La trisomie 18, également connue sous le nom de syndrome d'Edwards, est une maladie génétique causée par la présence d'un chromosome 18 supplémentaire. Cette anomalie chromosomique entraîne une série de problèmes physiques et de développement. Moins connue que la trisomie 21, elle est considérée comme l'une des trisomies les plus graves en raison de son pronostic souvent défavorable.
Qu'est-ce que la Trisomie 18 ?
La trisomie 18 est une maladie d’origine génétique qui survient lors de la fécondation, lorsque l'ovule et le spermatozoïde fusionnent. Normalement, la cellule œuf résultante est dotée de 23 chromosomes provenant de la mère et de 23 chromosomes du père, formant ainsi 23 paires, soit 46 chromosomes au total. Cependant, il arrive qu’une anomalie de distribution du patrimoine génétique ait lieu, entraînant la formation d’un trinôme de chromosomes au lieu d’une paire. Dans le cas du syndrome d'Edwards, cette anomalie concerne la paire 18.
Différentes Formes de Trisomie 18
Le syndrome d'Edwards se manifeste sous trois formes principales :
- Trisomie 18 complète : L'enfant possède trois copies complètes du chromosome 18 dans toutes les cellules de son corps. C'est la forme la plus fréquente et elle est généralement associée aux symptômes les plus sévères. La majorité des cas de trisomie 18 résulte de la présence d’une troisième copie de chromosome 18 au niveau de toutes les cellules de l’organisme.
- Trisomie 18 en mosaïque : Certaines cellules de l'organisme possèdent trois copies du chromosome 18, tandis que d'autres ont le nombre normal de deux. La sévérité de la maladie dépend du nombre de cellules affectées. « Mais 5 % des patients atteints de trisomie 18 possèdent une copie supplémentaire du chromosome 18 dans seulement certaines cellules du corps.
- Trisomie 18 partielle : Une partie du chromosome 18 supplémentaire est attachée à un autre chromosome. Lorsque seulement une partie du bras long (q) se détache, les symptômes sont moins importants que pour la trisomie 18 classique.
Incidence et Gravité
L’incidence de la trisomie 18 concerne entre une naissance sur 6 000 à une naissance sur 8 000. À l’instar de la trisomie 13, nous considérons la trisomie 18 comme une des trisomies les plus graves. En effet, contrairement à la trisomie 21, les trisomies 13 et 18 sont difficilement viables.
La trisomie 18 est une trisomie sévère, en raison des symptômes qu’elle occasionne. Un retard de croissance intra-utérin et postnatal est généralement constaté, ainsi qu’une microcéphalie (faible périmètre crânien), une déficience intellectuelle et des problèmes moteurs. Du fait de graves malformations cardiaques, neurologiques, digestives ou encore rénales, les nouveau-nés atteints de trisomie 18 décèdent généralement au cours de leur première année de vie. Notons cependant qu’une survie prolongée est parfois possible, notamment lorsque la trisomie est partielle, c’est-à-dire lorsque des cellules à 47 chromosomes (dont 3 chromosomes 18) coexistent avec des cellules à 46 chromosomes, dont 2 chromosomes 18 (trisomie mosaïque), ou que le chromosome 18 en plus est associé à une autre paire que la paire 18 (trisomie par translocation).
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Symptômes et Manifestations Cliniques
Les enfants atteints de trisomie 18 présentent une série de symptômes qui peuvent être classés en anomalies physiques, retards de développement et problèmes de santé.
Anomalies physiques courantes :
- Faible poids corporel à la naissance.
- Microcéphalie (petite tête) et dolichocéphalie (tête allongée) avec une protubérance occipitale.
- Micrognathie (petite mâchoire).
- Oreilles malformées d'implantation basse avec des pavillons pointus.
- Poings serrés avec les doigts qui se chevauchent (les 2e et le 5e doigts sont rabattus sur le 3e et le 4e).
- Sternum court et thorax « en bouclier ».
- Pied bot et/ou pieds en piolet.
- Malformations cardiaques (communication interauriculaire et interventriculaire, persistance du canal artériel, etc).
- Malformations viscérales (anomalies des voies urinaires, malformations gastro-intestinales).
- Anomalies de la ligne médiane (fente labiale/palatine, omphalocèle, myéloméningocèle).
- Aplasie radiale et arthrogrypose.
Retards de développement :
- Déficience intellectuelle.
- Retard à l’apprentissage.
- Difficultés motrices.
Problèmes de santé :
- Malformations cardiaques. Chez les patients atteints de T18, les malformations congénitales les plus fréquentes qui concernent 90 % des enfants nés vivants sont les malformations cardiaques (communication interauriculaire et interventriculaire, persistance du canal artériel, etc).
- Malformations viscérales. Les malformations viscérales sont présentes chez 60 % des patients et englobent les anomalies des voies urinaires (rein en fer à cheval, hydronéphrose, agénésie) et les malformations gastro-intestinales (atrésie de l'oesophage, malformations anorectales).
- Anomalies cérébrales (hypoplasie cérébelleuse, agénésie du corps calleux, holoprosencéphalie).
- Difficultés respiratoires.
- Problèmes d'alimentation.
- Hernies.
Dépistage et Diagnostic Prénatal
Le dépistage de la trisomie 18 peut être réalisé pendant la grossesse grâce à différentes méthodes :
- Échographie : La trisomie 18 est souvent suspectée à l’échographie, en moyenne autour de la 17e semaine d’aménorrhée (ou 15e semaine de grossesse), du fait de malformations fœtales (au niveau du cœur et du cerveau notamment), d’une clarté nucale trop épaisse, d’un retard de croissance… Parmi ces derniers, nombreux peuvent être détectés lors d'une échographie de routine, mais l'extrême variabilité phénotypique peut être un facteur de confusion. Un petit cervelet et la position typique des poings serrés sont des indicateurs pertinents.
- Marqueurs sériques maternels : Les marqueurs sériques utilisés pour le dépistage de la trisomie 21 sont parfois anormaux, mais ça n’est pas toujours le cas.
- DPNI (Dépistage Prénatal Non Invasif) : L'examen de l'ADN foetal circulant dans le sang maternel (test prénatal non invasif ; NIPT) présente une sensibilité élevée (> 97 %). Le DPNI est réalisable dès la 12 ème semaine d’aménorrhée ( = 10 ème semaine de grossesse) et tout au long de la grossesse. Rapide, fiable et sans danger, le DPNI permet de détecter les trisomies 13, 18 et 21 et d’éviter, dans de nombreux cas, le prélèvement invasif (amniocentèse…). Le DPNI, une opportunité d’éviter un prélèvement invasifLe dépistage prénatal non invasif est une alternative proposée aux femmes enceintes à risque d’atteinte fœtale de trisomie avant le recours au prélèvement invasif. En effet, de par ses résultats, le DPNI permet de préciser si une amniocentèse (ou autre geste invasif) est à recommander. Le DPNI fournit deux types de résultat :- Un résultat positif : il existe une forte suspicion d’atteinte du fœtus par l’une des anomalies recherchées (trisomie 13, 18 et 21). Dans ce cas, le DPNI étant un test de dépistage, il ne permet pas à lui seul d’établir un diagnostic. La réalisation d’un caryotype fœtal sur prélèvement invasif sera indiquée si vous souhaitez confirmer le résultat.- Un résultat négatif : le risque s’avère extrêmement faible.
- Amniocentèse et caryotype fœtal : La trisomie 18 doit être confirmée par cytogénétique conventionnelle visant à établir le caryotype. Le caryotype fœtal confirme le diagnostic.
Prise en Charge et Traitement
Il n’existe hélas pas de traitement à ce jour pour guérir de la trisomie 18. Selon le site Orphanet, un traitement chirurgical des malformations ne modifie pas le pronostic de façon sensible.
La prise en charge de la trisomie 18 est donc avant tout constituée de soins de support et de confort. Le but est d’améliorer autant que possible l’existence des bébés atteints, par de la kinésithérapie, par exemple. Une ventilation artificielle et une sonde gastrique peuvent être mises en place pour une meilleure alimentation et oxygénation. Le nourrisson fait l’objet de traitements (médicaments, chirurgies…) dans le cadre des différentes atteintes : pulmonaires, cardiaques, digestives. L’assistance respiratoire et l’alimentation par sonde sont parfois indispensables. La prise en charge consiste uniquement en un traitement de soutien/palliatif.
Pronostic et Espérance de Vie
La trisomie 18 est létale in utero (95 %) ou au cours de la première année de vie (< 90 %) dans la plupart des cas. Le décès in utero survient chez plus de 95 % des foetus. Le traitement chirurgical des malformations n'améliore guère le pronostic défavorable associé à la T18 : près de 90 % des nourissons décèdent au cours de la première année de vie de complications cardiaques, rénales ou neurologiques, ou d'infections récurrentes. Les taux de survie pour la T18 sont de 13,5 % à 1 an et de 12,3 % à 5 ans. Une survie plus longue (dans certains cas jusqu'à l'âge adulte) a été rapportée principalement dans les cas de trisomie mosaïque ou partielle (résultant d'une translocation). La majorité des patients non mosaïques ne développent qu'une autonomie limitée (non-acquisition de la marche et du langage).
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L’espérance de vie des personnes atteintes du syndrome d’Edwards (également connu sous le nom de trisomie 18) est généralement courte. Environ la moitié des enfants touchés décèdent dès les premiers jours. Les décès précoces des enfants in utero (dans la majorité des cas) ou rapidement après la naissance (moins d'un an) sont liés aux malformations sévères cardiaques ou cérébrales. Les enfants qui vivent plus longtemps sont polyhandicapés : déficits cognitifs et moteurs importants.
Facteurs de Risque et Prévention
Le risque de récurrence de la trisomie (21, 13 ou 18) dans les familles d'un cas index est d'environ 1 %. La forme complète de trisomie 18 n’est pas héréditaire, elle résulte d’une erreur dans la division cellulaire au moment de la conception de l’enfant : un ovule ou un spermatozoïde peut gagner une copie supplémentaire dès la conception de l’enfant. La trisomie 18 en mosaïque n’est pas non plus héréditaire, l’anomalie chromosomique se produit au cours du développement de l’embryon. La forme partielle de trisomie 18 est en revanche héréditaire : une personne non affectée peut porter une translocation du chromosome 18 sur un autre chromosome, nous parlons de translocation équilibrée (en raison de son caractère bénin). Le risque de syndrome d'Edwards augmente considérablement avec l'âge de la mère pendant la grossesse.
La loi prévoit que toutes les femmes soient informées de la possibilité de réaliser un dépistage de la trisomie 21 au cours de leur grossesse. À noter : dans une recommandation validée par son collège le 26 septembre 2024, la Haute Autorité de Santé (HAS) a proposé d’élargir le dépistage à neuf autres trisomies, dont la trisomie 18.
Soutien et Ressources pour les Familles
Les ressources de soutien pour les familles confrontées au syndrome d'Edwards comprennent le conseil génétique, les groupes de soutien et les services communautaires.
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