Le deuil périnatal, une réalité souvent silencieuse, invisible, mais profondément bouleversante, nécessite un accompagnement spécifique pour les mères, les pères et les couples qui ont perdu un bébé à l'aube de la vie. Qu'il s'agisse d'une perte pendant la grossesse, à la naissance ou dans les premiers jours de vie, le deuil périnatal laisse des marques indélébiles dans le corps et dans le cœur. Cet article explore les différentes facettes de cet accompagnement, en mettant en lumière les approches thérapeutiques, le soutien émotionnel et les ressources disponibles pour aider les familles à traverser cette épreuve.
Comprendre le Deuil Périnatal
Le deuil périnatal désigne la perte d'un enfant avant la naissance (perte fœtale) ou après la naissance (mort néonatale). Le deuil néonatal concerne plus spécifiquement les parents ayant perdu leur enfant après la naissance, généralement dans les 28 premiers jours de vie. Cette perte peut survenir à la suite d'une interruption médicale de grossesse (IMG), d'une mort fœtale in utero (MFIU), d'une fausse couche ou d'un décès néonatal.
Le deuil périnatal est un processus complexe et chaque parent le vit différemment. Les parents peuvent éprouver une immense tristesse, de la colère, de la culpabilité ou encore de l'incompréhension. Les couples peuvent se retrouver confrontés à des douleurs différentes et des manières distinctes de vivre le deuil. La communication est primordiale pour ne pas s'éloigner l'un de l'autre dans cette épreuve.
L'Importance de l'Accompagnement Thérapeutique
Le deuil périnatal, de par sa nature singulière, objectale et narcissique, nécessite un accompagnement spécifique. Plusieurs types d'approche thérapeutique peuvent être proposés pour les mères, les pères et les couples qui ont perdu un bébé à l'aube de la vie. Fréquemment, ce sont des consultations thérapeutiques avant et après une interruption médicale de grossesse (IMG) ou une mort fœtale in utero (MFIU), mais aussi lors de la grossesse suivante et après la naissance du puîné. Ces consultations peuvent se poursuivre par une psychothérapie individuelle.
L'Approche Thérapeutique "Au Creux du Cœur"
"Au creux du cœur" est un accompagnement de soin thérapeutique, énergétique et de libération émotionnelle suite à un deuil périnatal. Il offre un espace sûr pour traverser cette épreuve, quelle que soit l'étape à laquelle vous vous trouvez. En post-natal, il permet de déposer votre vécu, de mettre des mots sur la douleur, d'accueillir vos émotions et de libérer les tensions corporelles. En prénatal, il offre un accompagnement doux pour préparer émotionnellement une décision ou une interruption à venir (IVG, IMG) et vous soutenir dans ce moment si particulier. Ce soin vous aide à honorer l'histoire, à restaurer la paix intérieure et à retrouver un lien apaisé avec vous-même et avec l'enfant aimé.
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Les Groupes Thérapeutiques : Un Espace de Contenement et de Partage
Depuis quelques années, une autre approche de ces grossesses non abouties s'est avérée pertinente et indispensable : la constitution d'un groupe thérapeutique dont l'objectif est de contenir les psychismes totalement désorganisés et éclatés des mères ayant vécu des événements très violents et destructeurs. C'est ainsi que depuis 2007 s'est créé un groupe de mères endeuillées.
Ce groupe s'adresse aux femmes car il permet de recentrer l'élaboration psychique autour de la maternité et constitue ainsi une prévention des grossesses à venir. Mais aussi parce que le deuil périnatal touche les femmes en plein corps et ravive le vécu corps à corps de la mère avec sa propre mère dans ses aspects les plus primaires. La blessure narcissique marque plus que tout autre deuil cette perte intimement liée au corps de la mère : chair de sa chair. Avec la perte d'un fœtus, c'est d'une partie d'elle-même dont la mère doit se défaire, d'une partie d'elle ni séparée corporellement, ni psychiquement. Son corps traversé par la mort, n'a pas su retenir la vie et n'a pas pu fabriquer un bébé vivant et bien portant, ce dont elles se sentent coupables.
En groupe, les mères se remémorent souvent l'histoire traumatique de leur propre mère : hémorragie, avortement, pertes aussi d'un fœtus, d'un nourrisson… oubliées jusque-là et des répétitions. Leur chagrin, leur honte mais aussi leur colère voire leur haine à l'égard du monde et notamment des autres femmes sont incommensurables et indicibles. Seules, celles qui ont vécu la même chose qu'elles, sont fréquentables.
Le groupe a lieu toutes les semaines pendant une heure, animé par deux thérapeutes. Il s'agit d'un groupe ouvert où chaque semaine, de nouvelles mamans sont accueillies tandis que certaines habituées de longue date espacent les séances. Néanmoins, dès le début, la nécessaire régularité des présences est précisée pour permettre la continuité de la construction psychique groupale.
Viennent au groupe les femmes qui ont perdu un bébé pendant la grossesse (MFIU Mort Foetale In Utero, ou IMG Interruption Médicale de Grossesse), à la naissance ou à quelques jours de vie. Certaines continuent à venir lorsqu'elles attendent à nouveau un bébé. D'autres sont enceintes et n'ont pas pu élaborer la perte de leur bébé précédent et lui donner sa place.
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Après une présentation individuelle de chacune des participantes, le lien avec le groupe s'engage autour du récit du traumatisme. Certaines femmes, débordées d'émotions et de douleur ne peuvent émettre que des sanglots étouffés. Elles pourront intervenir plus tard, une fois l'enveloppe groupale contenante sécurisante et rassurante constituée. Puis le travail associatif au sein du groupe va permettre qu'elles racontent un événement particulier de la semaine ou un trop plein d'émotions, une grande colère, un moment de désespoir, un conflit avec son conjoint ou avec sa mère, une date anniversaire douloureuse, une femme enceinte dans son entourage, l'arrivée d'un bébé dans sa famille, la reprise du travail, des résultats d'examens médicaux, une cérémonie, un lâcher de ballon, un projet de voyage, un espoir de grossesse, une remarque des enfants aînés, le manque, l'incompréhension…
Plutôt que de réagir aux questions qu'elles se posent, la circulation de la parole entre les femmes est favorisée. Les réponses qu'elles attendent sont celles des autres mères. Un premier temps de récit est privilégié, récit qui se répète parfois à l'identique de séance en séance, jusqu'à ce qu'un certain renoncement, décollement du trauma s'opère face au récit d'une nouvelle participante ou par l'effet de l'acceptation de la perte.
Lorsque les femmes arrivent dans le groupe pour la première fois, elles sont souvent « en morceaux », défaites, « en vrac », le dos courbé sous le poids du chagrin, la voix monocorde et l'œil éteint. Petit à petit, elles se redressent, quelque chose les tient, comme si elles avaient retrouvé leur colonne vertébrale, un appui dorsal. Elles se restaurent, reprennent de la verticalité en s'appuyant sur le groupe. La vie revient dans leur regard.
Endiguer le flot pulsionnel, résister à l'impossible vengeance qui préside dans le travail de deuil périnatal et accueillir les sentiments puissants d'injustice, d'inégalité des destinées face à la cruauté de la vie et à sa propre cruauté, ceci est l'élaboration du groupe. Avec patience et tolérance, la haine et la soif de destruction peuvent être acceptées du fait de la présence des thérapeutes qui sont là et font preuve d'indestructibilité.
Permettre de ne pas conserver l'enfant mort comme unique objet d'amour et aider à lutter contre les images d'effacement au prix d'être en lien avec l'inconscient au sens qu'il abrite des souhaits de meurtre, de toute puissance souveraine et de crime, est une des qualités thérapeutiques de ce groupe.
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L'Importance de l'Inscription Autour des Dates
L'inscription autour des dates est essentielle dans ce travail en groupe. La reconnaissance du temps et l'inscription par les dates d'accouchement présumés, les dates de l'annonce de la catastrophe, les dates des IMG et les dates d'accouchement réel, sont le fondement du groupe. C'est en résonance avec cette question du temps qui s'écoule, que le groupe est proposé à des temps précis, réguliers, jamais annulés, pour que l'absence d'une des deux thérapeutes ne soit pas en lien avec la mort.
Pour les nouvelles grossesses qui s'engagent pour les femmes qui participent au groupe, ce dernier va avoir une fonction de portage et permettre de se centrer sur la possibilité de la question de la peur de l'oubli du blanc, du trou, du manque de l'enfant, de la crainte de l'effacement pour donner une place à l'absent et accueillir le nouveau venu. La grossesse qui était insouciante devient angoissante car comment seront-elles capables de donner naissance à un enfant bien vivant au sein de ce corps qui a été une sépulture ?
Rituels et Soutien Émotionnel
Les rituels sont une aide fondamentale pour donner un sens à la perte et permettre de vivre le deuil de manière plus concrète. Ils permettent d'honorer l'enfant et de lui donner une juste place auprès des vivants grâce à des gestes symboliques comme une cérémonie, une création artistique (dessins, poèmes), ou même des objets commémoratifs (bijoux gravés, boîtes à souvenirs).
Il est essentiel de ne pas ignorer le bébé, de parler de lui en utilisant son prénom si les parents en ont choisi un. Offrir une aide concrète pour les tâches du quotidien et respecter le rythme de chaque parent sont également des éléments importants pour soutenir les familles endeuillées.
Le Rôle de l'Entourage
L'entourage joue un rôle crucial dans l'accompagnement du deuil périnatal. Cependant, il est souvent désemparé face à cette situation délicate. Il est important de se rappeler que la personne qui souffre est en recherche d'écoute active, pas de consolation.
Bien souvent, les proches adoptent ce qu'on appelle « la posture du guerrier », c'est-à-dire vouloir aider à se relever la personne qui souffre, espérer qu'elle soit dans l'action plutôt que dans l'écoute de son deuil. Or, l'accompagnement du deuil consiste avant tout à faire présence, à partager l'émotion.
Il faut rompre l'isolement pour faire ce cheminement qu'est le deuil. Les relations avec l'entourage peuvent devenir difficiles, car les gens ne savent plus comment aborder les parents endeuillés. Il est important d'être conscient de ces difficultés et de chercher à comprendre les besoins spécifiques des personnes qui traversent cette épreuve.
Ressources et Associations
Plusieurs associations et groupes de parole offrent un soutien précieux aux parents endeuillés. Agapa, par exemple, propose un soutien aux personnes confrontées au deuil périnatal et forme les professionnels de santé et de la périnatalité afin de leur donner des clés pour un meilleur accompagnement. D'autres initiatives, telles que l'opération « une fleur, une vie », agissent pour lever le voile sur le tabou du deuil périnatal.
Astrid Gunthardt est la fondatrice de l'association Nos Tout Petits de Nice, qui propose des rencontres parentales. De nombreuses autres ressources sont disponibles pour aider les familles à traverser cette épreuve.
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