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Denis Ledogar: Biographie d'un homme de cœur au service des autres

Introduction

Denis Ledogar, une figure emblématique de Strasbourg, est connu pour son engagement auprès des malades et des personnes en fin de vie. Son parcours atypique, allant d'infirmier anesthésiste à aumônier d'hôpital, témoigne d'une vocation profonde et d'un dévouement sans faille. Surnommé "Père la Tendresse", il incarne l'humanisme et la compassion dans un monde souvent confronté à la souffrance et à la mort.

Jeunesse et formation

Denis Ledogar est le fils d’Ernest L. et de Joséphine Bertrand. Il a passé son enfance à Uberach, le village de sa famille. Après sa scolarité primaire à l’école communale d’Uberach, berceau de sa famille, il a poursuivi des études à l’Alumnat Sainte-Odile, le petit séminaire des Pères Augustins de l’Assomption, à Scherwiller, puis aux collèges de Matzenheim et de Saint-Etienne à Strasbourg. Après avoir obtenu son baccalauréat, il entreprend, en 1974, des études d’infirmier à l’école Sainte-Marie, un établissement géré par les sœurs de la Toussaint. Il sort avec son diplôme d’État en 1977.

Carrière professionnelle

Son diplôme obtenu en 1977, il a occupé son premier poste en chirurgie B des Hospices Civils où il a acquis, en 1981, la spécialité d’infirmier anesthésiste. Il commence sa carrière professionnelle en réanimation, puis complète sa formation avec un diplôme d’État d’infirmier-anesthésiste, obtenu en 1981, avant d’être affecté comme tel au CHU de Hautepierre où ses fonctions l’ont appelé des années durant dans les différentes salles d’opérations. Il se lance ensuite dans des études de théologie tout en continuant à travailler à mi-temps, notamment comme moniteur à l’école d’anesthésie.

Tout en exerçant son activité professionnelle, Denis L. devait confirmer une vocation religieuse ressentie depuis sa jeunesse et entreprit son noviciat à partir de 1977 auprès des Augustins de l’Assomption à Strasbourg. Il est ordonné prêtre par Mgr Brant à la cathédrale de Strasbourg, le 30 juin 1986. Il deviendra ensuite aumônier catholique de l’hôpital civil de Strasbourg et aumônier de la Providence, un établissement confessionnel privé de Strasbourg.

Aumônier à l'hôpital de Hautepierre

En 1988, L. a retrouvé le CHU de Hautepierre dont il a inauguré l’équipe d’aumônerie. L’évêque Brant lui demande, par la suite, de monter une pastorale de la santé pour accompagner les malades de Hautepierre, en 1988, avec une équipe de deux prêtres, deux aumônières et une vingtaine de bénévoles. Dans ses nouvelles fonctions, il a fait peu à peu le tour de tous les services, a rencontré les malades de tous âges, toutes origines et toutes conditions, a partagé leurs peines, leurs angoisses, apporté son réconfort, les aidant à surmonter leur désespoir jusqu’à les assister pour leurs derniers instants. Pendant toutes ces années, il a étroitement associé les familles et proches des malades à ses démarches qui se sont orientées de plus en plus vers l’accompagnement des personnes en fin de vie. En 1991, il a créé une équipe d’accompagnement des malades hospitalisés et participé à la formation des personnels hospitaliers en soins palliatifs.

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Aumônier d'hôpital à Strasbourg, le père Denis Ledogar côtoie la mort au quotidien depuis plus de 30 ans.

Philosophie et engagement

De son ministère de prêtre en milieu hospitalier, Denis L., « compagnon des malades en fin de vie », a tiré une grande leçon de tolérance qui ne fait pas de différence devant la mort « il est fondamental de respecter l’intégrité morale, spirituelle, philosophique de chacun » a-t-il écrit. « Je ne m’intéresse pas à la religion des patients, mais à leur souffrance. Toute personne, quelle que soit sa couleur de peau, ses croyances, ses pratiques sexuelles, est une histoire sacrée qui mérite qu’on lui manifeste beaucoup de respect », insiste le père Denis Ledogar, aumônier catholique du centre hospitalier de Hautepierre à Strasbourg. Cet établissement dispose d’un millier de lits et enregistre, en moyenne, trois décès par jour. « J’accompagne celui qui accepte de me laisser une petite place à ses côtés et je ne sais jamais où le malade va conduire notre rencontre… Je n’ai souvent pas la réponse, nous allons cheminer ensemble ; mais s’il m’interro-ge, je lui donne mon avis avec beaucoup d’humilité », poursuit Denis Ledogar.

« Ce qui est sacré, c'est l'être humain! Il passe avant toute règle, fût-elle religieuse ou ecclésiastique", proclame ce "passionné du Christ" de 57 ans, chaleureux et souriant, qui se définit comme un "homme de coeur avant d'être un homme de culte". Vêtu le plus souvent du pyjama vert du personnel soignant, Denis Ledogar tente "d'instiller un goutte-à-goutte d'amour" aux malades, par son écoute, une prière, un rituel ou un geste de tendresse. A travers cette mission "entre l'affectif et le spirituel", il noue des relations souvent très profondes avec des patients pas forcément pratiquants, voire non croyants.Cet "humaniste" ne revêt ses habits sacerdotaux que pour célébrer la messe, dans la chapelle de l'immense hôpital de Strasbourg-Hautepierre. Mais il confie être incapable de "s'enfermer trois heures dans une chapelle pour prier". "Ma prière, c'est de rencontrer les gens, de soulager la souffrance", résume l'ancien infirmier, qui a créé il y a 20 ans une association, Semeurs d'étoiles, pour aider matériellement les familles des enfants malades.

Réflexions sur la fin de vie

Sa longue expérience du monde hospitalier lui a valu de devenir un spécialiste bien connu au-delà de l’Alsace, de toute la problématique de la fin de vie et un défenseur reconnu des soins palliatifs face aux tenants de l’euthanasie. De cette confrontation permanente avec la maladie et la mort, le père Ledogar a tiré plusieurs livres, et la matière de nombreuses conférences. Dans ses interventions publiques, l'aumônier fait part de sa révolte face à la souffrance, qui "n'est pas rédemptrice et n'a pas de sens". De sa conviction qu'"il faut oser parler de la mort", que "mourir ne doit jamais être un voyage solitaire, privé d'humanité et d'amour". Et que chacun peut "se préparer au grand départ", notamment en pratiquant une relecture positive de sa vie, "car on a tous envie de sortir proprement de ce monde". Il évoque aussi l'euthanasie, en termes nuancés: "dans des cas où la souffrance physique ne peut être soulagée, je peux comprendre qu'un patient en situation incurable demande qu'on l'aide à partir", explique-t-il. Tout en estimant qu'il serait "peut-être dangereux de légiférer sur ce point, d'écrire dans une loi qu'on peut donner la mort". Après toutes ces années, le père Ledogar avoue qu'il "ne connaît pas la mort" et "n'a pas de certitudes". Il se contente d'aller "jusqu'au bout de ce côté, celui de la vie".

Reconnaissance et distinctions

Surnommé "Père la tendresse", il a été élu "homme de l'année 2000" par le Club de la presse strasbourgeoise et a reçu en 1999 le prix d'honneur de la Fondation Alsace.

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Publications

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, notamment Au chevet des malades (Presses de la Renaissance, 2003) et La tendresse pour tout bagage (Presses de la Renaissance, 2000 ; Pocket, 2003). Celui qui est surnommé " Père la Tendresse " est notamment l'auteur du best-seller La Tendresse pour tout bagage et de Au chevet des malades, publiés aux Presses de la Renaissance.

Anecdotes et traits de personnalité

Il sourit en évoquant son principal défaut : « Je suis toujours en retard… même si ce n’est que de quelques minutes, y compris lorsque je célèbre des messes, ici à la chapelle de l’hôpital. Ce qui a fait dire à mon ancien patron qu’il était persuadé que je serais également en retard le jour de mes funérailles ! Au début de sa pastorale, il faisait « des visites systématiques dans les chambres. Il ne m’est arrivé qu’à deux reprises, en trente ans, d’essuyer un refus. Lorsque je viens visiter un malade catholique, je m’intéresse à son voisin de chambre. Si celui-ci est juif ou musulman, je lui propose les services du rabbin ou de l’imam », explique Denis Ledogar.

Denis Ledogar admet qu’il rencontre « des croyants qui n’ont aucune crainte au moment de la mort : Dieu fait partie de leur existence. Je suis émerveillé devant cette foi du charbonnier ! » Et les discussions sont enri-chissantes, glisse-t-il comme « lors-que nous abordons les grandes questions récurrentes de l’humanité avec le personnel soignant, avec les médecins ou les chirurgiens, dont beaucoup sont des pointures scientifiques et qui s’interrogent constamment sur leur existence, leur attitude ou leur démarche ». « Je sais naturellement prendre du recul, c’est un don qui me préserve. Il est vrai qu’étant célibataire, je ne peux déposer mon fardeau en famille. Alors je le partage avec mes confrères assomptionnistes - car je vis en communauté -, avec des amis et lors de moments de convivialité, au ski notamment. Je me coupe également de tout en effectuant des voyages en Antarctique, au Groenland, en Alaska, en Australie… Sinon je pète les plombs !, avoue-t-il trivialement. Je puise également beaucoup dans la prière : je veux vivre l’Évangile dans le concret et la vie prend alors du sens.

De son enfance dans une famille très pauvre mais aimante, marquée par la maladie de sa mère et l'alcoolisme de son père, Denis Ledogar confie avoir tiré une "hypersensibilité à la souffrance des autres". Dès 8 ans, il veut devenir prêtre. ll le sera à 29 ans, en même temps qu'aumônier, après plusieurs années passées à l'hôpital comme infirmier anesthésiste: tout en étudiant la théologie, il travaillait alors dans un SAMU et un service de chirurgie cardio-vasculaire. "Dans mon équipe, c'est toujours à moi qu'on demandait d'annoncer un décès à la famille. Mes collègues avaient compris que je ne me dérobais pas, que je savais tenir des propos simples et humains".

Opinions et prises de position

« On ne parle pas souvent politique avec les patients, cela arrive davantage avec les bien portants, les soignants, les familles. En fin de vie, tout cela devient secondaire, le malade veut aller vers l’essentiel : car là, il ne peut plus tricher. Il se demande ce qu’il y a de l’autre côté de la porte… », relève-t-il. Il précise qu’il préfère d’ailleurs ses dialogues avec les incroyants et avec les personnes qui doutent, qui s’interrogent davantage, plutôt qu’avec les croyants, quelle que soit leur religion. « Je me sens bien avec les chercheurs de Dieu, ceux qui n’ont pas de certitudes absolues, avec les questionneurs de Dieu. Je me sens en phase avec eux et je me sens mieux avec des incroyants, avec des “borderlines” de la religion, plutôt qu’avec des religieux ou ses fanatiques de tous bords parce qu’avec ces derniers, on n’avance pas : ils affirment savoir, ce qui limite les discussions.

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Il avoue qu’il a été secoué lors de l’épidémie du Sida qui a débuté au milieu des années 1980. Avant l’arrivée des trithérapies, il voyait mourir beaucoup de jeunes gens de son âge : « J’ai appris le respect de chacun, de respecter leurs pratiques sexuelles, entre personnes du même sexe, sans porter de jugement. Je retrouve ainsi les valeurs qu’on m’a inculquées : la tolérance, l’humanisme, l’accueil de l’étranger… Et là je retrouve mon Alsace, qui n’est pas celle qui est séduite par le Front national ! On ne peut pas être chrétien et adhérer aux idées de ce parti », lance-t-il sans ambages.

Dès les années 1980, à une époque où le sida faisait des ravages dans son hôpital, il a prôné l'usage du préservatif. "J'écoute ce que dit ma hiérarchie, mais je me sens libre de m'exprimer si je ne suis pas d'accord. Je ne recrache pas le discours officiel", expose calmement le prêtre.

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