L'actualité législative et les pratiques entourant le placenta en France sont un sujet complexe, oscillant entre interdictions formelles, engouement croissant pour la placentophagie et considérations bioéthiques. Cet article explore les différentes facettes de cette question, en s'appuyant sur les dernières informations disponibles, les évolutions législatives et les débats scientifiques et sociétaux.
La Placentophagie : Une Pratique Controversée
Un Engouement Croissant Malgré l'Interdiction
Si la conservation du placenta après l’accouchement est formellement interdite en France, ainsi qu'aux États-Unis et dans les pays anglophones, cette pratique séduit de plus en plus de femmes. L'infirmière gynécologique américaine Michele Liot témoigne d'environ une maman par mois qui pratique la placentophagie dans la maternité où elle travaille.
Les Raisons de cet Attrait
Le placenta, organe essentiel assurant la transmission des nutriments et de l’oxygène de la mère au fœtus, est naturellement riche en nutriments, vitamines et hormones. C’est cette concentration en composants essentiels qui attire les adeptes de la placentophagie. Les vertus qui lui sont attribuées sont nombreuses, tant sur le plan psychologique qu’hormonal. L'abondance en hormones du placenta est censée lutter contre la dépression post-partum, en stabilisant les niveaux sanguins et hormonaux. Michele Liot assure avoir combattu sa propre nature dépressive grâce à la consommation de son placenta. L’anthropologue de la santé Daniel Benyshek confirme également les bienfaits potentiels de la placentophagie, notamment grâce à sa teneur élevée en fer.
Les Différentes Formes de Consommation
Les consommatrices de placenta ne manquent pas d’imagination pour le déguster. Le placenta peut être encapsulé par une infirmière ou une sage-femme spécialisée, moyennant un certain coût (environ 240 euros). Ce processus implique le nettoyage, le pressage, la cuisson à la vapeur, le découpage en tranches, la déshydratation, le broyage et l’encapsulation dans des gélules. Il est également possible de consommer le placenta cru, cuit, rôti, en smoothie ou sous forme de teinture. Certaines femmes se tournent même vers l’homéopathie de placenta. L'Américaine Jodi Selander a démocratisé l'encapsulation en 2006, cherchant une alternative naturelle aux traitements contre la dépression post-partum.
L'Absence de Preuves Scientifiques et les Risques Potentiels
Malgré les témoignages et les arguments avancés, aucune étude scientifique sérieuse n’a démontré les bénéfices réels de la placentophagie chez l’humain. L'American Journal of Obstetrics and Gynecology soulignait en 2018 qu'il n'existe aucune preuve scientifique d'un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie humaine et qu'aucun nutriment ou hormone placentaire n'est conservé en quantité suffisante après encapsulation pour être utile à la mère.
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De plus, le placenta n'est pas un superaliment exempt de risques. C’est un organe qui, pendant neuf mois, a filtré les toxines sans les éliminer. Il peut donc contenir des substances nocives ou des bactéries. Le principal danger réside dans une mauvaise conservation ou une préparation inadéquate. Aux États-Unis, un nourrisson a même été contaminé par une bactérie via le lait maternel après que sa mère ait consommé des gélules de placenta mal préparées.
Le Statut Légal en France
En France, la placentophagie reste marginale, et surtout interdite en milieu hospitalier. Le placenta y est considéré comme un déchet opératoire. La loi est claire : sauf usage scientifique ou thérapeutique strictement encadré, il ne peut être ni conservé ni restitué à la patiente. Le Code de la santé publique dispose que tout prélèvement de cellules du placenta doit répondre à des conditions très précises, avec le consentement écrit de la mère.
Évolutions Législatives et Bioéthiques
La Loi de Bioéthique et ses Implications
La loi de bioéthique a connu des évolutions majeures ces dernières années, notamment en ce qui concerne l'assistance médicale à la procréation (AMP) et l'accès aux origines pour les enfants conçus par don de gamètes.
Élargissement de l'Accès à l'AMP
L’abandon de l’indication médicale d’infertilité pour l’utilisation des techniques de procréation médicale est une modification majeure de la loi. Médiatisée comme la « PMA pour toutes », la loi autorise et organise un accès aux techniques de procréation médicale aux femmes, seules ou en couple. L’article L2141-2 du code de santé publique stipule désormais que « L’assistance médicale à la procréation est destinée à répondre à un projet parental », mettant la volonté individuelle ou du couple au cœur du processus. La loi a également supprimé l’interdiction d’une PMA avec double don de gamètes.
Autoconservation des Gamètes
Selon l’Agence de Biomédecine (ABM), « L’objectif de l’autoconservation des gamètes est de les avoir à disposition si, plus tard, un projet d’enfant devait nécessiter une AMP ». L’indication n’est pas d’ordre médical mais résulte d’un choix de la personne.
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Filiation et AMP
Avant la loi de 2021, les techniques d’assistance médicale à la procréation tendaient à imiter la procréation naturelle, afin de garantir à l’enfant que sa filiation soit cohérente au regard des exigences de la biologie pour la procréation (une mère et un père). L’accès ouvert aux femmes seules ou vivant en couple impacte nécessairement ce modèle. La loi prévoit des règles spécifiques pour l'établissement de la filiation dans les cas de femmes seules ou de couples de femmes ayant recours à l'AMP.
Accès aux Origines
La loi comporte également un volet concernant l’accès aux origines pour les enfants conçus à partir d’un don de gamètes. Elle met fin à l’anonymat du donneur, principe consacré dans la première loi de bioéthique de 1994. À partir du 1er septembre 2022, les personnes qui souhaitent procéder à un don de gamètes devront consentir expressément à la communication de leur identité et de leurs données non-identifiantes.
La Gestation Pour Autrui (GPA)
La Gestation Par Autrui (GPA) reste interdite dans son principe en France, par une loi de 1994 relative au respect du corps humain. Un article du code civil établit que « toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nulle ».
Utilisation des Cellules du Placenta à des Fins Scientifiques ou Thérapeutiques
La loi encadre strictement le prélèvement et l'utilisation des cellules du sang de cordon ou placentaire, ou des cellules du cordon ou du placenta. Ces prélèvements ne peuvent être effectués qu'à des fins scientifiques ou thérapeutiques, en vue d'un don anonyme et gratuit, et à la condition que la femme, durant sa grossesse, ait donné son consentement par écrit.
Dioxyde de Titane (E171) et Exposition Prénatale
Une étude récente a mis en évidence la présence de nanoparticules de dioxyde de titane (E171) dans le placenta et le méconium de nouveau-nés, démontrant ainsi une exposition prénatale à cette substance. Le E171 est un additif alimentaire utilisé pour ses propriétés blanchissantes et opacifiantes, présent dans de nombreux produits de consommation courante. Bien que son utilisation dans les denrées alimentaires ait été suspendue en France, il est encore présent dans d'autres produits tels que les dentifrices et les cosmétiques.
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Les chercheurs ont démontré que le dioxyde de titane consommé avec les aliments pendant la grossesse passe sous forme de nanoparticules dans le placenta et peut contaminer le fœtus. Ces données soulèvent des questions importantes quant aux risques potentiels pour la santé des femmes enceintes et des nouveau-nés, et pourraient être utilisées par les agences de sécurité sanitaire des aliments pour évaluer le risque d'exposition au E171.
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