son bébé dès le début de sa grossesse.

Loin d’être exceptionnelles, les fausses couches concernent entre 15 et 25 % des grossesses, soit 200 000 chaque année en France. En 2022, en France, une grossesse sur 4 s’interrompt dans les 22 premières semaines d’aménorrhée. Il s’agit donc d’un événement relativement fréquent et par conséquent parfois banalisé ou minimisé alors que l’impact psychologique est réel.

Le Deuil et les Émotions Associées

Chaque personne vit à sa façon la perte d’un enfant à naître. Le deuil qui peut suivre cette perte est influencé par différentes circonstances. Pour certaines personnes, le lien affectif avec l’enfant a commencé dès le projet de grossesse. La fausse couche est souvent vécue comme une injustice. Certaines vont ressentir une profonde tristesse, un sentiment d’injustice, de colère, de culpabilité ou encore de honte. Certaines vont se sentir disqualifiées dans leur maternité. Cette grossesse qui s’interrompt brutalement peut être un réel choc émotionnel. Même en cas d’arrêt précoce de la grossesse, il s’agit bien pour certaines femmes de la perte d’un bébé et non d’un embryon. Pour d’autres, le vécu émotionnel va être moins intense sans pour autant que l’arrêt de la grossesse soit perçu comme un événement anodin. Certaines femmes peuvent le mettre à distance, le relativiser ou le minimiser, notamment en cas d’arrêt précoce de la grossesse.

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Linda demandait une consultation, car elle ne parvenait pas à être enceinte naturellement. Elle et son mari allaient entamer un parcours en PMA et ressentaient le besoin d’être accompagnés psychologiquement. Lors de ces séances, le couple interrogeait son désir d’enfant, bien différent chez la femme que chez l’homme, le lien au corps, le lien à sa propre mère, à son propre père, et l’interrogation du masculin et du féminin chez chacun. Malgré cette préparation psychologique au parcours en PMA, la déception était importante lorsque la première FIV ne prenait pas. La seconde FIV était positive. L’effervescence était à son comble pour le couple et son entourage, bien que des réserves étaient émises par le corps médical sur le premier trimestre en cas de FIV. Des saignements ont rapidement eu lieu et une profonde tristesse a envahi Linda et son mari. Cette fausse couche était rapide après la FIV, moins de deux mois. C’était néanmoins deux mois investis sur son corps et le futur bébé, le présent et ce qui devait advenir.

Le Couple Face à l'Épreuve

Le couple est souvent mis à rude épreuve après une fausse couche. En plus des impacts émotionnels, 55 % des femmes affirment que cela a affecté leur relation de couple, tandis que 40 % ressentent un impact au travail. Les émotions ne sont pas toujours vécues au même rythme ni avec la même intensité, ce qui peut créer des incompréhensions. C’était un couple qui avait déjà deux enfants qui venait en consultation. Nathalie venait de subir une fausse couche à 4 mois et demi de grossesse. C’était la stupeur et l’incompréhension alors qu’ils étaient déjà parents de deux enfants, en pleine santé qui plus est. Ils ne comprenaient pas, cherchaient où ils avaient pu commettre une erreur et allaient jusqu’à remettre en cause le désir de l’autre dans ce troisième enfant. Ils avaient beaucoup de disputes depuis, comme si la colère pouvait masquer leur tristesse. Lui avait pensé quitter sa femme qui était devenue « invivable », mais il pensait à ses deux enfants. Elle vivait une anxiété dépressive, elle qui avait déjà donné la vie, et se demandait comment elle n’avait pas pu « sauver » cet enfant dans son corps. C’était comme une trahison du corps et elle se vivait comme morcelée par moment.

Il y a, dans un cas comme dans l’autre, un contact avec une réalité dure et cruelle, une sidération et une douleur qui cherchent à se poser, comme si elles cherchaient un responsable. Le coupable c’est malheureusement bien souvent d’abord soi-même, la femme principalement. Se trouver dans l’incapacité de porter la vie jusqu’à la naissance est ressenti comme une faillite de son identité de femme. Remettre en cause son identité est comme une perte de sens, de repères connus, d’égarement intense. Il n’est pas rare de voir poindre l’ombre de la dépression chez certaines femmes et de voir réactivées des blessures narcissiques du passé. Chez l’homme, la douleur est différente bien qu’importante pour certains. En effet, c’est dans son rôle, plus que dans son identité (nous ne sommes pas ici dans une stérilité masculine), qu’il va vivre une remise en cause éprouvante, pouvant lui faire ressentir son impuissance à soutenir, aider sa femme dans ce qu’elle vit dans son corps. Cette impuissance peut devenir si grande que, elle aussi, cherche à se poser quelque part. Douleur et impuissance ne font généralement pas bon ménage.

Le Rôle de l'Entourage

Avec l’entourage, il est utile de fixer des limites si certains commentaires sont maladroits. Après un temps de réconfort, de soutien, de l’entourage qui était peut-être dans la confidence, le quotidien va se rappeler à eux (le travail, les autres enfants s’il y en a…) et il faudrait se remettre en avant. Ici aussi, le décalage peut exister, l’homme ayant cette tendance à aller de l’avant. Mais il y a un véritable travail de deuil à effectuer et nous ne sommes pas égaux devant le deuil. Notre histoire personnelle et unique entre dans ce travail. Il ne s’agit pas d’un événement à « digérer » comme on aimerait le croire, mais un contact avec un soi ou des parties de soi que l’on ne connaissait pas, qu’on ne voulait pas voir ou ne plus revoir. C’est ramasser les morceaux de soi pour pouvoir avancer et le fracas n’est pas un standard. C’est l’apparition des maladresses verbales et je m’abstiendrais ici de les nommer. Elles ne sont que trop entendues. C’est souvent l’entourage qui les verbalise, étant sous-entendu que la douleur du couple ou de l’un des deux est trop embarrassante, trop longue, anormale. Cette douleur va alors trouver un chemin vers l’extérieur, vers l’autre, vers un responsable. Parfois, la douleur reste interne, à peine visible extérieurement, avec une incapacité pour l’entourage de voir et d’agir. En l’absence de prise en charge médicale, les proches jouent un rôle essentiel pour aider la femme à faire le deuil de son enfant. Elle n’a pas besoin de conseils, juste besoin d’être écoutée et de savoir que sa peine est prise en compte. Les marques d’affection et de soutien sont un moyen de l’aider à aller mieux. Bien que plein de bonnes intentions, l’entourage se trouve souvent démuni face au chagrin de celle qui vient de perdre son bébé. En voulant bien faire, un proche peut prononcer des paroles qui n’apportent aucune aide, bien au contraire.

Le Besoin Crucial de Soutien Psychologique

Malgré l’ampleur des répercussions, 91 % des femmes concernées n’ont bénéficié d’aucun accompagnement psychologique. Cette absence de soutien aggrave la douleur, laissant de nombreuses personnes démunies. Il n’existe pas de réelle prise en charge psychologique médicale (sauf pour les fausses couches tardives ou récurrentes), des cas jugés suffisamment sérieux pour que l’on s’y intéresse. Pour les autres, rien. Les femmes victimes d’une fausse couche se retrouvent seules, sans personne à qui parler. En cabinet, nous proposons un contenant à cette douleur, un endroit où l’exprimer à défaut de pouvoir la poser, ou alors on la pose un instant, on réapprend à être sans elle, même quelques minutes, à se retrouver, pas tout à fait comme avant, mais avec un sentiment de se reconnaître ou de retrouver un être cher, soi-même. Il semble utile d’accueillir la femme et aussi le couple. Il s’agit de panser la blessure de n’avoir pas pu, pas su amener la vie. Il s’agit de panser l’impensable. Pour la femme, le deuil peut prendre plus de temps. Il s’agit de l’accompagner vers l’acceptation de n’avoir pas pu amener « cette » vie à se concrétiser et non « la » vie, et à avancer avec elle dans l’acceptation de la réalité médicale, souvent froide et ne tenant pas compte, ou pas assez, de l’investissement qui était déjà en place bien avant la grossesse. En psychanalyse, nous savons que le désir d’enfant est antérieur à la grossesse, fantasmé depuis longtemps dans la psyché de la femme.

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Certaines femmes vivent le premier trimestre de manière uniquement corporelle et peuvent ne pas ressentir l’investissement affectif de manière consciente. Une fausse couche n’aurait pas le même impact ou le même risque de décompensation dépressive que pour d’autres, plus investies. L’homme va vivre ce deuil dans son vécu émotionnel, il n’a pas vécu la dimension physique et son deuil peut se noyer dans l’action. Il va naturellement aller de l’avant, comme cité plus haut. Les mouvements physiques n’existent pas en lui, la grossesse de sa femme est encore abstraite et l’homme ne fantasme pas l’enfant à venir comme sa femme peut le faire. Cela viendra avec les changements physiques de sa femme, des travaux à faire pour la chambre de bébé, du déplacement d’attention qu’il va subir au fur et à mesure de la grossesse. Toutefois, il existe des hommes qui sont très investis dès le début de la grossesse, voire même avant leur compagne, le désir d’enfant venant d’eux, ayant déjà une forte représentation de l’enfant à venir. En cas de fausse couche, leur douleur est rarement prise en compte et ils peuvent ressentir une forme d’injustice, l’enfant pouvant être encore dans l’inconscient collectif une affaire de femmes et leur rôle cantonné comme soutien à la femme. Ces hommes peuvent ressentir une forte animosité contre leur femme et ainsi mettre en péril l’avenir du couple.

Le travail sur le couple consistera essentiellement à prendre en compte l’imaginaire de l’un et l’autre sur l’enfant attendu, sa capacité à mener à bien ce projet de vie, reconnaître chez l’autre sa dimension émotionnelle afin de réduire au plus le décalage existant entre eux pour pouvoir se relever et renforcer leur couple. Il consistera à entendre les projections douloureuses que l’on peut se faire pour ensuite les laisser se dissoudre, se regarder à nouveau, se reconnaître. Accepter également d’avoir un rythme différent dans le travail du deuil, les hommes ayant tendance à vouloir rapidement retrouver leur compagne.

Initiatives et Prise en Charge Actuelles

De premières actions ont été mises en place en ce sens. En 2024, la possibilité de bénéficier d’un arrêt de travail sans délai de carence a été instaurée. Depuis le 1er septembre 2023, le texte prévoit la prise en charge d’un suivi psychologique par l’Assurance maladie. Cet accompagnement pluridisciplinaire s’effectuera en collaboration avec les médecins, sages femmes et psychologues… et sera orchestré par les agences régionales de santé (ARS). Il s’inscrit dans une démarche d’extension du dispositif « Mon parcours santé » mis en place pour lutter contre les effets psychiques de la crise sanitaire en 2022. Concrètement : huit séances chez un psychologue conventionné seront prises en charge. Autre mesure phare : la levée de la carence pour l’arrêt maladie. Pour l’instant, seul un arrêt maladie est proposé après une fausse couche. La loi a créé un congé maladie sans jour de carence en cas d’arrêt spontané de la grossesse. Certaines associations n’ont pas attendu le vote de la loi. Créée en 1994, l’Agapa est spécialisée dans le deuil périnatal. Certains établissements mènent des initiatives plus engagées à l’instar du CHU de Strasbourg qui a formé une partie de son personnel à l’accompagnement psychologique du deuil périnatal. Quatre fois par an, des groupes de parole sont aussi animés par une sage-femme au sein même de l’hôpital. Le réseau de santé périnatal parisien (RSPP) propose également des formations à destination des soignants.

Rituels et Expression du Deuil

Les rituels sont un moyen de donner un sens à l’expérience que vous avez vécue. Certaines femmes donnent un prénom à l’enfant qu’elles ont perdu, d’autres lui écrivent ou composent des poèmes, dessinent pour lui, plantent un arbre dans leur jardin… Tous ces gestes symboliques ont un effet libérateur !

Perspectives et Avenir

Il y a aussi celles qui ont eu recours à un avortement, et peuvent se sentir coupable. Une fausse couche serait une sorte de punition pour ne pas avoir voulu de ce premier enfant. Certaines femmes pensent que le fait d’avoir déjà fait une fausse couche les expose à en faire d’autres, et peut être même, à remettre en question la possibilité de devenir mère. Bien que naturelle, cette peur n’est pourtant pas justifiée. Dans la majorité des cas, la fausse couche, ça n’arrive qu’une seule fois. Après l’épreuve de l’évacuation de la grossesse, de façon naturelle, médicamenteuse ou chirurgicale, vient le moment de penser à une nouvelle grossesse. Certains couples ressentiront le besoin d’entamer très vite une nouvelle grossesse tandis que d’autres auront envie de se laisser plus de temps. Quoi qu’il en soit, la grossesse suivante sera bien souvent teintée d’inquiétude, particulièrement les premiers mois. La légèreté et l’insouciance auront laissé place à l’angoisse de vivre à nouveau la douleur d’une grossesse qui n’aboutit pas, d’un bébé qui n’advient pas.

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