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Dermatite Atopique du Nourrisson : Prise en Charge et Conseils

La dermatite atopique (DA), également appelée eczéma atopique, est une maladie inflammatoire chronique de la peau qui touche une grande proportion d'enfants, avec environ 20 % des nourrissons de moins de deux ans concernés. Autrefois appelée eczéma constitutionnel, cette maladie se manifeste par des poussées entrecoupées de périodes d'accalmie et peut avoir un impact significatif sur la qualité de vie de l'enfant et de sa famille. Comprendre les aspects cliniques, les traitements disponibles et les mesures de prévention est essentiel pour une prise en charge efficace.

Aspects Cliniques de la Dermatite Atopique du Nourrisson

La dermatite atopique débute généralement vers l'âge de trois mois, mais parfois dès les premières semaines de la vie. Il est important de reconnaître les signes de la dermatite atopique chez le nourrisson.

Localisation des Lésions

Chez le nourrisson, l'atteinte concerne essentiellement le visage, en particulier les parties bombées comme le front, les joues et le menton, épargnant généralement le centre du visage et le nez. La face externe des bras et les cuisses sont également fréquemment touchées. Dans certains cas, l'atteinte peut être plus diffuse et concerner la quasi-totalité de la surface corporelle.

Les Poussées d'Eczéma

Les poussées commencent souvent par une simple rougeur de la peau accompagnée de démangeaisons. Chez le tout-petit, la démangeaison peut être difficile à reconnaître, mais elle est souvent à l'origine de troubles du sommeil. L'apparition de petites surélévations nombreuses et palpables, responsables d'une rugosité de la peau, complète le tableau d'eczéma. Une phase suintante peut faire suite à cette rougeur, où les surélévations se transforment en vésicules qui se rompent et libèrent un liquide translucide à la surface de la peau. Une phase croûteuse survient ensuite avec la formation de croûtes sur les vésicules rompues.

Diagnostic de la Dermatite Atopique

Le diagnostic de la dermatite atopique est avant tout clinique. Il se base sur l'âge de survenue, le prurit, la sécheresse de la peau, l'aspect et la localisation des lésions, ainsi que la notion de terrain atopique personnel et/ou familial. Les examens complémentaires ne sont pas nécessaires au diagnostic ni à la prise en charge efficace de la maladie. De même, le suivi est essentiellement clinique, et aucun examen complémentaire ne permet d'annoncer à l'avance la disparition ou l'espacement des poussées.

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Prise en Charge Thérapeutique de la Dermatite Atopique du Nourrisson

Le traitement de la dermatite atopique est symptomatique. Il ne vise pas à faire disparaître définitivement la maladie, mais à traiter les symptômes lors des poussées et à prévenir les récurrences par une prise en charge au long cours. L'objectif principal du traitement doit être la restauration de la qualité de vie du patient et de son entourage.

Traitements Locaux

Les traitements locaux (émollients, dermocorticoïdes et inhibiteurs de la calcineurine topiques) sont le plus souvent suffisants pour contrôler la maladie, en particulier chez l'enfant.

Les Émollients

La sécheresse de la peau est l'une des caractéristiques de la DA. L'utilisation d'émollients fait partie intégrante du traitement de fond de la DA car elle permet de prévenir les poussées d'eczéma et l'irritation de la peau en restaurant la fonction de barrière de la peau. L'efficacité des émollients sur la sécheresse cutanée et la prévention des rechutes a été démontrée. Il est recommandé de les appliquer immédiatement après le bain sur une peau légèrement humide, quotidiennement.

L'application des émollients peut devenir un véritable moment d'échange parent-enfant : le parent effectue des massages circulaires du bas vers le haut du corps, sans oublier le dos ni le visage. Il est important de chauffer l'émollient entre ses mains avant de l'appliquer sans frotter.

Les Dermocorticoïdes

Le traitement des poussées repose sur l'utilisation de topiques à base de corticoïdes appelés dermocorticoïdes. Ils permettent de traiter les lésions dès qu'elles apparaissent et sont arrêtés quand elles ont disparu. La galénique (crème ou pommade) et la puissance des dermocorticoïdes prescrits sont déterminés par le médecin, en fonction de l'âge du patient, du type et de la localisation des lésions. Les pommades sont plutôt réservées aux peaux sèches ou épaisses, tandis que les crèmes sont plutôt destinées aux endroits suintants et aux plis. Le niveau d'activité des dermocorticoïdes doit être suffisant pour obtenir une bonne efficacité. L'application doit se faire une fois par jour, le matin ou le soir, sur les zones présentant des lésions. Le traitement doit être poursuivi jusqu'à disparition complète des lésions. Il n'est nécessaire ni de masser ni de mettre une couche épaisse de produit.

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Il est souhaitable de traiter tôt et efficacement une poussée qui commence, plutôt que d'attendre. En effet, le traitement local réduit plus vite l'inflammation donc répare plus vite la barrière cutanée et réduit plus vite la densité de microbes au niveau de la peau. Les risques d'infection sont donc limités grâce à cette restauration rapide de la barrière cutanée. En pratique, il est préférable de prescrire des dermocorticoïdes suffisamment puissants sur des durées courtes. Dès que les lésions ont disparu, il n'est en général plus utile d'appliquer le dermocorticoïde local, et il faut prendre le relais avec une crème émolliente pour hydrater la peau. En cas de nouvelle poussée, les dermocorticoïdes doivent être repris de la même façon.

Dans certains cas, le dermatologue peut adopter une démarche de traitement dite proactive en cas de poussées fréquentes. Dans ce cas, il prescrira une application de dermocorticoïdes deux fois par semaine sur les zones fréquemment atteintes, qu'il faudra poursuivre même après la rémission de la poussée. Cela permet de réduire efficacement le nombre de rechutes et, ainsi, de diminuer la quantité globale de traitement appliqué à long terme.

La Corticophobie

Le principal obstacle au bon suivi du traitement s'appelle la corticophobie : une peur importante vis-à-vis des DC, parfois accompagnée d'un refus d'utilisation, donc d'un échec thérapeutique et d'une aggravation des lésions cutanées. Les parents d'enfants atteints d'eczéma peuvent avoir des échos négatifs sur ces produits de la part de leurs proches, familles, amis, collègues de travail, voire même professionnels de santé eux-mêmes. L'amalgame est souvent fait entre les DC et les corticoïdes par voie générale.

Autres Traitements

Dans les cas de DA modérée à sévère, d'échec des traitements locaux ou de réponse partielle à ces traitements avec persistance d'une altération de la qualité de vie, un traitement systémique (photothérapie, ciclosporine ou méthotrexate ou traitements de nouvelle génération : biothérapies ou inhibiteurs de JAK) peut alors être indiqué.

Le tacrolimus est également un médicament immunosuppresseur. Il est utilisé en traitement local (sous forme de pommade à 0,03 %) dans la dermatite atopique chez les enfants de plus de 2 ans, soit dans les poussées en cas d'intolérance ou d'échec aux traitements habituels, notamment les dermocorticoïdes, soit en traitement d'entretien en cas d'exacerbations fréquentes (plus de 4 poussées par an). Il s'agit d'un médicament d'exception qui ne peut être prescrit que par un dermatologue ou un pédiatre. L'exposition au soleil est déconseillée pendant le traitement.

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Mesures d'Hygiène et Conseils Utiles

Outre les traitements médicaux, certaines mesures d'hygiène et conseils peuvent aider à soulager l'eczéma du bébé et à prévenir les poussées.

Soins d'Hygiène Adaptés

Des soins d'hygiène non agressifs pour la toilette des enfants atopiques sont recommandés. Il est préférable d'utiliser un gel sans savon et non parfumé, de réduire la fréquence des lavages de la peau, d'éviter les bains chauds prolongés et d'utiliser une crème hydratante après la toilette. Une des choses importantes à faire pour traiter l’eczéma du bébé est de bannir les savons parfumés. Ces derniers sont irritants pour la peau du bébé.

Habillement

Il est conseillé d'éviter les textiles irritants (laine, synthétiques à grosses fibres) en contact direct avec la peau et de privilégier le coton et le lin. Il est également important de maintenir une température fraîche dans la chambre à coucher.

Alimentation et Allergies

Aucun régime d'éviction alimentaire ne doit être initié sans un bilan allergologique préalable, particulièrement pour les protéines du lait de vache chez le nourrisson. Sans amélioration à 1 mois, le régime ne doit pas être poursuivi, d'autant qu'il risque d'induire des carences vitaminiques.

Prévention des Complications Infectieuses

Les lésions de grattage de l'eczéma atopique peuvent se compliquer d'une infection bactérienne, le plus souvent causée par le staphylocoque doré. L'infection peut aussi être virale, en particulier par le virus de l'herpès. Il faut par exemple éviter d'embrasser un enfant atteint de dermatite atopique en cas de lésions autour de la bouche jusqu'à guérison complète de celles-ci.

Surveillance et Suivi Médical

Si vous constatez l'apparition de lésions cutanées d'eczéma sur le visage et/ou les membres de votre nourrisson ou de votre enfant, prenez rendez-vous chez votre pédiatre ou votre médecin traitant afin qu'il évalue la sévérité de la dermatite. Il est important de surveiller le poids et la taille du nourrisson atteint de DA, car un ralentissement de la croissance peut témoigner de la présence d'une allergie alimentaire associée ou du retentissement de la dermatite sur la santé de l'enfant.

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