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Description taphonomique périnatale de l'inhumation : Études de cas et analyses

Introduction

L'étude des sépultures périnatales, c'est-à-dire celles des enfants décédés autour de la naissance, est un domaine d'investigation archéologique complexe mais essentiel. Ces sépultures, souvent discrètes et fragiles, offrent un aperçu précieux sur les pratiques funéraires, les croyances et les attitudes envers la mort infantile dans les sociétés passées. Cet article se propose d'explorer les aspects taphonomiques spécifiques liés à l'inhumation périnatale, en s'appuyant sur des exemples concrets et des études de cas.

Présentation et chronologie des ensembles funéraires

Le site de Pourliat à Beaumont

L'ensemble funéraire de Pourliat, situé à Beaumont dans le Puy-de-Dôme, est un site particulièrement intéressant. Il se compose de 26 sépultures regroupées à l'extérieur du mur d'enclos nord d'une villa. La spécificité de ce site réside dans le fait qu'il est exclusivement dédié à l'inhumation d'enfants décédés en phase infantile. Ce type d'ensemble spécialisé est rare, le seul autre exemple connu dans le Puy-de-Dôme étant celui de Lezoux.

Les sépultures s'étendent sur une longueur est-ouest de 44 mètres et une largeur nord-sud de 6 mètres. Elles s'organisent en petits groupes : douze sont implantées le long du mur, et quatorze en sont distantes de 2,5 à 5 mètres. Le décapage a révélé que les limites de la zone funéraire ont été atteintes au nord et à l'est, tandis que la limite sud est matérialisée par le mur d'enclos. L'extension vers l'ouest demeure inconnue.

Deux autres sépultures se distinguent du groupe principal : l'une (SP31) est située de l'autre côté du mur d'enclos, à l'intérieur de l'espace habité, et l'autre (SP13) se trouve également à l'intérieur, le long de la paroi sud du mur.

La datation des sépultures, basée sur l'examen du mobilier funéraire, indique que les tombes datent du dernier tiers du Ier siècle au plus tôt et du IIe siècle au plus tard. La majorité est attribuable aux années 90-120, correspondant à la fin de la période flavienne et/ou au règne de Trajan.

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Grange-Neuve à Allan

L’ensemble funéraire de Grange-Neuve est situé sur la commune d’Allan, à quelques kilomètres au sud-est de Montélimard, dans la Drôme. Il est installé dans le courant du iie s. ap. J.-C., aux abords d’une voie (Decumanus DD xxxv du cadastre B d’Orange) bordée d’un fossé. À cette phase, correspondent cinq dépôts de crémation en fosse. Des inhumations, pratiquées jusqu’aux ive-ve s., lui succèdent. L’opération archéologique a porté sur un nombre de 47 inhumations de sujets immatures et adultes, qui manifestement ne se rapportent pas à la totalité de l’ensemble funéraire, puisque ce dernier paraît se développer en dehors de l’emprise à l’est et à l’ouest. Cependant, l’examen du plan laisse envisager que l’échantillon exhumé est représentatif de l’ensemble initial. On ignore où se situe l’habitat qui lui correspond. Les tombes s’organisent globalement en deux groupes, ce qui est fréquent dans les ensembles funéraires ruraux de l’Antiquité tardive, et se composent de coffrages de tegulae, de bois ou de matériaux composites ainsi que d’amphores (amphores cylindriques africaines et amphores bétiques de type Almagro 51C).

La Ramière à Roquemaure

Les sépultures fouillées sur le site de La Ramière, à Roquemaure, dans le Gard, sont éparpillées sur les ruines d’une villa, fouillée exhaustivement. Celle-ci est fondée au milieu du ier s. ap. J.-C. et abandonnée au cours de la première moitié du ive s. Entre le ive et le vie s., on assiste à l’installation d’un complexe métallurgique et d’un four de potier, puis un petit établissement à vocation agricole est créé aux vie-viie s. Les tombes sont celles d’adultes et d’enfants, avec, parmi ces derniers, un grand nombre d’individus décédés en phase infantile. Seize à dix-sept sépultures forment un ensemble cohérent dans la partie nord-est du site, les autres sont organisées en petits groupes aux abords des bâtiments. Les 36 squelettes recoupent les niveaux du ive s., mais rares sont ceux qui se présentent en relation stratigraphique avec les vestiges postérieurs à cette période. Deux sépultures qui se trouvent dans ce cas permettent d’envisager deux phases, l’une antérieure ou contemporaine des ve-vie s. et l’autre attribuable aux vie-viie s., mais il est très difficile d’attribuer avec certitude chaque tombe à une phase d’occupation précise. Sur la base de leur situation et de leur orientation par rapport aux bâtiments de chacune de ces deux périodes, 23 sépultures paraissent pouvoir être associées aux ve-vie s. et quatre aux vie-viie s., les neuf dernières n’offrant aucune indication. On note la présence d’une trente-septième sépulture isolée, datée par le radiocarbone des xiiie-xive s.

La nécropole nord de l'île de Saï

Dans la partie nord de l’île de Saï s’étend une nécropole dont les dimensions sont impressionnantes : 1 500 m du nord au sud et 500 m d’est en ouest. Les fouilles menées dans ces nécropoles se déroulent dans le cadre de la Mission archéologique de l’île de Saï dirigée par Francis Geus. Parmi ces dernières, la tombe 176 se rapporte à la période durant laquelle se développent les royaumes chrétiens de Nubie. Cette époque est postérieure à la culture ballanéenne, autrement dénommée Groupe X (autour de 390 ap. J.-C.) et antérieure à l’époque musulmane (autour de 1450 ap. J.-C.). Cette sépulture est celle d’un jeune enfant entièrement enveloppé d’un linceul.

État de conservation des squelettes et des structures

L'état de conservation des squelettes est un facteur crucial dans l'étude taphonomique des sépultures périnatales. À Pourliat, par exemple, les squelettes sont majoritairement très mal conservés, tant en termes de qualité osseuse que de représentation du squelette. Les os apparaissent fragiles, déminéralisés, et les parties spongieuses sont fréquemment altérées, voire dissoutes. La fragmentation est importante, surtout sur le bloc crânio-facial.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette mauvaise conservation. La nature argilo-limoneuse des sols, comme c'est le cas en Limagne, est particulièrement dommageable pour les os en raison de l'acidité des limons et des épisodes de foisonnement et de rétraction des particules d'argile. De plus, des facteurs mécaniques, tels que la circulation de l'eau dans le sol due à la remontée de la nappe phréatique ou à la pluie, peuvent entraîner une dispersion importante des os et un mélange des régions anatomiques. L'action de la macrofaune dans la tombe peut également contribuer à la fragilisation et à la disparition des plus petits os.

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Il est important de noter que la sous-représentation des squelettes ne concerne pas uniquement les os, mais également les éléments qui constituent l'ensemble du dépôt, tels que les céramiques utilisées comme contenant ou support du corps. Ces perturbations peuvent être liées à l'occupation ultérieure du site, à des constructions récentes ou à la récupération de matériaux.

À Grange-Neuve, le mauvais état de conservation des os a limité l’étude du recrutement et il n’a notamment pas été possible de repérer les enfants les plus âgés et les grands adolescents et d’évaluer ainsi la mortalité avant 20 ans. De même, la représentation des diverses phases de la mortalité infantile n’a pu être évaluée du fait de l’état lacunaire des squelettes.

Typologie des tombes et aménagements funéraires

La typologie des tombes et les aménagements funéraires varient considérablement d'un site à l'autre, reflétant les différentes pratiques et croyances des populations. À Pourliat, la typologie des tombes se caractérise par une certaine variabilité, plus marquée dans les modalités de l'aménagement funéraire que dans le choix même du type d'aménagement. Six structures ne fournissent aucune information qui permette d'interpréter le mode d'inhumation en raison de leur état de conservation déplorable.

Les contenants de bois assemblés par des clous

Le dépôt en contenant de bois concerne cinq tombes à Pourliat : SP2, 5, 7, 8, 22. Dans tous les cas, le contenant renferme à la fois le corps et le mobilier. Dans le cas de la sépulture SP2, le squelette présente d’importants remaniements à l’intérieur du volume du corps, à l’origine placé sur le côté droit. On remarque notamment que la scapula et l’humérus gauches, qui ne sont plus en connexion anatomique, sont passés en avant du thorax. Le bloc crânio-facial, disloqué de la mandibule, est écrasé et ses fragments sont dispersés sur une amplitude qui est supérieure à l’espace initial du cadavre, témoignant ainsi d’une décomposition en espace vide. Conjuguée à la présence de clous, dont la répartition délimite un espace rectangulaire, cette information permet d’envisager un contenant de bois. La cruche, située à distance en aval du squelette, entre dans l’espace délimité par les clous. Elle se présente couchée sur sa panse ; cette position offre un argument de plus en faveur d’une évolution du dépôt en espace vide, et indique que la cruche se trouvait bien à l’intérieur du contenant du corps. Le squelette ne rend compte d’aucun effet de contrainte ou de butée ; le maintien des os de l’avant-bras droit en vue distale résulte en réalité de la pression du thorax sur son extrémité proximale, le sujet étant placé sur le côté droit, et ne se rapporte en aucun cas à un effet de paroi. Par ailleurs, la situation de la cruche et la position des clous, relativement à l’emplacement du squelette, montrent que le contenant était large.

Le squelette de la sépulture SP7, très lacunaire, présente les signes d’une décomposition en espace vide, déterminée par le détachement de la face du neurocrâne et la bascule sur le côté droit de ce dernier. Dans cette tombe, c’est également la répartition des clous et du mobilier qui permet de restituer la taille du contenant. En effet, le squelette est situé au centre de l’espace, entre des céramiques qui composent l’abondant dépôt funéraire, et ne peut ainsi avoir subi aucune contrainte de la part du contenant. Le squelette de la sépulture SP8 est dans la même situation que celui vu précédemment : très lacunaire, il repose parmi les éléments mobiliers, au centre de l’espace du contenant dont les limites sont matérialisées par des effets de délimitation linéaire.

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L'inhumation en linceul : Le cas de la tombe 176 de l'île de Saï

La tombe 176 de l'île de Saï offre un exemple exceptionnel d'inhumation en linceul. Cette sépulture, datant de la période des royaumes chrétiens de Nubie, est celle d'un jeune enfant entièrement enveloppé d'un linceul. La conservation exceptionnelle du tissu et des liens utilisés permet de reconstituer les gestes accomplis lors de la mise en linceul.

Le textile utilisé est probablement du lin. La pièce utilisée est sub-rectangulaire. Elle est à peu près quatre fois plus large que l’enfant, mais elle est à peine plus longue. Elle a été déchirée dans une pièce plus grande. Le linceul provient d’une pièce de tissu qui était à l’origine en deux morceaux cousus l’un à l’autre. L’un d’eux, qui a servi à envelopper le corps, a été séparé du précédent au niveau de la couture, mais un petit fragment du second subsiste à une extrémité (le coin supérieur gauche par rapport à l’enfant reposant en décubitus dorsal). Sur les bords libres de ce fragment, on observe des traces de déchirures avec des bords très irréguliers, comparable à celles qui sont relevées sur les trois autres côtés de la pièce de tissu principale.

La partie droite du linceul a été rabattue sur le corps, après quoi la partie gauche est venue recouvrir l’ensemble. À ce moment, le coin supérieur gauche est replié de haut en bas sur le corps. Deux cordelettes sont alors utilisées, l’une d’environ 1,70 m de long qui va lier la partie inférieure et l’autre d’environ 1 m de long qui va entourer la tête. Un double nœud est réalisé à l’une des extrémités de la plus longue des deux cordes, qui va alors dessiner une boucle, dans laquelle on fait passer le tissu de bas en haut et de dehors en dedans. Il ne reste alors plus qu’à tirer le tissu passé dans la boucle vers le haut tout en tirant la corde vers le bas. Le double nœud à l’extrémité empêche celle ci de glisser. Le nœud est alors serré et ainsi la corde est fixée au linceul.

Puis, la corde va s’enrouler autour des chevilles et des pieds, c’est-à-dire le plus loin possible du nœud initial pour maintenir la tension du lien. Elle va ensuite remonter le long du corps en passant derrière les mollets pour réapparaître sur la face antérieure des cuisses, un peu au-dessus des genoux. À cet endroit, elle s’enroule sur elle-même et remonte ainsi vers la tête en s’enroulant 5 fois autour du corps. C’est au niveau thoracique de l’enfant que repose la deuxième extrémité de la corde (la première étant liée au coin supérieur gauche du linceul), autour de laquelle vient se nouer la deuxième corde, plus courte que la précédente (1 m). Celle-ci entoure le crâne de manière antéro-postérieure, c’est-à-dire qu’elle passe en avant et en arrière de la tête.

Ce sujet a subi une dessiccation très importante de l’ensemble du corps, la peau est conservée dans sa quasi-totalité et les cheveux sont encore présents. L’âge au décès de cet enfant serait compris entre 6 et 12 mois, sachant qu’une radiographie des dents pourrait peut-être affiner ce résultat ou tout au moins le confirmer. Le sujet reposait sur le dos, les mains au niveau de la ceinture pelvienne, les membres inférieurs légèrement fléchis. Un des points remarquables dans la position du corps est que le crâne apparaît par sa face supérieure, c’est-à-dire que le rachis cervical est en hyperflexion.

Ainsi, la différence essentielle avec les autres sépultures supposées contemporaines de la nécropole réside dans le fait que le crâne n’est pas en appui contre une paroi. L’hyperflexion du rachis cervical est uniquement due à la constitution du linceul. La forme et les dimensions de la pièce de tissu utilisée pour confectionner le linceul ne seraient donc pas aléatoires. Le fait de déchirer la pièce de tissu au niveau de la couture et de conserver un morceau cousu à la pièce principale faisait peut-être partie d’un schéma pré-établi. C’est ce coin qui, une fois rabattu sur l’enfant, va permettre de lier la première corde.

Le problème qui se pose alors est le maintien du crâne dans cette position. Il faut que la tension que l’on exerce sur le coin du linceul soit préservée. C’est pourquoi la première corde va être solidement liée au tissu par l’intermédiaire d’un nœud relativement complexe. Il suffit alors de maintenir une tension sur cette corde pour que le crâne reste en flexion. Celle ci va donc s’enrouler en premier lieu autour des chevilles et des pieds (le plus loin possible du nœud, pour que la corde reste tendue), puis s’enrouler autour du corps en remontant vers la partie céphalique. Un nœud simple est effectué chaque fois que le lien fait un tour du corps. Une série de nœuds simples permet de répartir la force de tension en plusieurs points de la corde.

Quel est alors le rôle de la deuxième corde ? Elle est tout d’abord fixée à la première et s’enroule de manière antéro-postérieure autour du crâne. Cela signifie qu’elle intervient de manière importante dans l’hyperflexion du crâne sur le thorax. La deuxième extrémité de ce lien passe sous la première corde et ensuite sous le corps de l’individu. Ainsi, d’une part, le deuxième lien est plus ou moins fixé et possède une certaine tension maintenue par le poids du corps (l’extrémité libre de ce lien étant sous l’individu), d’autre part, la tension du premier lien est augmentée.

Recrutement et mortalité infantile

L'étude du recrutement, c'est-à-dire de la composition par âge et par sexe de la population inhumée, est essentielle pour comprendre les dynamiques démographiques et les pratiques funéraires. À Grange-Neuve, le mauvais état de conservation des os a limité l’étude du recrutement et il n’a notamment pas été possible de repérer les enfants les plus âgés et les grands adolescents et d’évaluer ainsi la mortalité avant 20 ans. De même, la représentation des diverses phases de la mortalité infantile n’a pu être évaluée du fait de l’état lacunaire des squelettes.

Le quotient de mortalité avant 5 ans est de 383 ‰ et celui avant un an est de 277 ‰. Le quotient entre 1 et 4 ans, de 147 ‰, est peu élevé, mais il reste valable. Ces valeurs sont conformes aux données historiques. Les enfants décédés en phase infantile sont présents dans les deux groupes de tombes.

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