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Dérives eugéniques et histoire de l'IVG : un examen approfondi

L'eugénisme, une notion complexe et souvent controversée, a traversé l'histoire humaine sous diverses formes. Son influence se fait sentir dans des domaines aussi variés que la médecine, la politique et les pratiques sociales. Cet article vise à explorer les dérives eugéniques, en particulier dans le contexte de l'histoire de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), en s'appuyant sur des analyses historiques et éthiques.

Comprendre l'eugénisme : définitions et évolutions

L'eugénisme, tel que défini par Francis Galton en 1904, est la science des facteurs socialement contrôlables qui peuvent élever ou abaisser les qualités raciales des générations futures, aussi bien physiquement que mentalement. Cette définition, bien que formulée il y a plus d'un siècle, continue de susciter des débats et des inquiétudes, notamment en raison de son potentiel d'interprétation discriminatoire.

L'eugénisme à travers l'histoire : des pratiques ancestrales aux dérives modernes

L'eugénisme n'est pas une invention du régime nazi mais correspond à une pratique aussi variée que les cultures et aussi ancienne que l’humanité. L'eugénisme « positif », qui favorise les individus considérés comme les mieux pourvus, fut peut-être la première façon de recourir à des « facteurs socialement contrôlables » pour élever la qualité de la future génération. Ainsi peut-on comprendre la pratique de l’inceste dans les dynasties dominantes des anciens Égyptiens ou des Incas afin de préserver le « sang » royal. Et c’est encore l’eugénisme positif qui veilla aux « mariages supérieurs » dans le club « L’Élite d’Alfred Pichon il y a un siècle, ou qui justifia des pratiques aussi variées que le Lebensborn de l’Allemagne nazie, la banque des spermes de « Nobel » aux Etats-Unis ou l’arrangement des unions entre diplômés à Singapour. La tradition eugénique, et surtout sa version « scientifique » du début de ce siècle est fortement médicale: au moins 70000 personnes « anormales » furent stérilisées dans les pays démocratiques selon Jean Sutter (voir Sutter 1950), et plutôt le double selon des révélations plus récentes (Suède: 62 000, Etats-Unis : 50 000, Norvège: 40 000 …). Même le délire nazi, portant l’eugénisme jusqu’à l’holocauste, s’est largement appuyé sur les médecins et généticiens allemands (Müller-Hill 1989).

Eugénisme et nazisme : une association dangereuse

Si l’on ne peut pas assimiler eugénisme et nazisme, on peut convenir que l’idéologie eugénique, par son refus de l’autre et sa prétention élitiste, se trouve aisément intégrée dans l’idéologie totalitaire. De plus, les traces de la tradition eugénique étant universelles et continues, on doit considérer que cette attitude est naturelle à l’homme.

L'eugénisme aujourd'hui : un défi éthique

Alors, si l’on admet que l’eugénisme est potentiellement criminel, le contenir exige un effort vigilant pour sortir de la barbarie grâce à l’artifice de la civilisation. Cet effort commence avec l’examen sans concession des relents eugéniques dans la médecine contemporaine, et des moyens révolutionnaires prochainement disponibles pour choisir l’humanité. Pourtant il serait utopique, et peut-être même contraire à la dignité humaine, de refuser toute action eugénique quand des souffrances physiques ou mentales quasi permanentes empêchent l’expression de la personnalité ou interdisent toute jouissance. Cependant, cet effort nécessaire pour contenir l’eugénisme passe d’abord par la reconnaissance et l’identification des dérives ou pulsions à l’œuvre dans l’eugénisme médical aujourd’hui. C’est là que le bât blesse, la plupart des médecins contestant toute suspicion eugénique, d’abord parce qu’ils l’identifient au racisme ou au nazisme, plus fondamentalement parce qu’ils admettent que la gestion de la qualité humaine est conforme à leur déontologie.

Lire aussi: PMA : Aspects éthiques

L'IVG : un droit des femmes face aux enjeux éthiques

La légalisation de l'IVG a été une étape cruciale dans la reconnaissance des droits des femmes à disposer de leur corps et à choisir leur maternité. Cependant, cette liberté soulève des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne les dérives eugéniques potentielles.

L'IVG en France : un droit conquis de haute lutte

La pratique de la contraception et de l'avortement a d'abord été un tabou, et à ce titre sévèrement réprimée, puis elle a été tolérée et libéralisée, avant de devenir enfin un droit. Il a fallu que les femmes revendiquent leur liberté individuelle et la liberté de disposer de leur corps pour qu'on parle enfin de contraception et d'avortement. Parmi ces droits, le droit à la contraception et à l'interruption volontaire de grossesse a été l'un des plus difficiles à conquérir. Si tout est allé si vite, c'est parce que les femmes de toutes origines et de tous âges subissaient le même silence, la même culpabilité, le même danger. Ensemble, elles ont fait sortir l'avortement de la sphère du privé pour le revendiquer publiquement, sans craindre la loi, la prison, les menaces, ni les injures. Leurs provocations et leur union l'ont ainsi emporté sur l'intransigeance pour parvenir à cette conquête que le rapport de la Délégation aux droits des femmes qualifie d'irréversible : la loi Neuwirth sur la régulation des naissances du 28 décembre 1967 et la loi du 17 janvier 1975 que l'on doit à la ténacité et au courage de Simone Veil.

L'IVG aujourd'hui : des défis persistants

Le nombre d'interruptions volontaires de grossesse reste élevé dans notre pays : plus de 200 000 par an, et 10 000 grossesses non désirées chez les adolescentes, dont 7 000 débouchent sur une interruption volontaire. Les échecs restent trop fréquents.

Allongement des délais d'IVG : adaptation nécessaire ou risque accru d'eugénisme ?

La Délégation aux droits des femmes a tenté de cerner les motifs conduisant les femmes à dépasser les délais et les solutions recherchées (IVG à la marge des délais légaux, cliniques à l'étranger, interruptions de grossesse pour motifs thérapeutiques). L'allongement des délais d'IVG est une question complexe qui suscite des débats passionnés. Ses partisans mettent en avant la nécessité de prendre en compte les situations de détresse des femmes qui dépassent les délais légaux, tandis que ses détracteurs craignent une banalisation de l'IVG et un risque accru de dérives eugéniques.

Les dérives eugéniques dans le contexte de l'IVG : réalités et fantasmes

La crainte de dérives eugéniques dans le contexte de l'IVG est souvent alimentée par la possibilité de détecter des anomalies fœtales grâce aux progrès de la médecine. Cependant, il est essentiel de distinguer les fantasmes des réalités et d'analyser les pratiques médicales avec discernement.

Deux arguments médicaux pour nier l’existence d’un eugénisme contemporain

Deux arguments médicaux sont avancés pour nier l’existence d’un eugénisme contemporain. D’abord la raison médicale qui fait que les praticiens peuvent être amenés, par exemple, à procéder à l’élimination d’un fœtus en cas de trisomie mais pas en cas de sexe non souhaité. Cet argument selon lequel l’action serait de nature médicale n’est pas nouveau pour justifier l’eugénisme: c’est celui qu’on invoquait depuis 1907 pour stériliser des sourds ou des schizophrènes, et si les progrès de la génétique diagnostique ou de l’échographie fœtale ont largement augmenté l’acuité eugénique, il reste que l’infanticide d’un nouveau-né mal formé à Sparte était déjà pourvu d’une justification médicale… Ce qui nous amène à réfuter l’argument médical qui prétend que le terme même d’eugénisme ne saurait qualifier certaines pratiques actuelles sous prétexte qu’elles sont réalisées avec le consentement des ayants droit. L’autre argument est que l’action eugénique moderne est individuelle et non collective. Or, sauf pour le génocide de populations entières (et sans raison médicale), l’eugénisme historique a toujours visé des individus. Ainsi chaque enfant exposé de l’antiquité ne méritait ce sort qu’après avoir été examiné à la naissance par le père ou par un conseil des sages. Ainsi les pays démocratiques n’ont jamais établi de listes des caractéristiques justifiant l’exclusion (ces listes seraient contraires aux conventions et lois qui régissent les Droits de l’homme), et c’est seulement selon un « consensus médical » non écrit que les médecins peuvent conseiller ou accepter l’élimination d’un fœtus porteur de telle ou telle pathologie, comme ce fut le cas pour l’infanticide au cours des siècles passés (Pichot et Testart 1999). En dehors du régime nazi, seuls le Japon (dès l’après-guerre) et la Chine (très récemment) ont publié l’inventaire des « tares » qui justifient la stérilisation ou l’avortement. Pourtant on ne peut réserver aujourd’hui la qualification (infamante?) d’eugéniste à ces seuls pays asiatiques, sous prétexte que dans ces cultures différentes on a eu l’imprudence ou l’audace d’afficher les caractéristiques des indésirables. Les critères de normalité sont largement consensuels dans une population donnée et alors ils diffèrent peu de critères d’État. Plus encore que pour les modes (vêtement, alimentation, culture…), l’espace de liberté du citoyen est très réduit s’il s’agit de choisir l’enfant: qui souhaiterait procréer un trisomique, qui préférerait un enfant petit, laid ou fragile? Aussi est-il trompeur de prétendre que des actes médicaux échapperaient à l’eugénisme par le fait même qu’ils résultent d’un examen individuel. Faut-il rappeler que les stérilisations eugéniques du début du XXe siècle, aux États-Unis comme en Europe, étaient pratiquées sur dossier individuel, avec l’expertise avisée de médecins? De même, l’exigence d’une demande ou d’un consentement des patients n’empêche pas l’action médicale de s’inscrire dans l’eugénisme. Bien sûr, une telle exigence est désormais impérative mais elle ne saurait suffire à affirmer la liberté ou le bien fondé des choix individuels: il est plus facile d’accepter une norme sociale que de revendiquer sa différence, ou celle de son enfant, et c’est seulement là où la pression normative rencontre des résistances qu’elle pourrait être contenue.

Diagnostic préimplantatoire (DPI) : progrès médical ou dérive eugéniste ?

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est une technique qui permet de vérifier l'absence de maladie génétique grave sur une cellule d'un embryon avant de réimplanter ce dernier dans l'utérus maternel. Si le DPI peut être considéré comme un progrès médical pour les couples ayant des antécédents familiaux de maladies génétiques graves, il soulève également des questions éthiques quant à la sélection des embryons et au risque de dérive eugéniste.

Sélection du sexe : une pratique aux conséquences potentiellement graves

Contrairement à certains lieux communs, les actions qui n'ont pas vocation à sélectionner des traits héritables sont étrangères à l'eugénisme. Il en va ainsi pour la sélection du sexe (comment obtenir des descendants dans une population unisexe?), comme pour la réduction embryonnaire ou pour l'IVG (sauf si l'IVG concernait une population particulière) car ces techniques ne comportent aucun choix des embryons éliminés. La sélection du sexe, bien que non directement liée à l'eugénisme au sens strict, peut avoir des conséquences démographiques et sociales graves, notamment en favorisant un déséquilibre entre les sexes.

Contraception et IVG des mineures : aménager l'obligation de l'autorisation parentale

La situation des mineures confrontées à une grossesse non désirée est particulièrement délicate. La loi française exige l'autorisation parentale pour l'IVG des mineures, mais des aménagements sont nécessaires pour garantir leur accès à ce droit dans des conditions respectueuses de leur autonomie et de leur santé.

Les mineures face à l'IVG : une situation préoccupante

Le problème des adolescentes confrontées à une grossesse non désirée est préoccupant : 10 000 chaque année, dont 7 000 se terminant par une IVG. La situation d'une jeune fille qui entre dans la vie avec l'expérience traumatisante d'une IVG exige qu'une attention particulière lui soit apportée par un aménagement de l'obligation de l'autorisation parentale.

Aménager l'obligation de l'autorisation parentale : un impératif éthique

Avec une jeune fille qui dit ne pas pouvoir obtenir l'autorisation parentale, le médecin prendra le temps du dialogue. Il tentera de la convaincre qu'il serait mieux pour elle que ses parents puissent l'accompagner dans cette période difficile de son existence. Pour l'accompagner tout au long de cette période difficile, elle choisira, après en avoir discuté au cours de l'entretien préalable, un adulte qui pourra être l'un des professionnels du centre qu'elle a choisi pour avoir recours à l'IVG, ou un adulte de son entourage proche.

Eugénisme et procréation médicalement assistée (PMA) : un terrain fertile aux dérives

La procréation médicalement assistée (PMA) offre de nouvelles possibilités aux couples infertiles, mais elle soulève également des questions éthiques quant à la sélection des gamètes et des embryons, et au risque de dérives eugéniques.

Don de gamètes : vers un modèle d'eugénisme contemporain ?

Les règles « éthiques » du don de sperme en France (secret et anonymat) ont conduit ses praticiens à créer un modèle de l’eugénisme contemporain. La sélection des donneurs d’abord (avec bilan sanitaire mais aussi génétique), puis l’appariement de tel donneur avec telle receveuse (respectant la similitude avec le père social mais aussi évitant la rencontre de « facteurs de risque » génétique) ont entraîné les médecins dans une spirale eugénique sans fin (Testart 1993). En effet, la responsabilité médicale est exorbitante quand il s’agit de décider l’origine biologique d’un enfant. C’est ainsi que les banquiers en sperme sont amenés à « apparier » des couples en exigeant l’anonymat du donneur de sperme mais en compensant les incertitudes et les responsabilités liées à cet anonymat par l’évitement de risques biologiques communs aux deux partenaires: tel donneur, bon pour le service de sperme mais ayant avoué un oncle asthmatique, ne saurait convenir pour inséminer telle femme dont le grand-père présenta la même pathologie. Ce type de questionnement n’étant pas de mise dans les unions non médicales, cela suffit pour montrer la nature eugénique de l’insémination artificielle avec donneur (IAD) selon les règles éthiques que la France lui a données. Si le couple stérile proposait lui-même un familier lui offrant ses spermatozoïdes, toute malfaçon de l’enfant ne saurait être imputée aux médecins, mais l’anonymat du donneur entraîne l’appariement médicalisé, qui impose des précautions particulières, lesquelles conduisent à une attitude d’eugénisme négatif. À l’évidence, la liste des facteurs défavorables ne peut qu’augmenter avec la connaissance de nouvelles pathologies contaminantes (par exemple Sida, hépatites, prions, etc.) et surtout avec la mise en évidence de nouveaux risques héréditaires (maladies à composante génétique). Remarquons que les couples stériles demandeurs d’IAD ne participent aucunement à ces mesures précautionneuses d’appariement qu’ils semblent même ignorer.

ICSI : une résistance fondée sur des motifs eugéniques ?

L’exemple de l’opposition à l’ICSI (Intracytoplasmic Sperm Injection) est intéressant puisqu’il montre qu’on peut aussi refuser une nouvelle technologie pour des motifs eugéniques. L’ICSI permet de réussir la fécondation, malgré la stérilité masculine, en injectant un gamète mâle directement dans l’ovule. Parmi les anomalies génétiques variées qui seraient liées à la stérilité masculine, certaines pourraient être à l’origine de pathologies graves chez l’enfant né de la procréation médicalisée. Ainsi des trisomies, par déséquilibre d’une anomalie paternelle bénigne (translocation chromosomique), ou de la mucoviscidose par cumul d’un gène muté paternel (mutation fréquente chez les hommes stériles) avec le même gène muté maternel. Ces accidents sont en général évitables grâce au bilan génétique du père et à un conseil génétique prénatal si nécessaire. À l’issue de plusieurs milliers de naissances après ICSI (en France, 5000 enfants sont ainsi conçus chaque année), il apparaît que le risque d’induire des malformations est très faible, et on craint surtout la transmission de la stérilité paternelle (« stérilité héréditaire ») dans les cas où celle-ci a une composante génétique. Pourtant les commentaires alarmistes ne cessent pas et vont jusqu’à vanter les avantages de l’IAD avec un donneur de sperme dûment contrôlé plutôt que l’ICSI avec les gamètes souffreteux du conjoint stérile. Ce jugement est contraire aux lois de bioéthique qui prévoient justement que « la procréation avec tiers donneur ne peut être pratiquée que comme ultime indication lorsque la PMA à l’intérieur du couple ne peut aboutir ». Il fait aussi bon marché des problèmes spécifiques à l’IAD (frustration paternelle, enfant privé d’origine, dérive eugénique). La stérilité ne constitue plus une malédiction imparable et la stigmatisation de sa propagation pourrait s’étendre à d’infinies caractéristiques que chacun préférerait éviter: peut-on aussi prendre le risque d’aider la procréation de personnes atteintes de diabète, de myopie ou d’obésité, toutes ces affections ayant une composante génétique? C’est en quoi la résistance à l’ICSI relève encore de l’idéologie eugénique. L’irruption de la technique d’ICSI permet de proposer une descendance à des hommes jusqu’ici considérés comme des « impasses génétiques », mais l’éventualité d’une transmission de la stérilité vient s’opposer à la conception moderniste de l’homme de qualité (Testart 1999). Une chose est d’informer honnêtement les couples sur ce qu’on croit savoir et ce qu’on sait ignorer quant aux risques de la PMA (Procréation médicalement assistée). Une autre chose est de les condamner à leur stérilité, ou de substituer au père un donneur de sperme médicalement calibré, deux solutions de remplacement également eugéniques. Remarquons que la stimulation hormonale pour aider la conception des femmes anovulatoires, développée depuis quarante ans, n’a jamais été critiquée, ni même suspectée d’un tel potentiel dysgénique, malgré l’origine génétique vraisemblable de certaines carences à ovuler.

Tri des embryons par diagnostic préimplantatoire (DPI) : une nouvelle voie pour la sélection a priori des enfants

Le troisième exemple est celui du tri des embryons par diagnostic préimplantatoire (DPI). Il s’agit d’une nouvelle voie pour la sélection a priori des enfants, et cette innovation modifie radicalement la faisabilité et l’efficacité de l’eugénisme médical (Testart 1992). Rappelons que l’exclusion d’un « mauvais géniteur » hors du circuit procréatif (par stérilisation par exemple) n’a pas de véritable pouvoir eugénique tant la plupart des individus, même « tarés », sont capables de produire des gamètes de toutes les qualités génétiques. Les loteries génétiques successives qui caractérisent la fabrication de ce… PolitiqueLa bioéthiqueBioéthique. Des députés de la majorité veulent élargir cette technique à la recherche d'anomalies du nombre de chromosomes. Agnès Buzyn craint une "dérive eugénique".

L'eugénisme dans les sciences sexuelles : une convergence dangereuse

Dans les années 1920, les sciences sexuelles croisent l’eugénisme, notamment dans la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle (LMRS). Cette ligue compte parmi ses membres plusieurs médecins de renom mentionnés précédemment, parmi lesquels Havelock Ellis et Norman Haire - qui en ont été présidents -, les steinachiens Magnus Hirschfeld, Peter Schmidt ou Harry Benjamin, mais aussi des militants du mouvement pour le contrôle des naissances et des néomalthusiens que nous retrouverons dans le prochain chapitre. La LMRS s’est avérée un espace de rencontre propice à la diffusion des multiples usages de la stérilisation masculine. Le présent chapitre montre de quelle manière, en son sein, la stérilisation eugénique masculine a pleinement constitué un projet de réforme sexuelle qui visait non seulement à l’amélioration de la qualité humaine mais aussi à la transformation des rapports sociaux.

La Ligue mondiale pour la réforme sexuelle (LMRS) : un carrefour d'idées eugénistes

Entre 1928 et 1933, la vie de la LMRS s’est essentiellement organisée autour de quatre congrès1. Parmi les nombreuses thématiques qui y sont abordées, la stérilisation masculine n’a pas une place anodine. Étudiée surtout pour ses prétendues vertus revitalisantes et ses applications eugéniques, elle est beaucoup plus marginalement évoquée en tant que méthode anticonceptionnelle. Elle n’en est pas moins considérée comme un instrument susceptible de modifier les rapports entre femmes et hommes et, selon certains, d’agir sur les rapports de classe. Au sein des sections de la Ligue organisées au niveau national, la stérilisation est abordée de façon inégale. Nous nous intéresserons ici à la section espagnole puis à la section française.

Hildegart : une figure controversée de l'eugénisme féminin

La secrétaire de la section espagnole de la LMRS, Hildegart, a la particularité d’avoir développé un projet de réforme sexuelle en partie basé sur le recours à la stérilisation masculine. Ses théories et sa destinée tragique mettent en exergue les dérives eugénistes d’une partie du mouvement pour la réforme sexuelle en même temps qu’elles apportent un exemple de la synthèse de l’eugénisme et d’une frange du féminisme radical. De plus, c’est - enfin ! - la voix d’une femme que l’on peut entendre au sujet de la stérilisation masculine. La courte histoire de la section française de la LMRS nous permettra quant à elle d’observer concrètement comment les idées en matière de stérilisation eugénique circulent au sein du mouvement.

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