Ce 1er janvier 2024, Catherine Nay, figure emblématique du journalisme et de l'éditorialisme français, a célébré son 81ème anniversaire. Sa carrière, riche et intense, l'a amenée à côtoyer les plus grands hommes politiques de son époque, laissant une empreinte indélébile sur la chronique de la Ve République.
Une Jeunesse Périgourdine
Catherine Alix Françoise Nay est née le 1er janvier 1943 à Tours, dans une famille bourgeoise catholique de Périgueux. Fille d’une mère au foyer et de Georges Nay, directeur d’atelier de la SNCF, elle grandit avec ses quatre frères en Dordogne. Son frère, Jean-Gérard Nay, décédé en 1998, était délégué général de la Chambre de Commerce et d’Industrie française au Japon. Son nom évoque un instrument de musique arabe, mais c’est le piano familial qui a forgé la sensibilité des jeunes années de Catherine Nay à Périgueux.
Après son baccalauréat, Catherine Nay rejoint Paris pour suivre une formation en commerce à HECJF. Refusée au concours d’entrée, elle s'inscrit à la faculté de droit de l'université Panthéon-Assas. C'est là qu'elle découvre sa passion pour le journalisme, abandonnant son cursus pour rejoindre le service politique de l'hebdomadaire L'Express en 1968.
L'Ascension d'une Journaliste Politique
Sous la direction de Jean-Jacques Servan-Schreiber, Catherine Nay est chargée de suivre le parti de droite et de couvrir les déplacements des politiciens. Jean-Jacques Servan-Schreiber avait eu l’idée d’affecter ces jolis minois au service politique. L’homme qui voulait réformer la France souhaitait user de cette arme fatale pour ramener potins et confidences. Il allait, sans le vouloir, fabriquer un petit milieu très homogène. Il est vrai que les bonnes manières autant que le regard de biche, mais aussi l’intelligence du “commando de charme” servaient la cause du journal. « Très bien, vous vous occuperez des gaullistes. À droite, il n’y a que deux types intéressants : Giscard et Chalandon. Allez‑y ! »
Avec Michèle Cotta, chargée de la gauche, les deux « Express Girls » rencontrent un fort succès auprès des hommes politiques que leur jeunesse et leurs tenues à la mode des années 60 ne laissent pas indifférents. « On ramenait des informations, raconte Catherine Nay dans Sexus Politicus (Albin Michel, 2006). Envoyer des filles pas trop bêtes et pas trop laides, ça raccourcissait les distances ». 1968. A l’Assemblée Nationale ce jour-là, Michèle Cotta arrive en tailleur-pantalon rouge, Catherine Nay en mini-jupe plissée bleu marine. Pour compléter le tableau, la seconde arbore des cuissardes blanches. Je me souviens des talons hauts de la première qui claquent sur le marbre des couloirs. Dans la Salle des Quatre-Colonnes, où se croisent députés et journalistes, la seconde croise et décroise ses longues jambes dans les fauteuils en velours. Les élus se frottent les yeux. Une journaliste moins gâtée par la nature les fusille du regard : “Allez-vous rhabiller !” Les huissiers eux-mêmes en perdent leur flegme et entreprennent de rabrouer les deux impétrantes. Le président de l’Assemblée, Jacques Chaban-Delmas, est obligé d’intervenir auprès des fonctionnaires sourcilleux : “Laissez les tranquilles !” Chaban, il est vrai, n’a jamais baissé les yeux devant une jolie femme ».
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Après un passage éclair au Nouveau Candide, Catherine Nay commence sa carrière à L’Express dont elle intègre la rédaction en 1967, suite à un stage, obtenu par l’entremise de Monique Gilberte, qu’elle avait effectué l’année précédente au sein du service politique.
Au bout de dix années, en 1975, elle quitte son poste pour signer chez Europe 1, en tant qu'éditorialiste. En 1988, Catherine Nay est nommée rédacteur en chef du service politique. Elle rejoint Europe 1 en 1995, en tant qu’éditorialiste et directeur adjoint de la rédaction. En 2005, elle devient conseillère de Jean-Pierre Elkabbach, directeur de la radio. Depuis 2005, elle est conseiller du président et tient une chronique politique hebdomadaire dans laquelle elle analyse l’actualité politique avec le ton mordant qui la caractérise. Elle participe également à l’émission dominicale « Il n’y en a pas deux comme Elle », qui décrypte l’actualité, la mode, les tendances, avec les journalistes du magazine Elle. Elle fait bien entendu partie des « Grandes Voix d’Europe 1 » et intervient dans cette émission hebdomadaire avec Michèle Cotta, Robert Namias, Gérard Carreyrou, Charles Villeneuve, Philippe Gildas et Pierre Lescure. Elle livre une « Carte blanche » chaque vendredi dans la matinale.
Parallèlement à son travail pour Europe 1, Catherine s’essaye à la télévision et commence à apparaître dans différentes émissions comme Le Grand Journal (2008-2009) de Canal +, ou C dans l'air sur France 5. En 2022, la journaliste rejoint la rédaction du Journal du dimanche.
Depuis 1991, Catherine Nay collabore au Figaro Magazine, et depuis 1993 à Valeurs Actuelles. En 2008 et 2009, elle participe régulièrement au « Grand Journal » de Canal+ présenté par Michel Denisot, où elle apporte un éclairage politique avec d’autres journalistes : Philippe Val, Alain Duhamel et Jean-Michel Apathie.
Une Observatrice Privilégiée du Pouvoir
Catherine Nay a couvert plus de quarante ans de vie politique, côtoyant les principaux acteurs de cette période, la plus romanesque de la Ve République après la grande épopée gaullienne, et recueillant leurs témoignages. Observatrice hors pair des mœurs politiques, portraitiste d’une acuité implacable, mordante et drôle, au style vif et enlevé, elle a su décrypter les arcanes du pouvoir avec une perspicacité rare.
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Elle a été proche de Rachida Dati et fut l’une des premières à la visiter à maternité au moment de son accouchement. En effet c’est Albin Chalandon et Catherine Nay qui ont chapeauté la future Garde des Sceaux à ses débuts dans la vie politique.
L'Œuvre d'une Femme de Lettres
Animatrice de radio, Catherine Nay est également une femme de lettres prolifique. Au fil de sa carrière, elle publie de nombreux ouvrages, explorant les personnalités et les enjeux de la politique française. Parmi ses œuvres les plus marquantes, on peut citer :
- La Double Méprise (1980)
- Le Noir et le Rouge (1984), une analyse de François Mitterrand et des multiples facettes de sa personnalité complexe et controversée.
- Les Sept Mitterrand ou Les métamorphoses d’un septennat (1987)
- Le Dauphin et Le Régent (1994)
- Un pouvoir nommé désir (2007), qui évoque l’ascension politique spectaculaire de Nicolas Sarkozy.
- L’Impétueux : Tourments, tourmentes, crises et tempêtes (2012)
- Tu le sais bien, le temps passe (2021), dans lequel elle revient sur les premiers mois de Jacques et Bernadette Chirac à l'Élysée, en 1995.
- Secrets de vies (2023)
En 2018, elle signe également un documentaire nommé De Gaulle et Pompidou, jusqu'à la rupture, à l’occasion des commémorations de mai 1958 et mai 1968.
Un volume rassemble pour la première fois les quatre enquêtes qui retracent, sur scène et dans les coulisses, les péripéties de ce grand théâtre du pouvoir. Rivalités, trahisons, coups d’éclats, déchirements, comédies…
Une Histoire d'Amour Discrète et Durable
Côté vie privée, Catherine Nay a partagé sa vie avec Albin Chalandon, figure marquante de la politique gaulliste. Leur relation, qui a débuté à la fin des années 1960, a été marquée par la discrétion et la longévité.
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Au départ pourtant, Albin Chalandon était, à ses yeux, un homme comme les autres : "Ma première rencontre avec Albin, lors d'un congrès UDR, ne m'avait pas marquée. Je venais de lire 'Les horreurs de l'amour' de Jean Dutourd. Un pavé de 700 pages qui raconte la liaison d'un député marié, de 50 ans, avec une secrétaire de 25. Histoire qui se termine mal puisque l'amant tue sa maîtresse. "Je n'imaginais pas une seconde qu'il serait l'homme de ma vie", confiait la journaliste politique à nos confrères. La vie en a en effet décidé autrement…
A partir de la fin des années 1970, Albin Chalandon et Catherine Nay débutent une idylle dans l'ombre. Malgré leur différence d'âge et leurs emplois du temps différents, tous les deux parviennent tout de même à s'octroyer quelques moments ensemble. "Albin partait le samedi soir passer le dimanche en famille. Car si elle était libre, Albin Chalandon ne l'était pas vraiment. Lorsqu'il quittait Catherine Nay, l'ex-ministre de la Justice retrouvait Salomé Murat, sa femme "officielle". Sauf qu'un jour, cette dernière, lassée de son infidélité, a décidé de le mettre à la porte. "Il est venue vivre chez moi. Pendant quelques mois, pour ses enfants et pour la gouvernant, il habitait au ministère pour sauver les apparences", racontait celle qui a longtemps été sa maîtresse. Si leur relation a parfois été semée d'embûches, et a un temps été vécue dans l'ombre, les deux amants ne se sont jamais séparés.
Amoureux depuis la fin des années 1960, Albin Chalandon et Catherine Nay ont fini par se marier en 2016, après la mort de Salomé Murat, dont l’ancien ministre n’avait toujours pas divorcé. Albin Chalandon est décédé à l'âge de 100 ans au coeur de l'été 2020. Rachida Dati a été bouleversée d'apprendre la mort d'Albin Chalandon à l'âge de 100 ans.
Pour elle, il était d'ailleurs inconcevable de ne pas en parler dans son livre Souvenirs, souvenirs, paru en 2019, et dans lequel elle revient sur sa carrière de journaliste politique.
Un Regard Critique sur le Monde Politique
Au-delà de sa carrière de journaliste et d'écrivaine, Catherine Nay est connue pour son franc-parler et son regard critique sur le monde politique. Elle n'hésite pas à exprimer ses opinions, souvent tranchées, sur les enjeux de l'actualité.
« Catherine Nay n’a jamais prétendu être une idéologue, ou une analyste historique, ou économique. Elle a un style de journalisme bien à elle, personnel, elle a toujours fait ça : essayer d’étudier la psychologie des politiques.
Distinctions
Officier de l’ordre national du Mérite pour ses services rendus à la nation.
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