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Gustave Eiffel : De Dijon à la Tour emblématique, une vie d'ingénierie et d'innovation

Il y a un siècle disparaissait Gustave Eiffel, laissant derrière lui un héritage architectural indélébile. Son œuvre la plus emblématique, la tour Eiffel, est devenue le symbole de Paris et de la France à travers le monde. Cet article explore la vie et l'œuvre de cet ingénieur visionnaire, de sa naissance à Dijon à la consécration de son génie à travers la Tour Eiffel et au-delà.

Naissance et jeunesse à Dijon

Gustave Eiffel voit le jour le 15 décembre 1832 à Dijon. Son père, Alexandre Bönickhausen dit Eiffel, est un vétéran des guerres napoléoniennes et occupe le poste de secrétaire de l’intendance militaire de Dijon. Sa mère, Catherine Moneuse, est une femme d’affaires prospère, d'abord dans le commerce du bois, puis dans la houille, où elle bâtit sa fortune. Le jeune Gustave grandit dans un environnement où le travail est omniprésent, voyant rarement ses parents. C'est sa grand-mère maternelle qui prend soin de lui et l'inscrit au collège royal de Dijon, où il obtient son baccalauréat en 1850.

Formation à Paris et premiers pas dans l'ingénierie

Après son baccalauréat, Gustave part pour Paris et le collège Sainte-Barbe afin de préparer le concours d'entrée à l'École polytechnique. Cependant, il échoue à l'épreuve orale de ce concours. Cet échec le pousse à intégrer l’École Centrale des arts et manufactures de Paris. Il y choisit la spécialité de chimiste, espérant prendre la succession de l’entreprise de peinture de son oncle. Ses sujets de concours à Centrale sont d'ailleurs des usines chimiques : une féculerie et une distillerie.

En 1855, son diplôme en poche, il rejoint la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, où il fait ses premières armes dans le domaine de la construction. Son premier projet d'envergure est le pont ferroviaire Saint-Jean à Bordeaux. Pour réussir cet ambitieux projet de plus de 500 mètres de long, au-dessus d'un fleuve tumultueux, Gustave Eiffel expérimente certaines des techniques qui feront plus tard son succès, comme la construction des fondations des piles de pont à l'air comprimé. À seulement 26 ans, il vient de construire un pont de 510 mètres de long, un succès qui marque le début de sa carrière.

L'ascension d'un ingénieur : ponts, structures et innovations

Gustave Eiffel, qui a entre-temps abandonné son nom à consonance allemande, excelle dans l’exploitation de l’acier. Il étudie, innove et constate que l’acier est une matière parfaite pour la construction de structures complexes.

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Fort de cette réussite, Eiffel entreprend la construction de plusieurs ponts, dont celui de Cubzac (1879-1883), sur la Dordogne, en remplacement d’un ancien pont suspendu. Le viaduc de Garabit, qui franchit la vallée de la Truyère dans le Cantal à une hauteur vertigineuse de 122 mètres, constitue une autre prouesse de Gustave Eiffel. Inspirée du viaduc Maria Pia à Porto (Portugal), l’arche principale adopte la forme d’un arc métallique désormais célèbre sous le nom d’arc parabolique (système Eiffel).

Dès 1864, il travaille à son compte et achète, deux ans plus tard, des ateliers à Levallois-Perret. Gustave Eiffel voyage partout en Europe pour vendre ses œuvres. En France, il construit la galerie des machines pour l’Exposition universelle de 1867. En janvier 1866, il obtient le contrat pour la construction de la partie métallique de la galerie, tandis que les maçonneries et les terrassements sont confiés à d’autres entrepreneurs (Audraud et Jullien). Il construit également la gare de Verdun, le dôme d’acier de l’Observatoire de Nice et la charpente du siège social du Crédit lyonnais à Paris. Dans les colonies, ses projets sont acceptés pour différents ponts en Cochinchine, des ponts en Algérie, ainsi que la Poste centrale de Saïgon. En Europe, ses projets se vendent par dizaines: il décroche un contrat pour construire une gare à Budapest en 1875, un gigantesque pont à Porto, ainsi qu’un pont à Cuenca, en Espagne. Le succès est au rendez-vous!

L’un de ses ingénieurs, Maurice Koechlin, travaille à l’armature métallique de la Statue de la Liberté. En effet, Gustave Eiffel ne construit pas uniquement des ponts et des charpentes. Lors de l’exposition de 1878, Gustave Eiffel conçoit le bâtiment de la Ville de Paris, initialement prévu en maçonnerie avec un revêtement de plâtre. C’est lors de cette exposition qu’est dévoilée la tête de la statue de la Liberté, œuvre d’Auguste Bartholdi. Son armature en fer, qui constitue le support de la « peau » en cuivre de la statue, est conçue par Eiffel et ses ingénieurs. C’est à l’occasion de ces réalisations que Gustave Eiffel reçoit la Légion d’honneur, le 1er mai 1878.

En 1868, Eiffel dépose un brevet pour «des perfectionnements dans la construction des tours en fer, et spécialement des tours de phare». Ses phares se construisent partout sur terre : au Brésil, en Égypte, en Estonie et à Madagascar.

La Tour Eiffel : un défi architectural et un symbole de la France

La dixième Exposition universelle est organisée à Paris, du 15 mai au 6 novembre 1889. Le parc s’étend sur 95 hectares. Au centre doit se dresser une tour de 300 mètres de haut: un concours est lancé. Le thème du concours est le suivant: «étudier la possibilité d’élever sur le Champ-de-Mars une tour de fer, à base carrée, de 125 mètres de côté et de 300 mètres de hauteur ». Au total, 107 projets sont déposés et celui de Gustave Eiffel est retenu. Il s’associe à Maurice Koechlin et à Émile Nouguier, deux ingénieurs de son entreprise, ainsi qu’à Stephen Sauvestre, architecte de renom. Eiffel met tout son savoir dans la construction d’arches de pont pour concevoir une tour viable et résistante aux vents. L’ensemble doit laisser passer le vent, et les quatre piliers qui se rejoignent doivent se tenir entre eux : le tout doit être le plus creux possible. Plusieurs prototypes sont dessinés, mais un seul est retenu.

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Le 26 janvier 1887, le premier coup de pelle est donné : il faut cinq mois pour poser les fondations. Dans un premier temps, la dame de fer est entourée d’échafaudages de bois ; puis le premier étage terminé, des grues sont installées, et la tour monte pièce par pièce. Quelque 300 ouvriers s’affairent sur le chantier colossal. Il faut quatre hommes pour poser un seul rivet. La construction de la Tour s’effectue en 26 mois seulement, du 28 Janvier 1887 au 30 mars 1889, dont 5 mois pour les seules fondations. Les 18 000 pièces tracées au dixième de millimètres dans les ateliers Eiffel de Levallois sont conduites par chariot sur le Champs de Mars où elles sont assemblées sur place, hissées par des grues autotractées sur les rails des futurs ascenseurs par une équipe d’environ 250 ouvriers.

De nombreuses voix s’élèvent contre ce projet pharaonique. Des artistes et écrivains publient une lettre pour dénoncer ce projet. Parmi eux, les noms de Maupassant, Dumas fils et Charles Garnier. On peut lire dans les journaux des critiques terribles, telles que « ce lampadaire véritablement tragique » par Léon Bloy, ou encore « ce squelette de beffroi » par Paul Verlaine.

Le 31 mars 1889, le dernier coup de pelle symbolique est donné : il a fallu deux ans, deux mois et cinq jours pour construire la plus haute tour du monde. Le même jour, Gustave Eiffel reçoit la Légion d’honneur sur l’étroite plateforme au sommet de sa tour : c’est la consécration. Anecdote intéressante, les ascenseurs ne seront mis en service que le 26 mai ; avant cela, près de 30 000 visiteurs sont montés au deuxième étage… à pied. Au total, près de deux millions de visiteurs montent sur la tour le temps de l’Exposition universelle. On prévoit alors de la laisser 20 ans en place.

Le succès est immédiat. La Tour devient très vite le symbole de Paris, et pour la plupart des étrangers, le symbole de la France tout entière. Gustave Eiffel multiplie les projets afin de donner une utilité à la tour. Avec l’expansion de la radio, la tour Eiffel devient une antenne-relais idéale ! Empêcher sa démolition devient alors pour Eiffel le combat d’une vie : il organise un lobbying intense, suscitant des pétitions de scientifiques qui font de son troisième étage un lieu d’expérimentation ; il la rend surtout indispensable aux militaires, qui y mènent les premiers essais de TSF.

Le scandale de Panama et le retrait des affaires

Puisqu’il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud, Eiffel s’engage immédiatement dans un autre projet pharaonique : celui du canal de Panama. L’entrepreneur français Ferdinand de Lesseps l’engage pour la construction de grandes écluses. La condition d’Eiffel est d’être payé avant d’engager le travail, ce qui lui est accordé. À peine lancé dans le projet, un scandale éclate : la compagnie de Lesseps est en quasi-banqueroute, et des parlementaires ont essayé de cacher l’information. Des milliers de petits actionnaires perdent l’argent placé dans le projet.

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Tandis qu’Eiffel n’était engagé que comme prestataire, l’opinion publique veut que des têtes tombent. Il est jugé et condamné en appel, le 9 février 1893, pour « abus de confiance pendant la durée de son entreprise » à 20 000 francs d’amende et deux ans de prison. Fort heureusement, son avocat Pierre Waldeck-Rousseau fait casser ce jugement en cassation et réhabilite Eiffel. Cependant, bien qu’il soit innocenté, Gustave Eiffel est profondément touché par cet épisode et décide de se retirer des affaires.

Bien que libéré, Gustave Eiffel voit sa réputation ternie. Malgré l’absence de garanties sur la pérennité de la tour (la jouissance ne lui étant accordée que jusqu’en 1910), Eiffel engage des expériences visant à démontrer l’utilité de la structure.

Les dernières années : science, aérodynamisme et héritage

Son intérêt se porte désormais vers les nouvelles technologies, la météorologie et l’aérodynamisme. En 1889, il fait construire un observatoire météorologique au sommet de la Tour et poursuit ses recherches en différents points de France. En 1911, il quitte le Champ de Mars où commençait de s’élever un nouveau quartier et fait construire au 67, rue Boileau dans le XVIe arrondissement, un laboratoire beaucoup plus complet, dont la soufflerie comportait une veine d’air de deux mètres de diamètre pouvant atteindre la vitesse de 30 m/sec. C’est ainsi que fut constituée définitivement la soufflerie aérodynamique «type Gustave EIFFEL» à l’aide de laquelle celui-ci a donné à la méthode des recherches aérodynamiques ses normes essentielles. Ce type de soufflerie, copié et reproduit à travers le monde entier (tout comme celle de la rue Boileau, toujours en activité aujourd’hui) permet d’effectuer des tests aérodynamiques dans des domaines aussi différents que l’aéronautique, l’automobile, le bâtiment, la construction navale, les centrales thermiques ou les ponts.

Il n’a de cesse de se battre, et cela jusqu’à sa mort, pour que la tour Eiffel, rapidement passée de mode, puisse servir pour d’autres choses. Les années passent, et Eiffel porte tout son intérêt sur l’aéronautique. Lorsque la guerre éclate en 1914, il se met à construire des prototypes d’avion de chasse. Au crépuscule de sa vie, il fait don à l’État de ses travaux.

Vie privée : mariage, famille et descendance

Le 5 juillet 1862, à 29 ans, Gustave Eiffel épouse Geneviève Émilie Marie Gaudelet (1845-1877), de douze ans sa cadette. Elle est la fille mineure de Nicolas Jean-Baptiste Noël Gaudelet, propriétaire à Dijon, et de Françoise Apolline Régneau. Ensemble, ils ont cinq enfants : Claire, Laure, Édouard, Valentine et Albert.

Madame Eiffel décède le 8 septembre 1877 à Levallois-Perret, à seulement 32 ans. Le 20 février 1872, elle rédige un testament olographe, désignant de manière très laconique son mari comme légataire universel. Gustave Eiffel règle sa succession par une donation-partage à ses enfants par acte passé devant le notaire de la famille, Me Jean Dufour, le 10 décembre 1909. On en retrouve les éléments dans son testament dont l’essentiel a été rédigé dès 1905, dans la propriété de Vevey (Suisse).

Le nom Eiffel : une histoire d'intégration

Le monument parisien emblématique - français par excellence, représentant la République dans le monde entier - aurait pu être connu sous un tout autre nom que celui qui fait sa renommée universelle. Sans l’opiniâtreté de son concepteur, la tour Eiffel s’appellerait « tour Bonickhausen ». Gustave Eiffel et Gustave Bonickhausen ne sont qu’une seule et même personne. Un de ses aïeuls, d’origine rhénane, était venu s’établir à Paris près de deux siècles plus tôt, vers 1710. Il avait décidé de joindre au nom Bonickhausen celui d’Eiffel qui lui rappelait sa région natale (l’Eifel, un massif boisé de Rhénanie-Palatinat) et qui était aussi beaucoup plus facile à prononcer. Depuis lors, toute cette branche de la famille utilisa par commodité et par habitude le nom double « Bonickhausen dit Eiffel » voire, tout simplement, « Eiffel », considéré tantôt comme un surnom tantôt comme un nom additionnel.

En 1870, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse. « J’ai toujours porté ce nom [Eiffel] qui m’est donné journellement dans mes rapports commerciaux ou autres, comme dans tous les titres où je suis appelé à figurer. Le véritable intérêt, celui qui vous paraîtra décisif, Monsieur le Ministre, c’est que ce nom de Bonickausen a une consonance qui inspire des doutes sur ma nationalité française, et ce simple doute est de nature à me causer individuellement, soit commercialement, le plus grand préjudice. Il y a plus, nous sommes si près de ces temps malheureux que c’est, encore aujourd’hui, une injure à lancer à la face d’un individu que de l’appeler « Prussien ». Croyez-le bien, Monsieur le Ministre, ce ne sont pas là, de ma part, des craintes chimériques. Bien souvent, j’ai dû, malgré les titres que je joins à cette supplique et qui établissent si éloquemment notre qualité de Français, justifier de cette qualité, avant de pouvoir traiter d’affaires importantes dont je sollicitais l’entremise. […] Depuis la Guerre, à plusieurs reprises, des ouvriers, des employés congédiés ont essayé de faire circuler des bruits graves sur ma nationalité. On a répandu des bruits parmi les électeurs de Levallois dans le but d’empêcher mon élection comme conseiller municipal de cette même commune. On a cherché à accréditer ces mêmes bruits parmi mes ouvriers afin de les amener à quitter mes ateliers. Et tout cela parce qu’on avait trouvé dans les actes publiés cette dénomination de consonance toute germanique que je semble dissimuler sous un nom d'emprunt. Dans ces circonstances, il vous paraîtra sans doute urgent, Monsieur le Ministre, de faire droit à ma demande dans mon intérêt et dans celui de mes enfants. Je n’ai pas besoin de vous faire observer qu’à la différence de bien des sollicitations qui vous sont journellement adressées pour obtenir des changements de noms, ma demande n’est inspirée par aucun motif de vanité. Je ne demande pas une particule ni un nom nobiliaire ni un titre. Je ne réclame même pas un nom nouveau sous lequel je puisse dissimuler un passé que j’aurais des raisons de vouloir cacher. Tout au contraire, je demande à porter le seul nom sous lequel moi et ma famille sommes connus depuis plusieurs générations et qui n’est pas un nom d’emprunt ainsi que le démontrent les titres que vous avez sous vos yeux.

Ce droit lui fut octroyé par le décret du 1er avril 1879 par lequel : « le président de la République a accordé au sieur Bonickausen, ingénieur, constructeur à Levallois-Perret, l'autorisation de substituer à son nom celui de : Eiffel ». Bien plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, la pérennité du nom Eiffel fut encore mise en péril par la Commission de révision des changements de noms mise en place par le régime de Vichy.

Décès et hommage

Le 27 décembre 1923, Gustave Eiffel s’éteint dans son hôtel particulier à Paris, rue Rabelais. Il est enterré avec tous les honneurs dans le caveau familial au cimetière de Levallois-Perret.

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