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L'amour maternel chez les animaux : au-delà de l'instinct

L'amour maternel, concept souvent idéalisé, se manifeste de manière diverse dans le règne animal. Des lionnes du parc Kruger se jetant à l'eau pour sauver leurs petits des crocodiles aux ourses secouant des arbres pour secourir leurs oursons coincés, en passant par les femelles orignales guidant leurs petits à travers les rivières, les exemples abondent. Victor Hugo lui-même parlait d'un « instinct maternel divinement animal ». Mais cette notion est-elle aussi simple qu'il y paraît ? L'éthologie moderne révèle une réalité plus complexe, où l'inné se mêle à l'acquis, et où les comportements maternels sont influencés par une multitude de facteurs.

La part de l'inné : un héritage de l'évolution

L'instinct maternel, bien que souvent évoqué, représente un ensemble de comportements et d'états mentaux présents dès la naissance, indépendamment de l'apprentissage. Thierry Bedossa, vétérinaire comportementaliste, le décrit comme « l'esprit premier de l'évolution ». Ce penchant inné, conçu pour assurer la survie de la descendance, s'exprime différemment selon les espèces et les besoins des nouveau-nés.

Chez les animaux nidicoles, tels que les chats, les chiens et les pigeons, les jeunes naissent souvent vulnérables, nus, aveugles et dépendants. Ils nécessitent donc une protection et des soins parentaux prolongés. A l'inverse, certaines espèces, comme les insectes, font rarement grand cas de leur progéniture et les œufs de la plupart des poissons, des reptiles et des batraciens sont abandonnés une fois pondus. Cependant, il existe des exceptions notables, comme les femelles perce-oreilles et certaines punaises qui prennent soin de leurs œufs et de leurs larves.

Les mammifères, chez qui l'allaitement crée un lien fort entre la mère et son petit, illustrent la complexité de l'attachement maternel. Ce lien résulte de la combinaison de mécanismes biologiques, tels que la libération d'hormones dans le cerveau, l'accouchement, et les odeurs et sons émis par le nouveau-né.

Le rôle des hormones et des mécanismes biologiques

Avant de devenir mères, les femelles se consacrent à leurs propres besoins. Le processus d'attachement commence souvent en fin de gestation. Chez le chat, par exemple, la mère s'occupe déjà de ses chatons in utero. Gwendoline Le Peutrec-Redon, comportementaliste spécialiste du félin, a observé que les chattes peuvent se lécher le ventre ou ronronner pour apaiser leurs petits.

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La mise bas et la lactation libèrent massivement des hormones essentielles. L'ocytocine, surnommée « hormone de l'amour », favorise la création de liens entre la mère et son petit. La prolactine, quant à elle, permet la production de lait. Ces mécanismes hormonaux jouent un rôle crucial dans l'établissement de l'attachement maternel.

L'influence de l'environnement et de l'expérience

Cependant, l'instinct maternel ne se résume pas à une simple programmation biologique. Les défaillances de soin, les abandons, voire les infanticides observés chez certaines mères témoignent de l'importance des facteurs environnementaux et expérientiels. L'âge de la femelle, son expérience, son tempérament et l'environnement dans lequel elle évolue sont des éléments déterminants.

Christelle Varnier, éleveuse de caniches, souligne qu'une chienne devenant mère lors de ses premières chaleurs peut se montrer désorientée et traiter son chiot comme un jouet. De plus, la transmission intergénérationnelle joue un rôle crucial. Frédéric Lévy remarque qu'une rate élevée par une mère peu attentive reproduira souvent le même comportement.

La proximité de l'homme peut également influencer les pratiques maternelles, positivement ou négativement. Un environnement stressant ou des conditions de vie inadaptées peuvent conduire certaines femelles à négliger, voire à dévorer leurs petits. En revanche, une mère choyée, bien nourrie et dont la santé est surveillée aura plus d'amour à donner.

La sélection artificielle, qui a profondément modifié les espèces domestiques, a également altéré les instincts maternels. Thierry Bedossa déplore que la sélection ait privilégié des critères morphologiques ou des aptitudes spécifiques au détriment des comportements maternels naturels.

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Dans les parcs animaliers, les soigneurs interviennent parfois pour pallier les déficits maternels et sauver des jeunes. Nicolas Leroux, chef animalier au ZooParc de Beauval, raconte l'histoire d'une femelle dromadaire qui ne savait pas comment s'occuper de son petit. Les soigneurs ont dû nourrir le bébé au biberon pendant plusieurs semaines, le temps que la mère s'habitue.

Adoptions et comportements atypiques

L'instinct maternel, mi-inné mi-acquis, est également influencé par le caractère individuel de chaque animal. C'est pourquoi le monde animal regorge d'histoires surprenantes d'adoptions intra-spécifiques, voire inter-espèces.

Au centre équestre des Grilles, une pouliche nommée Fiesta a été nourrie au biberon après la mort de sa mère. Incapable de s'attacher aux autres chevaux, elle a finalement été adoptée par Diane, une ânesse de 2 ans, qui a assuré son éducation et sa socialisation.

Les chattes sont capables d’identifier chacun de leurs chatons et de les compter pour s’assurer que la fratrie est bien réunie. Claude Béata raconte l’histoire d’une chatte qui, après avoir mis au monde cinq chatons, s’est intéressée à un chaton orphelin placé à proximité. Après avoir vérifié que tous ses chatons étaient présents, elle s’est aventurée à l’extérieur de sa cage pour enquêter sur les miaulements de détresse de l’orphelin. Bien qu’elle n’ait pas adopté le chaton immédiatement, elle semblait perturbée par ses cris. Certaines chattes vont même jusqu’à allaiter des chiots ou des lapereaux, démontrant une capacité d’empathie surprenante.

Les chats mâles castrés peuvent également développer des comportements de nounou envers les chatons, les toilettant, les éduquant et les protégeant comme le ferait une mère. L'auteur témoigne de l'affection et de la protection manifestées par son chat mâle Suki envers un chaton adopté, Harlem. Suki accorde également la même bienveillance à tous les chatons orphelins qui transitent chez lui.

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L'amour et l'attachement envers les humains

La communauté scientifique débat encore de l'existence de « sentiments » des animaux envers les humains. L'anthropomorphisme, qui consiste à attribuer des caractéristiques humaines aux animaux, est un écueil à éviter. Cependant, des études récentes suggèrent que les animaux peuvent ressentir des émotions positives envers les humains.

Une étude a montré que les aras élevés en captivité « rougissent » au contact de leur soigneuse, indiquant une émotion positive. Une autre étude révèle que les chèvres préfèrent interagir avec les visages heureux. Les scientifiques préfèrent parler d'« émotions » mesurables physiologiquement plutôt que de « sentiments » durables.

Des expériences ont montré que les chiens et les chats sécrètent de l'ocytocine, l'hormone de l'affection et de la confiance, au même titre que les humains. La sécrétion d'ocytocine est réciproque et passe par le regard.

Véronique Servais dénonce un paradoxe dans notre compréhension des animaux. Elle rappelle que des études sur les macaques rhésus ont été utilisées pour comprendre l'amour maternel chez les humains, mais que l'on refuse de parler d'amour chez les singes eux-mêmes.

L'attirance pour les animaux : entre biologie et culture

Les motivations pour adopter un animal de compagnie sont diverses, mais elles répondent souvent à des besoins relationnels. Les animaux détournent les mécanismes biologiques et sociaux qui nous lient à nos semblables.

Dès le plus jeune âge, les animaux nous attirent instinctivement. Des études ont montré que les bébés préfèrent jouer avec des animaux plutôt qu'avec des jouets inanimés. Nous aurions même des cellules spécialisées dans la reconnaissance des animaux, situées dans l'amygdale, le centre cérébral des émotions.

Notre attirance pour les animaux résulterait en partie de notre penchant naturel pour tout ce qui est mignon. Ce penchant, essentiel pour prendre soin de nos propres enfants, s'étendrait aux animaux.

Une étude a révélé que le cerveau des mères réagit presque de la même façon face à leur enfant et face à leur chien. Notre cerveau se prépare donc à protéger les chatons ou les chiots comme s'il s'agissait de notre propre progéniture.

La vision d'images mignonnes, comme des photos de bébés animaux, peut même doper notre cerveau, en renforçant notre attention et notre concentration.

Cependant, notre attirance pour les animaux n'est pas uniquement biologique. Elle est également influencée par des facteurs culturels, comme les modes et les tendances. La popularité des races de chiens, par exemple, est soumise à de brusques variations, souvent influencées par les films.

Les bienfaits de la compagnie animale

La compagnie des animaux procure de nombreux bienfaits, notamment un effet apaisant et antistress. Des études ont montré que les propriétaires d'animaux sont moins stressés et moins sujets aux rechutes après une crise cardiaque.

Pour les personnes peu à l'aise avec leurs congénères, le contact des animaux peut être moins angoissant. Les animaux pardonnent facilement, ne contestent jamais ce que nous disons et les contacts physiques sont plus naturels.

Même les personnes épanouies tirent profit de la présence d'animaux. Les animaux apportent de la bonne humeur, de nouvelles expériences et des rencontres. Nombreux sont ceux qui considèrent leur animal comme un modèle, capable d'amour et de pardon inconditionnels.

L'instinct maternel chez les animaux : quelques exemples

  • Les éléphants : Les éléphants ont des grossesses de 22 mois et maternent jour et nuit, peuvent allaiter cinq nourrissons et ont avec leurs enfants une relation fusionnelle et chronophage qui s’étend sur plus d’une décennie.
  • Les chimpanzés : Les femelles chimpanzés ne ménagent pas leurs efforts pour élever leur progéniture et en faire des adultes sains. Les liens étroits entre mères et fils persistent même à l'âge adulte.
  • Les chiens de prairie : Les petits chiens de prairie restent très longtemps auprès de leur mère.

La "maman poule" : mythe ou réalité ?

L'expression "maman poule" désigne une personne, généralement une femme, excessivement protectrice envers ses enfants. Cette expression trouve son origine dans l'instinct maternel très développé de la poule, qui couve ses œufs avec patience et veille sur ses poussins avec une attention constante.

Si la plupart des poules ont l'instinct maternel, certaines races ne sont pas de bonnes couveuses. Une poule couveuse reste fermement assise sur son œuf jusqu'à son éclosion, le maintenant à une température constante et le retournant régulièrement. Elle montre à ses poussins comment manger, boire et gratter le sol pour trouver de la nourriture, et les réchauffe et les protège en cas de danger.

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