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Délai de Prescription de l'Action en Contestation de Paternité : Ordre Public et Jurisprudence

Introduction

La contestation de paternité est une action juridique délicate qui soulève des questions fondamentales relatives au droit de la filiation, à la vie privée et à la stabilité familiale. Elle permet de remettre en question un lien de filiation paternelle établi, lorsque celui-ci ne correspond pas à la réalité biologique ou juridique. Le droit français encadre strictement cette action, notamment en ce qui concerne les délais de prescription, afin de concilier le droit de connaître ses origines avec la nécessité de protéger la sécurité juridique des familles.

Le Droit d'Accéder à Ses Origines : Un Droit Fondamental

Le droit d'accéder à ses origines est un droit fondamental qui découle directement du droit au respect de la vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il consacre le droit de connaître la vérité biologique de sa filiation. Cependant, l'effectivité de ce droit est souvent entravée par le fait que la filiation est régie par le droit, même si elle repose sur des données biologiques. Il existe donc une contradiction possible entre filiation juridique et filiation biologique, filiation instituée et filiation réelle.

Le droit prévoit l'établissement de la filiation par un titre (acte de naissance, de reconnaissance, de notoriété constatant la possession d'état), qui a pour fonction de présumer l'existence d'une filiation biologique. Le droit fait présumer le fait : l'établissement juridique de la filiation fait présumer la réalité biologique de celle-ci. Cependant, cette présomption est susceptible d'être combattue. Ainsi, le droit d'accéder à ses origines vise le droit de connaître la vérité de sa filiation lorsque celle-ci se révèle être en contradiction avec son existence légale. Pour rendre le droit d'accès à ses origines effectif, le droit prévoit la possibilité de contester la filiation instituée.

Les Délais de Prescription : Un Frein au Droit d'Accéder à Ses Origines ?

Comme en témoigne la jurisprudence, des contraintes, notamment de délai, ont été posées par la loi pour agir en contestation de sa filiation, ce qui constitue un frein au droit d'accéder à ses origines et une atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. Cependant, cette entrave légale est justifiée par la volonté de préserver la stabilité des situations familiales et la situation des tiers dont la filiation serait susceptible d'être recherchée. Aussi bien, si les conditions de la contestation dépendent de l'existence d'une possession d'état, dans tous les cas, des délais d'actions sont imposés pour limiter la remise en cause des filiations légalement établies.

La Possession d'État et Son Influence sur les Délais

La possession d'état, définie à l'article 311-1 du Code civil, s'établit par une réunion suffisante de faits qui révèlent le lien de filiation et de parenté entre une personne et la famille à laquelle elle est dite appartenir. Il convient en particulier de tenir compte des relations mutuelles du prétendu parent et de l'enfant (tractatus), du nom que porte ce dernier (nomen) et de l'opinion de l'entourage et de la collectivité sur la réalité de la filiation (fama). Conformément à la lettre de l'article 311-1 du Code civil, qui ne requiert, selon la méthode du faisceau d'indices, qu'une réunion « suffisante » de faits, la jurisprudence n'exige pas la réunion de tous ces éléments pour conclure à l'existence d'une possession d'état. Pour établir la possession d'état, il faut en revanche qu'elle revête certaines qualités, cette fois cumulatives : « elle doit être continue, paisible, publique et non équivoque » (C. civ., art. 311-2).

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L'existence d'une possession d'état conforme au titre a une incidence directe sur les délais de prescription de l'action en contestation de paternité. En vertu de l'article 333 du Code civil, lorsque la possession d'état est conforme au titre, seuls peuvent agir l'enfant, l'un de ses père et mère ou celui qui se prétend être le parent véritable. De plus, la filiation ne peut être remise en cause que dans les cinq ans qui suivent la cessation de la possession d'état ou le décès du parent dont la filiation est contestée. Une fois ce délai quinquennal écoulé, le droit de connaître ses parents véritables devient ineffectif, ce que la Cour juge par principe légitime et, en l'espèce, justifié par le fait que l'intérêt à agir des demandeurs était purement patrimonial.

Les Différents Délais de Prescription

Le code civil prévoit plusieurs délais pour contester un lien de filiation :

  • 10 ans à compter de la naissance ou de la reconnaissance lorsque la filiation repose sur un acte ou une présomption.
  • 5 ans à compter du jour où la possession d’état a cessé lorsqu’elle constitue le fondement de la filiation.
  • Absence de délai pour le ministère public, qui agit dans l’intérêt général.

Ces délais garantissent la stabilité de l’état civil tout en permettant d’éviter qu’une filiation erronée se perpétue indéfiniment. Il est essentiel de consulter rapidement un avocat pour ne pas dépasser les délais légaux, car une filiation légalement établie pourra devenir définitive.

L'Ordre Public et l'Action en Contestation de Paternité

La question de l'ordre public est centrale dans l'action en contestation de paternité. En effet, le ministère public peut agir en contestation de la filiation, même après l'expiration des délais de prescription, si des indices tirés des actes eux-mêmes rendent la filiation invraisemblable ou en cas de fraude à la loi.

Le Rôle du Ministère Public

Le ministère public a un rôle spécifique à jouer dans la contestation de paternité, en raison de sa mission de défense de l'ordre public. Il peut agir lorsque la filiation est manifestement contraire à la réalité biologique ou lorsqu'elle a été établie dans le but de frauder la loi.

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Comme le prévoit l’article 336-1 du Code civil, l’officier de l’état civil détenant une reconnaissance paternelle prénatale dont les énonciations relatives à son auteur sont contredites par les informations concernant le père que lui communique le déclarant, doit en aviser sans délai le procureur de la République. La fraude à la loi concerne le plus fréquemment les cas de fausse filiation pouvant accompagner une convention de mère porteuse. À défaut de précision, le délai de droit commun s’applique à l’action en contestation exercée par le ministère public.

La Protection des Intérêts Privés et Familiaux

Cependant, la contestation de la filiation ne doit pas porter atteinte aux intérêts privés et familiaux. La Cour de cassation a rappelé que la contestation de la filiation concerne des intérêts privés familiaux et ne porte pas atteinte à l'ordre public, de sorte que le ministère public ne peut davantage agir sur le fondement des articles 422 et 423 du code de procédure civile.

La Jurisprudence et le Contrôle de Proportionnalité

La jurisprudence joue un rôle essentiel dans l'application des règles relatives à la contestation de paternité. La Cour de cassation exerce un contrôle de proportionnalité afin de s'assurer que l'application des délais de prescription ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale.

Le Contrôle de Proportionnalité : Un Juste Équilibre

Le contrôle de proportionnalité vise à ménager un juste équilibre entre les intérêts publics et privés concurrents en jeu. La Cour de cassation vérifie que les juges du fond se sont assurés que « la mise en œuvre de ces délais légaux de prescription ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de l’intéressé, au regard du but légitime poursuivi et, en particulier, si un juste équilibre est ménagé entre les intérêts publics et privés concurrents en jeu ».

Dans un arrêt du 7 novembre 2018, la Cour de cassation a rappelé que même en matière de filiation où l’expertise biologique est traditionnellement de droit, l’irrecevabilité de l’action dans le cadre de laquelle l’expertise est demandée constitue un motif légitime de ne pas ordonner cette expertise sans que puisse être relevée une violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

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L'Appréciation In Concreto de l'Atteinte aux Droits

La Cour de cassation s'attache à vérifier in concreto l'atteinte aux droits du demandeur. Elle approuve les juges du fond d'avoir retenu, pour écarter l'atteinte disproportionnée, que la personne concernée n'avait « jamais été empêchée d’exercer une action tendant à faire établir sa filiation biologique ». Ils ont en effet relevé qu'elle avait des liens affectifs avec le défunt depuis l'enfance et qu'un test de paternité avait confirmé ce qui n'était peut-être qu'un doute en février 2010. Or, à cette époque, elle pouvait encore agir et ne l'a pas fait. Ainsi, la mise en œuvre du contrôle de proportionnalité n'a pas abouti à la mise à l'écart du droit français relatif aux délais de prescription des actions en matière de filiation.

La Règle de Conflit de Lois Applicable à la Contestation de Reconnaissance

La question de la règle de conflit de lois applicable à la contestation de reconnaissance a fait l’objet d’une jurisprudence hésitante. Deux positions étaient défendues ; une thèse moniste préconisait l’application de l’article 311-17 du Code civil pour déterminer la loi applicable à la validité et à la contestation de la reconnaissance, tandis qu’une seconde thèse préconisait l’application de l’article 311-14 lorsqu’il s’agissait de contester la reconnaissance.

L'Articulation des Articles 311-14 et 311-17 du Code Civil

Les réformes du droit de la filiation n’ont pas affecté ces dispositions du Code civil. Or, l’articulation des domaines d’application respectifs des articles 311-14 et 311-17 a soulevé des difficultés spécialement en ce qui concerne l’action en contestation de reconnaissance. À vrai dire, il convient de distinguer l’action en nullité de la reconnaissance qui consiste à remettre en cause la régularité de l’acte et l’action de contestation dont l’objet est de remettre en cause la réalité du lien de filiation. Sur le plan pratique, les deux actions conduisent au même résultat, l’anéantissement rétroactif de la filiation établie, mais sur le plan du droit international privé, la jurisprudence s’est d’abord attachée à traiter ces deux questions différemment.

La Protection de l'Intérêt de l'Enfant

Néanmoins, l’intention du législateur était aussi de protéger l’intérêt de l’enfant qui est d’avoir une filiation. Aussi est-il plus facile de protéger la reconnaissance en recourant à l’article 311-17 du Code civil puisque cette disposition implique l’application cumulative de la loi personnelle de l’auteur et de l’enfant. En l’espèce, la loi française de l’auteur de la reconnaissance permettait de contester la reconnaissance. En effet, l’article 334 du Code civil ouvre l’action en contestation de reconnaissance à toute personne y ayant un intérêt dès lors que l’enfant n’a pas la possession d’état. En outre le délai pour agir est de 10 ans. Parallèlement, force est de reconnaître que l’action en contestation et l’action en nullité de la reconnaissance conduisent au même résultat : la remise en cause du lien de filiation. En outre, les deux actions peuvent se recouper.

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