Introduction
La dépression post-partum, un trouble complexe affectant les femmes après l'accouchement, mérite une attention particulière. Cet article vise à définir ce trouble selon la Classification Internationale des Maladies (CIM-10) et à explorer ses aspects diagnostiques et de prise en charge.
Dépistage de l'Épisode Dépressif Caractérisé (EDC)
Le dépistage est une étape cruciale dans l'identification précoce de la dépression post-partum. Le Patient Health Questionnaire (PHQ-2) est un outil simple et efficace pour ce dépistage. Il consiste en deux questions clés :
- Au cours du dernier mois, avez-vous éprouvé peu d'intérêt ou de plaisir à faire les choses ?
- Vous êtes-vous senti triste, déprimé ou désespéré ?
Une réponse positive à au moins une de ces questions est évocatrice d'un EDC et nécessite une évaluation plus approfondie avec le PHQ-9. Chez les sujets âgés, la Geriatric Depression Scale (GDS-15) peut être utilisée, bien que son niveau de preuve soit faible.
Démarche Diagnostique selon CIM-10 et DSM-5
Le diagnostic positif de la dépression post-partum repose sur la présence de tous les critères A à G, adaptés du CIM-10 et du DSM-5 :
A. Symptômes
Au moins 4 des symptômes suivants doivent être présents tous les jours, presque toute la journée :
Lire aussi: Traitements Efficaces contre la Dépression Post-Partum
- Au moins 2 symptômes dépressifs principaux :
- Humeur dépressive : tristesse et/ou sentiment de vide et/ou pleurs (presque tous les jours).
- Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir : pour toutes ou presque toutes les activités.
- Perte d'énergie, augmentation de la fatigabilité.
- Et au moins 2 symptômes dépressifs supplémentaires :
- Perte d'appétit.
- Baisse de la confiance en soi.
- Sentiment de culpabilité, d'inutilité.
- Perspectives négatives et pessimistes pour le futur.
- Troubles du sommeil.
- Diminution de la capacité d'attention et de concentration.
- Pensées de mort récurrentes ou idées suicidaires.
B. Évolution
Les symptômes doivent être présents depuis au moins 2 semaines.
C. Changement par rapport à l'état antérieur
Les symptômes doivent constituer un changement par rapport à l'état antérieur de la patiente.
D. Détresse et Altération du Fonctionnement
Les symptômes doivent induire une détresse cliniquement significative et/ou altérer le fonctionnement de la patiente.
E. Exclusion d'Origine Organique ou Toxique
Les symptômes ne doivent pas être attribuables à une origine organique ou toxique. Il est crucial d'éliminer les diagnostics différentiels.
F. Exclusion de Trouble Psychotique
L'épisode ne doit pas répondre aux critères diagnostiques d'un trouble psychotique.
Lire aussi: Guide Essentiel : Dépression Post-Partum
G. Absence d'Épisode Maniaque ou Hypomaniaque
Il ne doit jamais y avoir eu d'épisode maniaque ou hypomaniaque.
Évaluation du Risque Suicidaire
L'évaluation du risque suicidaire est une composante essentielle de la démarche diagnostique. Des questionnaires tels que le PHQ-9 (question 9) et la Columbia-Suicide Severity Rating Scale peuvent être utilisés. Il est crucial de poser des questions directes sur les idées suicidaires, les plans et les moyens envisagés. Le fait de poser ces questions ne renforce pas le risque suicidaire. Le risque suicidaire doit être réévalué régulièrement.
En fonction du niveau d'urgence, différentes prises en charge sont possibles :
- Urgence faible (traitement ambulatoire possible) : Relation de confiance établie, désir de parler, recherche de solutions, pensées suicidaires sans scénario précis, stratégies de coping présentes.
- Urgence moyenne (soins psychiatriques spécialisés ambulatoires ou hospitaliers) : Équilibre émotionnel fragile, intention suicidaire claire, scénario suicidaire envisagé, sentiment de désespoir, besoin d'aide, isolement.
- Urgence élevée (hospitalisation en ambulance ± sous contrainte) : Passage à l'acte planifié, coupure émotionnelle, immobilisation ou agitation, douleur omniprésente, accès à un moyen de suicide, sentiment d'avoir tout essayé, isolement.
D'autres signes d'alerte incluent une tentative de suicide récente, un âge avancé (> 75 ans) et le syndrome présuicidaire de Ringel. En cas de doute, il est recommandé d'appeler le 3114, le numéro national de prévention du suicide.
Diagnostics Différentiels
Il est impératif d'éliminer les diagnostics différentiels avant de conclure à une dépression post-partum. Cela implique :
Lire aussi: Guérir de la dépression post-partum
- Recherche d'une prise de toxiques : alcool, cannabis, amphétamines, cocaïnes, hallucinogènes…
- Recherche d'un autre trouble psychiatrique : trouble psychotique, trouble bipolaire, personnalité état-limite, trouble anxieux, addictions, schizophrénie, TOC.
- Enquête médicamenteuse : corticoides, finastéride, interféron, bêta-bloquants, contraception hormonale…
- Examen neurologique : tumeur, SEP, démence, AVC.
- Recherche de signes évocateurs d'une pathologie endocrinienne : hypoglycémie, troubles ioniques, dysthyroïdie, hypercorticisme, maladie de Wilson…
Des examens paracliniques peuvent être indiqués, surtout en cas de début aigu ou de point d'appel clinique. Ces examens peuvent inclure :
- Biologie sanguine : glycémie, ionogramme, calcémie, créatinine, NFS, CRP, TSH, bilan hépatique.
- Toxiques urinaires : cannabis, cocaïne, opiacés, amphétamines.
- Autres : IRM, EEG.
Évaluation de la Sévérité
L'évaluation de la sévérité de l'épisode dépressif est essentielle pour adapter la prise en charge. Les critères de la Haute Autorité de Santé (HAS) prennent en compte le nombre de symptômes et le retentissement fonctionnel :
- Épisode dépressif léger : 2 symptômes principaux + 2 symptômes supplémentaires, retentissement léger sur le fonctionnement.
- Épisode dépressif modéré : 2 symptômes principaux + 3-4 symptômes supplémentaires, dysfonctionnement intermédiaire.
- Épisode dépressif sévère : 3 symptômes principaux + ≥ 4 symptômes supplémentaires, perturbation nette des activités professionnelles, sociales ou relationnelles.
D'autres échelles d'évaluation de la sévérité incluent l'échelle de Hamilton et le PHQ-9.
Prise en Charge de l'Épisode Dépressif Caractérisé
La prise en charge de la dépression post-partum doit être adaptée à la sévérité de l'épisode et aux besoins de la patiente. Elle peut inclure :
- Éducation : Information sur la dépression post-partum, son évolution et les options de traitement.
- Psychothérapie structurée : Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou thérapie interpersonnelle (TIP).
- Antidépresseurs : Ils peuvent être prescrits en cas de dépression modérée à sévère, en tenant compte des bénéfices et des risques, notamment en cas d'allaitement.
- Soutien social : Implication du conjoint, de la famille et des amis. Groupes de soutien pour les mères.
- Hospitalisation : Elle peut être nécessaire en cas de risque suicidaire élevé ou de symptômes psychotiques.
tags: #depression #du #post #partum #cim #10