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Contraction du crédit : Définition, mécanismes et enjeux

Les crises financières sont des phénomènes complexes résultant de l'interaction de déséquilibres macroéconomiques, de la formation de bulles spéculatives et des mutations microéconomiques liées au crédit et aux innovations financières. La crise financière internationale de 2007 a révélé les limites de la finance globalisée, notamment son incapacité à allouer efficacement les ressources et à gérer les risques. Dans une économie fortement endettée, les pertes bancaires se propagent rapidement à l'activité économique, car le crédit joue un rôle crucial pour les ménages et les entreprises. C'est dans ce contexte que la contraction du crédit prend toute son importance.

Définition et mécanismes de la contraction du crédit

La contraction du crédit se définit comme une baisse du volume de crédits accordés par les banques. Elle comprime fortement la demande globale. Elle peut être causée par divers facteurs, notamment :

  • La baisse de la valeur des collatéraux : Un collatéral est un actif offert en garantie lors d'une opération de crédit. Les banques peuvent être confrontées à la baisse de la valeur de leurs collatéraux. Si la valeur des actifs offerts en garantie diminue, les banques peuvent réduire leur offre de crédit.
  • L'aversion au risque : En période d'incertitude économique, les banques deviennent plus réticentes à prêter, ce qui entraîne une contraction du crédit.
  • Le rationnement du crédit : Le rationnement du crédit, qui met en difficulté les créanciers autant que les débiteurs, alimente la défiance et ralentit l’activité économique. Les banques peuvent restreindre l'accès au crédit pour certains emprunteurs, même solvables.
  • La hausse des taux d'intérêt : L’offre de crédit des banques est freinée et les taux d’intérêt remontent, ce qui dissuade les emprunteurs de s’endetter. Des taux d'intérêt plus élevés rendent le crédit plus coûteux, ce qui peut freiner la demande.

L'effet de richesse négatif et la spirale déflationniste

La contraction du crédit peut entraîner un effet de richesse négatif. L’effet de richesse traduit le fait qu’une variation de la valeur de leurs actifs patrimoniaux incite les agents économiques à modifier leur demande de biens de consommation et d’investissement. En cas de baisse de la valeur des patrimoines (baisse des prix de l’immobilier par exemple), les ménages peuvent alors comprimer leurs dépenses de consommation et réduire les carnets de commande des entreprises. La crise boursière, caractérisée par une sévère baisse du prix des actifs immobiliers et boursiers, réduit drastiquement la valeur du patrimoine des ménages, pousse à la remontée du taux d’épargne, freine la consommation, réduit l’incitation des entreprises à investir en raison de l’érosion des profits, et conduit à la chute de la production (comme dans le secteur de la construction), à la baisse des revenus distribués et à une puissante vague de destruction d’emplois.

Cette situation peut engendrer une spirale déflationniste. La contrainte financière pèse de plus en plus sur les ménages qui diminuent leurs dépenses, voire restreignent drastiquement leurs consommations courantes. La contraction de l’emploi et la forte hausse du taux de chômage est un facteur supplémentaire de baisse des revenus pour les ménages, et de montée de l’épargne de précaution. Les profits des entreprises seront donc fortement comprimés et l’économie risque d’entrer également dans une spirale de la déflation : pour écouler la production, la baisse des prix par les entreprises réduit encore plus les profits, d’autant que les consommateurs attendent de nouvelles baisses de prix, etc.

Les conséquences macroéconomiques de la contraction du crédit

La contraction du crédit a des conséquences néfastes sur l'économie réelle. L’économie réelle souffre toujours, à plus ou moins long terme, du choc provoqué par une crise financière. Le désordre financier a d’abord deux conséquences immédiates. D’une part l’offre de crédit des banques devient plus rare et le loyer de l’argent plus coûteux. D’autre part, les emprunteurs, en raison de la dévalorisation brutale de leurs actifs, ne parviennent plus à rembourser leurs emprunts. Cette panne de crédit, qui met en difficulté les créanciers autant que les débiteurs, entraîne par voie de conséquence, une baisse de la croissance et éventuellement une récession, c’est-à-dire formellement, sur plusieurs trimestres, une croissance négative. Ce processus de contraction des bilans est un processus qui doit être conduit avec une grande prudence puisqu’il provoque l’arrêt des dépenses d’investissement et la diminution de la consommation privée. Elle peut entraîner :

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  • Une baisse de la consommation : Baisse des revenus, incapacités à emprunter, chute de la consommation, l’enchaînement est en marche. La contraction de l’emploi est un facteur supplémentaire d’inquiétude pour les ménages qui seront encore plus prudents dans leurs dépenses.
  • Une baisse de l'investissement : Les entreprises, confrontées à des difficultés de financement, réduisent leurs investissements.
  • Une augmentation du chômage : La baisse de l'activité économique entraîne des suppressions d'emplois.
  • Une récession : La contraction du crédit peut plonger l'économie dans une phase de récession.

Le rôle des banques centrales

Les banques centrales jouent un rôle crucial dans la lutte contre la contraction du crédit. La Banque centrale peut favoriser la création monétaire des banques commerciales et la baisse des taux d’intérêt dans l’économie : ce soutien au crédit peut stimuler la demande globale et faciliter la sortie de la récession. Elles peuvent agir en :

  • Baissant leurs taux d'intérêt directeurs : Cela encourage les banques commerciales à prêter davantage.
  • Fournissant des liquidités aux banques : Cela permet aux banques de continuer à accorder des crédits, même en période de tensions financières.
  • Assouplissant les conditions d'octroi de crédit : Cela facilite l'accès au crédit pour les entreprises et les ménages.

Depuis 2008, la Banque centrale européenne (BCE) a sensiblement modifié sa politique de collatéral, c’est-à-dire la qualité des actifs qu’elle exige d’une banque commerciale en garantie du prêt qu’elle lui octroie ainsi que la décote qu’elle applique sur la valeur de cet actif en cas de défaut de la contrepartie. Les modifications de cette politique ont eu potentiellement des répercussions sur le risque pris par la BCE en même temps qu’elles ont facilité l’accès des banques commerciales à la liquidité.

Exemples historiques et tendances actuelles

L’expérience montre que les conséquences des krachs sont très variables. Le krach de 1873 inaugure ainsi une période de difficultés économiques durables jusque vers la fin du siècle. De même, le krach de 1929 a été suivi d’une longue période qualifiée de grande dépression. Par contre, le krach de 1987 ne s’est pas transformé en crise économique. En fait, un krach boursier a pour effet économique direct de diminuer la richesse des détenteurs des actifs dévalorisés, ce qui entraine une diminution de leur consommation dans la mesure où ils chercheraient à augmenter leur épargne pour reconstituer la valeur de leur patrimoine. Un krach peut entamer la confiance générale des ménages et des entrepreneurs.

La contraction du crédit suit une tendance cyclique plus ou moins affirmée selon les pays et les périodes. On parle de cycle du crédit (ou plus largement de cycle financier). Depuis les années 1980, les cycles financiers connaissent à la fois une plus grande amplitude que les évolutions du PIB mais ils sont aussi plus longs. Il n’y a donc pas forcément de liens directs entre l’évolution de l’économie réelle à court et celle du crédit. Toutefois, les contractions les plus fortes du crédit comme de l’économie réelle sont liées comme lors des crises des années 1930 et celle de 2008.

En 2009, durant la récession, la dépense de consommation des ménages résiste : elle continue de progresser, à un rythme toutefois modeste (+ 0,6 %en volume après + 0,5 %en2008). Le pouvoir d’achat des ménages, quant à lui, accélère (+ 1,6 % après + 0,4 %) sous l’effet d’une très forte décélération des prix (- 0,6 % après + 2,9 %). Mais les ménages accroissent leur épargne, probablement pour des motifs de précaution. Le montant des crédits à la consommation accordés en 2009 a chuté en France de 13,3% par rapport à 2008, un record depuis 45 ans, a annoncé ce lundi l'Association française des sociétés financières (ASF). La production de crédit à la consommation a chuté de 13,3% en France en 2009 pour tomber à 38,035 milliards d'euros, selon des chiffres publiés ce lundi par l'Association française des sociétés financières (ASF). Après déjà un tassement de 2,8% en 2008, la décrue de 2009 est d'une "ampleur sans précédent en 45 ans de suivi statistique", souligne dans un communiqué l'association qui regroupe les établissements de crédit spécialisés.

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Enjeux et indicateurs

Les enjeux économiques autour du crédit concernent essentiellement son évolution. Le premier enjeu est lié à la croissance économique, au solde commercial et à l’inflation. En effet, l’augmentation des crédits accordés favorise les achats des agents économiques et globalement, au niveau macroéconomique, la consommation et l’investissement, la demande globale donc. Cette croissance de la demande globale est donc source de hausse de la production, de croissance économique. Cependant, cette augmentation de la demande peut avoir des effets néfastes si la réponse à la hausse de la demande globale provient d’une offre étrangère, non résidente. Dans ce cas-là, la croissance économique n’est pas accélérée ; ce sont les importations qui augmentent. Si l’offre intérieure et l’offre extérieure ne peuvent répondre à cette hause de la demande, liée à la croissance du crédit, il y a un risque d’inflation : ce sont les prix qui augmentent et non la production.

Un autre enjeu concerne plus spécifiquement le système financier lui-même. En période de croissance économique, les agents économiques sont portés à réaliser plus de dépenses de consommation (biens d’équipement ménager, voiture) ou d’investissement (machines, bâtiments, etc.) qui nécessitent un accroissement des demandes de prêts. Dans cette situation une vague d’optimisme sur l’augmentation des revenus futurs se traduit par une augmentation des prêts demandés et accordés. Il peut ainsi y avoir un emballement du crédit dont l’augmentation peut devenir déconnectée de la situation réelle. Lorsque les crédits accordés commencent à ne plus pouvoir être remboursés, le pessimisme commence à toucher les agents économiques aussi bien les entreprises non financières et les ménages que les banques et institutions financières. Dès lors, la baisse des crédits demandés et demandés peut se traduire par une forte contraction des crédits, un credit crunch. Elle peut entraîner une baisse de la demande globale et de la production, entraînant donc une crise économique.

Les indicateurs de suivi des crédits sont essentiels pour suivre leur progression. Ce sont les encours de crédit qui sont suivis, soit en millions ou en milliards d’euros soit en % d’évolution. Au niveau macroéconomique, ce sont les encours ses crédits rapportés au PIB qui permettent de suivre cette progression pour dégager ou non une contraction trop forte des crédits ou au contraire un emballement du crédit.

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