La procréation médicalement assistée (PMA) est devenue une réalité de plus en plus courante en France, offrant un espoir à de nombreux couples et femmes seules désirant un enfant. Cependant, derrière les succès se cachent des défis importants, des inégalités d'accès et des questionnements éthiques. Cet article explore les chiffres clés de la PMA en France, les raisons de la forte demande, les obstacles rencontrés par les candidats, et les perspectives d'avenir.
L'Essor de la PMA en France : Un Aperçu des Chiffres Clés
En France, la PMA a connu un essor considérable, notamment depuis l'élargissement de son accès à toutes les femmes en 2021 grâce à la loi bioéthique. En 2023, 3,9 % des naissances en France sont obtenues grâce à une procréation médicalement assistée (PMA). La proportion d’enfants conçus par PMA augmente de manière continue et régulière depuis la naissance en 1982 du premier bébé français issu d’une fécondation in vitro (FIV).
En 2021, selon l'Agence de la biomédecine, le taux d'accouchement après une insémination réalisée sans don de gamètes était de 10,9%. Pour une FIV classique, il était de 20%.
Selon l’INSEE, en 2021, 742 052 nouveau-nés ont vu le jour en France, dont 27 609 ont été conçus par PMA. Parmi eux, 36,3%, soit 10.014 enfants, sont nés après un transfert immédiat d’embryons issus d’une FIV, 42,3% après une décongélation embryonnaire et 21,4% par insémination intra-utérine. Les enfants nés après une PMA représentent ainsi 3,7% des enfants nés en 2021. Le pourcentage était de 2,7% en 2020.
La révision de la loi de bioéthique en 2021 a en effet autorisé toutes les femmes à y avoir recours, sans motif médical. Elle a également accordé le droit d’accès aux origines aux enfants nés par PMA avec tiers donneur. Enfin, depuis 2021, la conservation des gamètes sans motif médical est autorisée pour les femmes et les hommes.
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Ces tentatives de PMA enregistrées pour l’année 2021 se répartissent entre les inséminations intra-utérines, dans 29% des cas, les fécondations in vitro (FIV), avec micro-injection (ICSI) pour 42.265 tentatives ou sans micro-injection pour 21.145. Enfin, les décongélations d’embryons s’élèvent à 50.829 tentatives, correspondant à 31,3% du total. Le nombre de décongélations d’embryons en vue d’un transfert (TEC) augmente chaque année.
Les tentatives de PMA sont réalisées avec les gamètes des deux membres du couple dans 96,6% des cas, indique le rapport. En 2021, on recense 2661 tentatives réalisées avec un don d’ovocyte, 4307 avec un don de spermatozoïdes. Enfin, 127 embryons issus d’un don ont été décongelés, entraînant la naissance de 37 enfants.
Au 31 décembre 2021, on dénombrait 285 972 embryons stockés pour 98 088 couples. Dans 78,9% des cas les embryons sont congelés dans le cadre d’un « projet parental ». Dans 9,8% des cas, en l’absence de « projet parental », les embryons seront donnés à la recherche, accueillis par un autre couple ou détruits. Au cours de l’année 2021, 633 nouveaux couples ont consenti à ce que leurs embryons soient accueillis par d’autres, ce qui représente potentiellement 1 533 embryons conservés. Enfin, 11,3% des embryons, soit 32.328 embryons conservés, ne font l’objet d’aucune décision, soit que les parents n’informent pas l’ABM de leur décision, soit à cause d’un désaccord au sein du couple.
Concernant la conservation des ovocytes, en 2021 le nombre de prélèvements en vue de don a augmenté de 88 % par rapport à 2020. Au 31 décembre 2021, on dénombrait 3 111 couples en attente de don d’ovocytes. Pour les gamètes masculins, le stock détenu par les centres au 31 décembre 2021 est de 99 885 paillettes de spermatozoïdes attribuables.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi, en septembre 2021, près de 2 000 premières tentatives de procréation médicalement assistée avec don de spermatozoïdes ont été réalisées au bénéfice de couples de femmes ou de femmes seules. L’introduction en France, en 2021, de la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes avait donné lieu, fin 2022, à quelque 22 800 demandes de premières consultations de la part des couples de femmes ou de femmes seules, selon des chiffres publiés par l’Agence de la biomédecine.
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Dans le détail, sur la seule année 2022, près de 9 300 demandes ont été enregistrées au premier semestre pour une première consultation en vue d’une AMP avec don de spermatozoïdes au bénéfice de couples de femmes ou de femmes non mariées, suivies d’un ralentissement à 5 800 demandes au second semestre. Entre août 2021 et fin décembre 2022, près de 11 800 premières consultations ont été effectivement réalisées, poursuit l’Agence de la biomédecine dans un communiqué.
En outre, depuis l’entrée en vigueur de la loi, près de 2 000 premières tentatives d’AMP ont été réalisées au bénéfice de couples de femmes (47 %) ou de femmes non mariées (53 %). Et au 31 décembre 2022, près de 5 600 personnes étaient en attente d’une AMP avec don de spermatozoïdes, dont 36 % de couples de femmes et 38 % de femmes non mariées, soit 74 % des personnes sur liste de d’attente qui correspondent aux nouveaux publics.
Ces chiffres témoignent d'un recours croissant à la PMA et d'une évolution sociétale majeure en France.
Les Raisons de l'Augmentation de la Demande de PMA
Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation significative de la demande de PMA :
- Élargissement de l'accès à la PMA : La loi bioéthique de 2021 a permis aux femmes seules et aux couples de femmes d'accéder à la PMA, ce qui a considérablement augmenté le nombre de demandeurs.
- Infertilité : L'infertilité touche un couple sur quatre en France, et induit bien souvent un parcours du combattant dans la PMA.
- Âge : L'allongement de la durée des études, la situation difficile sur le marché du travail et les changements sociétaux amènent les Françaises et les Français à faire des enfants de plus en plus tard. Or, les taux de réussite de la PMA chutent drastiquement après 35 ans.
- Confiance excessive en la PMA : Un rapport gouvernemental de 2022 soulignait qu'il "accorde une confiance excessive à l’AMP pour contrebalancer les effets adverses de l’âge" sur la fertilité. "Hommes et femmes disposent d’une image idéalisée et erronée de l’efficacité des techniques d’AMP, qui apparaissent aux yeux de beaucoup miraculeuses et sans limites", alertait le rapport.
Les Obstacles et les Défis Rencontrés dans les Parcours de PMA
Malgré l'espoir qu'elle suscite, la PMA est loin d'être une solution miracle. De nombreux couples et femmes seules rencontrent des obstacles et des défis importants :
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- Taux de réussite : Un protocole ne conduit à une grossesse que dans un cas sur cinq environ. En 2023, le taux d'accouchement par insémination avec spermatozoïdes du conjoint était par exemple de 4% pour les femmes âgées de 40 à 42 ans, contre 12,8% pour les femmes de 30 à 34 ans, selon un rapport de l'Agence de la Biomédecine.
- Délais d'attente : Face à la forte demande, le stock de gamètes reste largement en dessous des besoins. Conséquence : les délais d’attente explosent. Au 31 décembre 2023, le délai moyen de prise en charge était de 24 mois au niveau national pour une PMA avec don d’ovocytes et de 15,5 mois pour une PMA avec dons de spermatozoïdes.
- Coût : Les FIV pratiquées en clinique sont facturées entre 5 000 à 8 000 euros. Bien que la PMA soit prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie (dans la limite de six inséminations artificielles et de quatre FIV pour une grossesse), certains couples choisissent de partir à l'étranger pour (re)tenter la PMA, ce qui engendre des coûts supplémentaires.
- Échecs : Plusieurs candidats à la PMA ont accepté de confier leur découragement à l'issue de nombreuses tentatives infructueuses. En tout, Pierre et Clarisse auront fait huit ans d'essais bébé: six ans de PMA (procréation médicalement assistée), quatre stimulations simples, trois inséminations, trois FIV, cinq fausses couches, une grossesse extra-utérine et une interruption médicale de grossesse à 18 SA.
- Impact psychologique : Les parcours de PMA sont souvent longs et éprouvants, et peuvent avoir un impact psychologique important sur les candidats.
Les Inégalités d'Accès à la PMA
Malgré la loi de 2021, des inégalités d'accès à la PMA persistent en France. Des travaux scientifiques montrent que pour que cette inclusivité soit effective, les évolutions législatives devraient être accompagnées d’une réorganisation du système de soins, en particulier pour le don de gamètes, et d’une réflexion sur la déconstruction de la norme dominante de la « bonne maternité ». Des entretiens menés avec des personnes ayant eu recours à la PMA mettent en évidence des délais d’attente inégaux pour bénéficier d’un don de gamètes et une prise en charge médicale, selon la situation conjugale, le poids, l’âge ou la race.
De fortes inégalités sociales existent, avec à la fois un moindre accès à la FIV et des arrêts très précoces de traitement plus fréquents, même si le cadre législatif est très favorable.
L'Option de l'Étranger : Un Recours Face aux Limites Françaises
Face aux limites françaises, nombreux sont ceux qui font le choix de partir à l'étranger pour (re)tenter la PMA. Entre le devis pour le centre et les frais liés aux voyages (hôtels, transports…), Pierre estime qu'ils ont déboursé environ 18.000 euros, en contractant un prêt, pour cette PMA espagnole.
En France, on n'est pas forcément les meilleurs du monde au niveau de la PMA, mais c'est aussi une des limites de notre modèle social extrêmement généreux. Il est quasi unique dans le monde d'avoir un modèle où la PMA est pratiquement entièrement gratuite.
Par ailleurs, les chiffres pour les PMA avec don d'ovocytes, comme celle de Pierre et Clarisse, sont meilleurs puisque ces ovocytes sont généralement de bonne qualité. Et en Espagne, les temps d'attente sont bien moins élevés pour bénéficier d'un don, ce qui explique que beaucoup de couples s'y rendent et connaissent alors une réussite de leur PMA.
Enfin, plusieurs pays pratiquent le diagnostic pré-implantatoire des aneuploïdies (ou DPI-A), qui détecte d'éventuelles anomalies chromosomiques dans un embryon et donne l'occasion d'écarter ceux qui en comportent avant un transfert pour une FIV. Cela permet notamment d'éviter des fausses couches liées à un embryon non viable. Aujourd'hui, le DPI-A est interdit en France.
Les Perspectives d'Avenir de la PMA en France
Plusieurs pistes sont envisagées pour améliorer la PMA en France :
- Augmenter le nombre de dons de gamètes : L'Agence de la biomédecine a lancé une vaste campagne pour appeler aux dons de gamètes.
- Ouvrir de nouveaux centres de PMA : L'agence compte réduire ce délai avec l’ouverture de nouveaux centres dédiés à cette activité.
- Développer la recherche : La recherche a encore beaucoup de chemin à faire pour comprendre comment les embryons se développent et pourquoi certaines grossesses tiennent ou non.
- Autoriser le DPI-A : L'ANDDE (association nationale du don d'engendrement) est favorable à son autorisation.